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Benoît XVI, ce progressiste post-moderne

papegrozyeux
L’expression « la fin du monde est proche » retourne 20000 hits sur Google, la prophétie de Malachie affirme que Benoît XVI serait l’avant-dernier pape avant le Grand Dawa Cosmique, le prix de la Pils a augmenté de 3.5%, bref, tous les signes d’une Apocalypse – au sens d’un changement de monde et non de sa fin – sont rassemblés, hosanna, alleluia, et caetera. Et son plus fier héraut, le front levé, l’intention imperturbable, est le Saint Père, homme suprême auquel, oui, lecteur ébahi, je m’en vais rendre un vibrant hommage, bombant le torse face à la critique et à la pensée unique.

Bref rappel des faits bien connus: inflexible, l’ex-cardinal Ratzinger Zeta, tel un mechwarrior engoncé dans son armure de lumière, enchaîne ces temps-ci les réactions polémiques. Citons le tiercé dans l’ordre:
– La levée d’excommunication de l’évêque négationniste Williamson
– L’excommunication d’une mère brésilienne ayant fait avorter sa fille violée (citons quand même, par souci d’honnêteté intellectuelle, que la procédure est automatique dans ces cas de
figure)
– Ses récents propos sur l’usage du préservatif en Afrique (« son utilisation aggrave le problème »)

La communauté catholique est sidérée par ces retours en arrière après l’ère Jean-Paul II qui, malgré un discours semblable sur le latex (reconnaissons quand même, aussi, qu’il est difficile de faire progresser l’attitude canonique sur la question), s’était efforcé, pas toujours clairement il est vrai, de faire entrer son Eglise dans le XXIe siècle (les débuts de réconciliation avec l’Eglise orthodoxe, par exemple). Si le retour de Benoît XVI à un certain traditionalisme avait fait hausser des sourcils dubitatifs chez les croyants, c’est la levée d’excommunication de Williamson qui a véritablement mis le feu aux cieux.

Le malaise est plus que réel, il devient revendicatoire, au point que même nos autorités morales suprêmes autoproclamées, célébrées pour la profondeur de leur  engagement philosophique, tels Alain Juppé et Daniel Cohn-Bendit qui joignent leurs voix comme à la chorale, proclament leur désaccord – que dis-je, leur rupture avec le Saint Père. (Benoît XVI vit en « autisme total » – A. Juppé)
Rupture de plus en plus affirmée et nette chez les catholiques de tous bords; même les conservateurs silencieux, opposés à l’avortement et incommodés par l’idée du préservatif, se trouvent choqués par ces prises de position radicales.

Les croyants se trouvent donc forcés à une position inédite à une aussi grande échelle: à un examen de conscience, non pas vis-à-vis de leur fidélité aux valeurs chrétiennes, mais vis-à-vis de leur Eglise. Malgré leurs opinions traditionalistes, beaucoup se sentent mal à l’aise, voire en franc désaccord avec les décisions du Saint Père. Attachés aux valeurs de l’Eglise, du moins, à celles qu’ils y lisent, voilà les croyants obligés d’examiner d’un oeil critique les déclarations, les décisions de son chef – et, par extension, le dogme en lui-même. Quel inventaire conduire, quelle décision approuver, quelle opinion suivre? Et c’est en cela, exactement, que Benoît XVI est soit le plus grand progressiste qu’ait connu l’Eglise catholique, soit le plus idiot des politiques à avoir jamais posé son auguste fessier sur les dorures d’un trône.

Car l’esprit critique est une faculté néfaste – et même antinomique – à toute religion dogmatique. Les voies dites de la main droite, comme les religions révélées mais aussi certaines formes de bouddhisme, postulent l’existence d’un ordre divin fondamentalement supérieur auquel l’homme doit se soumettre; une fois son parcours, son illumination achevée, il ne peut espérer, au mieux, que se fondre à cet ordre, abandonnant tous les oripeaux de la vie matérielle (nirvana) . Souvent, il s’agit simplement de reconnaître pour l’éternité la grandeur de Dieu et d’espérer n’être pas assis trop loin à la table du banquet céleste, histoire de ne pas gueuler trop fort pour qu’on vous passe les hosties.

