Une Worldcon à Nantes en 2032 ?

La convention mondiale de science-fiction (Worldcon) est l’un des événements professionnels et semi-professionnels les plus importants du milieu dans l’année : elle rassemble toute la profession du monde entier, à travers tous les médias, et voit la remise des prix parmi les plus prestigieux du milieu à l’échelle mondiale.

Depuis la première Worldcon en 1939, aucune ne s’est jamais tenue en France. Elles oscillent habituellement entre les grands pays anglophones (US, UK, Australie) avec quelques exceptions comme la Chine en 2023 ou la Finlande en 2017, sachant que ce sont les participants à la Worldcon de l’année n qui votent pour le lieu de l’année n+2, parmi un éventail de candidatures possibles. Ce qui revient principalement à s’efforcer de séduire le fandom américain, qui reste majoritaire dans les Worldcons. l a brièvement été question il y a quelques années d’en tenir une à Nice, et aujourd’hui, la ville de Nantes affirme son intérêt pour 2032, avec une équipe emmenée par Axelle Rozr, François Gabory et Anouk Arnal. L’expérience construite autour des Utopiales formera assurément un atout : meilleurs voeux et toute l’énergie du monde pour ce grand projet !

Au passage, trois candidatures sont en lice actuellement pour l’année 2028 : Nuremberg, Brisbane (Australie) et Kigali (Rwanda). Même s’il serait fantastique d’avoir pour la première fois une Worldcon en Afrique, ma fierté-bientôt-binationale fait que je suis forcé de pencher pour Brisbane, qui se situe seulement à 1800 km de chez moi tout en restant dans le même pays.

2026-01-12T04:40:59+01:00lundi 19 janvier 2026|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Une Worldcon à Nantes en 2032 ?

Payer une facture en France, payer une facture en Australie

Ceci est une histoire vraie :

Payer une facture en France (en l’occurrence, soins exceptionnels) :

  • Recevoir la notification papier.
  • Constater la présence d’un papillon à détacher à renvoyer avec son chèque.
  • Constater qu’on n’a plus de chéquier depuis très longtemps.
  • Chercher – et trouver – en petit sur le document la mention d’un portail de paiement des finances publiques.
  • Aller sur ledit portail.
  • Constater qu’il ne marche pas avec Safari. Sortir le Chrome qu’on garde pour ce genre d’occasions.
  • Remplir le numéro de client.
  • Remplir le numéro de facture.
  • Remplir le numéro d’ordre.
  • Constater que le numéro d’ordre n’est pas bon.
  • Le recopier à nouveau.
  • Constater qu’il est toujours faux, malgré l’assurance de l’avoir tapé correctement.
  • Scruter la facture. Constater qu’il existe un autre numéro d’ordre, qui porte exactement le même nom que le premier, ailleurs sur le document, pas du tout à côté des précédents identifiants parce que fuck you that’s why.
  • Rentrer ce numéro d’ordre.
  • Ouf, ça marche.
  • Valider le paiement.
  • Temps consacré : 7 minutes.

Payer une facture en Australie (quelle qu’elle soit) :

  • Aller directement à la section dite BPAY, laquelle est standardisée pour toutes les factures.
  • Aller dans son appli bancaire. Rentrer le numéro d’émetteur BPAY.
  • Constater que l’application confirme, en toutes lettres, le nom de l’émetteur avec le numéro rentré.
  • Rentrer son numéro de client.
  • Payer.
  • Temps consacré : 15 secondes.

Bonus : Se rappeler que, à l’avenir, toute facture émise par le même organisme pourra être payée directement dans la section BPAY avec les mêmes identifiants dorénavant enregistrés et que le temps de l’opération sera quasi instantané.

2025-08-25T09:55:40+02:00mercredi 27 août 2025|Humeurs aqueuses|4 Commentaires

La photo de la semaine : La tour

C’est vachement différent, Tristram en plein soleil.

The tower
Cliquez pour agrandir
2025-01-23T23:50:12+01:00vendredi 24 janvier 2025|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : La tour

Le monde est différent. Nous pas.

Well, fuck.

John Scalzi

Je ne vais pas prétendre que j’ai une grande analyse profonde à vous proposer alors que le monde entier a la gueule de bois, que nous sommes innombrables à être terrifié·es du monde dans lequel nous nous réveillons aujourd’hui et de ce qui nous attend pour les quatre ans à venir.

Une pensée cruciale, cependant : il est indispensable de ne pas baisser les bras. Je sais qu’on en a tou·tes gros sur la patate, que le monde est vraiment très très compliqué, est-ce qu’on pourrait calmer un peu le manège un moment s’il vous plaît – il est sain et normal de se poser un peu avec ses émotions, d’accepter qu’on vient de prendre une brique sur le coin de la gueule et que ça fait mal, deux secondes, je dis aïeuh, je suis à vous dans un instant.

Cependant, la vie n’est pas finie, la civilisation n’est pas vaincue, le monde n’est pas mort. Je sais que c’est extrêmement tentant de penser ou de parler ainsi, parce qu’on en a marre, mais les mots ont du pouvoir, et si nous commençons à les dire, même de dégoût, ils finiront, à force, par prendre de la réalité. Nous créons notre environnement autant qu’il nous façonne.

