RÉVÉLATION : La Succession des Âges sera un haiku

Je travaille traditionnellement de façon secrète ; je peine à révéler des détails des projets en cours tant qu’ils n’approchent pas de leurs dernières étapes. Mais avec mon retour sur Twitter, je m’étais promis de lever un peu le voile sur la genèse de La Succession des Âges, l’ultime volume de « Les Dieux sauvages ».

Vous le savez, j’ai toujours cherché à adapter la forme d’un projet à son fond ; et tandis que nous approchons du printemps, il est temps de partager un peu plus la forme finale voulue pour ce livre. Avec tout l’élan acquis au cours des quatre – et épais – volumes précédents, il me semblait nécessaire de proposer une conclusion digne de ce nom – j’en ai parlé dans la feuille de route 2022 ; c’est le soin désiré pour cet ultime acte de la saga qui a dicté d’en repousser la publication, afin de le réaliser conformément à ma vision. Mais pourquoi, exactement ?

Nous parlons fréquemment dans Procrastination de la concision et de la nécessité d’évoquer plutôt que de dire ; avec l’expérience acquise sur cette série, j’ai voulu appliquer à la lettre exacte ces préceptes pour boucler la saga. Poussant la perfection formelle jusqu’à ses derniers retranchements, je peux vous révéler aujourd’hui que La Succession des Âges sera un haiku, frappant directement au cœur (et par totale surprise, car mes éditeurs ne sont pas encore au courant, n’est-ce pas excitant ?).

Or, un haiku mesure en français environ 70 signes, et si vous suivez les barres de progrès, à ce stade, j’en suis à 58% du livre – j’en suis en fait à 40 signes, ce qui représente, pour tout dire, 7 mots. Mais l’écriture n’est pas que question de quota journalier, de pages remplies ni de volume, il s’agit avant tout de sens, et je peux vous dire que ces sept mots ont été dûment choisis au cours de l’année précédente. Certains, d’ailleurs, m’ont demandé trois mois entiers à plein temps, ce qui explique la lenteur de production sur ce roman.

À présent, cela peut poser un problème de support physique, tout comme un livre volumineux. Je sais que les bibliophiles ont à cœur d’avoir une collection esthétiquement cohérente sur une saga ; mais qu’ils et elles n’aient crainte, car j’ai pris la liberté, pour faciliter le travail de Critic, de rechercher des solutions graphiques permettant de conserver grosso modo la même épaisseur d’ouvrage. La Succession des Âges sera ainsi imprimé sur du carton plume d’un grammage de 1260 g/M2, portant un mot par face, ajoutant ainsi le bénéfice d’une lecture confortable même en cas de presbytie. La réalisation de la maquette est extrêmement prometteuse :

Je ne doute pas qu’en vertu du support seul, ce livre est appelé à faire un carton.

Par ailleurs, cela signifie que pour la première fois, La Succession des Âges sera disponible en audiolivre ! La production sera grandement facilitée par ce format, puisque je pourrai en faire la lecture moi-même. Bénéfice supplémentaire : sa version en mp3, peu gourmande en place, sera lisible même sur les anciens terminaux, comme les Thomson TO7/70 équipés de lecteurs de disquettes 5’1/4 ! Et bien sûr, de façon générale, il sera facile de lire et relire ce livre, plusieurs fois dans la même soirée même, si on le désire, ce qui représente un bénéfice indiscutable sur les romans précédents.

Je suis ravi de partager ces nouvelles perspectives avec vous et j’espère que vous m’accompagnerez dans cette exploration d’un format parfaitement inédit (et pour cause) dans le monde du roman ! Je vous donne rendez-vous en juin, en principe, pour le huitième mot de cette histoire complexe, qui ne peut être servie, justement, que par le non-dire.

À très bientôt !

2022-03-29T08:57:04+02:00vendredi 1 avril 2022|Expériences en temps réel|8 Commentaires

La rencontre Argyll est dispo en replay, autour de Trackés et Comment écrire de la fiction ?

