Ouvert d’esprit, mais dans le cadre (phone freaks vol.2)

Je ne sais pas ce qui se passe mais depuis que j’ai exposé sur la place publique mes aventures avec le démarchage téléphonique, les appels ont recommencé de plus belle. Encore un coup de la synchronicité. Enfin, ça met à l’épreuve mes capacités d’improvisation, disons.

J’ai d’abord essayé la contre-réponse téléchargeable ici, mais le résultat ne fut pas assez marrant pour valoir la peine d’être raconté.

Je viens en revanche de recevoir un coup de fil qui n’est pas drôle en soi – pas de Station Spatiale Internationale – mais qui est assez surréaliste sur le rôle des genres dans la société.

 

(suite…)

2011-05-01T18:28:22+02:00lundi 25 août 2008|Best Of, Expériences en temps réel|3 Commentaires

L’indispensable minute de l’inutile

Je devrais être en train d’écrire mais j’ai bouclé deux chapitres aujourd’hui, alors c’est la pause. (Quoi, les chapitres étaient déjà rédigés, je leur ai juste passé un coup de polish? Tut tut, ça compte quand même.)

A mesure que j’avance dans le remaniement de mon super-tanker littéraire qui tient de plus en plus du satellite longue portée en orbite vers Pluton (avec moi dans le rôle de la NASA qui m’arrache le peu de cheveux qui me reste en grognant: « Mais corrigez-moi cette @#! de trajectoire, pourquoi il fait ça, ce naze?), je me heurte à tout un tas de questionnements qui se décantent, ce qui débouchera peut-être sur une entrée (ou douze) sur le boulot de l’auteur, mais pour l’heure, il est le temps de faire un bilan absurde, car la semaine fut riche en événements.

Tout d’abord, les divinités des générateurs aléatoires des régies publicitaires online m’ont encore une fois souri; j’adore mesurer la marche du progrès.

Cool, mais tant qu’on ne pourra pas se PACSer sur Amazon, la symétrie universelle de notre univers ne sera pas respectée, et ça, c’est moche.

Par ailleurs, la synchronicité m’envoie parfois d’amusants messages:

Bah, moi, la mémoire, ça va, mais LDLC, je ne sais pas.

Enfin, continuant ma croisade Facebook pour m’inscrire à des groupes-absurdes-mais-qui-n’ont-pas-totalement-tort-dans-le-fond,
me voilà membre de:
– 22h22
– Je refuse de m’inscrire sur Facebook
– Ceci n’est pas un groupe car ses membres n’ont pas d’inverse
– Je ne dis jamais « des fois, je vais au coiffeur »
– J’avais une idée de groupe parfaite, mais je l’ai oubliée
– Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans

J’ai en revanche quitté « Pour tous ceux qui rejoignent que des groupes inutiles sur Facebook », ayant perdu ma qualification puisque la très aimable et dynamique équipe d’ActuSF m’a gentiment proposé de rejoindre sa communauté – ce qui, pour le coup, n’est ni inutile, ni absurde! On est cohérent ou on ne l’est pas.

Et, sur cette merveilleuse réflexion d’une abyssale puissance méditative, je m’enfuis. Loin.

2011-02-01T19:06:19+01:00vendredi 22 août 2008|Expériences en temps réel|2 Commentaires

Vous avez demandé l’espace, ne quittez pas (phone freaks vol.1)

Où l’on respecte les règles du théâtre classique

Unité de lieu: Chez moi, où je travaille la plupart du temps.

Unité de temps: Une heure, plus ou moins.

Unité d’action: Ce qui suit. J’étais un temps inscrit en liste orange, ce qui interdit théoriquement tout démarchage téléphonique. Mais la plupart des entreprises ne respectent pas cette règle, ce qui est idiot car cela décuple l’irritation du correspondant, coupant à jamais la compagnie d’un client potentiel – qui ne supporte pas qu’on vienne le déranger chez lui quand il a expressément exigé la tranquillité.

