Les stages d’écriture organisés aux Mots : pourquoi, comment (entretien avec Marjorie Stachetti)

Les Mots est une école d’écriture construite sur un modèle unique à ma connaissance en France, qui se rapproche un peu de l’apprentissage « à l’Américaine » (stages techniques, ateliers aux long cours visant à développer une facette du métier). Tu as peut-être vu, auguste lectorat, qu’il m’arrive d’y proposer des conférences et des stages ; notamment, il y a un mois environ, j’en proposais un sur la création de monde imaginaire. Marjorie Stachetti y a participé et, « dans le cadre d’un projet sur les ateliers d’écriture », recherche des « retours d’expérience des auteurs qui animent les ateliers et les stages ». Ce fut l’occasion d’une discussion pour lever un peu le voile sur la manière dont on prépare ce genre de session, et comment cela s’organise, en tout cas de mon humble point de vue. Peut-être cela vous donnera-t-il envie de vous joindre à l’aventure une prochaine fois ?
Quel est votre parcours de vie en quelques moments clés, suivant la ligne directrice qui vous a mené à l’écriture et à la publication ?
Je crois que j’ai toujours voulu écrire. Ou que je n’ai rien su vouloir d’autre ! Quand j’ai découvert dans ma petite enfance la nature de l’écrit, j’ai trouvé que c’était le pouvoir le plus fantastique du monde : vous voulez dire qu’on peut laisser des messages à des gens, et qu’ils peuvent les recevoir en votre absence ? Rien n’est plus puissant que ça ! J’ai tanné mes parents (lecteurs d’imaginaire tous les deux, d’ailleurs) pour apprendre à lire et écrire avant l’âge légal. De là, raconter des histoires était un pas naturel que j’ai franchi très vite. Bien sûr, il y avait tout un monde entre ces premiers récits balbutiants et l’écriture professionnelle ! J’ai toujours été passionné aussi par les grands espaces et la faune marine. Je suis devenu ingénieur agronome spécialisé en halieutique (en gros, biologiste marin) et une fois mon diplôme en poche, constatant que j’étais peut-être plus taillé pour raconter la poésie du monde que pour la quantifier, je me suis lancé (avec beaucoup d’inconscience mais aussi de bonne volonté) dans la littérature. J’ai abordé le domaine de manière systématique, puisque c’était l’approche que j’avais apprise dans mes études d’ingénieur : d’une, j’ai voulu faire tous les métiers possibles pour acquérir une vision globale ; de deux, je suis allé apprendre en ligne auprès des Américains les bases de la technique narrative (parce que, il y a bientôt vingt ans, quasiment personne en France ne s’en souciait). J’ai ainsi été un temps critique littéraire, j’ai dirigé une revue de fantasy (Asphodale), fait beaucoup de traduction littéraire (avec grand plaisir, une expérience très riche d’enseignements)… Il m’a fallu trois ans pour publier mon premier texte de manière professionnelle (« Tuning Jack » dans la revue Galaxies, en 2004). J’ai commencé à placer des nouvelles régulièrement, jusqu’à publier mon premier roman (La Volonté du Dragon, en 2010). Je me suis centré de plus en plus vers l’écriture pure au fil de ces années, et à partir de là, j’ai commencé à publier environ un livre par an, un rythme qui me convient bien.
Dans quelles circonstances êtes-vous entré en contact avec Les Mots ? Comment s’est présenté l’idée d’un atelier d’écriture ?
Une de mes anciennes éditrices, Stéphanie Chevrier, qui dirige les éditions Don Quichotte et qui a publié ma trilogie « Léviathan » (La Chute, La Nuit, Le Pouvoir), était en contact avec l’équipe fondatrice des Mots. Elle savait que je réfléchis beaucoup à la technique littéraire et à comment la transmettre : comme je le disais, quand j’ai appris les fondamentaux de la narration, autour des années 2000, on ne trouvait des ressources quasiment qu’en anglais. Sur mon blog, par des ateliers et des conférences (et plus récemment à travers le podcast Procrastination que nous animons avec mes camarades Mélanie Fazi et Laurent Genefort), je m’efforce depuis près de dix ans de transmettre en langue française ce que j’aurais aimé trouver quand j’ai commencé ce métier. Stéphanie nous a ainsi mis en relation avec Les Mots, et comme je n’habite pas à Paris, nous nous sommes efforcés de trouver un format d’intervention qui soit compatible avec un relativement bref séjour, soit celui du stage intensif.
