Pirouette, cacahuète (phone freaks vol.3)
La semaine passée fut fort productive : on ne m’a pas appelé une fois pour me vendre des trucs improbables, mais deux. Enfin, productive du point de vue absurdités et perte de temps, moins de celui des feuillets engrangés. Mais je ne suis pas homme à me soustraire à mon devoir: que tous les démarcheurs téléphoniques voyant un jour mon numéro apparaître sur leur fichier maudit cochent un jour la petite case excentrée, celle qu’ils réservent aux cas les plus difficiles et insolubles, celle qui porte la mention « cinglé ».
Car, oui, j’ai bien essayé de m’inscrire en liste rouge, de demander à ce qu’on me retire des fichiers, de menacer de plaintes à la CNIL, en vain. J’ai découvert qu’il n’existe qu’une seule façon d’être tranquille (à bien des titres) : la folie. Dans laquelle je me trouve pleinement justifié pour deux raisons : d’une, on est censé me foutre la paix téléphonique ; de deux, offrir un moment d’éventuelle détente à mon correspondant est meilleur pour son humeur et mon karma qu’une réponse aussi brève qu’inefficace à base de grognements inarticulés.
Ceci étant dit, intéressons-nous à l’entreprise du jour, l’Office des Propriétaires de je ne sais plus quoi. On m’appelle régulièrement pour me demander si je suis propriétaire, locataire, contribuable, non-imposable et je réponds souvent « non » aux quatre questions à la suite, méfiant de nature, non-euclidien par constitution, me faufilant dans l’azur vierge régnant entre les cases des formulaires URSSAF.
Cette fois, j’ai répondu différemment, mais j’ai raté mon coup.
Batman est turc
L’histoire est trop énorme pour que je ne la partage pas: la ville turque de Batman attaque en justice Christopher Nolan, réalisateur de The Dark Knight, pour emploi non autorisé du nom…
Batman.
Hormis le ridicule consommé de la démarche (Batman a été créé en 1939 par Bob Kane, je veux bien que le courrier mette du temps à traverser l’Atlantique, mais fallait se réveiller un peu avant, les mecs), notons que la ville s’en prend au réalisateur du dernier film, qui n’a rien à voir avec la propriété intellectuelle du personnage.
Mais surtout, je trouve la chose profondément rigolote de la part d’un pays qui fait preuve d’un respect bien personnel de la propriété intellectuelle.

Je ne remercierai jamais assez l’organisation des Utopiales 2006 pour nous avoir fait partager ce monument du cinéma, Turkish Star Wars, en version sous-titrée – car la moindre réplique est immortelle. Par exemple, les deux glands qui servent de héros au film s’écrasent au début sur une planète pourrie.
Gland n°1 (appelons-le, je ne sais plus, disons, Bob). – Tu as peur?
Gland n°2 (que nous appellerons, par souci de concision, Ronald Ebenezer Penruthlan). – Oui.
Bob. – Alors ne le montre pas.
Ronald Ebenezer Penruthlan, l’air un peu supris. – Pourquoi?
Bob. – On ne sait jamais. Cette planète est peut-être exclusivement peuplée de femmes.
Ronald Ebenezer Penruthlan, après un temps de réflexion. – Tu as raison. Bombons les pectoraux.
Bref, vous aurez remarqué dans les neuf minutes d’extrait qui précèdent (si vous avez eu le courage de tenir jusqu’au bout) des « emprunts » à Star Wars, à la bande originale d’Indiana Jones, et j’en passe.
J’attends maintenant avec impatience le procès de Carta Mundi pour emploi illégal du nom « Joker ».
EDIT: Beaucoup d’articles se sont trompés sur le Net (et moi avec), Hüseyin Kalkan est le nom du maire de Batman et non pas une partie du nom de la ville. Mais voilà-t’y-pas que l’heureux se retrouve avec une page à son nom sur Wikipédia. Les curieux y trouveront une série de liens plus ou moins sérieux sur l’affaire.