L’idée d’esprit critique, d’examen réfléchi de la doctrine par le croyant lambda, est donc fondamentalement incompatible avec l’idée de dogme: les pères de la foi sont là pour décoder la sainte parole à l’intention de l’homme et celui-ci doit obéissance à ce qu’il discerne de cet ordre supérieur. Cela explique en partie pourquoi les religions peinent tant à évoluer: difficile de discerner au premier abord la déviance de l’évolution. (L’histoire est bien la discipline qui consiste à vous expliquer après-demain pourquoi vous aviez tort avant-hier.)

Mais la situation est encore plus critique quand il s’agit du pape. Après tout, c’est quand même le chef infaillible de l’Eglise, le représentant de dieu sur Terre – ce que symbolise son changement de nom à son sacre -, avec un téléphone rouge en ligne directe vers les cieux. Comment le simple croyant, aussi éclairé qu’il soit, peut-il oser remettre en question la parole divine – pire, y appliquer le filtre de la raison? Le voilà forcé par sa conscience moderne, séculaire, à opérer une sorte de tri (sélectif) entre les actes de son Eglise, pire, de la parole de son dieu.
Cela existe bien sûr depuis deux ou trois siècles, quand il a fallu constater que certains des passages les plus hardcore de la Bible, tel le Deutéronome, étaient clairement périmés et que les lire sous un nouvel éclairage s’imposait grave, mais, hormis peut-être pendant la Seconde Guerre mondiale (à laquelle Benoît XVI n’est pas étranger non plus, certes – mais une casserole à la fois, please), c’est la première fois que le croyant, l’homme ou la femme cherchant sa voie, se trouve forcé à un tel examen.

blasphemy

Cependant, si le croyant se met à jouer au patchwork avec la Parole, à prendre et à laisser ce qui lui convient comme à un buffet de mariage, que devient le dogme? Il éclate, puisque le dogme est, par essence, unique et indiscutable. Et si le dogme (qui tient déjà pas mal avec du chatterton) éclate, qu’est-ce qui reste de la religion, de la soumission à l’ordre divin, de la béatitude de la voie unique? Elle s’effondre promptement à sa suite, désagrégée, non pas en nouvelles chapelles, mais en autant de microcosmes individuels ou chacun compose sa propre assiette anglaise au pâté de Foi (elle était facile), faisant de la religion catholique une espèce de courant de pensée aussi inoffensif qu’un new age hippie où il faut s’aimer les uns les autres (de préférence en buvant du pinard transsubstantié).

Par ses prises de position radicales, Benoît XVI précipite donc l’effondrement de sa religion dogmatique (par ailleurs inéluctable, comme toute voie unique, parce de plus en plus incompatible avec la pluralité du monde… CQFD). Loin d’avoir un pape rétrograde, nous avons donc un pape post-moderne qui force ses ouailles à réfléchir sur l’éventuelle mort de dieu et sur le véritable rôle séculaire de la religion – la cohésion sociale. Il scie avec un talent consommé la branche sur laquelle il est assis, dynamite son fonds de commerce sans même passer par la case réforme. En un mot comme en cent, il est train de concrétiser avec un talent admirable et une alacrité surprenante le rêve de tous les anticléricaux bellicistes, ce qui, doux euphémisme, est incroyable.

Alors, Ratzinger Zeta, intégriste aveugle épaulé par des attachés de presse incompétents ou agent double à la solde de Friedrich Nietzsche? En le taxant de rétrograde, on oublie un peu vite une facette fascinante de sa doctrine: son admiration pour l’héritage grec et la place qu’il tient dans la religion catholique. Rappelons que, dans les débuts de son office, il a affirmé la valeur profonde de la raison humaine, la place centrale qu’elle occupe dans les valeurs chrétiennes au point d’en être indissociable, parlant même de rationalité de la foi (et si ça, c’est pas un oxymore, j’en ai jamais vu).

Pendant que le monde hurle au scandale, je me débats avec deux hypothèses: soit, donc, tel Judas révélant le Christ au peuple (car rien n’est plus vendeur qu’un bon sacrifice), Benoît XVI fait de son pontificat un sabotage d’une envergure qui dépasse l’entendement, soit c’est effectivement un autiste total qui conduit son troupeau à l’abattoir de la raison. Comme, telle la nature qui a horreur du vide, j’ai horreur de la bêtise et des actions non motivées, je ferai donc acte de foi, désireux de croire à la première hypothèse: ça fait une bien meilleure histoire. Et je continuerai d’observer, avec une incrédulité fascinée, ses actes invraisemblables, guettant comme un augure dans ses actes et ses paroles la preuve que Benoît XVI est, effectivement, le révolutionnaire auquel j’ai envie de croire, semant à une échelle inégalée le merveilleux poison de la connaissance du bien et du mal.