Quels sont les ateliers et stages que vous avez animés ? Intitulé, résumé, but recherché.
J’ai proposé deux conférences aux Mots : une sur les littératures de l’imaginaire de manière générale et une sur les outils numériques d’aide à l’écriture et à la création. J’anime actuellement deux stages intensifs sur un week-end : la création de monde imaginaire (descriptif détaillé) et la notion de conflit en narration (descriptif détaillé).
Comment avez-vous préparé ces ateliers ou stages ?
La forme voulue par Les Mots s’articulait à chaque fois autour de six séances d’écriture suivies de lectures, échanges et débats sur les difficultés et réussites rencontrées lors de l’exercice. (Le tout sur deux jours.) J’ai à chaque fois en tête des notions bien précises que je m’efforce de faire passer, ou du moins manipuler aux stagiaires ; ce sont des outils que j’emploie moi-même quotidiennement dans ma pratique, que j’ai raffinés avec les ans, et qui me permettent d’avancer d’une manière qui me convient. Je construis donc mes six exercices en un parcours d’une difficulté et d’une complexité croissantes qui réutilisent à chaque fois les notions abordées aux étapes précédentes. Concrètement, j’ai une carte heuristique (« mind-map ») qui aborde le sujet par le maximum d’angles possibles et d’où découlent les consignes d’écriture que je donne aux stagiaires. Je propose également une liste de « déclencheurs » qui sont là pas des consignes, seulement des éléments facultatifs destinés à stimuler l’imaginaire pour fournir un point de départ à l’écriture (car il est difficile d’écrire sur commande).
Quels sont vos ressentis de ces ateliers ? Du travail de groupe ? De la relation avec les stagiaires ?
Excellents. Je suis souvent frappé par la maturité de réflexion qu’ont les stagiaires sur leur propre pratique et la créativité qu’ils arrivent à débloquer dans des conditions d’écriture exigeantes (dues à la forme d’un stage intensif). Je suis également très heureux de voir l’harmonie et la bienveillance entre les participants ; tout le monde offre des retours constructifs sur le travail des autres de manière à se tirer mutuellement vers le haut. C’est un vrai plaisir, qui peut aller jusqu’à une sincère émotion pour moi.
Que retirez-vous de l’expérience pour votre propre écriture ?
On raconte qu’on ne maîtrise réellement une notion qu’à partir du moment où l’on est capable de l’enseigner : réfléchir à mes propres outils de manière à les transmettre m’oblige à les conceptualiser de façon plus développée et exhaustive, ce qui contribue évidemment à faire avancer ma propre réflexion. Durant les stages, je suis très souvent réjoui par la liberté et la candeur dont les stagiaires font preuve dans leur propre entreprise de création ; quand on navigue à travers les exigences professionnelles de ce métier, c’est une fraîcheur que l’on peut parfois perdre un peu de vue. Voir le bel exemple de cette énergie, de cette audace débridée, représente pour moi un appel à me reconnecter moi-même à ces impulsions et à les nourrir dans mon propre travail avant toute autre considération.
Avez-vous déjà eu des difficultés avec un stagiaire ? De quel ordre ? Comment les avez-vous résolues ? Cela a-t-il eu une influence sur les ateliers suivants ?
Presque à chaque fois, un ou une stagiaire a abandonné presque dès le début, pour des raisons similaires : l’écriture n’arrivait pas pour un blocage ou un autre. La consigne d’un atelier représente un cadre qu’ils n’acceptent pas, ou qu’ils n’arrivent pas à adopter. Dans ce contexte, je ne peux pas faire grand-chose : les objectifs et la forme des stages sont très clairement présentés avant l’inscription. Dans tous les cas, j’ai eu l’impression que le blocage concernait de courants psychologiques profonds chez la personne, de son rapport à sa propre image, à la réalité du travail de l’écrivain ; je ne peux pas faire grand-chose là-dessus, car on n’est plus dans le domaine de l’écriture stricte. Je ne peux pas répondre à la place des gens à la question « Veux-je vraiment écrire ? Et y travailler sincèrement ? » C’est à chacun d’y répondre (si possible avant l’inscription !). Pour ma part, je me place résolument dans une optique professionnalisante – c’est-à-dire, on est là pour produire, apprendre et affronter des difficultés avant de se préoccuper de qualité ; je cherche à pousser les stagiaires à sortir de leur zone de confort pendant deux jours pour en retirer des enseignements dans leur propre pratique. Donc, oui… c’est du boulot !