Merci à toutes et tous d’être venu·es assister à la première rencontre Argyll en live la semaine dernière ! La vidéo a été enregistrée, et si vous l’avez ratée, vous pouvez la revoir ci-dessous. Xavier Dollo et Simon Pinel, d’Argyll, nous recevaient Christophe Nicolas et moi pour parler de Trackés et de Comment écrire de la fiction ?. Avec également toutes vos questions au fil de la soirée. La vidéo est sur Faceb… Cefeb… Facebook Live, mais elle est visible même sans compte :

Christophe Nicolas

➡️ Voir la rencontre sur Facebook live

2021-05-21T10:53:06+02:00mercredi 26 mai 2021|Entretiens|Commentaires fermés sur La rencontre Argyll est dispo en replay, autour de Trackés et Comment écrire de la fiction ?

Passage temporaire en mode corrections pour L’Héritage de l’Empire

Si par extraordinaire vous surveilliez les barres de progrès du site, pas d’inquiétude si le premier jet de L’Héritage de l’Empire reste bloqué à 95% : pour arriver à tenir la date de publication en novembre, j’ai attaqué mes corrections, et je bouclerai ensuite la fin.

2020-06-06T21:23:34+02:00jeudi 11 juin 2020|Brèves|Commentaires fermés sur Passage temporaire en mode corrections pour L’Héritage de l’Empire

Écrire, être publié, ou les deux ?

Repost d’un fil sur Twitter sur un sujet qui me gratte depuis un moment, inspiré par des années (maintenant) d’observation des milieux éditoriaux, de discussions avec les jeunes auteurs, de lectures de messages sur les réseaux. Parce, quand je vois certaines frustrations relatives à la publication, ses règles, ses « contraintes », je ressens une dichotomie dommageable entre écrire et publier.

Écrire est la base. Raffiner sa pratique, de manière à étendre la palette de son expression pour arriver à cerner au plus juste le cœur de ce que l’on a à dire est le processus. Notez bien qu’il n’est nulle part ici question de publication. La publication est un bonheur, l’occasion de partager avec le monde, et peut-être même l’occasion de (wouah) gagner des sous. Mais :

La publication n’est pas la fin en soi ni – et je lis parfois ça dans la frustration de jeunes auteurs – la validation de vos efforts ni de votre personne. La validation de vos efforts, ce sont vos efforts en eux-mêmes. Vous écrivez. Ce « trajet de raffinement », comme le dit Léa Silhol.

Il est évident pour tout le monde que si tu veux faire The Voice ou que tu veux faire du concept art pour Hollywood, ça demande un boulot de malade mental. Ce n’est pas parce que tu chantes sous ta douche ou que tu griffonnes que tu as le niveau. Notez bien : CE N’EST PAS GRAVE. Cela n’invalide en rien votre création. L’acte de créer et l’acte de faire The Voice sont deux choses entièrement différentes.

Le métier du créateur consiste à raffiner sa pratique par amour de celle-ci.

Dis Siri, écris-moi une super histoire

Donc, de grâce, si c’est votre cas, cessez d’équivaloir au plus vite création et validation. Soyez dans l’amour et la disponibilité de ce qui vous a choisi pour exister ; soyez dans le travail pour lui donner la meilleure forme possible. C’est, réellement, tout ce qu’il y a.

Ne prenez donc pas une merveilleuse conséquence pour le but à atteindre. Si vous créez avec sérieux et dévouement, vous faites déjà ce qu’il faut.

Le reste n’est que :

  • travail, qui vous appartient
  • et au-delà, c’est hors de vos mains ; alors arrêtez de vous faire du mal et surtout, ne confondez pas voyage et destination.

2020-05-29T20:37:15+02:00mardi 2 juin 2020|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Écrire, être publié, ou les deux ?

Turning Pro, avec Steven Pressfield

J’avais, la bave aux lèvres, hurlé tout l’immense bien que je pensais de La Guerre de l’Art – comment Pressfield, avec un mélange de bienveillance et de secouage de puces, pousse créateurs et créatrices à ne pas céder à la Résistance, cette force nocive qui nous retient d’accomplir le travail (et l’œuvre) de notre vie. Pressfield a décliné ses idées en une série de bouquins après La Guerre de l’Art, qui, me semble-t-il, ne sont pas traduits :

  • Turning Pro
  • Do the Work
  • Nobody wants to read your sh*t

À lire dans cet ordre, d’après Pressfield, sauf le troisième qui peut être lu n’importe quand. Donc, comme j’apprécie qu’on me rappelle qu’un jour je ne serai plus là et qu’il me faut donc accomplir chaque jour mon meilleur travail sans attendre, il fallait forcément embrayer sur Turning Pro à un moment.