(Et maintenant, j’ai hâte de recevoir les commentaires haineux des intégristes qui ne comprennent rien au second degré. Que le bal commence, je m’en fous; l’oeuvre du Saint Père leur survivra pour les siècles des siècles!)

2011-01-28T16:04:55+01:00lundi 23 mars 2009|Humeurs aqueuses|2 Commentaires

21-22 mars: festival rue des livres à Rennes

Couv. Sébastien Bermès

Couv. Sébastien Bermès

Cette année promet d’être assez riche en événements et en déplacements: je viens de
signer un contrat supplémentaire pour une antho prévue pour la fin de l’année, d’autres projets qui sont sur les rails depuis parfois quelques années semblent prêts à aboutir en 2009, bref, je
risque de parler plus de mes actualités en ce lieu que d’habitude. C’est aussi le rôle d’un blog, d’accord, c’était l’objectif avoué en début d’année, okay, mais l’activité « communication » du
boulot d’auteur me fait toujours un effet un peu étrange.

Que ce paragraphe liminaire serve, si l’on veut bien, de caveat à toutes les entrées similaires qui suivront.

On to business, then.

La sortie de l’anthologie Identités approche à grand pas (20 mars). Le sommaire est disponible sur le site des éditions Glyphe, qui permet aussi de précommander le livre (les frais de port sont offerts). La préface de Lucie Chenu est
également lisible ici.

À l’occasion de la sortie de l’antho, je serai en dédicace le week-end prochain (21-22 mars) au festival Rue des Livres à Rennes, sur le stand de la librairie
Critic
. Le festival se tiendra au site Guy Ropartz (1 rue Guy Ropartz).

Le programme de l’événement est visible ici, mais, pour ce qui est des auteurs de l’imaginaire présents, je
vous inviterais plutôt à jeter un oeil à la page Facebook tenue par Critic. (Seront également en signature: Tarek, Vincent Pompetti,
Lionel Chouin, Pascal Jousselin, Nylso, Marie Saur, Eric Scala, Christophe Babonneau, Laurent Miny, Jean-Paul Bordier, Joub, Jean-Marie Michaud, Thomas Geha, Jean Milleman, Erik Wietzel, Sophie
Dabat, ANGE.)

Venez nombreux, je vous dessinerai des orques.

2011-01-28T16:10:45+01:00lundi 16 mars 2009|Actu|5 Commentaires

SNCFail

Clikety clik pour voir en grand

C’est que « la plupart des internautes consultent des horaires, sans réserver. S’ils devaient monopoliser la fonction ‘réservez’, plus lourde, nos serveurs seraient saturés », « nous sommes des précurseurs », et puis « on ne nous pardonne rien », tu comprends, Coco, gérer de l’Internet multimédia 2.0, c’est pas facile, hein.

Pendant ce temps, Google continue tranquillement d’indexer le monde en répondant en 0,17 secondes à des requêtes retournant plusieurs centaines de millions de réponses.

Demain et après-demain se votera la loi HADOPI.

2010-11-02T20:26:49+01:00mardi 10 mars 2009|Humeurs aqueuses|1 Commentaire

Prix Bob Morane 2009

Les lauréats du prix Bob Morane 2009 viennent d’être annoncés par le jury. Félicitations!

Roman francophone
Christophe Lambert, Le Commando des Immortels (Fleuve Noir)

Roman traduit
Dan Simmons, Terreur (Robert Laffont) (trad. Jean-Daniel Brèque)

Nouvelles
Michael Marshall, L’Homme qui dessinait des chats (Bragelonne) (trad. Benoît Domis et al.)

BD francophone
Pecau/Damien, Une brève histoire de l’avenir (Delcourt)

BD traduite
Neil Gaiman, Les Bienveillantes (Panini Comics)

Coup de cœur
Lucie Chenu pour son activité d’anthologiste

Bien sûr, une lauréate me touche d’un peu plus près, et c’est Lucie Chenu. On s’attarde très peu sur les anthologistes; je suis ravi de voir son travail reconnu car, sans son investissement infatigable, bien des textes (et beaucoup des miens!) n’auraient jamais pu atteindre leur public. Lucie accompagne ses auteurs avec un dévouement incroyable, construit ses anthologies avec foi, démarche inlassablement les éditeurs, assure la promotion sans relâche. Elle démontre que, oui, on peut encore faire des anthos en France qui marchent, alors qu’à en croire certains oiseaux de mauvaise augure, la forme était morte et il n’y avait plus de public pour ça.

