Un tableau de Rhovelle en couleurs

Je crois qu’un des plus grands plaisirs de ce métier, un des plus grands honneurs – et un des aspects les plus renversants – c’est de voir, peu à peu, ses humbles créations, ses petites histoires qu’on se raconte sur la route ou au feu rouge pendant que des personnages s’engueulent dans sa tête (la manière la plus amusante de passer le temps dans un embouteillage, garanti) prendre vie. Que ces gens, ces événements, ces univers, prennent pour d’autres une forme de réalité, et qu’on voit les images que l’on a seulement fantasmées (en tout bien tout honneur) (en tout cas dans mes genres littéraires) (vous faites ce que vous voulez) apparaître, être visitées par d’autres psychés, et peut-être, humblement, les toucher. Parvenir à jeter un pont par-dessus le néant avec des mots. Ben c’est chouette. Cela commence avec la couverture des livres, bien sûr, quand un.e illustrateur.trice magnifie la forme des mots que vous lui envoyez (et j’ai toujours été splendidement servi – j’en profite pour mentionner éhontément que la couverture de La Fureur de la Terre a été dévoilée). Pour « Les Dieux sauvages », d’ailleurs, j’ai eu la chance de travailler avec Roxane Millard pour la carte intérieure de Rhovelle. Et, après avoir vu l’incroyable travail de Roxane (et avoir loué sa patience dans le déchiffrage de mes croquis pourris – un enfant de maternelle pourrait me donner des cours de dessin, je ne plaisante même pas), comme j’étais parti pour rester des années en Rhovelle avec cette saga, je lui ai demandé si elle accepterait de me faire (contre rémunération bien sûr) un exemplaire grand format et en couleurs de la carte.

Carte Roxane Millard

Le résultat est simplement frappant. Et émouvant, oui, parce que quelque part sur ces tracés, se promènent, combattent, aiment et meurent les Rhovelliens, Mériane, Leopol, Chunsène, Nehyr, Maragal, Erwel et tous les autres. Grâce au talent de Roxane, je me dis que si je plisse un peu les yeux, je pourrais les voir comme par satellite. Merci, donc, Roxane. Découvrir le travail de Roxane sur Artstation (elle fait bien, bien plus que des cartes !).
2019-02-25T08:06:15+02:00mercredi 27 février 2019|Juste parce que c'est cool|9 Commentaires

Une expérience et un cadeau pour les abonnés de la liste de diffusion début mars

Okay. J’avoue que ces temps-ci, je profite à fond de la caisse de résonance qu’est Facebook pour dire du mal de Facebook, NON L’IRONIE NE M’ÉCHAPPE PAS mais bon – comment mieux clamer les crimes (car à ce stade, ce sont des crimes) de cette entreprise qu’en profitant au mieux de l’outil, hein ? Parce que c’est méta, c’est XXIème siècle, plus rien n’a de sens, on va tous mourir (un jour). Je fais campagne depuis des années, de loin en loin, pour qu’on ressuscite ce bon vieux RSS, et surtout pour vous, utilisateurs et trices, sachiez que cela existe, que c’est vachement facile à utiliser, et que ça vous garantit une information assemblée par vos soins, non filtrée, et indépendante de toute plate-forme californienne à la moralité aussi puritaine que douteuse (ce qui est un putain d’exploit quand on y pense). L’article est ici, allez-y, c’est gratuit, et ça peut vous libérer un peu plus. Au début du mois, j’ai réalisé un petit sondage informel sur Facebook : les amis, êtes-vous toujours là ? La réponse fut oui, même si, concernant les statistiques du présent site, le réseau bleu représente une goutte d’eau par rapport aux visites : environ 500 par mois sur un total de 10 à 14000 en fonction des mois (5%, quoi). (Si vous n’êtes pas au courant, Facebook trie à votre place le contenu que vous voyiez ; les pages auxquelles vous êtes abonné.es doivent payer pour arriver à vous passer leurs infos… pour lesquelles vous avez pourtant exprimé votre intérêt.) Donc, j’y suis, j’y reste, mais j’aimerais bien, si on pouvait y arriver, essayer de décaler un peu l’audience vers d’autres moyens de com’ (en ce qui concerne mes propres infos : RSS ou lettre d’information) parce que, beh, j’aime pas être complice d’une entreprise criminelle, c’est un peu comme manger de la baleine (oui, je ne recule devant aucune image vile). Donc, petite expérience, parce que, comme on dit en game design, le mieux ça reste de faire plaisir (OK, on dit pas exactement ça, mais c’est l’idée). Début mars, j’enverrai avec ma lettre d’informations mensuelle (KWI) un petit cadeau à tous les abonné.es, sous forme d’une réduction substantielle (parrainage) sur un des outils principaux de productivité que j’utilise au quotidien dans mon boulot d’auteur et d’indépendant. Alors évidemment, le but c’est de vous inciter à vous abonner à ladite liste, hein, puisque ça ne sera envoyé que là, on ne va pas se mentir, on est entre nous, et tu sais, auguste lectorat, que j’aime pas trop les manœuvres de marketeux, mais c’est une expérience. Donc, on expérimente. Attention, la réduction ne sera envoyée qu’une fois et limitée dans le temps : une fois que c’est parti, c’est fini, et Capri aussi. La lettre est typiquement envoyée dans la première semaine du mois, donc vous avez jusqu’à la fin février (qui est le mois plus court le plus court de l’année ! RHO LE PIÈGE DAVOUST EST VENDU AU GRAND CAPITAL) pour vous inscrire. Par exemple là :