Quelles sont les évolutions dans vos animations de stages ? (le choix des sujets, l’organisation des séances, la gestion de l’heure, du groupe, des exercices, des retours)
J’avais déjà proposé beaucoup de stages intensifs dans d’autres cadres avant de travailler avec Les Mots, donc j’avais une certaine habitude de ce genre de formule, que je pratique depuis des années. Je m’efforce globalement de m’adapter à la dynamique du groupe dont il est question, en fait. Certains sont plus bavards (il faut limiter le temps de parole), d’autres moins (c’est à moi de proposer davantage de commentaires, de questionner le groupe). Ce qui compte, c’est que tout le monde reparte en ayant au minimum l’impression de s’être un peu dégourdi le cerveau et d’avoir relancé sa créativité ; idéalement, que les techniques vues pendant le stage s’ancrent et fassent réellement progresser la pratique. J’ai adapté au fil du temps l’équilibre des horaires pendant la journée pour réserver des horaires confortables à chaque temps (création, restitution). Il y a ensuite encore un certain nombre de sujets sur lesquels je pense pouvoir apporter de la valeur, nourris par ma pratique des littératures de l’imaginaire et de la narration populaire, qu’on mettra peut-être en place au fil du temps, si cela intéresse l’école bien entendu !
Que se passe-t-il APRES le stage ? Y a-t-il eu des contacts durables avec certains groupes ? stagiaires ? des travaux en commun ? des écrits ? des anecdotes ?
Les jeunes auteurs demandent souvent où trouver des relecteurs pour leurs écrits, et je réponds toujours : gardez le contact avec vos camarades quand vous faites des ateliers, entraidez-vous ! Un groupe notamment a fondé une liste d’échange où les nouvelles et les encouragements mutuels tournent, ce que je trouve génial. Certains auteurs font même une jolie carrière dans l’autopublication, d’autres développent romans et nouvelles, et voir ces progrès ne peut que motiver les autres à se donner le courage d’écrire, à leur tour, les histoires dont ils rêvent. C’est émouvant pour moi aussi, comme je le disais plus haut, de voir que ce que je me suis efforcé de faire passer ait pu résonner avec d’autres et les aider. Sincèrement, c’est tout ce que j’espère arriver à faire.
À quel rythme faites-vous ces formations en atelier d’écriture ? Quelle place prennent-elles dans votre vie professionnelle ? Quelles sont les sources, s’il y en a, qui vous ont aidées à animer un de vos ateliers ?
J’en donne en moyenne trois à cinq par an ; je ne veux pas en faire une activité principale. Mon métier consiste à écrire des histoires, pas à enseigner (même si j’aime beaucoup ces moments). Je m’assure donc de conserver un équilibre en faveur de la création. Je n’utilise pas de sources particulières pour créer les stages ; je m’efforce de transmettre ce que j’ai pu comprendre, de mon côté ; de partager mes propres outils. Lesquels, bien sûr, se sont construits à travers tous les livres, articles, sur le sujet que j’ai pu lire, les ateliers que j’ai pu faire moi-même il y a des années, et surtout par l’expérimentation ; mais ce n’est pas « une » vision extérieure que je transmets, c’est (et je l’exprime très clairement au début de chaque stage) la mienne, distillée à partir de ce que j’ai pu apprendre et glaner un peu partout. J’encourage les stagiaires d’emblée à la questionner, à la tester, pour décider ce qui leur convient, ou non, là-dedans ; ce n’est qu’une piste, et j’espère qu’ils distilleront, à leur tour, leur propre vision personnelle, celle qui leur permettra d’écrire, et dans laquelle je ne serai, moi aussi, qu’une influence parmi mille autres !
Avez-vous eu connaissance du retour et des avis des stagiaires sur votre atelier/stage ? Correspondent-ils à vos attentes ? Vous en êtes-vous servis pour modifier votre atelier ? Dans sa structure ? son rythme ? ses exercices ? Autres ?
Non, je n’en ai pas eu connaissance en détail, mais les quelques échos que j’en ai eus ont été très positifs. Du coup, pas de nécessité de trop changer mon fusil d’épaule, je pense ! Mais bien sûr, je suis prêt à faire évoluer les choses en fonction des demandes.