Il est interdit de passer à l’Orange (Article R412-31 du code de la route)
[LD]
[Du haut de sa tour d’ivoire qui est carrée… ivoire est carrée… Hou hou hou]
[Troisième verger après le soleil]
Veuillez noter que, par la présente, je résilie mon abonnement Internet à Orange (formule 8 mégas). C’est pour moi une grande tristesse de quitter vos services que j’ai connus depuis les
balbutiements de l’ADSL.
C’est un pan d’histoire qui s’effondre. Ah, que de noms secrets, sortis de l’imagination fertile des commerciaux : Netissimo, Wanadoo ! Formules imprécatoires qui se voulaient magiques, mais
qui sonnaient plutôt comme des efforts poussifs visant à convaincre le client vaguement appréhensif face aux mystères de « l’Internet » que sa pratique était facile et amusante. Des noms
ésotériques, construits sur des principes qui ne l’étaient pas moins, obéissant à des formules cachées, transmises seulement au coeur des nuits les plus sombres parmi la très fermée confrérie
des Consultants : un nom branché se doit de comporter les syllabes « issime » ou « doo ». Le problème, comme vous l’avez bien vu, messieurs, c’est que le « branché » est une denrée périssable.
Espérons qu’au contraire, la nouvelle « Orange » le sera moins, du moins tant qu’elle ne sera pas dévorée par Vodaphone – un nom fort peu heureux en langue française, lui, évoquant l’atroce
image d’un émétique administré par 0811 (13 centimes d’euros la minute de consultation, mais le temps de mise en relation est gratuit).
Hélas, messieurs, je pardonnai vos errements – les déconnexions intempestives qui ne furent résolues que par une enquête physique sur le DSLAM ; le service technique qui ne rappelle jamais
quand il promet de le faire ; même, messieurs, même, votre usage abusif de ce pauvre David Bowie en musique d’attente qui, s’il n’a peut-être rien contre l’usage et l’abus, serait probablement
consterné de se voir progressivement associé à la frustration du temps d’attente. Mais je fus terrassé par une latence excessive due à des problèmes de transaction entre Orange et OpenTransit,
ce que les techniciens de la hotline, à la compétence inférieure à la mienne, n’ont jamais daigné comprendre ; je l’avoue, messieurs, à ma grande honte, j’en gourmandai sévèrement certains qui
ignoraient jusqu’à l’existence du traceroute. Mais peut-on travailler sérieusement sur les autoroutes de l’information en ignorant l’existence de leur GPS ? Je crois, messieurs, que si nous
pouvons nous enorgueillir d’un si beau réseau routier, c’est que nos ouvriers savent différencier le bitume de l’asphalte.
En conclusion, en guise d’adieu, messieurs, il me reste à vous léguer un modeste don, une citation de Robert Sabatier trouvée sur Internet qui nous concerne, vous et moi : « À notre époque où
l’on parle tant de communication, la vraie communication est poétique. »
Je l’ai trouvée via ma connexion… Free.
(Par lettre simple)
Music is my aeroplane
Une petite absence ces temps-ci qui s’explique par une coupure momentanée du Net, le temps de quitter Orange pour aller chez Free. Je croyais naïvement que nous vivions dans un pays concurrentiel et que je pouvais me faire ouvrir deux forfaits ADSL sur la même ligne, prêt à passer de l’un à l’autre en cas de défaillance, examinant à la loupe les performances des services pour les comparer et adopter donc le meilleur en connaissance de cause. Que nenni, fou, naïf, inconscient que j’étais. C’est un seul forfait, point barre. C’est donc Free. Mais je me suis trouvé coupé du monde pendant une bonne semaine et, mine de rien, dans cette période de gros boulot, ce fut un sacré handicap à la fois professionnel et personnel (le Net étant un de mes rares contacts avec le monde ces temps-ci). Bref, c’est réglé.
Mélanie m’a refilé la balle pour un jeu fort sympathique (tu savais que je ne résisterais pas à la tentation, hein!):
– Choisir 5 chansons qui vous ressemblent et dire pourquoi
– Faire une petite playlist avec
– Rajouter en sixième position « The Song », celle que vous aimez d’amour, plus jamais vous ne pourrez vivre sans
– Et taguer 5 personnes de votre choix.