La plupart des gens déchaînent alors leur agressivité, raccrochent au nez, passent leurs nerfs sur le pauvre anonyme qui a la malchance d’avoir pour ainsi dire tiré le mauvais numéro. Pour ma part, plutôt que de traumatiser mon démarcheur (qui ne fait que son boulot et qui n’est pas responsable de l’indélicatesse de son entreprise) je préfère… une autre tactique.

Cela va sans dire, mais ce qui suit, ainsi que les autres expériences à venir du même genre, bien que restituées de mémoire, sont totalement authentiques.

iphone_bakelite

Le téléphone sonne. La présentation du numéro affiche: « Indisponible ».
LD: Allô?
Démarcheur: Oui, bonjour monsieur, je suis bien chez monsieur Davoust?
LD, sentant venir le coup: Oui, tout à fait.
Démarcheur: Bonjour monsieur, je suis [Oublié le nom], je représente Bouygues Télécom et j’ai une excellente nouvelle à vous annoncer, les tarifs des forfaits internationaux ont baissé et nous
proposons actuellement une offre limitée dans le temps réservée à un nombre réduit de personnes.
LD, d’un ton enjoué et captivé: Ah bon?!? Comment ça?!!
Démarcheur, prenant confiance: Eh bien, en ce moment, nous vous proposons [Oublié les détails de l’offre, j’écoutais à moitié, mais il s’agissait d’un forfait international à prix
prétendument plancher].
LD: Cela semble extrêmement intéressant, pourriez-vous m’en dire un peu plus?
Démarcheur: [Continue son laïus commercial, Bouygues c’est trop de la balle, confiance, fidélité, qualité de service, cent balles, un Mars.]
LD, toujours très intéressé: Effectivement, c’est vraiment une offre étonnante. Mais… je me demandais…
Démarcheur: Oui, monsieur? Auriez-vous des questions?
LD, gêné: Oui, à propos de la couverture.
Démarcheur: Eh bien, [liste interminable de pays du monde]…
LD: Non, attendez, ce n’est pas ça. J’aurais voulu savoir, jusqu’à quelle altitude tient la couverture?
Démarcheur, surpris: Cela fonctionne en région montagneuse, mais…
LD: En fait, ce que j’aimerais vous demander, c’est si la couverture s’étend jusqu’à l’espace.

(Silence stupéfait au bout du fil.)

LD: Parce qu’en fait, je vous explique, mon frère est cosmonaute et travaille sur la Station Spatiale Internationale. Or, vous voyez, pour nous parler, ce n’est vraiment pas évident, alors votre
offre m’intéresse beaucoup. Je pense qu’on pourrait prendre un forfait chacun, avec le portable qui avec, cela va sans dire, mais votre offre couvre-t-elle la Station Spatiale Internationale?
Démarcheur, après un nouveau blanc: Heu, écoutez, je crois que je vais vous passer mon supérieur, si vous ça ne vous ennuie pas.
LD, toujours enjoué: Mais je vous en prie.

(Petite musique d’attente. Je commence à sourire tout seul.)

Supérieur: Allô? Vous êtes monsieur Davoust?
LD, amusé en plus d’être enjoué: Mais tout à fait.
Supérieur: Oui, je suis navré de cette attente, je vous remercie de votre patience! On m’a signalé que vous étiez intéressé par nos forfaits internationaux mais que vous aviez des questions?
LD: Ah mais oui, je trouve l’offre excellente, je pense très sérieusement à en prendre un et je suis sûr que mon frère en prendra un aussi. Seulement,mon frère est cosmonaute, il travaille sur la
Station Spatiale Internationale, et, pour communiquer tous les deux, c’est vraiment très compliqué. Alors votre offre serait vraiment idéale pour nous deux, vous comprenez, il voyage beaucoup.
J’avais donc une question sur la couverture: est-ce que cela porte jusqu’à la Station Spatiale Internationale?

(Blanc gêné au bout du fil.)