Bravo, et surtout merci, Lucie!

2011-01-28T16:19:05+01:00jeudi 5 mars 2009|Actu|4 Commentaires

On va tous mourir

Avec une valeur liquidative de fonds toujours supérieure ou égale au niveau de protection active, il devient possible de surperformer le marché des actions de la zone Euro. Puisque l’exposition
cible est gérée dynamiquement, un comportement monétaire peut s’installer pendant une durée variable. Mais le MACD est inférieur à sa ligne de signal; inférieurs à 20, les stochastiques sont
extrêmement bas, expliquant le recul de 31,3% sur une base pro forma dans ce contexte de sinistralité supérieure à la moyenne.

capitalism_rocks_protest
2011-01-28T16:44:38+01:00mercredi 4 mars 2009|Expériences en temps réel|6 Commentaires

Over-brother

Alors on se connecte un beau matin sur son interface d’administration de blog et on trouve ça:

Impossible de ne pas répondre, évidemment (ou alors, il faut répondre n’importe quoi). Voilà qui, sur le principe, est profondément déplaisant.

Du coup, je m’intéresse à WordPress et à la possibilité de fusionner ce blog et mon site. Cela dit, c’est
vraiment pas pour demain: il faut que j’arrive à concilier intellectuellement le gros fourre-tout qu’est cet espace (où je m’amuse principalement beaucoup) avec la vitrine papier glacé
assez statique qu’est mon « vrai » site. Une refonte de ce genre nécessite un temps que je consacre mieux à écrire 🙂

Mais je ne doute pas d’y parvenir avec WordPress. Le fait que ce soit « le nec plus ultra des plates-formes sémantiques de publication personnelle » me donne pleinement confiance. Mince,
quoi, si avec ça je ne deviens pas mentalement efficient et syntaxiquement optimal, je désespère.

2011-01-28T16:49:23+01:00vendredi 20 février 2009|Expériences en temps réel|5 Commentaires

L’île s’ouvre

Couv. Connie Toebe

Alors là, waw.

Il faut que je vous raconte comment ça s’est passé. L’année dernière, aux Utopiales, j’apprends que Delia Sherman prépare un deuxième volume de l’anthologie Interfictions en collaboration avec Christopher Barzak et qu’elle est prête à recevoir des soumissions en français.

Interfictions (vol.1 ci-contre), c’est une des anthologies américaines mythiques de la « fiction interstitielle » – ce mouvement littéraire qui repousse les limites des genres couramment admis de l’imaginaire, fait éclater les frontières, joue avec les codes, ne s’interdit rien pour raconter une belle et bonne histoire. Figuraient au sommaire de ce premier volume Vandana Singh (qu’on découvre actuellement dans Fiction), Colin Greenland ou encore Léa Silhol en traduction. Rien que ça…

On se rencontre, je bredouille trois mots à propos de mes nouvelles, de mes thèmes, de mes explorations, que j’aurais peut-être quelque chose qui pourrait correspondre, que j’aimerais essayer de soumettre un texte… Si possible. Madame. Ahem.

« Sure, send along a story. »

Eh bien, voilà.

L’Île close
va traverser l’Atlantique et paraître traduite en anglais dans Interfictions 2, anthologie dirigée par Delia Sherman et Christopher Barzak.

En voici le sommaire:

  • Jeffrey Ford, « The War Between Heaven and Hell Wallpaper »
  • M. Rickert, « Beautiful Feast »
  • Will Ludwigsen, « Remembrance is Something Like a House »
  • Cecil Castelucci, « The Long and the Short of Long-Term Memory »
  • Alaya Johnson, « The Score »
  • Ray Vukcevich, « The Two of Me »
  • Carlos Hernandez, « The Assimilated Cuban’s Guide to Quantum Santeria »
  • Lavie Tidhar, « Shoes »
  • B. F. Slattery, « Interviews After the Revolution »
  • Elizabeth Ziemska, « Count Poniatowski and the Beautiful Chicken »
  • Peter M. Ball, « Black Dog: A Biography »
  • Camilla Bruce, « Berry Moon »
  • Amelia Beamer, « Morton Goes to the Hospital »
  • William Alexander, « After Verona »
  • Shira Lipkin, « Valentines »
  • Alan DeNiro, « (*_*) ~~~ (-_-): The Warp and the Woof »
  • Nin Andrews, « The Marriage »
  • Theodora Goss, « Child-Empress of Mars »
  • Lionel Davoust, « L’Ile Close » (« The Enclosed Island » or « No-Exit Island » or something else we haven’t thought of yet)
  • Stephanie Shaw, « Afterbirth »
  • David J. Schwartz, « The 121 »