Qu’est-ce qu’un ou une pro ?

L’amateur tweete. Le pro travaille.

– Steven Pressfield

Merci, voilà, salut.

Un ou une pro est quelqu’un qui ne cède pas à la Résistance. Quelqu’un qui cesse de se raconter des histoires et de se trouver des excuses ou des raisons extérieures (ce que Pressfield appelle dans ce contexte un amateur) pour affronter l’œuvre de sa vie mais qui l’accomplit, quel qu’en soit le prix, quelle que soit la difficulté. Il ne s’agit pas de nier cette difficulté, ni cette terreur, au contraire ; il s’agit de les reconnaître avec respect – mais quand même de les affronter face à face. Bien sûr, il place « l’œuvre » dans un contexte artistique, mais stipule bien que c’est applicable à n’importe quelle réalisation à laquelle nous nous sentons appelé·es.

Pressfield établit certains parallèles entre la dépendance (quelle que soit la substance ou le dérivatif) et la vie créatrice ; les deux visant à la transcendance et à l’accomplissement, mais la première conduit à la destruction, quand la seconde élève l’être ; il s’agit dans les deux côtés d’un appel puissant de l’inconscient. Je ne connais pas suffisamment les questions de dépendance mais j’imagine que cette vue sera critiquable. En revanche, ce qui est intéressant, c’est quand il débouche sur l’idée plus vaste des shadow lives, des « vies d’illusion » que l’on peut se construire comme dérivatif par terreur d’affronter la réelle création qui nous appelle. Combien la distraction, l’argent, l’échec, les problèmes que l’on se crée tout seul, le sexe, la gratification instantanée, le besoin de validation et j’en passe peuvent accaparer l’attention et former, là encore, de puissants dérivatifs au véritable accomplissement du soi. (*tousse* les réseaux commerciaux *tousse*)

Pressfield ne nie jamais la terreur d’affronter l’abysse, le néant sans forme, et d’en extraire ordre et création. Il met toute la différence sur les raisons de le faire et le processus. Le pro le fait parce que c’est son appel, c’est sa raison, qui se nourrit d’elle-même (je renvoie, ici, à Comment savoir ce pour quoi l’on est fait (comme écrire)). Il ou elle le fait car c’est l’appel supérieur de son être. Le processus du pro ne se relâche jamais et reste un combat constant contre la Résistance, renouvelé chaque jour. Il y a clairement dans cette approche de la philosophie stoïciste voire spartiate, mais moi, j’adhère : le talent est une grandeur inconnue et donc fumeuse ; la seule variable d’ajustement dont nous disposons est notre persistance dans le travail, alors, travaillons (voir aussi Procrastination S02E20 – Talent Vs. Travail).

Ce qui se rattache à cette citation de Frank Conroy :

Commit yourself to the process, NOT the project. Don’t be afraid to write badly, everyone does. Invest yourself in the lifestyle … NOT in the particular piece of work.

Frank Conroy

Soyons clairs : Turning Pro n’est en rien la baffe monumentale et concentrée qu’était La Guerre de l’Art. Si vous n’avez pas adhéré au premier, Turning Pro ne vous convaincra pas davantage (et certainement moins). Turning Pro développe et raffine les idées de La Guerre de l’Art, avec pas mal d’anecdotes tirées de la vie de Pressfield ; il y retrace beaucoup le même chemin, quoique avec des éclairages différents. À moins d’avoir trouvé une révélation dans La Guerre de l’Art, Turning Pro me paraît dispensable. Mais si vous adhérez au discours, vous aurez plaisir à le retrouver sous d’autres angles d’approche. Par contre, si La Guerre de l’Art me semble être un livre de chevet à lire et relire pendant une vie d’artiste entière, je ne crois pas que Turning Pro ait le même impact (mais c’était probablement une attente peu réaliste).

