L’Île close nominée au Grand Prix de l’Imaginaire 2009

Il est, comme ce matin, des semaines qui commencent particulièrement bien: je viens d’apprendre que L’Île close, publiée dans l’anthologie De Brocéliande en Avalon, dirigée par Lucie Chenu (éd. Terre de Brume) a été nominée pour le Grand Prix de l’Imaginaire 2009!

Je suis absolument ravi! C’est un texte auquel je suis extrêmement attaché, qui fut à la fois assez difficile (visiter le mythe arthurien était un défi particulièrement intimidant) et très jouissif à écrire. L’écriture est un métier solitaire; voir L’Île close ainsi remarquée est pour moi un merveilleux encouragement à persévérer, à ne pas craindre l’expérimentation, l’aventure et la prise de risques. Surtout ces temps de pilotage supertankeresques!

Voici la liste complète des finalistes:

1) Roman Francophone
– Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD : L’Autre rive (GRASSET)
– Philippe CURVAL : Lothar Blues (ROBERT LAFFONT)
– Norbert MERJAGNAN : Les Tours de Samarante (DENOËL)
– Jérôme NOIREZ :  Leçons du monde fluctuant (DENOËL)
– Elisabeth VONARBURG : Reine de mémoire (pentalogie) (ALIRE)

2) Roman Etranger
– William GIBSON : Code source (AU DIABLE VAUVERT)
– Scott LYNCH : Des horizons rouge sang (BRAGELONNE)
– Cormac McCARTHY : La Route (L’OLIVIER)
– Patrick O’LEARY : L’Oiseau impossible (CALMANN-LÉVY)
– Theodore ROSZAK : L’Enfant de cristal (LE CHERCHE-MIDI)

3) Nouvelle francophone
– Lionel DAVOUST : L’Île close (in De Brocéliande en Avalon) (TERRE DE BRUME)
– Jeanne-A DEBATS : La Vieille Anglaise et le continent (GRIFFE D’ENCRE)
– Pierre DUBOIS : Comptines assassines (recueil) (HOEBEKE)
– Mélanie FAZI : Notre-Dame-aux-Écailles (recueil) (BRAGELONNE)
– Gabriel KOPP : Au Nord-Nord-Ouest d’Éden (GRIFFE D’ENCRE)
– Bernard QUIRINY : Contes carnivores (recueil) (SEUIL)

4) Nouvelle étrangère
– Cesare BATTISTI : La Morsure (in Lunatique 78-79) (EONS)
– Greg EGAN : Radieux (recueil) (BÉLIAL)
– Kelly LINK : La Jeune détective et autres histoires étranges (recueil) (DENOËL)
– Michael MARSHALL : L’Homme qui dessinait des chats (recueil) (BRAGELONNE)
– Robert Charles WILSON : Le Théâtre cartésien (in Mysterium) (DENOËL)

5) Roman jeunesse
– Fabien CLAVEL : La Dernière odyssée (MANGO Jeunesse)
– Fabrice COLIN : La Malédiction d’Old Haven (ALBIN MICHEL Jeunesse)
– Gemma MALLEY : La Déclaration. L’Histoire d’Anna (NAÏVE)
– Carina ROZENFELD Le Mystère Olphite (L’ATALANTE)
– Marc VASSART : Les Larmes étaient leur pardon (Le NAVIRE EN PLEINE VILLE)

6) Traduction
– Michelle CHARRIER pour La Jeune détective et autres histoires étranges (de Kelly LINK) (DENOËL)
– Alain DEFOSSÉ pour Peste (de Chuck PALAHNIUK) (DENOËL)
– Laura DERAJINSKI pour Recettes intimes de grands chefs (de Irvine WELSH) (AU DIABLE VAUVERT)
– Elisabeth VONARBURG pour Gradisil (de Adam ROBERTS) (BRAGELONNE)