That is very much how autocracies take hold. People get tired of fighting. Mass withdrawal from the public sphere is the foundation of autocracy.

https://talkingpointsmemo.com/edblog/status-check-before-midnight – emphase de mon fait

L’avenir peut sembler bouché, le monde épouvantable, et ils le sont à bien des degrés. Les droits de tout ce qui n’est pas hétéro, cis, homme, blanc et riche, l’équilibre géopolitique, le climat, tout ça se trouve en très réel danger. La colère envers les irresponsables qui ont voté pour un criminel fasciste est légitime. Mon cœur saigne pour tous les amis qui se trouvent là-bas et les innombrables personnes qui ne voulaient pas de lui.

Pour essayer de nous donner une lueur d’espoir, rappelons-nous que :

  • Dans les années 1950, le McCarthysme battait son plein avec l’existence d’un comité jugeant les activités anti-américaines (HUAC).
  • Dans les années 1960, la crise de la baie des Cochons a amené le monde au bord de la Troisième Guerre Mondiale.

Le monde a survécu, et ce qui passe pour notre civilisation aussi.

Ce n’est absolument pas pour minimiser et dire que tout ira bien – non, parce que l’élection de Trump et ses doctrines vont faire, et font déjà plus que ravages : des morts. Et ça n’est que le début. Mais sa présence n’est pas une fatalité, un signal d’extinction. L’humanité a déjà connu des crises graves, et elle est encore là, grâce à la décence, aux bonnes volontés, aux personnes courageuses qui ont gardé un compas moral.

La seule véritable catastrophe consiste à jeter l’éponge. Ne le faisons pas, où que nous soyons. Tou·tes, à notre échelle, nous devons résister, par la pensée, la parole et l’acte.

Et, en passant, l’une des leçons les plus immédiates et tellement faciles à retirer pour nous dans le reste du monde, c’est qu’il faut voter. Les extrémistes vont toujours aux urnes, et quelle que soit l’opinion qu’on pouvait avoir de Kamala Harris, la situation était claire : dans un cas, il y avait une candidate respectueuse du processus démocratique, des institutions de son pays, dans l’autre, un autocrate avéré, condamné plusieurs fois, leader d’une insurrection, qui cite Hitler tranquille.

Ce n’est pas la même salade. Du tout. Et si la France ou d’autres pays se trouvent confrontés à ce même genre de situation, j’espère que nous aurons collectivement la clairvoyance de le constater, quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir de « l’alternative ».

Les votes comptent. Les États-Unis vont endurer quatre ans (on espère que ça se limitera à ça) très douloureux, et le monde aussi, par voie de conséquence. Qu’il le veuille ou non, ce pays montre le chemin au monde: maintenant qu’ils ont fait cette erreur colossale, ne la faisons pas à notre tour. Et ça peut être, parfois, aussi décisif que bouger son cul en nombre pour éviter qu’une pure ordure se retrouve élue par défaut.

2024-11-07T06:14:36+01:00jeudi 7 novembre 2024|Humeurs aqueuses|3 Commentaires

Le rapport à la distance en Australie

Reçu cette semaine un mail tout à fait anodin du consulat, annonçant l’ouverture d’une nouvelle antenne à Melbourne permettant la réalisation d’un certain nombre de démarches. C’est bienvenu, car autrement, il faut les faire à Sydney ou attendre une tournée consulaire (le bureau se déplace au fil de l’an d’une capitale d’État à l’autre, tel un cirque itinérant du formulaire Cerfa).

Le message stipule en passant que, si c’est plus pratique, tu peux continuer à faire tes démarches à Adelaide… 

… à 750 km d’ici.

Ce n’est pas une blague ni une bêtise, c’est normal. On parle souvent du rapport aux grands espaces des États-Unis, combien il est possible de conduire des heures sans jamais rencontrer personne, que le pays est taillé pour la voiture ou les vols intérieurs… 

Cela n’a rien à voir avec l’Australie.

Les États-Unis font environ 9,8 millions de km2 pour une population d’environ 330 millions de personnes. Par comparaison, l’Australie a une superficie de 7,7 km2… pour 26 millions de personnes. La densité de population est dix fois moindre.

Par comparaison, la France mesure 670 000 km2… pour une densité de population TRENTE fois supérieure à celle de l’Australie (plus de 100 contre… 3 habitants au km2).

Melbourne skyline
Melbourne Central Business District, sur la Yarra.

Ça n’est pas seulement parce que l’Australie comporte un énorme désert au beau milieu et que les deux centres de population principaux sont Melbourne et Sydney ; ce qui surprend réellement un Européen, c’est combien, partout, il n’y a juste rien. On peut traverser des centaines de kilomètres à travers des forêts en Western Australia sans tomber sur quoi que ce soit, alors qu’en France, on trouve un bled et trois rond-points (surtout trois rond-points) toutes les trois bornes. (Le plus comparable à ma connaissance en Occident serait le Canada.)