2020-05-17T21:07:00+02:00lundi 27 avril 2020|Best Of, Technique d'écriture|2 Commentaires

Intentions derrière « Les Dieux sauvages » et leur place en fantasy [entretien]

Couv. Alain Brion

Marc : Pourquoi avoir choisi de raconter l’histoire de cet univers sur plusieurs siècles ? Comment est né l’univers d’Évanégyre ? Avais-tu prévu de le développer à ce point dès La Volonté du dragon ? 

LD : Alors, déjà, autorise-moi un petit aparté à présent que nous entamons les questions sur la fiction. Quand j’ai reçu tes questions, dans le domaine des romans, j’ai constaté qu’elles commençaient beaucoup par « pourquoi ». Je voudrais en profiter – en toute amitié, hein ! – pour peut-être désamorcer une idée qui me semble assez fréquente dans l’analyse littéraire : « pourquoi » suppose une raison, un calcul, un discours. Mais le travail créatif est beaucoup plus chaotique que cela, et la raison, pour ma part, est souvent « parce que j’avais envie » ou, plus profondément, « parce que ça me semblait juste pour cet univers / personnages / histoire ». 

Lire l’entretien complet

Les Chroniques du Chroniqueur me proposent une LONGUE interview autour de « Les Dieux sauvages », la fantasy, l’évolution du genre. Merci à Marc de faire de La Fureur de la Terre une des œuvres de son programme de recherche littéraire !

Lire l’entretien sur Les Chroniques du Chroniqueur.

2020-03-15T10:46:05+01:00mardi 17 mars 2020|Best Of, Entretiens|6 Commentaires

Héroïnes et mondes cachés [table ronde aux Oniriques 2019]

Ce débat aux Oniriques 2019 a été capté par le site de référence ActuSF et faisait participer Karim Berrouka, Christelle Dabos, Manon Fargetton et moi-même. Modération et animation : Jérôme Vincent.

Il peut être écouté librement en ligne ou bien téléchargé sur cette page.

2019-06-17T08:28:39+02:00jeudi 20 juin 2019|Entretiens|Commentaires fermés sur Héroïnes et mondes cachés [table ronde aux Oniriques 2019]

« Les Dieux sauvages » comptera cinq volumes : pourquoi et comment

Couv. Alain Brion

Simon Pinel, directeur éditorial de Critic, l’a dévoilé en présentant le programme de publication de 2019 (dont La Fureur de la Terre, « Les Dieux sauvages » vol. III, fait partie) – donc je peux annoncer publiquement ce qui s’est profilé de plus en plus clairement en fin d’année dernière :

« Les Dieux sauvages » comptera cinq volumes et non pas quatre.

Bon, les premières réactions sur les réseaux sociaux ont été déjà très enthousiastes, donc c’est en tremblant moins qu’à la même époque il y a un an que je fais cette annonce (quand je disais qu’au lieu de trois, il y aurait quatre volumes). Sincèrement, ça me touche énormément de lire vos réactions à peu près toutes en mode « Bah c’est cool ! Ça en fera plus à lire ! ». Merci ! Vous êtes juste incroyables !

Mais bon, parce que j’aime bien lever le voile un peu sur ce qui se passe, je pensais expliquer / développer un peu pourquoi comment se fait-ce (tival).

Comment on passe de trois à cinq volumes au fil des ans

Très simplement : en sous-estimant l’envergure et l’ambition de son projet. Je n’en suis pas à mon coup d’essai, remarquez : « Léviathan », trilogie de thriller de fantasy urbaine, était parti pour être un roman seul. C’est donc devenu, hein, une trilogie (de bouquins assez épais, en plus).

« Les Dieux sauvages » est simplement une fresque immense, avec de six à huit points de vue différents dans chaque tome, qui évoluent, changent parfois, relatent tous les événements d’une transformation profonde du monde de cette époque, et avec tout ce que j’ai mis en mouvement, je ne peux tout simplement pas clore avec le même soin du détail cette histoire en trois ou même quatre tomes. Il m’en faut un cinquième. Ce qui m’assurera de conserver le même élan, de traiter toutes les promesses que j’ai faites dans les volumes précédents, de boucler chaque fil narratif comme il se doit ou, du moins, au mieux de ma compétence.