Propos recueillis par Marjorie Stachetti.

2018-10-29T15:39:59+02:00mercredi 31 octobre 2018|Entretiens|3 Commentaires

L’atelier de ce week-end sur la création d’un monde imaginaire est complet

Je n’en ai pas parlé ici, je suis vraiment désolé (la faute, franchement, au déphasage de l’été, à la dernière ligne droite de La Fureur de la Terre, au retour en France) – heureusement, les organisateurs ont fait une promotion du tonnerre de leur côté, et j’espère que l’information vous sera revenue par d’autres biais, car le stage intensif que je donne à Paris ce week-end, autour de la création de monde imaginaire à l’école d’écriture Les Mots est complet. Toutes mes excuses très, très plates si vous étiez intéressé.e et que vous êtes tombé.e dessus trop tard. Cependant, ça n’est pas la première fois que je viens aux Mots pour ce genre de week-end, l’équipe et le lieu sont super – il est donc probable qu’on reconduira ce genre d’expériences en 2019. Et surtout, merci pour votre enthousiasme !
2018-09-27T19:58:24+02:00mardi 2 octobre 2018|Dernières nouvelles|4 Commentaires

Conférence sur les outils numériques d’écriture + atelier d’écriture sur le conflit (ce week-end à Paris)

Et donc, c’est reparti pour quelques déplacements en ce début d’année. Notamment, je serai ce week-end à Paris pour deux événements autour de l’école d’écriture créative Les Mots, qui me fait le plaisir de m’inviter une nouvelle fois à intervenir : → Une conférence vendredi soir sur les outils numériques d’aide à l’écriture. Si vous voulez entendre tout le discours qui va autour de la présentation mise en ligne ici, c’est l’occasion1. L’inscription est nécessaire sur le site des Mots.
En se fondant sur des études récentes relatives à la créativité ainsi que sur son expérience d’auteur, Lionel Davoust propose dans cette conférence de voir comment ces nouveaux outils libèrent l’esprit pour qu’il accomplisse son meilleur travail, quels sont leurs avantages et inconvénients, et quelles sont les qualités à rechercher. Il partagera et explicitera également certaines de ses recommandations fondées sur son propre flux de travail, qui débordera vers les notions d’organisation et de productivité. Car nous vivons une ère réellement merveilleuse pour les créateurs, tandis que les outils numériques deviennent réellement, pour reprendre les mots de Steve Jobs, des « bicyclettes pour l’esprit ». Peut-on écrire plus facilement, plus vite, et avec plus de plaisir ?
(Spoiler : oui) → Un atelier sur l’ensemble du week-end concernant la notion de conflit en narration, qui représente l’un des outils fondamentaux pour construire et orienter une intrigue au jour le jour, et la boussole qui m’a personnellement tiré de plus d’une impasse narrative. Là aussi, plus d’infos et inscriptions sur le site des Mots.
À la fois question préparatoire féconde et boussole pour s’extirper d’une impasse littéraire, la notion de conflit en narration forme un socle dont la compréhension profonde aide l’auteur à rendre ses récits plus efficaces, plus prenants, tout en simplifiant son travail en lui fournissant les questions cruciales qui l’aideront à progresser dans son histoire. Et, loin d’un affrontement binaire de film à grand spectacle hollywoodien, elle lui permettra au contraire, s’il le désire, de complexifier ses intrigues et ses personnages sans jamais sacrifier le suspense et l’intérêt du lecteur.
En espérant vous voir à Paris ! (Même si ça me fait étrange d’écrire ça. En Bretagne, en général, on balance ça comme une malédiction. Mais là, je vous assure, c’est sincèrement dit avec affection.)
  1. Si vous étiez déjà au cours du soir des Utopiales 2016 ou à Helsinki en août 2017, il s’agit de la même conférence.
2018-01-15T19:04:36+02:00lundi 8 janvier 2018|À ne pas manquer|4 Commentaires