7) Graphisme
– Gilles FRANCESCANO pour Le Miroir aux éperluettes (de Sylvie LAINÉ) (ActuSF)
– Didier GRAFFET pour Mondes & Voyages (BRAGELONNE)
– Jean-Baptiste MONGE pour Comptines assassines (de Pierre DUBOIS) (HOEBEKE)

8) Essai
– Ugo BELLAGAMBA & Éric PICHOLLE : Solutions non satisfaisantes : une anatomie de Robert A. Heinlein (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES)
– Jean-Daniel BRÈQUE : Orphée aux étoiles : les voyages de Poul Anderson (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES)
– Jean-Claude HEUDIN : Les Créatures artificielles. Des automates aux mondes virtuels (ODILE JACOB)

9) Prix spécial
– Les éditions du BÉLIAL’ pour les inédits de Poul ANDERSON et Le Grand livre de Mars de Leigh BRACKETT
– Patrice LOUINET, pour les rééditions de Robert Howard chez BRAGELONNE
– UTOPOD http://www.utopod.com/
– Jean Luc RIVERA pour son action éditoriale (Gazette fortéenne, Oeil du sphinx) et événementielle (festival de Sèvres et de Bagneux) au service de l’imaginaire.

10) Prix européen
– Corinne FOURNIER KISS : La Ville européenne dans la littérature fantastique du tournant du siècle (1860-1915) (L’ÂGE D’HOMME)

2011-01-30T19:47:36+01:00lundi 29 septembre 2008|Actu|7 Commentaires

Demain, des liens (hypertexte)

Je me suis attelé à un vaste projet: repiquer mes vieilles VHS en DivX pour enfin me débarrasser de ces piles de plastique noir remplissant des bibliothèques qui seraient plus efficacement peuplées par des livres. J’ai déjà fait trois cartons et j’ai un beau spindle de 100 DVD qui trône sur mon bureau. Niveau place, tu peux pas test.

Tous ces bijoux de nullité filmographique ayant été enregistrés à la télé, je tombe régulièrement sur des pubs des années 80, et je me suis vu scotché dix minutes à un écran interminable de  La 5 avec une fascination perverse mêlée d’horreur. Je n’ai pu m’en détacher qu’une fois les yeux en sang, les tympans percés, plus de cheveux et l’envie compulsive de m’acheter un carré de Samos, Samos, la portion de lait des grands. Ce que j’ai vu ce soir-là ne figure même pas sur YouTube, mes amis, car, oui, certains abîmes méphitiques du marketing télévisuel doivent rester endormis, lovés sur mes bandes magnétiques où, du fond de ma cave, défuntes, elles rêvent et attendent. Ph’nglui. Pardon.

Quel commercial laitier d’il y a vingt ans aurait pu deviner l’évolution publicitaire de son produit? Jadis, d’innocents garçonnets sauvaient des lionceaux sur une chansonnette qui donnerait même des cauchemars à une boîte à musique savante. Aujourd’hui, ils ont été supplantés par des camps de jeunes gens au regard de braise dont la lèvre supérieure porte une douteuse moustache blanchâtre.
(Les garçonnets ont dû grandir, j’imagine.)

Tout ça pour justifier mon titre débile: c’est un truisme, mais le monde s’accélère et Internet bouleverse énormément de modèles acquis parfois depuis des siècles. La futurologie a toujours été un art hasardeux, mais il est encore plus difficile aujourd’hui de composer une image vraisemblable de notre monde dans une dizaine d’années.

Or, il se déroule actuellement un des procès les plus importants, peut-être, sur le sujet. Le genre de décision qui influencera peut-être notre façon de consommer à long terme, quel que soit le
jugement rendu. LVMH a récemment gagné en France contre eBay en première instance, condamnant le site d’enchères en ligne à verser la bagatelle de 39 millions d’euros et nous en sommes, si j’ai bien suivi, à l’appel.