Cinq morceaux plus un? C’est horriblement difficile, mais très intéressant justement parce qu’il ne s’agit pas de proposer cinq morceaux qu’on apprécie tout particulièrement, mais d’essayer un peu de se « définir » musicalement. Et cela change totalement la sélection, puisqu’on quitte le domaine des goûts, variables avec le temps, pour arriver à des choses beaucoup plus personnelles. Et je dois dire que la sélection, prise dans son ensemble, présente curieusement à mes yeux une personne que je reconnais mal, comme quand on se voit ou qu’on s’entend après avoir été filmé ou enregistré. On sait que c’est « soi », pourtant, la personne semble extérieure.
Bref, comme Mélanie, je me suis limité à YouTube et Deezer, et j’ai effectué quelques choix, mais d’autres auraient été possibles dans le même registre.
1. Le générique de Téléchat
Eh bah oui. Je regardais religieusement Téléchat quand j’étais tout môme – quand je dis religieusement, c’est que je n’en manquais pas un seul, je me les repassais en boucle, j’avais peur de Léguman, je comparais les gluons, etc. Mais force est de constater qu’à trois ans, le second degré de l’émission m’échappait totalement – ça restait un gros chat (j’adore les chats, ça se voit peut-être?) – qui présentait le journal. Pourtant, je sentais bien qu’il y avait des trucs un peu bizarres. Arte ne s’y est pas trompé en rediffusant la série aux côtés du Monty Python Flying Circus il y a une quinzaine d’années. D’aussi loin que je me souvienne, ce fut ma première et très précoce exposition au surréalisme, et ça a laissé des marques. Les DVD trônent aujourd’hui fièrement sur mon étagère et je ne me lasse pas de voir cette tarte à la crème volante essayer de déclamer Hamlet devant un buste de Shakespeare.
J’ai aussi envisagé de mettre une chanson de Boris Vian comme La Java des bombes atomiques, vu l’importance que son oeuvre a eu sur ma vie et le discours à la fois absurde et
irrévérencieux de la chanson, mais j’ai découvert sa musique bien plus tard. Non, Téléchat était définitivement le morceau à choisir ici.
2. Eric Serra – The Big Blue Overture
« Eh bah oui », encore une fois. Le Grand Bleu était déjà décrié à l’époque où il est sorti; aujourd’hui c’est encore pire, vu qu’on a tendance à juger une oeuvre passée à la lumière de l’oeuvre actuelle (ce qui ne veut pas dire grand-chose) et que Besson n’est pas en odeur de sainteté chez les gens bien comme il faut. Mais je fais mon coming-out: ce film fait partie des pierres angulaires de mon imaginaire d’adolescent et j’assume à 100%. La solitude de ce Mayol fictif, sa consternation face à Rosanna Arquette qui lui promet « une maison et un chien » alors qu’il évolue dans un monde immense et inexprimable résonnaient profondément chez moi. En plus, j’ai travaillé quelques années à Marineland: le dauphin du début, c’est Joséphine, et je l’ai connue, la grosse ahem, petiote.
3. The Future Sound of London – My Kingdom
Quand mes copains de collège et de lycée ne juraient que par Blur, Queen (que j’aimais beaucoup quand même) et REM, j’écoutais des trucs vraiment bizarres pour mon âge, notamment Jean-Michel Jarre (j’assume, bis) et Tangerine Dream. Je me suis mis à la musique chantée très tard, en fait, préférant longtemps la pureté de l’instrumental et la recherche sur la matière sonore que permet l’électronique (avec laquelle je fais encore un peu mumuse quand le temps le permet).