Supérieur: La… Station Spatiale Internationale? Dans l’espace, vous dites?
LD: Oui, tout à fait. Parce que mon frère y travaille toute l’année et c’est vraiment pas commode.
Supérieur: Ecoutez, monsieur Davoust… (Rire gêné.) Je dois vous avouer que cela fait six ans que je travaille dans les télécoms et j’avoue que c’est la première fois qu’on me pose la
question.
LD: Oh mais je comprends, il y a vraiment peu de cosmonautes sur la station, j’imagine bien que ce n’est pas un problème courant.
Supérieur: Je suis vraiment très gêné, je n’ai jamais été confronté à cela et j’avoue que je ne sais pas très quoi vous répondre. Est-ce que vous verriez un inconvénient à ce que j’aille voir mes
techniciens pour leur poser la question, et je vous rappelle ensuite d’ici une quinzaine de minutes?
LD, manquant de pouffer: Aucun problème, bien sûr, n’hésitez pas.
Supérieur: Alors c’est parfait, je vous rappelle.

(Nous raccrochons et j’explose de rire tout seul, certain qu’on ne me rappellera pas et que Bouygues fera enfin disparaître mes coordonnées de ses fichiers. Pourtant, une vingtaine de minutes
plus tard, le téléphone sonne à nouveau, affichant la fatidique mention « Indisponible ».)

LD: Allô?
Supérieur: Oui, monsieur Davoust?
LD, souriant déjà: Tout à fait.
Supérieur: Oui, c’est monsieur [Oublié aussi], de Bouygues Télécom. Je me permets de vous rappeler comme vous m’y aviez autorisé concernant votre question de couverture sur les forfaits
internationaux. Navré de vous avoir fait attendre.
LD: Ah oui! Merci beaucoup! Pas de problème!
Supérieur: Eh bien je suis allé voir mes techniciens pour leur demander si nos offres couvraient la Station Spatiale Internationale. Alors, je suis navré, ils m’ont répondu que non. Mais ils m’ont
bien confirmé que c’était l’avenir.

(Je manque d’exploser de rire une nouvelle fois. J’imagine la tête des techniciens, leurs regards entendus face au jeune winner gominé venu leur poser cette question débile. J’imagine
l’anecdote qui commence déjà à faire le tour de Bouygues Télécom. Je décide de pousser le jeu le plus loin possible, de raconter de plus en plus d’énormités pour voir jusqu’où mon commercial est
prêt à courir. Apparemment, c’est un marathonien.)

LD, déçu: Ah, c’est vraiment dommage! C’est vrai que c’est l’avenir, vous savez, les Américains et les Chinois projettent d’établir des bases lunaires permanentes d’ici dix ans,
je suis supris que Bouygues, qui s’est toujours montré à la pointe de la technologie – c’est vrai, avec le son HF, par exemple – ne s’en préoccupe pas davantage. C’était une offre tellement
intéressante! Mon frère et moi, on aurait été ravis.
Supérieur: Je suis vraiment navré, monsieur Davoust. Mais… (Cherche à poursuivre la discussion, plein de sollicitude) Tout de même, ce n’est pas banal! Puis-je vous demander comment vous
faites pour communiquer avec votre frère, actuellement?
LD, ravi: Eh bien, je suis obligé de passer par le réseau de la NASA, via Internet. Déjà, cela m’oblige à payer chez moi l’équivalent de la ligne d’un petit centre de recherches, ce qui
est coûteux. En plus, il y a toute une procédure à respecter pour se connecter sur le réseau de la NASA, c’est vraiment fastidieux! Je dois régulièrement faire renouveller mon accréditation auprès
du Pentagone! Avec Bouygues, je n’aurais pas ce problème, hein?

(Quelle que soit l’absurdité du bobard, toujours ramener l’attention du correspondant sur ce qui l’intéresse: sa firme et la vente de forfaits téléphoniques.)