D’autres textes retenus seront publiés en ligne avant le livre, qui sortira en novembre. Il s’agit de:

  • Kelly Barnhill, « Four Very True Tales »
  • Kelly Cogswell, « For the Love of Carrots »
  • F. Brett Cox, « Nylon Seam »
  • Chris Kammerud, « Some Things About Love, Magic and Hair »
  • Eilis O’Neal, « Quiz »
  • Ronald Pasquariello, « The Chipper Dialogues »
  • Mark Rich, « Stonefield »
  • Genevieve Valentine, « To Set Before the King »

C’est une chance et un honneur incroyable de se trouver traduit en pareille compagnie. J’espérais bien avoir la chance de publier un jour en anglais, mais j’avoue que je ne pensais pas que ça arriverait aussi vite.

Ouf, je peux tuer dans l’oeuf avec soulagement León Dave, ma persona d’auteur américain d’origine cubaine au nom bien plus vendeur que le mien.

2010-11-02T20:25:48+01:00lundi 16 février 2009|Actu|7 Commentaires

Cauchemar

À la veille de l’investiture de Barack Obama, un vice de forme poussa la Cour Suprême à ordonner un recompte des votes de l’élection présidentielle de 2008. Incapable de parvenir à une conclusion et sous la pression des lobbys républicains, elle dut déclarer le scrutin nul et non avenu, pour être reconduit trois mois plus tard.

Nul ne doutait de l’issue de ce vote, qui se solderait par une nouvelle victoire du candidat démocrate. Non, l’attention du monde entier se concentrait sur Donald Rumsfeld et Dick Cheney, qui, par un ahurissant retournement de procédure, se retrouvaient à officier comme président et vice-président dans l’intervalle.

La population de la planète priait à présent que les Américains aient le temps de retourner aux urnes avant que les duettistes ne lancent une bombe atomique sur l’Iran.

2010-02-01T18:30:17+01:00mardi 10 février 2009|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Cauchemar

Ça l’île close dans le poste

Non, je ne me suis point lassé des joies bloguesques en cette époque où tout le monde, alors que le blog était le next big thing, s’en lasse, ferme le sien et part pour Facebook échanger des graines virtuelles et vendre ses amis contre de faux dollars (encore plus factices que le linden dollar, dont la valeur d’échange virtuelle doit osciller entre cinq signes de com’ élogieux et 1 po 50).

N’empêche, Facebook, c’est encore plus rapide qu’un blog: une ligne de statut, et voilà l’activité, l’état d’esprit du moment résumés au monde entier. Finies les longues soumissions un peu mal branlées de théories en cours d’élaboration. Plus d’entrées aguicheuses dans le flux RSS comme « La crise financière en temps réel, démonstration inside » qui s’ouvraient sur de longs billets émaillés de GIF animés et d’insupportables musiquettes MIDI. Il suffit d’un « Jean-Claude Kipling a compris la crise financière » sur la home page, point barre. A la fois générateur de mystère et direct comme un uppercut sémantique, le statut Facebook dégraisse le message de tout emballage superflu – la subtilité et le langage – pour le réduire au sens pur qui pénètre alors l’esprit comme une révélation venue du temps du rêve.

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Facebook, c’est le haiku social.

Bref. Intro circonvolutive et sans aucun rapport avec la suite, comme d’habitude, pour annoncer – et je ne suis pas peu fier, j’avoue – que « L’Île close », texte initialement paru dans l’anthologie de Lucie Chenu De Brocéliande en Avalon aux éd. Terre de Brume, a été enregistré et repris par le podcast francophone des littératures de l’imaginaire, Utopod.

La nouvelle a été divisée en deux parties en raison de sa longueur. La première est ici (Utopod 026), la seconde là (Utopod 027). Le texte est écoutable en ligne ou bien téléchargeable sur tout baladeur MP3 pour écouter à pied, à cheval et en fusée (explications ici). Je vous invite vivement à soutenir l’initiative, par exemple en vous abonnant aux flux.