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Et sinon, je continue à relayer les trucs comme d’habitude sur Facebook et les autres réseaux, et je ne compte pas arrêter. Donc pas de pression. Mais une bière, si vous voulez.
2019-03-02T08:00:13+02:00lundi 25 février 2019|À ne pas manquer|2 Commentaires

La photo de la semaine : Vue plongeante sur Séoul

En fait un retravail d’une vieille version / vieille photo, reprise et retraitée avec ce que j’ai appris depuis les années. Le cadrage reste forcément impossible à rattraper, mais il était quand même possible de rendre bien mieux l’effet. Seoul from Above
2019-02-21T06:59:05+02:00vendredi 22 février 2019|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : Vue plongeante sur Séoul

Pourquoi rééditer Les Questions dangereuses ? Le mot des éditions ActuSF

Couv. Ammo

Rougir ! Rougir encore ! Les Questions dangereuses était donc à l’origine une novella publiée en 2011 dans l’anthologie Dimension de capes et d’esprit vol. 2 dirigée par Éric Boissau (redites tout ça sans respirer), et les éditions ActuSF, dans leur démarche d’explication de leur processus éditorial, ont proposé un petit article dévoilant pourquoi elles ont repris ce texte dans la belle collection Hélios. C’est là, et c’est très gentil, et voir votre nom jeté PARFAITEMENT NATURELLEMENT avec d’autres que fiou quand même ah là là oui, même si c’est juste pour parler de démarche éditoriale au sens large, ben ça vous fait tout chose.
2019-02-15T08:36:28+02:00jeudi 21 février 2019|Dernières nouvelles|Commentaires fermés sur Pourquoi rééditer Les Questions dangereuses ? Le mot des éditions ActuSF

Au secours, j’ai l’impression que mon projet me dépasse, c’est normal ?

Par le pouvoir du crâne ancestral / J’arrive trop tard pour le réchauffement global. (Photo Nikko Macaspac)