Supérieur, fasciné: Je pense bien.
LD, qui noie son démarcheur sous un flot de paroles: En plus, la qualité de la ligne est déplorable! Vous n’imaginez pas! On a régulièrement des parasites à cause des taches solaires, qui
sont très fréquentes à cette époque de l’année. Heureusement, elles sont prévisibles, mais il faut calculer l’heure pour viser entre deux éruptions. Et vous imaginez, calculer le décalage horaire
avec l’espace, c’est pas facile, hein?
Supérieur, qui perd pied: Ah, euh, non, je n’y avais jamais réfléchi.
LD: C’est pour ça que le son HF de Bouygues Télécom serait tombé à point nommé, vous comprenez. La ligne aurait été super.
Supérieur, qui essaie de retrouver ses esprits: Euh, oui, et donc, je ne pourrais quand même pas vous intéresser à un forfait terrestre?
LD: Bah non, je suis navré, comme vos techniciens l’ont dit, l’espace, c’est l’avenir; quand les Américains établiront leur base, je déménagerai aussitôt, alors je prendrai un forfait lunaire. Il y
a bien assez de détails à régler quand on déménage sur la Lune, n’est-ce pas?
Supérieur, dépassé: Ah ben oui, je comprends. En tout cas, merci beaucoup de votre accueil, monsieur…
LD: Mais je vous en prie! Merci à vous de vous être renseigné!
Supérieur: Avec plaisir, monsieur!

2011-05-03T16:53:16+02:00lundi 18 août 2008|Best Of, Expériences en temps réel|7 Commentaires

2D6 + 2000 points de dégâts

Quand on parle tricherie aux dés, je ne pense pas casino, je pense jeu de rôle.

Ce qui me rappelle une anecdote que j’avais lue il y a quelques années. C’est une session de Star Wars, le week-end, il est tard, très tard, tous les joueurs sont fatigués et commencent à piquer du nez. Le MJ demande à une des joueuses, une Jedi, de faire un jet d’Altération (5D).
Celle-ci lance les dés, relève la tête et, l’esprit embrumé, répond: « Quarante-deux. »
Le MJ acquiesce, va pour continuer sa description quand il se ravise: « Quarante-deux? Tu m’expliques comment tu fais quarante-deux avec cinq dés à six faces? »
La joueuse baisse les yeux, se rend compte de son erreur, et là… Elle regarde le MJ droit dans les yeux, fait un moulinet de la main type Obi-Wan Kenobi « ce ne sont pas ces droïdes que vous cherchez » et réplique avec assurance: « Oui. J’ai fait quarante-deux. »

2011-02-01T19:12:57+01:00jeudi 14 août 2008|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur 2D6 + 2000 points de dégâts

Le livre de ta face

Bon, ça y est, j’ai cédé à l’autre mode supa hype web 2.0, à savoir m’inscrire sur Facebook. (N’hésitez pas à y faire coucou.) Je ne comprends pas très bien l’utilité de la chose, même si j’y retrouve plein de copains et que c’est chouette. Alors voilà, je suis sur Facebook (hochement de tête appréciateur, sourire, léger « aaah »). Comparez avec:  je ne suis pas sur Facebook (air surpris, inclination de tête, regard de commisération).

Il y a quand même un truc complètement indispensable, ce sont les groupes de gens qui pensent des trucs. On y trouve les communautés les plus étroites d’esprit comme les plus intéressantes – même si j’avoue que je n’ai jamais le temps de m’investir là-dedans.

Du coup, je crois que je vais plutôt commencer une collection d’adhésions à des groupes-absurdes-mais-qui-n’ont-pas-totalement-tort-dans-le-fond. Ambiance portrait chinois inversé. Genre:

Le site voyages-sncf.com me rendra fou
Chuck Norris ne porte pas de montre. Il décide de l’heure qu’il est.
Tous les matins je me dis: « ce soir je me couche tôt »
Contre les cons qui restent immobiles à gauche sur l’escalator
Pour que Coyotte arrive enfin à choper Bip Bip et lui défonce sa gueule (Encore que celui-là, je ne suis pas trop sûr. Bip Bip symbolise une sorte de triomphe de l’intellect
sur la force brute et je pense qu’en cette époque de mutlipolarisation des puissances, il faut garder une foi certaine dans tout ce qui court vite.)