Illus. MZS

Illus. MZS

Pas peu fier, disais-je, parce que, à part des illustrations (comme celle de « Récital pour les hautes sphères » réalisée par MZS, ci-contre, texte lisible ici, hop hop shameless plug), c’est une des premières fois qu’un de mes récits se trouve « adapté ». Adapté, dis-je, parce qu’une lecture n’est certainement pas neutre et implique un réel travail d’interprétation (effectué ici par Charlotte Reymondin), même si le texte reste le même. Où placer les effets, que mettre en avant, comme jouer les personnages, tout cela relève en quelque sorte de la « traduction » d’un support à l’autre et c’est un exercice difficile (surtout avec ce texte, qui est infernal à lire!).

Je m’étais posé un moment la question de réaliser moi-même la lecture (que ces années passées sur les patinoires d’improvisation théâtrale servent finalement à quelque chose, bon sang), mais j’avoue que ce qui m’intéressait aussi dans cette aventure, c’était de voir comment la lectrice s’approprierait le texte, peut-être même aux antipodes de mes intentions d’origine. C’était le jeu et je suis profondément ravi de l’avoir joué: c’est extrêmement intéressant – et flatteur, oui – de voir ce qui compte d’une ambiance, d’un personnage aux yeux d’autrui.

Car mon travail consiste seulement à apporter un récit, une trame, un univers, parfois un propos; aussi à divertir, à intéresser le lecteur (si je fais correctement mon boulot). Pas à lui dicter les interprétations, les messages qu’il doit y trouver, les émotions qu’il doit ressentir. En cela, dans sa réception, le lecteur a (quasiment) toujours raison.

2011-01-28T16:55:56+01:00mercredi 28 janvier 2009|Actu|3 Commentaires

Communiqué de Jean-Daniel Brèque

Je répercute ici ce qui suit.


« Traducteur de plusieurs ouvrages de Dan Simmons – de L’ECHIQUIER DU MAL (Denoël, 1992) à TERREUR Robert Laffont, 2008) -, je tenais depuis 2004 une rubrique régulière sur son site web.

Ces derniers temps, j’ai été troublé, révolté et même écouré par les propos des intervenants du forum de ce site, voire de l’auteur lui-même, qui déversaient des flots de haine contre les
démocrates, les Arabes, les homosexuels, les écologistes, et cætera.

C’est le 11 janvier dernier qu’est arrivée la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : Dan Simmons a encouragé un internaute à dénoncer au FBI une jeune Palestinienne étudiant aux Etats-Unis, qui
lui avait confié sa colère devant le massacre de Gaza et son désir de vengeance.

Simmons allait jusqu’à donner le lien du site à contacter pour une dénonciation, ainsi que plusieurs numéros de téléphone, concluant son message par la phrase suivante : « En fait, inutile de les
contacter, je l’ai déjà fait (je suppose que son prénom n’est pas celui que vous donnez, mais vous pourrez discuter de cela avec les agents fédéraux qui vont vous rendre visite). »

Le même jour, je lui ai signifié ma décision de cesser toute collaboration avec son site. Il en a pris acte, maintenant son appel à la délation (sa justification tenait en une date, celle du 11
septembre) et concluant – à tort – que j’éprouvais « du mépris » pour son site web, pour sa position et pour lui-même, mais aussi pour son ouvre. En conséquence, me dit-il, il a décidé non
seulement de faire effacer de son site web toutes les chroniques que j’avais rédigées – à ce jour (21/1/2009), cela n’est pas encore fait, la gestionnaire dudit site étant en vacances -, mais il en
a en outre « contacté Danny Baror, [son] agent littéraire pour l’étranger, et lui [a] demandé de s’assurer (par contrat) que [je] ne [serais] plus jamais en position de traduire DROOD [son dernier
roman], ni toute nouvelle oeuvre de fiction signée Dan Simmons. »

S’il m’avait demandé de ne plus le traduire, vu la rupture de notre relation de confiance, je l’aurais accepté. Il a choisi de m’imposer sa volonté – une frappe préventive, doublée d’une riposte
disproportionnée, ce qui est parfaitement cohérent avec sa posture idéologique. Après avoir informé les éditeurs pour lesquels j’ai récemment traduit ses romans – et que je remercie pour leur
soutien -, j’ai décidé de rendre public cet incident, afin que ma position soit claire.


Jean-Daniel Brèque

« C’est chose rare qu’un auteur cherche à se faire plus petit que son oeuvre. »
Antoine Blondin »

2011-01-30T18:53:55+01:00jeudi 22 janvier 2009|Le monde du livre|6 Commentaires
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