Le rapport à la distance et donc au temps s’étirent. À moins d’habiter dans les environs proches de Melbourne ou sur une ligne de train, le moindre déplacement exige de prendre la voiture ; nous habitons déjà trop loin du bled pour que la Poste nous livre le courrier. (Un jour, avant d’avoir une voiture, et impatient d’avoir le colis qui était arrivé, je suis descendu à la Poste à pied depuis la maison : 1h30 aller-retour. Ce jour-là, quand L. m’a demandé ce que j’avais fait de ma journée, j’ai répondu : « je suis allé à la Poste. ») Aller au cinéma ? 30’ de route, voire 1h pour l’IMAX. Faire un bowling ? 40’ de route. Tout cela est normal et extrêmement courant ; mais replacé en France, cela revient à habiter à Rennes et aller faire un bowling… à St-Malo. Quand j’ai passé mes niveaux de plongée, le seul centre offrant la formation qui m’intéressait était à Granville – habiter à Rennes et aller se former à Granville ? Quelle idée ! Mais prenant ma persona australienne, c’est devenu « seulement » une heure de route, un déplacement qu’ici, je fais parfois plusieurs fois par semaine juste pour aller faire un truc.

Wallaby

L’étirement de la population entraîne nécessairement un étirement des infrastructures ; dans notre banlieue de Melbourne, la 5G vient seulement d’arriver ; la « fibre » à l’australienne (NBN) est en réalité un ADSL glorifié (la fibre arrive quelque part dans le coin et tout le monde tire dessus, parce que tout est tellement étendu que cela ne semblait pas pertinent de fibrer chaque baraque1). Et nous sommes bien servis, avec 90 mégas réguliers (ce qui fera glousser sans aucun doute les citadins parmi vous). Tout est adapté à cet étirement : les coupures de courant dans les banlieues de Melbourne sont légion, surtout en cas de tempête : un site web permet de pister en temps réel l’état du réseau et l’heure (ou la date…) de retour estimée. Le risque de feu de forêt en été est extrêmement important et là aussi, des applications permettent de suivre l’évolution des feux ou de recevoir des instructions d’urgence du gouvernement local. Je suis en train d’écrire cet article avec un câble USB de 5m pour attraper du réseau mobile dans la maison, notre Internet fixe étant en rade en raison des vents violents de cette semaine.

La photo satellite de Melbourne montre à quel point, très rapidement, il n’y a juste… plus rien.

Échelle en bas à droite. Photo Google Maps.

Alors on prend les réflexes, petit à petit, sans s’en apercevoir. On organise son temps différemment, voir un film ou un concert devient l’occupation de tout l’après-midi. On fait le plein de sa voiture largement avant d’approcher la réserve (les pompes automatiques 24/24 n’existent pas en-dehors des grands centres de population). On télécharge cartes routières et musique en avance parce qu’on ne peut pas compter sur le réseau cellulaire hors des villes. On s’assure de bien avoir un Melway (atlas routier de Melbourne) dans la voiture en cas d’urgence, si le réseau mobile devient indisponible.

Rentrer en France me montre combien le rapport à l’espace est, bien sûr, fonction du temps, mais aussi du médium de transport. La France est suprêmement bien desservie en train, mais la complexité nécessaire du réseau hyperlocal des transports (métro, bus) engloutit en même temps des parenthèses de temps vide en correspondances, attentes, changements qui deviennent ici plus rares. Impossible ici de se poser dans un train et bosser quelques heures pour aller quelque part, mais la quasi inexistence des autoroutes ou quatre voies rend le moindre déplacement d’envergure à la fois long et intéressant. La nature et la route sont omniprésentes, le moindre café te propose toujours de prendre ta commande « here or take away » parce que tout le monde peut être au milieu d’un road trip, même s’il s’agit juste d’un artisan faisant 30km pour son prochain chantier. Tu es en rade avec ta voiture planté sur le bord de la route, tout le monde s’arrêtera pour te proposer de l’aide, parce que, par défaut, tu es loin de tout, et ça peut vite devenir compliqué. Prendre un vol intérieur avec Qantas est à peine plus compliqué que le TGV en France. Alors que la Boîte à Pizza de Rennes Sud refusait de me livrer à Rennes Ouest parce que « j’étais beaucoup trop loin », la pizzeria du coin australienne, c’est la pizzeria qui se trouve à deux bleds de toi. Les supermarchés livrent à peu près partout, parce que si on ne livre pas partout, on ne livre personne2.

Et quand tu reviens à Roissy et que tu remets le pied dehors pour la première fois, il devient inévitable de penser : « waouh, les gens sont vénères, ici… »

Plus de photos australiennes sur Flickr.

Vanishing point
  1. Ce qui est en train de revenir mordre le pays, d’ailleurs – le déploiement du NBN est un désastre politique.
  2. Le rapport à l’espace doit quand même être modéré par rapport à une crise du logement absurde – avec tant de place, on ne devrait pas manquer à habiter – et pourtant, c’est le cas, pour des raisons trop complexes à détailler ici et que, pour être honnête, je ne crois pas maîtriser de toute façon.
2024-09-04T02:29:40+02:00mercredi 4 septembre 2024|Carnets de voyage|3 Commentaires
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