Mmh, je crois que je devrais fonder un groupe de gens qui collectionnent les groupes absurdes.

2011-02-01T19:18:46+01:00lundi 11 août 2008|Expériences en temps réel|4 Commentaires

Dédoublement

So I moved out…
Voilà, comme beaucoup de mes petits camarades, je « duplique » ici mon blog MySpace. Je suis gavé d’un certain nombre de tropes Myspaciens, de sa lourdeur, de ses bugs, de son spam de demandes d’amis par des mannequins d’Europe de l’Est qui, curieusement, ont toutes la même photo. Mais, surtout, le service est extrêmement malcommode pour tous ceux qui n’y sont pas eux-même inscrits, et ça m’ennuie.

Over-blog est plus rapide, plus facile, plus séduisant (heuuu…) et bien plus accessible, notamment en ce qui concerne les commentaires; pas besoin d’inscription à un quelconque service pour m’agonir d’insultes, si c’est pas génial, ça?

Un grand et sincère merci à Léa S. et Lucie C. qui m’ont tanné pour que j’ouvre cette première page MySpace. Je me suis grandement pris au jeu de ces expériences en temps réel, de ces billets d’humeur et de ces réflexions désordonnées, qui m’ont aussi appris un certain nombre de choses, et c’est grâce à elles. J’espère que ça continuera à vous amuser autant que moi depuis… waouh, presque un an et demi. Time flies.
2011-02-02T13:13:49+01:00lundi 11 août 2008|Expériences en temps réel|10 Commentaires

Bye bye Copains d’avant

Juste un quickie pour signaler, au cas où certains se poseraient la question, que, d’un coup de poing rageur sur le bouton « supprimer », j’ai pulvérisé ma fiche Copains d’avant (dieu que ce nom de service est ridicule). La raison: Copains d’avant a fusionné avec L’Internaute – Journal du Net – Super Walazoo Multimedia Web Interactif 2.0 Qui Renseigne (moi aussi je peux faire des noms hype qui sonnent désespérément années 90) et m’a inscrit de force sur JDN Réseau, le réseau professionnel des gens sérieux (avec une interface beige qui va bien). Je n’ai rien demandé, et surtout pas à être inscrit sur un réseau professionnel de gens sérieux qui manipulent des concepts comme des abonnements Platinum et des interfaces beige. Donc, adios.

En même temps, oui, on s’en fout un peu, je suis bien d’accord.

(J’avais des mails très en retard sur ce service, mais je les ai soigneusement sauvés.)

Bon on dirait que je n’ai plus d’excuses pour ne pas m’inscrire sur Facebook, maintenant…

2011-02-02T13:15:23+01:00vendredi 8 août 2008|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Bye bye Copains d’avant

Les yeux qui tournent et les couleurs qui parlent

So I went to see Bridget Riley’s exhibition…
J’adore cette formulation du « so » si courante et commode sur les forums et les blogs anglophones. « Alors je suis allé faire un truc. » Faire un truc qui ne m’a pas laissé indifférent mais sur lequel je n’ai pas encore assez de recul / de contexte pour donner un avis intelligent – mais le but de ces expériences en temps réel, c’est de s’efforcer
de trouver ensemble, hein?

J’ai honte, mais je dois admettre que ma sensibilité picturale est plutôt mal dégrossie. J’aime l’image, j’adore m’y projeter, mais cela me demande généralement une démarche plus consciente que la littérature et la musique, qui sont pour ma sensibilité des formes d’art « immédiates » – ça me rentre direct dans l’inconscient. C’est donc avec un oeil de béotien – et l’envie d’apprendre – que je suis allé au Musée d’Art Moderne voir la rétrospective Bridget Riley.

Movement in Squares, 1961

Riley est une des figures de proue de l’op’art mais son travail et sa réflexion vont bien plus loin que de « simples » illusions d’optique (qu’elle n’a d’ailleurs jamais étudié). Elle cherche d’abord à explorer les effets de la couleur et de la forme sur les perceptions humaines, faisant appel à des primitives extrêmement simples, d’abord en noir en blanc, puis faisant peu à peu intervenir des teintes dans la composition. (Plus d’infos sur le site du musée ci-haut mentionné – qui fait le travail de monographie bien mieux que moi.)