J’adorais ces musiques quand cela ne recouvrait pas encore dans l’esprit du grand public techno et dance, quand il s’agissait prioritairement d’explorations atmosphérique et musicale, sans le besoin de remuer un dancefloor. Deux formations sont pour moi au sommet de ce genre, Orbital et surtout The Future Sound of London. L’album le plus abouti de FSOL est Dead Cities dont est tiré ce morceau, « My Kingdom ». Pourquoi celui-là? Pour son ambiance à la fois chaotique et structurée, son atmosphère entre appréhension et découverte, et aussi… pour son sample vocal symbolique à bien des aspects. Sans utiliser Google, saurez-vous reconnaître d’où il vient?
4. Jason Hayes – The Shaping of the World
Je voulais la version symphonique du prologue de FInal Fantasy VI mais elle est introuvable sur le Net. J’ai donc pris ce morceau-là qui est une piste bonus de la bande originale World of Warcraft. Au-delà de WoW, ce morceau évoque pour moi bien des choses: il symbolise toute la fantasy enchanteresse, mystérieuse ou héroïque, qui vous entraîne dans ses mondes, ses rêves, ses sagas. Avec la littérature, le jeu vidéo, le film, l’animation sont pour moi autant de portes d’entrée vers l’imaginaire, où je me coule avec bonheur. The Shaping of the World, comme le prologue de FFVI, représentent pour moi une fantasy que j’aime, aux mondes familiers et pourtant fondamentalement différents, où se déroulent des luttes épiques à tous les niveaux – qu’il s’agisse de triompher de l’ennemi ou de soi-même.
Et je puis je reste un gros geek. J’assume (ter).
5. Therion – Nightside of Eden
Impossible pour moi de faire une sélection musicale sans faire apparaître un bon métal. J’ai choisi « Nightside of Eden » de Therion, sur l’album Theli, qui mêle gros son, éléments symphoniques et efficacité. J’ai toujours trouvé ce titre très évocateur et j’apprécie beaucoup la dimension sous-jacente du texte: « A paradise lost / (An) Eden to regain / To illuminate / (The) Dark side of brain », soit, évidemment, la recherche dans l’inconscient, le questionnement perpétuel, le rejet de la convention en faveur de la quête personnelle.
Pour ce qui est du texte, j’aurais préféré « Clavicula Nox » du même groupe sur Vovin, mais si le morceau est superbe, je voulais un peu de patate dans cette sélection. « Dark horizons come close to me / and magick will be my key / I will travel through the gate / to be the finder of my fate... »
6. Tristania – Selling Out
Voici donc « the » song, la chanson sans laquelle je ne saurais vivre même que je l’aime d’amour. Je vous ai dit que FSOL et Orbital étaient pour moi les groupes quintessentiels de l’électronique? Eh bien World of Glass de Tristania est pour moi l’album quintessentiel du métal goth, et « Selling Out » est la plus belle chanson de l’album. Voix féminine magnifique, parfaitement équilibrée avec les grunts et le choeur, production parfaite, texte à la fois simple et prenant les tripes, cette chanson dégage à la fois un désespoir abyssal et une force dévastatrice. Elle a sauvé ma raison dans bien des moments difficiles (et je lui rends d’ailleurs hommage dans quelques passages du supertanker).
La suite!
Voilà qui était long, mais merci Mélanie, l’exercice était vraiment passionnant. Il me faut maintenant passer le relais. J’aimerais bien savoir comment répondraient Léa (oui, je suis une ordure, tu as trop de boulot pour jouer à ça et pourtant c’est tentant…), Kanux,
Sneed, Lelf et Francis. Comme toujours, si
vous n’avez pas le temps, pas de problème, hein, ce n’est qu’un jeu 😉
Demain, des liens (hypertexte)
Je me suis attelé à un vaste projet: repiquer mes vieilles VHS en DivX pour enfin me débarrasser de ces piles de plastique noir remplissant des bibliothèques qui seraient plus efficacement peuplées par des livres. J’ai déjà fait trois cartons et j’ai un beau spindle de 100 DVD qui trône sur mon bureau. Niveau place, tu peux pas test.