Les raisons du différend: évidemment la vente de contrefaçons sur eBay. Mais le noeud du problème est plus fondamental à mon sens: il s’agit la violation du réseau de distribution sélective. En deux mots, LVMH ne vend ses produits qu’à travers des distributeurs agréés (parce qu’ils ont prouvé leur efficacité, parce que leur identité correspond à l’image luxueuse que recherche LVMH, etc.).
Evidemment, eBay n’est pas dans la liste.

On pourrait brandir tout de suite la dialectique « économie classique » contre « économie du Net », mais tout cela cache surtout de profondes implications sur l’avenir de la distribution des biens de consommation. À l’heure où Internet franchit les frontières dans la plus totale transparence (à moins de s’appeller la Chine ou l’Arabie Saoudite), peut-on raisonnablement conserver un « réseau de distribution sélective »? Sera-t-il d’ailleurs possible de conserver un réseau de distribution tout court autre que « le » réseau?

Mais j’y vois surtout un retour par la bande les questions du droit d’auteur et du copyright.

On se rappellera la violente controverse portant sur la licence globale au moment de l’étude de la loi DADVSI. Un des arguments des opposants à la licence était le suivant: le fait pour l’artiste ou le producteur d’abandonner, dans les faits, tout contrôle sur la diffusion d’une oeuvre (puisque copié à l’infini en p2p) était jugé inacceptable.

Et sur ce point, le procès qui oppose LVMH à eBay n’est justement pas si éloigné, au moins dans l’esprit. Je doute franchement qu’eBay gagne, parce qu’un tel jugement casserait justement le statut sélectif des réseaux de distribution, ce qui aurait d’énormes répercussions qui dépasseraient très largement le cadre du procès. Et, dans la culture, cela irait à l’encontre de l’argument précédent des opposants à la licence globale.

Mais c’est bien là toute la question fondamentale de la diffusion aujourd’hui et toute la dialectique d’Internet. Faut-il s’efforcer de conserver le contrôle de la distribution ou l’abandonner pour
toujours?

Au-delà de l’économie, les implications éthiques et philosophiques de chaque possibilité ne sont absolument pas neutres.

Oh, et puis tiens, puisqu’il est question d’avenir, en passant, le chef de la recherche d’Intel place la singularité technologique à l’horizon 2050. Dans 42 ans (tiens), nous serons tous obsolètes. Ca va être déprimant, de perdre tout le temps aux jeux vidéo.

2011-01-30T19:52:33+01:00mardi 23 septembre 2008|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Demain, des liens (hypertexte)

Des profondeurs de R’lyeh je bousille ton cap compas

Je me trouve toujours à la barre de mon supertanker, commençant à reconnaître de mieux en mieux les réactions de l’engin, mais confronté simultanément à un phénomène non-euclidien qu’aucun véritable capitaine de navire n’a jamais rencontré (sauf, peut-être, ceux qui croisent au-dessus de R’lyeh): l’océan s’allonge. Un récit n’est pas une masse achevée et finalisée une fois le synopsis écrit: certains détours s’imposent, d’autres (plus rarement) restent sur le carreau de la salle de montage. Le plus angoissant est probablement de savoir que je dois atteindre New York à la barre de ce foutu navire dans un temps limité, mais si l’océan ne coopère pas, je fais comment, moi?

Je fus donc assez rassuré de tomber sur cette nouvelle courte de Megan Lindholm (alias Robin Hobb) sur son site officiel, intitulée How I Became a Famous Writer (a True Story). En anglais dans le texte, évidemment. Extrêmement rassurante et éminemment intéressante pour tous les auteurs, jeunes, moins jeunes, en herbe.

Si les plus grands sont confrontés au maëlstrom à géométrie variable de leurs efforts jetés sur la page blanche, l’espoir m’est permis…

All I ask is a tall ship

And a very, very big fish hook.