Dans les intervalles, dans les courbes, des mouvements et des couleurs inexistantes se forment, révélant au spectateur à quel point son oeil l’abuse, et faisant naître chez lui des émotions, des ambiances particulièrement intenses, non verbalisées, mais bien réelles. Tout est évidememment question d’illusion, thème millénaire, mais Riley y renvoie avec une intensité rarement égalée.

Cataract, 1967

Un des éléments les plus frappants de son art, c’est son aspect mathématique, à la fois bien présent et très simple. Les formes sont gouvernées par des rapports de proportion, des répétitions et des déséquilibres et je ne peux m’empêcher de penser que, si ses tableaux les plus épurés datent des années 60, il s’y trouve une véritable idée de la modernité et que ses compositions sont la véritable expression artistique du XXIe siècle. Nous vivons dans une époque curieuse aux rapports ambigus avec la technologie: nous sommes presque tous reliés au Net, avec des iPod, voire, pour certains, des Palm, des ordinateurs portables, des GPS dans la voiture, etc. Et pourtant, par sa forme arrondie, sa couleur claire, son côté « kawai », la machine cache aujourd’hui son rôle – sa sémantique. Comme pour adresser un signal silencieux: je suis inoffensive. Quand, dans les années 70 et 80, la machine proclamait sa fonctionnalité: la voiture était carrée, grosse; l’ordinateur était rectangulaire, couleur plastique; un listing de langage machine constituait la suprême idée de la modernité (rappelez-vous les clips kitsch de Jean-Michel Jarre et Kraftwerk). Elle affirmait alors: je suis l’avenir.

La logique dicterait donc que nous vivions dans une ère beaucoup plus cérébrale et mathématisée qu’elle ne l’est, or c’est tout le contraire: nous semblons fuir toute déclaration technologique. Pourquoi? Par peur, probablement. Mais, chez Riley, je perçois – très personnellement – au contraire, une étude de la pureté des formes d’une modernité éblouissante et ce, trente-cinq ans avant la démocratisation progressive du Net et de l’informatique. Son art reste terriblement moderne pour notre société aux rapports ambigus avec sa technologie (débat très actuel, moyen d’oppression contre corne d’abondance).

Et c’est assez étonnant parce que Riley, en un sens, a suivi la même évolution: son oeuvre récente introduit des formes plus douces, des couleurs plus nombreuses, souvent pastel – ce qui la rend, à mon sens, un peu moins intéressante.

Shadowplay, 1990

L’autre qualité qui m’a frappé est encore plus personnelle (mais comme dit Mélanie Fazi, faire de l’ego-trip, c’est une des fonctions d’un blog – vous serez prévenus…) et profondément, j’en ai l’impression, liée à ma façon d’envisager le monde et l’art. Dans une salle passionnante, le musée a exposé des études et des croquis préparatoires de Riley: courbes tracées sur papier millimétré, évoluant peu à peu jusqu’à ce que le jeu des formes devienne intéressant, essais de couleurs, de motifs, de répétitions. Le tout bardé de notes, du genre (je cite de mémoire, tout cela est fictif):

Pattern: AB BC CA CD – or CA CD?
Slow evolution from middle left to upper right.
Uses: Y, R, B, W.
Shapes exiting the frame?
[Y, R, B, W signifiant par exemple jaune, rouge, noir, blanc]

Maintenant, jouons un peu, si vous le voulez bien.

Mythe bien connu du public. Jeux référentiels possibles sans risquer être abscons.
[…]
OK. Ns avons archétypes incarnés pr donner voie à humanité – ou humanité les a incarnés pour s’en donner une – on sait plus bien, aucune impce: humanité EST archétypes et inversemt.

