No milk today
Iz workin.

Iz workin.


Mon retravail sur Port d’Âmes va bon train. Dans l’ensemble, c’est une étrange expérience, plaisante mais pas toujours facile, de replonger dans cette histoire en compagnie de ces personnages, de mesurer le chemin parcouru depuis les premières versions, à la fois en profondeur et en maîtrise narrative, et puis de réduire tout cela jusqu’à l’essence, de se débarrasser des fioritures pour ne laisser que la chair, l’émotion et la tension. Trente-six chapitres dans l’ancienne version ; la finale en comportera à vue de nez une demi-douzaine de moins, alors que tous les personnages gagneront en densité et en complexité.
La couverture a commencé à circuler auprès des libraires, mais je ne peux la dévoiler encore ici. Elle est toutefois superbe, et reflète magnifiquement bien l’ambiance du livre.
Et en parlant d’ambiance du livre, s’il est un morceau qui la reflète et qui a nourri son écriture, c’est celui-là, et c’est ce que je souhaite partager aujourd’hui : Selling Out, tiré de World of Glass par Tristania, probablement le plus bel et le plus abouti des albums de métal gothique (à l’époque où le genre avait le vent en poupe). Quelques vers du texte figurent d’ailleurs en bonne place en exergue du livre. Une chanson qui s’écoute en boucle, en tout cas pour moi, tandis que je me plonge dans les ruelles tortueuses d’Aniagrad, la Cité franche au bout du monde où l’on raconte que tout se monnaye, même l’usage des miroirs.
Je veux vraiment partager avec toi, auguste lectorat, un de mes grands bonheurs de ces derniers mois.
C’est avec une émotion certaine que je te présente Ardence.

Ardence, ou SN059, est un (ou une) juvénile d’Islande, appartenant aux orques de la péninsule islandaise de Snœfellsnes (oui, c’est un nom islandais – j’avais prévenu). Il / Elle a été baptisée par Marie Mrusczok, excellente ancienne collègue volontaire du Hebridean Whale and Dolphin Trust, grande biologiste marin spécialiste des orques, doublée d’une juriste émérite en droit de la mer, notamment concernant les bons usages du whale watching et le respect des animaux. Elle a compilé l’imposant catalogue d’hiver des orques de Snœfellsnes, disponible ici – à consulter pour voir comment l’on étudie les populations de mammifères marins à travers la photoidentification : les marques sur les dorsales, la pigmentation, forment une empreinte digitale unique pour chaque individu et permet donc de suivre ses déplacements et sa vie.
L’ardence, dans la trilogie Léviathan, c’est la volonté pure associée à l’enthousiasme de vivre. J’espère que ce nom rendra à ce splendide animal un peu de l’ardence que ses semblables m’ont donné, et qu’il lui portera la plus grande chance qui soit, liberté et joie.
Je prévenais que de grandes choses se préparaient en coulisses, je suis heureux de pouvoir l’annoncer enfin : à compter d’aujourd’hui, parallèlement à l’édition conventionnelle, j’inaugure un nouveau mode de distribution littéraire, l’accès anticipé (early access).
Le paysage littéraire a subi de profondes mutations au cours des cinq dernières années, avec l’arrivée de la lecture numérique, des livres vendus comme services en non comme biens, avec la lecture en streaming sur le modèle de Spotify ou Deezer et, maintenant, avec la généralisation du financement participatif.
Tous ces modèles importés des nouvelles technologies, je les connais bien, par passion et aussi par métier.
Mais nous n’allons pas assez loin. Si nous souhaitons véritablement établir une relation de fournisseur de contenu à consommateur, si vous voulons renforcer notre community management en tant qu’écrivains 2.0 et embrasser la révolution digitale du nouveau siècle, il nous faut devenir nous-mêmes acteurs du paysage culturel qui se dévoile à l’horizon 2020 et renverser la production de valeur au sein de la chaîne économique.
C’est pourquoi, après streaming, crowdfunding, je vous annonce que j’adopte dorénavant un nouveau paradigme de distribution issu tout droit des nouveaux usages : l’accès anticipé, ou early access.
Dans le jeu vidéo, l’accès anticipé se généralise, en particulier pour les projets indépendants. Contre une somme d’argent, il permet au consommateur d’accéder en avant-première à un projet et fournit au producteur les premiers retours des utilisateurs, les plus passionnés, tout en contribuant à financer le jeu en cours de réalisation. Nous importons quantité de nouveaux modèles dans le monde littéraire ; il n’est donc pas étonnant que l’accès anticipé s’y retrouve – j’ajouterais qu’il est plus que temps que nous rattrapions notre retard, et je suis heureux d’être le premier (à ma connaissance) à me lancer dans cette entreprise !
Comment fonctionne l’early access en littérature ?
C’est très simple. Sur le modèle du jeu vidéo, il permettra à tous les lecteurs
Les heureux lecteurs auront la chance unique de me faire part de leur appréciation de l’histoire et des personnages, de manière à informer la rédaction de la suite (ce qui me dispensera de la prévoir à l’avance, m’octroyant un gain de temps et de productivité considérable), mais aussi de corriger toutes les fautes d’orthographe et de syntaxe ainsi que de me remonter les éventuelles lourdeurs de style. Bien entendu, pour des raisons de contrôle créatif, je ne retiendrai pas toutes les idées ainsi fournies mais, dans la plus pure tradition de l’early access, je m’engage solennellement à faire semblant de les écouter, et ce avec un air très convaincant.
Fidèle à cette même tradition, je m’engage bien sûr à fournir la version finie du livre aux heureux souscripteurs, lequel sera vraisemblablement bâclé, amputé de la moitié de sa longueur prévue et vendu trois fois moins cher dans le commerce, puisque l’accès anticipé est, bien évidemment, un privilège qui se paie au prix fort.
Pour fêter cette annonce, j’ai la grande joie de partager avec vous le synopsis du premier roman dont je proposerai l’accès anticipé, La Quête des Âges Élus, une saga de fantasy médiévale se déroulant dans une toute nouvelle création, le monde mystérieux d’Aelendra !
Aelendra… Une contrée magique peuplée d’elfes, de dragons, de nains… Aelendra… Où la magie est possible et où les héros vagabondent… Aelendra… Où s’étend l’ombre du Seigneur du Mal, Darken Dark Darker, qui convoite les Terres Libres à l’ouest des Montagnes de Qsdfghjklm. Aelendra n’a qu’un seul espoir : le légendaire élu de la légende… La vie de Bob le fermier, un simple adolescent, bascule quand il découvre dans son champ un putois parlant qui prétend être un dragon maudit par le Seigneur Darken Dark Darker ! Bob est sur le point de s’embarquer dans une grande aventure, qui verra s’affronter les forces ténébreuses du Mal et les forces lumineuses du Bien, à travers les mystiques contrées d’Aelendra ! Bob est-il l’élu ? Pour le savoir, découvrez ce nouveau récit fantastique !
Hé yeah, j’ai reçu mon exemplaire de l’artbook tiré du jeu de plateau Abyss, spendidement illustré par Xavier Collette, où figure la nouvelle courte « Obsessions« , et qui propose un très joli sommaire (David Calvo, Mathieu Gaborit, Thomas Hervet, Rozenn Illiano et donc ton humble serviteur, auguste lectorat) :