2014-08-05T15:27:07+02:00jeudi 18 septembre 2008|Technique d'écriture|2 Commentaires

Salut à toi, le président du monde

Dans un discours à l’université de Wesleyan, Barack Obama eut la petite phrase suivante:

« Our individual salvation depends on collective salvation »
(Le salut individuel dépend du salut collectif.)

Phrase qui fut aussitôt vilipendée par la presse et la blogosphère américaine. Car beaucoup y lisent une critique de l’American way of life, enjoignant les étudiants de ne pas se limiter à l’achat de la grosse voiture, de la grande maison et du joli costard qui forme le modèle de réussite de la classe moyenne. Car ce way of life, considéré par beaucoup comme un acquis de haute lutte – par une conquête de l’homme sur l’adversité des éléments et de la vieille Europe – est un principe fondateur de l’inconscient collectif américain.

Mais ce n’est pas son discours. Obama veut inciter son auditoire à prendre la mesure d’enjeux qui les dépassent; à servir leur pays du mieux qu’ils le peuvent – à agir en citoyens responsables. Et, dans le pays dont il risque d’hériter, enlisé en Irak, détesté par une bonne partie du monde, grignoté par un fondamentalisme arriéré, ce discours n’est nullement anodin.

La phrase n’est guère surprenante pour nous, Européens, plus encore Français, qui avons une riche histoire de solidarité et d’avancées sociales. D’ailleurs, en ces temps de mutations où notre pays refait certaines des plus graves erreurs américaines, il est probablement encourageant de la voir dans la bouche d’un présidentiable. Mais, une fois sorti de la légitimité que lui donne son contexte, le discours d’Obama tient-il encore?

Pas entièrement, je crois. Ce ne sera guère original – bien que fort vrai – d’affirmer que l’individu se nourrit de la collectivité autant que l’inverse. Mais nos systèmes politiques, nos modes de vie, nos inconscients gravitent à mon sens autour d’une mauvaise dualité: à savoir la collectivité oeuvrant pour soi, face à l’intérêt de soi, oubliant l’oeuvre de soi.

Il est évident que nous ne pouvons survivre que si le groupe prospère. Mais, simultanément, nous traversons une phase grave de désenchantement, qui conduit à un repli individualiste. Il y a dans l’inconscient collectif actuel un sentiment écrasant d’impuissance rageuse, doublé d’une peur (artificielle ou non), qui se traduit par un égoïsme ordinaire, qu’il s’agisse de se garer sur les places pour handicapés ou de piquer des post-it au boulot, motivé par un obscur sentiment de rétribution. Car si nous n’avons pas d’influence sur le monde, qu’importe notre mesquinerie?

La vérité, c’est que nous ne sommes pas des gouttes d’eau sans influence… Et que le groupe est aussi la somme de ses parties. Sans groupe, point de salut individuel. Mais l’être n’est pas impuissant, sur sa vie, sur le monde, sur les structures qui l’encadrent – c’est un mensonge. Si le salut collectif assure le salut individuel, le salut collectif repose avant tout sur l’action de l’individu… Même loin des caméras ou des yeux divins, comme l’espérait Kant.

C’est idéaliste. J’assume. Je suis un misanthrope optimiste, perpétuellement déçu par mes contemporains mais n’abandonnant jamais l’espoir d’être agréablement surpris. Je crois profondément à l’action individuelle et motivée, à l’inventaire personnel raisonné, à la victoire de chacun sur ses démons. A l’impeccabilité de la personne pour que notre monde franchisse une nouvelle étape, débarrassée de ses vieux oripeaux, de ses vieilles angoisses. Ce n’est probablement pas pour ce siècle, mais ce monde me fait quand même l’effet d’être en retard sur son changement de vie. Nous pouvons au moins commencer maintenant. A tout le moins, l’individu en lui-même vivra mieux, ce qui devrait constituer une incitation suffisante.

2011-02-01T18:30:02+01:00lundi 8 septembre 2008|Humeurs aqueuses|1 Commentaire
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