Je tiens à dire tout spécialement, à nouveau, un immense merci aux éditions Critic qui m’accompagnent et me soutiennent dans tous mes projets, y croient avec enthousiasme et les défendent bec et ongles. Pas un instant ils n’ont ne serait-ce que suggéré de boucler prématurément la série ou de la caviarder de quelque manière que ce soit – leur réaction a toujours été, fidèlement et résolument : « Écoute, ça fera le volume que ça fera. Tout ce qui compte, c’est que tu nous fasses de bons bouquins dont tu sois content. »

Et ça, auguste lectorat, ça n’a pas de prix. Parce que si je suis content, il y a une chance que vous aussi.

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Non, ce ne seront pas des livres coupés en deux

Là, c’est ma faute. Quand j’ai annoncé l’année dernière qu’il y aurait un volume de plus, j’étais tellement terrorisé à l’idée de prendre une volée de bois vert (« Tu as rompu le contrat de confiance qui nous unissait ! Tu es pire que Darty ! ») que j’ai tenu (contre le conseil de Simon, d’ailleurs) à expliquer que, hé, en fait, le tome 2 (Le Verrou du Fleuve) sera coupé en deux, ne m’en voulez pas, en vrai, je ne rajoute pas un bouquin.

J’ai tellement bien insisté dessus que cela s’est retrouvé dans des chroniques. Et celles qui le mentionnaient se déclaraient souvent un peu déçues par ce qu’elles percevaient comme, en effet, une première moitié de quelque chose, alors que celles à qui l’info avait échappé prenaient le livre avec un enthousiasme sans préjugé, au même titre que La Messagère du Ciel – soit simplement comme un volet d’une saga plus vaste.

Tu veux savoir l’ironie, auguste lectorat ? Au bout du compte, Le Verrou du Fleuve n’a pas été la première moitié d’un livre plus vaste. Effectivement, quand j’ai fait l’annonce (en septembre 2017), cela se présentait ainsi. Mais en bouclant le livre, cet aspect, justement, m’a sauté au visage. Une chose était claire : je n’en voulais pas.

Couv. Alain Brion

Et j’ai énormément bossé, ensuite, pour justement éviter cet écueil. J’ai complètement repensé le troisième acte du Verrou pour que ce volume ait sa propre unité et tienne debout par lui-même. Toute la fin publiée de ce livre n’a rien, mais alors plus rien à voir avec mes projets d’origine. Dans le grand ordre des choses, on s’est retrouvé à peu près au même endroit, mais je suis passé par des détours et des actions entièrement différentes, pour viser à plus d’efficacité dans le contexte d’un roman contenu (et, oserais-je dire, c’est devenu vachement mieux, en plus).

Encore une fois, c’est ma faute d’avoir répandu cette idée : qui peut-on croire si ce n’est l’auteur lui-même ? Je comprends donc évidemment que cela ait été repris et que cela ait teinté les attentes. Quand Le Verrou du Fleuve a pris sa forme finale, très différente, je n’ai pas pris soin de me corriger moi-même – à quoi bon, hein ? Qui lit ce que je raconte sur mes bouquins, de toute façon ?

Eh bien… il se trouve que pas mal de monde, en fait !

Donc, je le dis ici : la série ne se compose pas de livres coupés en deux parce qu’ils seraient trop longs. Chaque tome, chaque acte de la saga, est pensé comme une étape avec sa propre unité. Ce nouveau plan en cinq tomes, comme l’était le plan en quatre, correspond à une architecture différente de l’histoire que je voulais raconter, qui n’est pas l’histoire envisagée, mais l’histoire telle qu’il va falloir la raconter, dans les faits. Elle suit ses propres lignes de force, qui m’apparaissent peu à peu une fois que je fais le chemin avec tous ces personnages. De loin, je vois le parcours, je sais quelle est ma destination ; de près, je constate qu’on doit faire un détour par ici, par là, qu’il y a un ravin dans lequel il faut descendre, etc. Tout cela pour faire servir tous les événements qui se sont déroulés jusque-là dans l’histoire.

Donc, je sais toujours où je vais. Je suis juste agréablement surpris par le trajet que je prends pour y aller, et une chose est sûre, quand les personnages commandent… il faut les suivre. (C’est peut-être un des rares commandements cardinaux de ce métier.)