Ceci est tiré verbatim (comme les abréviations l’indiquent) de mes notes préparatoires pour L’Île close (c’est ainsi que je travaille: je réfléchis à l’écrit comme si je parlais à haute voix, je me raconte tout ce qui me passe par la tête, prenant une foule de notes pour marteler la matière jusqu’à dégager une forme – une idée – de la gangue de néant conceptuel qui l’entoure).

J’ai été pris – fort humblement – d’un étrange écho en considérant combien Riley narrait eses compositions et ses notes, fait d’autant plus inattendu dans le cas de l’op’art, normalement abstrait. Avant que je ne comprenne ce qui m’arrive, ses notes et ses croquis se sont transformés sous mes yeux en histoires avec des personnages. La bande de rouge à côté d’une bleue n’était plus une bande de rouge à côté d’une bleue, mais elle était une entité animée d’une volonté propre, comme un personnage bien conçu se doit de l’être, et elle avait une raison bien précise d’être à côté de la bleue – une relation d’amour-haine comme seules peuvent l’entretenir une couleur chaude et une couleur froide. J’ai eu la sensation très bizarre – et complètement péremptoire, je l’admets – que leur progression dans l’espace échappait tout autant à l’artiste qu’un personnage, parfois, choisit de faire ce qu’il veut dans un récit et pas ce qui arrange l’auteur. Retrouvant la bande rouge et la bande bleue dans un autre tableau, j’avais l’impression d’une suite à l’histoire – leurs relations avaient changé, l’aube d’un nouveau récit, d’un nouveau conflit s’installait aux prémisses de la lecture du tableau.

Une étrange épiphanie, vraiment, qui m’a fait entrevoir comme une idée de réalité fondamentale à nous tous et que nous transcririons par les pauvres canaux limités de notre parole, ou cherchant à l’affiner et à la rechercher sans relâche par l’intermédiaire d’un art. Je ne refais pas Platon, simplement, je ne me suis jamais senti aussi proche de la vision de l’art comme expression de la réalité véritable selon Schopenhauer (idée avec laquelle je ne suis normalement pas trop d’accord)…

Je pousserais bien la réflexion plus loin mais, pour l’heure, j’en suis incapable et je ne voudrais pas tuer le plaisir par une surabondance de verbalisation, donc je vais m’arrêter là sur le sujet, mais une citation de l’artiste dans une conférence (merci Wikipedia) me fait entrevoir que je n’ai peut-être pas tapé tellement loin:

« When Samuel Beckett was a young name in the early Thirties and trying to find a basis from which he could develop, he wrote an essay known as Beckett/Proust in which he examined Proust’s views of creative work; and he quotes Proust’s artistic credo as declared in Time Regained – ‘the tasks and duties of a writer [not an artist, a writer] are those of a translator’. This could also be said of a composer, a painter or anyone practising an artistic metier. An artist is someone with a text which he or she wants to decipher.
Beckett interprets Proust as being convinced that such a text cannot be created or invented but only discovered within the artist himself, and that it is, as it were, almost a law of his own nature. It is his most precious possession, and, as Proust explains, the source of his innermost happiness. However, as can be seen from the practice of the great artists, although the text may be strong and durable and able to support a lifetime’s work, it cannot be taken for granted and there is no guarantee of permanent possession. It may be mislaid or even lost, and retrieval is very difficult. It may lie dormant and be discovered late in life after a long struggle, as with Mondrian or Proust himself. Why it should be that some people have this sort of text while others do not, and what ‘meaning’ it has, is not something which lends itself to argument. Nor is it up to the artist to decide how important it is, or what value it has for other people. To ascertain this is perhaps beyond even the capacities of his own time. »

(Riley parle de « texte » pour tout phénomène sujet à une interprétation, comme des perceptions, pas seulement des documents écrits.)

Il va sans dire que la mention d’un travail de « traducteur » me met particulièrement la puce à l’oreille. Encore de quoi alimenter des réflexions personnelles.

Tout cela est absolument fascinant.

2011-02-01T18:41:43+01:00mercredi 6 août 2008|Expériences en temps réel, Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Les yeux qui tournent et les couleurs qui parlent
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