Or doncques, en ce joli mois de mai (on est toujours en mai quand les mois sont jolis, ce qui est étrange, car en mai, il peut encore te grêler sur la tronche, ce qui n’est quand même pas très civilisé, mais ça va, on n’est pas en mai de toute façon), je reçus cette question qui, je dois le dire, a frappé une corde sensible en moi (le fa bémol) :
[dans le contexte de l’écriture d’un roman à venir…] J’ai décidé de passer à l’action en préparer le terrain avec un carnet « préparatoire ». Je voudrais préparer une sorte de story board, définir les enjeux, les lieux… Et c’est la que ma question intervient. Plus j’avance, plus j’ai l’impression que le projet me dépasse, comme si j’avais mis le doigt dans un engrenage que je ne peux arrêter. Est ce que ce type de chose est normal ? Est ce juste que le projet est trop gros et que je suis trop gourmand ?
Caveat tristement habituel avant qu’on ne m’accuse bêtement de prêcher ma parole comme l’Évangile (ce qui ne manque pas de poivre, quand on me connaît un peu) : ce que je dis n’engage que moi, n’utilisez pas mes paroles comme embarcation sans gilet de sauvetage, tenez-les à l’abri de l’air et de la lumière de crainte QU’ELLES VOUS SAUTENT À LA GUEULE comme le lapin de Sacré Graal (pour mémoire). Donc : … mais quand même. Là, il me faut insister plus lourdement que d’habitude sur le fait que ces sensations, ces intuitions viscérales ne peuvent être jugées comme a/normales que par celui ou celle qui les vit. Es-tu trop gourmand ? Je ne sais pas. Toi seul sais. Mais le problème, avec les sensations viscérales, c’est que parfois, elles représentent des avertissements vitaux ; parfois, elles représentent également des craintes irrationnelles, ancrées, face à une adversité nette, mais que l’on veut conquérir pour aller au-delà et accomplir quelque chose de chouette. Nos tripes ne savent pas faire la différence. Et dans le second cas, notamment, il faut passer outre si l’on veut accomplir ses désirs (comme disait Nietzsche, rien de ce qui important ne vient sans surmonter quelque chose). Je dis cela car, pour te répondre à mon avis précisément : est-ce que c’est normal de ressentir ça ? Très honnêtement, je ressens ça quasiment tous les jours. Quasiment tous les jours, je vais au clavier un peu comme à l’échafaud, parce que ouais, j’ai la trouille, et que je ne me lance pas dans un projet qui ne recèle pas une part de défi, une part d’inconnu, quelque chose que je n’ai encore jamais fait. Et que je vais, donc, devoir apprendre à faire. Je suis vissé comme ça ; je carbure à la difficulté, parce que j’aime les franchir. Je suis potentiellement un peu masochiste. J’avoue aussi. Quand je constate l’envergure d’Évanégyre, même de la série « Les Dieux sauvages » qui est passée trois à cinq volumes parce que j’en avais sous-estimé l’ambition, ou encore tous ces autres projets que j’ai en stock et que j’ai envie d’essayer, je pourrais me dire : bien sûr, je suis trop gourmand. Il y a des jours plus difficiles que d’autres où je me le dis, où je me dis « rhaaaa, j’aimerais bien écrire un truc facile de temps en temps » – mais je sais aussi que je vais être ravi de trouver, cette fois encore, comment raconter mon histoire. « Comment raconter » : c’est là la part vitale de l’équation. Car à mon humble avis, il est impossible de tenir un récit entier, même une nouvelle (a fortiori un roman ou une saga) dans son esprit, de la même façon qu’on ne se rappelle pas les mots d’un livre après l’avoir lu – on se souvient d’un ensemble, d’un trajet. Donc, il est normal, je pense, de sentir qu’on n’a pas une prise ferme sur son récit. C’est probablement impossible. (Nous sommes en bonne compagnie.) Et même : ce n’est peut-être pas souhaitable. Parce qu’un récit, une histoire, une fiction qui arrive à des gens, c’est un morceau de vie, ou du moins l’illusion de celui-ci ; c’est un matériau qui doit pouvoir respirer, évoluer, grandir et suivre les chemins qu’il lui faut – et pour parvenir à accomplir cela, il faut nécessairement abandonner une part de contrôle. Le « comment » se crée à chaque instant.  Ce qui est terrifiant, on est d’accord. Surtout quand on est un fichu structurel comme moi VA, INTRIGUE, VA LÀ OÙ JE L’AI DIT s’il te plaît sois gentille j’ai peur à l’intérieur. Un corollaire / une conséquence / la suite / je ne sais pas laissez-moi tranquille / de cette équation, du « savoir comment raconter », ou plus exactement : de partir à la découverte, à la recherche du comment raconter, c’est l’enthousiasme. C’est peut-être le compas le plus précieux de l’auteur : avoir envie, et aller là où cette envie le dicte (et c’est la clé toute simple qui permet de réconcilier la peur de l’inconnu avec l’assurance que tout va bien se passer tant que tu avances). C’est plus facile certains jours que d’autres. Certains jours, on a davantage confiance (ou on est davantage merveilleusement inconscient) que d’autres. Mais c’est normal. Et si l’on parle de sensations viscérales, celle-ci est bien plus précieuse que la peur : oui, c’est dur, oui, j’ai peur, oui, je galère, mais bordel, là où je vais, ça me parle. Et tant qu’il y a ça, ne pas perdre la foi : on va y arriver. Un mot quand même pour tempérer tout ce que je viens de raconter, et qui laisse peut-être entendre qu’un auteur débutant, tel la fillette et le petit chien foufou du générique de la Petite maison dans la prairie (pour mémoire1), est invité à gambader n’importe où dans les hautes herbes de son imagination en abordant tout et n’importe quoi sans aucune hiérarchie : il est probablement judicieux de faire preuve d’ambition… mais dans une certaine mesure. C’est-à-dire, de sortir de sa zone de confort dans la mesure du raisonnable (tu l’as vu, mon gros paradoxe ?). Des auteurs ayant commencé par des sagas complexes qui fonctionnent, il y en a. Je ne suis pas en train de dire que si tu commences, tu dois forcément te faire la main sur des nouvelles (même si cela me semble un bon conseil pour appréhender, dans une mécanique à la fois brève et très exigeante, les techniques de l’écriture sans s’épuiser dans un roman, lequel représente un travail, ben, plus long). Cependant : tous les projets ne sont pas égaux en terme d’ambition et de complexité narrative (et je ne mets nullement là une étiquette de qualité : simplement, écrire « Les Dieux sauvages », une série de cinq volumes avec huit à dix points de vue par tome, ben c’est forcément plus compliqué que Les Questions dangereuses, une novella avec un protagoniste clairement identifié). Savoir ce qui est à ta portée, ou bien juste au-delà (si tu es masochiste comme moi), pour en apprendre ce qu’il faut, il n’y a que toi à le savoir. Par définition, le projet le plus simple sera toujours celui que tu auras terminé, car tu auras défriché le chemin, et le projet suivant semblera toujours un peu trop vaste, je pense. Donc, courage et persévérance. Vivre avec cette sensation au quotidien et avancer malgré tout est le défi principal d’une attitude professionnelle et d’une carrière qui persiste des années. Quittons-nous sur cette vidéo que je citerai jusqu’à ce que mort tiède de l’univers s’ensuive.
  1. D’ailleurs, le lapin de Sacré Graal est blanc comme le chien – coïncidence ? JE NE CROIS PAS.
2019-02-18T08:40:54+02:00mercredi 20 février 2019|Best Of, Technique d'écriture|9 Commentaires