Tous ces bijoux de nullité filmographique ayant été enregistrés à la télé, je tombe régulièrement sur des pubs des années 80, et je me suis vu scotché dix minutes à un écran interminable de La 5 avec une fascination perverse mêlée d’horreur. Je n’ai pu m’en détacher qu’une fois les yeux en sang, les tympans percés, plus de cheveux et l’envie compulsive de m’acheter un carré de Samos, Samos, la portion de lait des grands. Ce que j’ai vu ce soir-là ne figure même pas sur YouTube, mes amis, car, oui, certains abîmes méphitiques du marketing télévisuel doivent rester endormis, lovés sur mes bandes magnétiques où, du fond de ma cave, défuntes, elles rêvent et attendent. Ph’nglui. Pardon.
Quel commercial laitier d’il y a vingt ans aurait pu deviner l’évolution publicitaire de son produit? Jadis, d’innocents garçonnets sauvaient des lionceaux sur une chansonnette qui donnerait même des cauchemars à une boîte à musique savante. Aujourd’hui, ils ont été supplantés par des camps de jeunes gens au regard de braise dont la lèvre supérieure porte une douteuse moustache blanchâtre.
(Les garçonnets ont dû grandir, j’imagine.)
Tout ça pour justifier mon titre débile: c’est un truisme, mais le monde s’accélère et Internet bouleverse énormément de modèles acquis parfois depuis des siècles. La futurologie a toujours été un art hasardeux, mais il est encore plus difficile aujourd’hui de composer une image vraisemblable de notre monde dans une dizaine d’années.
Or, il se déroule actuellement un des procès les plus importants, peut-être, sur le sujet. Le genre de décision qui influencera peut-être notre façon de consommer à long terme, quel que soit le
jugement rendu. LVMH a récemment gagné en France contre eBay en première instance, condamnant le site d’enchères en ligne à verser la bagatelle de 39 millions d’euros et nous en sommes, si j’ai bien suivi, à l’appel.
Les raisons du différend: évidemment la vente de contrefaçons sur eBay. Mais le noeud du problème est plus fondamental à mon sens: il s’agit la violation du réseau de distribution sélective. En deux mots, LVMH ne vend ses produits qu’à travers des distributeurs agréés (parce qu’ils ont prouvé leur efficacité, parce que leur identité correspond à l’image luxueuse que recherche LVMH, etc.).
Evidemment, eBay n’est pas dans la liste.
On pourrait brandir tout de suite la dialectique « économie classique » contre « économie du Net », mais tout cela cache surtout de profondes implications sur l’avenir de la distribution des biens de consommation. À l’heure où Internet franchit les frontières dans la plus totale transparence (à moins de s’appeller la Chine ou l’Arabie Saoudite), peut-on raisonnablement conserver un « réseau de distribution sélective »? Sera-t-il d’ailleurs possible de conserver un réseau de distribution tout court autre que « le » réseau?
Mais j’y vois surtout un retour par la bande les questions du droit d’auteur et du copyright.
On se rappellera la violente controverse portant sur la licence globale au moment de l’étude de la loi DADVSI. Un des arguments des opposants à la licence était le suivant: le fait pour l’artiste ou le producteur d’abandonner, dans les faits, tout contrôle sur la diffusion d’une oeuvre (puisque copié à l’infini en p2p) était jugé inacceptable.
Et sur ce point, le procès qui oppose LVMH à eBay n’est justement pas si éloigné, au moins dans l’esprit. Je doute franchement qu’eBay gagne, parce qu’un tel jugement casserait justement le statut sélectif des réseaux de distribution, ce qui aurait d’énormes répercussions qui dépasseraient très largement le cadre du procès. Et, dans la culture, cela irait à l’encontre de l’argument précédent des opposants à la licence globale.
Mais c’est bien là toute la question fondamentale de la diffusion aujourd’hui et toute la dialectique d’Internet. Faut-il s’efforcer de conserver le contrôle de la distribution ou l’abandonner pour
toujours?
Au-delà de l’économie, les implications éthiques et philosophiques de chaque possibilité ne sont absolument pas neutres.