Découvrez le titre du cinquième tome

Bah vi, hé. Parce que bon, faisons-nous plaisir. Je l’avais dans un coin de ma tête, ce titre, mais je ne pensais pas m’en servir. Il se trouve que c’est une bonne chose qu’il tournait dans ma tête, au bout du compte.

Ce qui est amusant avec la manière dont l’écriture, cet espèce de dérapage incontrôlé livré à la conduite cinglée de son inconscient, se déroule, c’est que tous les titres de la série collent encore mieux que je ne l’avais prévu au déroulé réel de l’action. Ce qui sera le tome 4 – L’Héritage de l’Empire – correspondra encore mieux à cet intitulé que je ne l’avais imaginé. Ce qui est quand même super chouette et fait partie des moments presque mystiques de ce métier.

Bon, bref, j’arrête de causer.

Le volume 5 de « Les Dieux sauvages » s’intitulera La Succession des Âges.

Ce qui donne le plan final de la série :

  1. La Messagère du Ciel
  2. Le Verrou du Fleuve
  3. La Fureur de la Terre (printemps 2019)
  4. L’Héritage de l’Empire (automne 2020)
  5. La Succession des Âges (printemps 2022)

Merci

Merci encore pour votre suivi à toutes et à tous, et votre joie pour ainsi dire unanime en annonçant que la série se rallonge. J’ai un éditeur génial, mais j’ai aussi les meilleurs lecteurs du monde – c’en est la preuve. C’est une prodigieuse preuve de confiance et de joie que vous me faites, et je vais faire de mon mieux pour que « Les Dieux sauvages » vous emportent.

Au sens figuré, hein.

2019-04-23T18:01:06+02:00lundi 21 janvier 2019|À ne pas manquer|18 Commentaires

Ulysses contre Scrivener : le grand comparatif

EDIT du 8 décembre 2020 : ce qui suit reste valide, mais à force d’expérimentations, il apparaît qu’Ulysses ne soutient pas la création de projets complexes. Le vainqueur est donc, sans appel, Scrivener.

Auguste lectorat, si tu traînes suffisamment dans ces lieux de perdition, tu sais l’amour éternel que je voue à Scrivener. C’est pour moi l’application ultime d’écriture professionnelle, le couteau suisse qui atteint le juste équilibre entre liberté et structure, et je pense résolument qu’il sait s’adapter à tous les modes de travail. Cependant, il existe (systèmes Apple uniquement) un concurrent de taille, avec un parti-pris résolument différent, qui fonctionne également sur Mac et iOS : Ulysses. De la même façon qu’une guerre sainte Mac Vs. PC, OmniFocus Vs. Things, Amiga Vs. Atari, la discussion Ulysses contre Scrivener défraie de loin en loin le microcosme des auteurs geeks, certains annonçant leur soutien à l’un ou à l’autre à l’exclusion du concurrent.

Du calme.

Auguste lectorat, encore une fois, je descends des glaces polaires, environné d’orques jouant au ping-pong avec des otaries, pour donner mon avis que personne n’a demandé. Sachant que j’utilise les deux applications régulièrement… mais pour des choses différentes.

Les différences fondamentales entre Ulysses et Scrivener

Les deux applications s’articulent autour du même paradigme : un traitement de texte hiérarchique, permettant d’organiser fragments, scènes, chapitres à son gré dans l’équivalent de dossiers (un dossier par chapitre, par exemple). Il s’agit ensuite d’exporter le contenu désiré pour former un livre, une nouvelle, un article, dans un traitement de texte que l’on peut partager avec d’autres (typiquement un fichier Word envoyé à un éditeur). Les deux applications permettent de réordonner les fragments à son gré, de les identifier par mots-clés, surveillent toutes deux la taille d’un fichier (pour se fixer des objectifs de longueur).

Scrivener…
… et Ulysses.

Cependant, la comparaison s’arrête là, car les deux applications ont une philosophie de développement très différente.