Superbe objet, et c’est vraiment très agréable de pouvoir admirer le travail splendide de Xavier, qu’on apprécie déjà dans le jeu, en belle taille. Je suis vraiment ravi d’avoir participé à cette expérience un peu différente.
La prochaine actu, c’est… ma participation à l’anthologie des Imaginales, dirigée cette année par l’illustre Jean-Claude Dunyach. Les infos sont déjà disponibles en ligne, pour qui sait chercher, mais je vais faire durer le suspense, comme ça, parce qu’en réalité, j’ai un mauvais fond.
Alors qu’avril frappe à nos portes, nous enjoignant de ne pas nous découvrir d’un fil (mais qui s’habille de fils ?), je voyage vers le Port d’Âmes, autrefois nom de code supertanker, plongeant dans le manuscrit et l’amenant à mes exigences actuelles de qualité et de narration, car ce fut une longue écriture, sur plusieurs années.

C’est un vache de gros bestiau, à peu près de la taille d’un volume de Léviathan. Trop gros, d’ailleurs, à mon goût, pour cette histoire-là, et mon travail va principalement consister à couper, couper, couper, sans pitié et même avec joie, car je crois toujours davantage à l’efficacité d’un récit par la concision. C’est amusant, on constate assez souvent une évolution classique chez les auteurs, mentionnée par Zelazny lui-même : quand on fait ses premières armes, on redoute avant tout de ne pas être clair ou compris, et l’on termine par donner mille précisions, souvent toutes inutiles, quand l’essentiel demeure passé sous silence. Avec l’expérience – c’est en tout cas humblement mon impression – on sabre toujours davantage pour ne donner que le vrai signifiant. En un mot comme en cent, on lâche prise sur son récit. Car on fait confiance au lecteur pour établir la connivence – on lui donne seulement les éléments vitaux, et on lâche prise, ayant compris que l’histoire qu’il recréera dans son esprit sera forcément différente de celle qu’on imagine, et que, dès lors, le travail de l’auteur ne consiste pas tant à prêter à voir, qu’à donner à rêver.

Ce débat modéré par Spooky, avec Nicolas Le Breton, Xavier Mauméjean et moi-même traitait de l’imaginaire maritime en lien avec l’oeuvre de Jules Verne. Il s’est déroulé aux Oniriques 2015, et la captation réalisée par ActuSF est disponible ici.
Or doncques, l’Église me spamme ma boîte aux lettres (je ne fais pas mystère du peu de cas que j’accorde à ses missives, ce qui se couple ici à l’agacement de vivre en principe dans une résidence fermée et donc inaccessible aux fâcheux).
Cela dit, je remercierai ici la Providence, car, visiblement, le bon ecclésiastique avait un nom prédestiné pour charger les boîtes aux lettres :

Alléluia !