Oh, et puis tiens, puisqu’il est question d’avenir, en passant, le chef de la recherche d’Intel place la singularité technologique à l’horizon 2050. Dans 42 ans (tiens), nous serons tous obsolètes. Ca va être déprimant, de perdre tout le temps aux jeux vidéo.
Salut à toi, le président du monde
Dans un discours à l’université de Wesleyan, Barack Obama eut la petite phrase suivante:
« Our individual salvation depends on collective salvation »
(Le salut individuel dépend du salut collectif.)
Phrase qui fut aussitôt vilipendée par la presse et la blogosphère américaine. Car beaucoup y lisent une critique de l’American way of life, enjoignant les étudiants de ne pas se limiter à l’achat de la grosse voiture, de la grande maison et du joli costard qui forme le modèle de réussite de la classe moyenne. Car ce way of life, considéré par beaucoup comme un acquis de haute lutte – par une conquête de l’homme sur l’adversité des éléments et de la vieille Europe – est un principe fondateur de l’inconscient collectif américain.
Mais ce n’est pas son discours. Obama veut inciter son auditoire à prendre la mesure d’enjeux qui les dépassent; à servir leur pays du mieux qu’ils le peuvent – à agir en citoyens responsables. Et, dans le pays dont il risque d’hériter, enlisé en Irak, détesté par une bonne partie du monde, grignoté par un fondamentalisme arriéré, ce discours n’est nullement anodin.
La phrase n’est guère surprenante pour nous, Européens, plus encore Français, qui avons une riche histoire de solidarité et d’avancées sociales. D’ailleurs, en ces temps de mutations où notre pays refait certaines des plus graves erreurs américaines, il est probablement encourageant de la voir dans la bouche d’un présidentiable. Mais, une fois sorti de la légitimité que lui donne son contexte, le discours d’Obama tient-il encore?
Pas entièrement, je crois. Ce ne sera guère original – bien que fort vrai – d’affirmer que l’individu se nourrit de la collectivité autant que l’inverse. Mais nos systèmes politiques, nos modes de vie, nos inconscients gravitent à mon sens autour d’une mauvaise dualité: à savoir la collectivité oeuvrant pour soi, face à l’intérêt de soi, oubliant l’oeuvre de soi.
Il est évident que nous ne pouvons survivre que si le groupe prospère. Mais, simultanément, nous traversons une phase grave de désenchantement, qui conduit à un repli individualiste. Il y a dans l’inconscient collectif actuel un sentiment écrasant d’impuissance rageuse, doublé d’une peur (artificielle ou non), qui se traduit par un égoïsme ordinaire, qu’il s’agisse de se garer sur les places pour handicapés ou de piquer des post-it au boulot, motivé par un obscur sentiment de rétribution. Car si nous n’avons pas d’influence sur le monde, qu’importe notre mesquinerie?
La vérité, c’est que nous ne sommes pas des gouttes d’eau sans influence… Et que le groupe est aussi la somme de ses parties. Sans groupe, point de salut individuel. Mais l’être n’est pas impuissant, sur sa vie, sur le monde, sur les structures qui l’encadrent – c’est un mensonge. Si le salut collectif assure le salut individuel, le salut collectif repose avant tout sur l’action de l’individu… Même loin des caméras ou des yeux divins, comme l’espérait Kant.
C’est idéaliste. J’assume. Je suis un misanthrope optimiste, perpétuellement déçu par mes contemporains mais n’abandonnant jamais l’espoir d’être agréablement surpris. Je crois profondément à l’action individuelle et motivée, à l’inventaire personnel raisonné, à la victoire de chacun sur ses démons. A l’impeccabilité de la personne pour que notre monde franchisse une nouvelle étape, débarrassée de ses vieux oripeaux, de ses vieilles angoisses. Ce n’est probablement pas pour ce siècle, mais ce monde me fait quand même l’effet d’être en retard sur son changement de vie. Nous pouvons au moins commencer maintenant. A tout le moins, l’individu en lui-même vivra mieux, ce qui devrait constituer une incitation suffisante.
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Bien, il est temps que je me mette au goût du jour, la langue française, c’est dépassé.