En janvier, atelier d’écriture sur le conflit à Paris (et conférence)

Je m’y prends pas mal à l’avance, car les places sont parties rapidement l’année dernière : j’ai le grand plaisir de retourner en janvier à l’école d’écriture Les Mots, sise à Paris, pour proposer une conférence sur les outils numériques d’aide à l’écriture1 et, surtout, un nouvel atelier d’écriture centré sur la notion de conflit (laquelle est fondamentale, à mon humble avis, à l’écriture de toute histoire) :

Comment les outils numériques peuvent-ils soutenir l’écriture ? (conférence, 12 janvier)

L’écrit est l’une des formes de communication les plus ancestrales de l’humanité, et la fiction représente l’art narratif le plus ancien. Pourtant, pendant des siècles, la façon de créer de la littérature n’a que peu évolué, fondée sur des outils simples : du papier, un crayon. Or, avec l’explosion de l’informatique, des façons inédites d’approcher le texte, dans sa production, sa correction, sont apparues. Et avec le triomphe de l’ordinateur personnel et des terminaux mobiles, une révolution silencieuse de la création littéraire s’est opérée, fournissant des myriades d’outils novateurs à l’écrivain pour réaliser l’œuvre de ses rêves. En se fondant sur des études récentes relatives à la créativité ainsi que sur son expérience d’auteur, Lionel Davoust propose dans cette conférence de voir comment ces nouveaux outils libèrent l’esprit pour qu’il accomplisse son meilleur travail, quels sont leurs avantages et inconvénients, et quelles sont les qualités à rechercher. Il partagera et explicitera également certaines de ses recommandations fondées sur son propre flux de travail, qui débordera vers les notions d’organisation et de productivité. Car nous vivons une ère réellement merveilleuse pour les créateurs, tandis que les outils numériques deviennent réellement, pour reprendre les mots de Steve Jobs, des « bicyclettes pour l’esprit ». Peut-on écrire plus facilement, plus vite, et avec plus de plaisir ?
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Comment écrire une histoire grâce au conflit, notion fondamentale de la narration ? (atelier, 13 & 14 janvier)

Bien des écoles de création littéraire américaine résument la notion d’histoire à celle de conflit. Où est l’adversaire ? Qui les personnages doivent-ils vaincre ? Mais cette notion est souvent mal comprise, résumée à une opposition binaire entre deux camps et à une confrontation souvent fondée sur la violence. Or, dans le contexte de la création narrative, elle est bien plus vaste : elle représente l’énergie fondamentale de tout récit, tandis qu’elle exprime, de façon globale, la notion de difficulté et de tension, qui sous-tend toute intrigue romanesque. À la fois question préparatoire féconde et boussole pour s’extirper d’une impasse littéraire, la notion de conflit en narration forme un socle dont la compréhension profonde aide l’auteur à rendre ses récits plus efficaces, plus prenants, tout en simplifiant son travail en lui fournissant les questions cruciales qui l’aideront à progresser dans son histoire. Et, loin d’un affrontement binaire de film à grand spectacle hollywoodien, elle lui permettra au contraire, s’il le désire, de complexifier ses intrigues et ses personnages sans jamais sacrifier le suspense et l’intérêt du lecteur. 8 participants minimum / 12 participants maximum
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  1. Si vous étiez aux Utopiales l’année dernière ou à la Worldcon d’Helsinki cet été, c’est la même.
2018-01-08T08:42:09+02:00mercredi 25 octobre 2017|À ne pas manquer, Technique d'écriture|4 Commentaires

En mars : conférence puis atelier intensif sur les mondes imaginaires à l’école Les Mots (Paris)

Importante nouvelle, pour laquelle je m’y prends bien à l’avance : Les Mots est une école / atelier / incubateur sur l’écriture de fiction qui se crée à Paris (et dont on a pu déjà entendre parler dans la presse) dès l’année 2017. Au programme, des cours et ateliers de fond, suivis sur la durée, qui visent à propulser l’écriture et à nourrir l’échange entre auteurs expérimentés et moins expérimentés. Les Mots se situent à mi-chemin entre la technique très (trop) mécaniste de l’école américaine et le manque d’accent sur les outils que l’on peut parfois déplorer dans l’approche française de la narration, et sont confondés par Alexandre Lacroix (auteur et directeur de la publication de Philosophe Magazine) et Élise Nebout (auteur et journaliste). Donc, c’est vachement bien. (Pour ne pas me croire sur parole et tout savoir sur le concept, voir ici.) Et je vais avoir la lourde tâche, auguste lectorat, de faire partie de ceux qui représenteront l’imaginaire et de partager ses outils uniques et merveilleux (beh oui, forcément). J’interviendrai aux Mots en mars, dans le cadre de deux événements distincts (mais on peut participer au deux, bien sûr) :