Ulysses mise en effet sur le minimalisme, alors que Scrivener mise sur l’exhaustivité. Ulysses propose une interface extrêmement dépouillée (mais quand même puissante ; ce qu’on peut, soit dit en passant, obtenir avec le mode composition de Scrivener) pour réduire les distractions ; Scrivener cache des dizaines, des centaines de fonctionnalités poussées qu’il faut des années pour épuiser. Ulysses s’appréhende immédiatement ; Scrivener se gagne (je recommande toujours de faire le didacticiel inclus et d’y consacrer au moins deux heures pour comprendre ce qu’il apporte). Si vous êtes du genre à être distrait par des boutons ou des interfaces, Ulysses vous ravira ; si vous aimez pouvoir tout faire avec votre application et ne pas chercher ailleurs, c’est Scrivener qui reste l’application la plus puissante.

Deux applications, deux ambiances, deux use cases

Si les deux applications existent, fonctionnent et ont chacune leur aficionados, c’est bien qu’elles remplissent des rôles différents. Je vais essayer de les délimiter et expliquer mon propre choix (qui pourra être l’inverse du vôtre ; ce qui compte, c’est de produire un bouquin dont vous soyez content.e, sans trop de douleur). Je crois que toute la différence repose sur ce point : Ulysses centralise tous vos écrits au même endroit, Scrivener fonctionne par projets. 

Ulysses articule l’intégralité de ses fichiers autour d’une bibliothèque unique, qui conserve absolument tout, tout ce que vous faites. C’est évidemment structurable en dossiers à l’infini, avec de jolies icônes personnalisables. Scrivener le fait aussi, mais fonctionne en projets étanches et séparés. Si vous travaillez sur deux livres distincts, Ulysses vous proposera les deux au sein de la même bibliothèque, sous Scrivener, il faudra ouvrir (et synchroniser) deux projets distincts.

Le paradigme d’Ulysses me semble une force pour un auteur de textes courts (articles, nouvelles, etc.), qui retrouvera non seulement tous ses projets en cours, mais les archives de ce qu’il a fait ; en revanche, je n’imagine absolument pas conserver toutes mes notes pour, mettons, « Les Dieux sauvages » (4 livres prévus d’un million de signes pièce avec huit points de vue changeant d’un livre à l’autre, et des méga-octets de notes, d’inspirations, de planification à côté) au même endroit que des idées d’articles de blog, une nouvelle sur laquelle je travaillerais en parallèle, les archives d’un livre passé… Je crois que, dans Scrivener, l’étanchéité entre projets est salutaire quand ceux-ci deviennent des environnements de travail à part entière, surtout quand lesdits projets ont des horizons qui dépassent une année.

De plus, sachant que, dans Ulysses, on peut exporter ce qu’on veut dans un fichier final, je trouve difficile de séparer les notes de la rédaction proprement dite. Scrivener offre en revanche une case à cocher très simple : oui, ce document fait partie du manuscrit, ou non, il n’en fait pas partie. Or, le dépouillement voulu par Ulysses, à mon sens, se prend ici les pieds dans le tapis ; une bibliothèque immense contenant des centaines, voire des milliers de documents va devenir un véritable enfer à maintenir et ordonner (au lieu de se concentrer sur l’écriture, ce qui est la promesse du logiciel) alors que Scrivener gère et contient très bien le « bordel organisé » que devient rapidement un livre en cours d’élaboration. Ce bordel reste confiné à son propre livre… ce qui est une garantie de santé mentale.

Le classeur, centre de Scrivener

Enfin, Ulysses s’avère assez limité pour joindre des fichiers à un texte, insérer des images d’inspiration ou des photos prises sur le terrain ; alors que Scrivener insère et redimensionne des images sans broncher au milieu de son texte comme un petit Word, mais peut aussi recomposer un système de fichiers si on le souhaite (pour intégrer des inspirations sonores, par exemple, au milieu de ses documents) et importe des pages web si on le souhaite (bienvenu pour les références). D’ailleurs, Ulysses construit son texte en Markdown, un langage à balises (il faut encadrer du texte avec des astérisques pour le mettre en italiques, par exemple) ; il faudra apprendre cette syntaxe, ce qui n’est pas terriblement compliqué, mais peut se révéler contre-intuitif pour un écrivain de fiction peu féru de technologie.

