La Succession des Âges, deadline et santé mentale
Bon.
Comme le titre l’annonce, on va parler de trucs hyper fun dans la légèreté et la détente la plus totale.
Rappelons clairement les faits : L’Héritage de l’Empire est sorti fin 2020 (en plein Covid). La Succession des Âges n’est toujours par là. Dans l’intervalle, j’ai réussi à sortir Rêver, construire terminer ses histoires (2021) et 65 Maladresses des jeunes manuscrits sort cette année (2026).
Et, tel Macavity le Napoléon du crime, La Succession des Âges n’est toujours pas là. Je connais votre patience et votre gentillesse, dont je vous remercie profondément, mais je me doute aussi que, bon, à force, Davoust il est bien sympa, mais il va falloir qu’il sorte son livre un jour. Et c’est normal.
Voici ce qui se passe : si vous avez suivi les épisodes précédents, j’ai écrit l’équivalent de 1500 pages sur le roman, j’en ai tronçonné 600, reconstruit une grande partie, ajouté des scènes et à l’heure actuelle, j’en ai rajouté environ 300 de plus. J’ai échafaudé la dernière ligne droite (considérable à l’échelle de ce projet), mais je me rends compte que, sur un roman de cette longueur, il me faut reprendre un fil narratif en particulier pour le rendre suffisamment solide et lui permettre de porter la fin envisagée. Tout ça est long, difficile et, pour être très clair, profondément démoralisant, parce que ça donne l’impression de repasser sur des parties qui semblaient solides et finalisées, tout ça pour toujours repousser la date de livraison.
J’ai eu besoin de me changer un peu les idées mentalement, notamment avec 65 Maladresses des jeunes manuscrits, et figurez-vous qu’il s’est passé quelque chose de très intéressant avec ce projet. Je l’ai rendu à l’heure, en un temps record, exactement dans le calibrage alloué. Ce fut une leçon fort intéressante. Laquelle peut sembler ridicule, mais est honnêtement la suivante :
Ce n’est pas que je ne sais plus écrire avec La Succession des Âges, le métier est clairement là, plus que jamais. C’est juste que ce projet est invraisemblablement difficile.
J’ai une relation complexe avec cette histoire à ce stade des choses. Peiner à ce point à le construire de la manière qui corresponde à ma vision est, clairement, une épreuve de foi et de confiance en soi. Vous savez que je ne raconte pas ma vie mais, pour lever un peu le voile, j’ai traversé sur le plan mental une période difficile (mon ambition quant à ce livre n’y étant pas étrangère) et, à présent, je fais face à une autre période s’ouvrant sur un inconnu assez vertigineux.

En un mot comme en cent, l’animal derrière le clavier a besoin de prendre un peu soin de lui et des priorités dans la vie réelle dont il doit s’occuper. C’est, paradoxalement, ce qui permettra le mieux à ce livre d’exister, parce que l’animal derrière le clavier sera en mesure de lui donner vie, plutôt que de le moudre en petits grains façon machine à café (j’ai clairement atteint l’extrémité extrême de cette logique. C’était bon quand j’avais 25 ans, j’en ai 47, je sais où je suis et je sais que je ne peux pas me botter les fesses davantage. Je n’ai juste pas la marge de manœuvre).
Je dois clairement établir de nouvelles règles de fonctionnement pour que ce projet puisse se terminer de la façon qu’il mérite. Je dois arrêter de promettre « l’année prochaine », même si j’y crois dur comme fer. Je dois arrêter de m’imposer des cadences infernales, des rythmes, me mettre 150 bars de pression pour avancer quitte à haïr ma vie. Celle-ci étant trop courte, j’arrête ça merci bien bisous.
J’ai besoin de bosser sur ce projet en respectant mes rythmes, ma constitution, ma neurodivergence (qui s’avère plus complexe que je ne l’avais cru, merci la sensibilité australienne à la mental health – disons simplement que mon énorme capacité d’hyperfocus, mes intérêts spécifiques et mon hérissement à toute entrée non consentie dans mon espace personnel composent un tableau à la fois plus vaste que prévu et au final très cohérent) et aussi mon équilibre mental qui a besoin d’un peu de repos. J’ai besoin de retrouver la possibilité de faire un jour de worldbuilding si nécessaire pour ancrer une scène correctement et l’écrire dans la détente et le contrôle qu’il me faut. Je ne peux pas faire ça si j’ai l’impression d’écrire sur une chaise en feu qui va s’effondrer sous mon charmant postérieur parce que je n’ai pas écrit mon quota.
Donc. Pour que ce livre existe sans que j’y laisse ma santé mentale qui a besoin de soin en ce moment, mon estime de moi-même et ma joie de vivre, voici ce qui va se passer.
- Je ne parle plus de date, je n’estime plus de délai. Dans les célèbres mots du Blizzard d’autrefois : ça sortira quand ce sera fini. Ça n’est pas de la lâcheté, c’est un hack : j’ai pu voir, curieusement, que quand cette pression disparaît, je suis bien plus productif dans le même laps de temps que quand j’ai la trouille au ventre de ne pas y arriver. S’il est libre, mon cerveau est ravi de jouer.
- Cela ne signifie pas que je pars en vacances ou que je vais me mettre à écrire autre chose par lassitude. La Succession des Âges est mon seul et unique projet romanesque et le restera tant qu’il ne sera pas fini. (Je ne m’interdis pas un texte court de temps en temps, mais c’est tout.)
- Pour donner un peu de variété à ma créativité, je ne m’interdis pas des projets relevant d’autres formes ou médias (surtout s’il s’agit de manger un peu), mais je répète : La Succession des Âges est le seul roman sur lequel je travaille.
- En contrepartie, puisque je ne donne pas de date ou d’estimation, je m’engage à communiquer clairement et ouvertement de loin en loin sur ce qui se passe, comme je le fais maintenant. Histoire que vous sachiez où j’en suis (même si c’est pour dire : les deux derniers mois ont été accaparés par telle autre chose).
Croyez-moi, j’aimerais pouvoir vous dire « youpi, le bouquin est fini, il sort dans deux semaines » – ça fait des années que j’aimerais pouvoir dire ça. Ne pas pouvoir lâcher la charge mentale colossale que représente ce projet est une épreuve psychologique comme physique. Mais : cette saga mérite la fin qui est prévue, à la hauteur de tout le travail investi depuis les premières notes et architectures en 2016. C’est l’intention, on va y arriver, mais, plus que vous demander votre patience, j’ai besoin, finalement, de me demander la mienne.