Vendredi 24 mars, 20h, conférence « Plongée dans les littératures de l’imaginaire »

Les littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique) descendent en droite ligne des grands récits mythiques de l’humanité, de Gilgamesh à l’Odyssée, et offrent de nos jours les succès les plus retentissants de la narration, du Seigneur des Anneaux à Star Wars en passant par Harry Potter. Pourtant, elles restent décriées par ignorance et paresse intellectuelle, alors qu’au-delà de l’aventure et de l’évasion, elles offrent un laboratoire unique de réflexion sur l’humanité, sa vision du monde et les questions fondamentales qui l’animent. Auteur de trente nouvelles et de plusieurs romans, finaliste et lauréat de nombreux prix reconnus dans le domaine des littératures de l’imaginaire, Lionel Davoust propose un tour d’horizon des genres qui composent ce champ, des techniques de création qui le caractérisent, et comment leur usage peut enrichir de façon unique le travail d’écriture.
Places limitées : l’inscription et les tickets sont en ligne ici.

Week-end du 25-26 mars : atelier intensif « Créer un monde imaginaire »

De la Terre du Milieu du Seigneur des Anneaux à la luxuriance de la planète Pandora dans le film Avatar, la création de nouveaux espaces géographiques, de nouvelles règles du monde, constitue depuis toujours une des caractéristiques définissant les littératures de l’imaginaire (fantasy, science-fiction, fantastique). À la fois terrain de jeu sans bornes et exercice intellectuel où la rigueur doit organiser et cadrer ce foisonnement, la création de mondes imaginaires constitue peut-être la forme suprême de créativité littéraire, où toutes les libertés sont accessibles, et dont l’héritage remonte aux grandes mythologies. Ces mondes différents entraînent le lecteur dans une évasion sans précédent, tout en l’invitant à s’interroger sur sa propre humanité, sa vision du monde. Véritables paraboles modernes, ils permettent de s’affranchir des a priori culturels et historiques pour aborder d’un œil neuf des problématiques potentiellement graves comme la guerre, l’écologie, le pouvoir, tout en préservant la dimension épique d’une aventure romanesque. Créer de nouvelles règles du monde selon ses envies profondes ; en dérouler les conséquences naturelles, sociales, technologiques ; ménager l’équilibre entre cohérence et étonnement ; introduire ce contexte puis, enfin, le mettre au service d’une bonne histoire, tels sont les outils auxquels cet atelier se propose de sensibiliser ses stagiaires. Car, comme le dit G. R. R. Martin, l’auteur célèbre de Game of Thrones : « ce qui m’intéresse dans l’Histoire, ce sont les histoires » ; si le monde représente l’outil central de l’imaginaire, il ne saurait être le seul, et surtout, il ne saurait prendre l’ascendant sur l’impératif de narration indispensable à une lecture agréable. En utilisant la forme familière des récits de voyage, laquelle croise une multiplicité d’éclairages, les participants disposeront des premières briques d’un canevas narratif unique qu’ils pourront par la suite explorer à l’envi, que ce soit en approfondissant ses mécanismes, ou bien en y situant une, ou plusieurs histoires originales. Et, même s’ils choisissent de ne pas poursuivre ce voyage, ils se confronteront à une technique fondamentale de l’écriture : la maîtrise et la mise en scène du temps et de l’espace fictionnels.
L’atelier, sur le week-end, prendra la forme de sessions d’écriture et de débriefing alternées et intensives – parce que c’est le but : nous n’avons que deux jours, alors nous allons profiter au maximum du temps passé ensemble ! Atelier limité à 13 places : l’inscription se déroule ici, en ligne. N’hésitez pas à faire circuler l’information !
2017-01-20T10:28:53+02:00mardi 13 décembre 2016|À ne pas manquer|2 Commentaires