En mars : stage d’écriture intensif sur le conflit en narration

Auguste lectorat, fin mars (les 30 et 31), j’aurai le plaisir de proposer une nouvelle édition d’un stage intensif d’écriture qui me tient particulièrement à cœur, car il porte sur (à ce jour) un des outils les plus précieux à mon sens pour raconter une histoire, et c’est la notion de conflit. Le conflit ne recouvre pas, contrairement à ce que l’on peut croire, une simple notion hollywoodienne d’affrontement ; ça n’en est d’ailleurs que la version la moins intéressante. Le conflit, au sens narratif, est ce qui fait l’essence même d’une histoire : la raison pour laquelle on la raconte, et ce qui fait même ce que l’on va en raconter. Tous les personnages affrontent un conflit, de Frodon à Emma Bovary, et le cerner tient du super-pouvoir permettant, à tout le moins, de comprendre les points saillants de son récit – et donc, de moins lutter pour l’écrire. (J’ai dit « moins », pas « plus du tout », je ne suis pas JÉSUS NON PLUS HEIN, j’ai plus les cheveux, de toute façon.) Cela se déroulera sur trois demi-journées intenses à l’excellente l’école Les Mots, à Paris. Pour une bafouille plus officielle :
Bien des écoles de création littéraire américaine résument la notion d’histoire à celle de conflit. Où est l’adversaire ? Qui les personnages doivent-ils vaincre ? Mais cette notion est souvent mal comprise, résumée à une opposition binaire entre deux camps et à une confrontation souvent fondée sur la violence. Or, dans le contexte de la création narrative, elle est bien plus vaste : elle représente l’énergie fondamentale de tout récit, tandis qu’elle exprime, de façon globale, la notion de difficulté et de tension, qui sous-tend toute intrigue romanesque. À la fois question préparatoire féconde et boussole pour s’extirper d’une impasse littéraire, la notion de conflit en narration forme un socle dont la compréhension profonde aide l’auteur à rendre ses récits plus efficaces, plus prenants, tout en simplifiant son travail en lui fournissant les questions cruciales qui l’aideront à progresser dans son histoire. Et, loin d’un affrontement binaire de film à grand spectacle hollywoodien, elle lui permettra au contraire, s’il le désire, de complexifier ses intrigues et ses personnages sans jamais sacrifier le suspense et l’intérêt du lecteur.
L’atelier s’organisera en temps d’écriture et de discussion (six exercices avec contrainte suivant un chemin qui se veut pédagogique, car je suis comme les Cylons, I HAVE A PLAN). Pour en savoir plus et s’inscrire, rendez-vous sur la page dédiée de l’école ; attention, il ne reste déjà plus qu’une poignée de places, donc ne tardez pas si le stage vous intéresse.
2019-02-25T06:39:57+02:00lundi 18 février 2019|À ne pas manquer|6 Commentaires