La légèreté d’Ulysses présente néanmoins des avantages nets pour l’instant inaccessibles à Scrivener. Déjà, Ulysses est très facilement automatisable : créer un nouveau document et le remplir de contenu prédéfini (pour faire une fiche de personnage, par exemple) est très aisé (mais, pour de la fiction, on peut se demander si c’est vraiment capital). Scrivener ne présente que des intégrations avec des logiciels tiers (mais davantage pensées pour la fiction, comme avec Aeon Timeline et Scapple).

De plus, l’export de documents est bien plus facile avec Ulysses ; on peut même le lier à son blog WordPress pour écrire hors ligne, puis publier une fois que l’on dispose d’une connexion stable. La compilation demeure le point noir de Scrivener pour bien des utilisateurs (bien qu’amélioré avec la version 3).

La synchronisation entre plate-formes et documents est aussi indéniablement plus simple avec Ulysses. Celui-ci utilise iCloud, qui fonctionne en arrière-plan sans problème, alors que la synchronisation de Scrivener est manuelle (sous iOS) et, si elle ne conduit pas à des problèmes, peut nécessiter plus d’attention. C’est dû à la complexité des formats ; Ulysses synchronise seulement du texte, alors que Scrivener présente tout un tas de marqueurs de position dans un projet, de métadonnées, etc. On a la lourdeur inhérente à la puissance.

Reste un argument de poids : le prix. Ulysses est passé à l’abonnement, une décision très impopulaire (mais un abonnement débloque toutes les versions sur toutes les plateformes), alors que Scrivener, y compris avec sa version 3, reste un achat « une fois pour toutes » en fonction de la plateforme. En gros, pour un an et demi d’Ulysses, on a Scrivener sur Mac et iOS jusqu’à la prochaine mise à jour majeure (ce qui a largement dépassé dix-huit mois la dernière fois).

Quelles applications pour quoi ?

Pour un auteur professionnel, je pense que les deux ont leur place, mais qu’Ulysses est certainement la moins justifiable des deux. En ce qui me concerne, tous les travaux d’écriture de fiction, nouvelles, romans et séries, se trouvent dans Scrivener car j’ai besoin de sa puissance et de sa capacité à isoler un projet donné en un seul environnement robuste et flexible. Ulysses me donne un environnement flexible et agile pour la forme courte : idées au hasard, articles ponctuels, interviews, blog (lequel représente une part non négligeable de mon travail d’écriture, quand même) etc. Je pourrais probablement le remplacer par une application plus légère qui ne fonctionnerait pas sur abonnement (notamment IA Writer) mais il y a encore dans Ulysses des tas de raffinements qui lui font conserver une (courte) tête.

Pour un auteur en formation, je pense que Scrivener représente le seul investissement nécessaire à présent qu’il existe sous iOS. L’adage est très simple : qui peut le plus peut le moins, et Scrivener reste indubitablement le plus puissant des deux. L’investissement est modeste, et l’application saura accompagner l’auteur dans son évolution tout en lui donnant, dès le début, des outils qui l’aideront. Ulysses me semble risqué car son côté « fourre-tout » peut engendrer un chaos sans nom dont on peinera à revenir.

Pour en savoir plus sur Scrivener, plein d’articles ici ; pour découvrir Ulysses, on peut passer par là : Mac App Store, iOS App Store.

De manière générale, si l’envie d’acheter cet outil (ou l’un des autres présentés sur ce site) vous vient, n’oubliez pas de passer par les liens proposés ci-dessus – vous contribuez à financer le temps passé à rédiger ces articles gratuitement. Merci ! 

2020-12-08T11:52:31+01:00mercredi 6 juin 2018|Best Of, Technique d'écriture|2 Commentaires

Pourquoi je détruis mes manuscrits achevés (… car Le Verrou du Fleuve est achevé)

Oui, c’est une façon un peu oblique de l’annoncer, mais d’ores et déjà, je suis ravi (et soulagé, j’avoue) d’annoncer que Le Verrou du Fleuve est terminé et se trouve chez Critic pour les étapes de fabrication. Merci à vous d’avoir patienté avec bienveillance ces quelques mois de retard, et d’avoir accueilli avec autant d’enthousiasme la nouvelle que, de trois livres, on passait à quatre ! Comme promis, Le Verrou du Fleuve est un beau bestiau juste en-dessous du million de signes, ce qui le rend un petit peu plus court que La Messagère du Ciel, mais pas de beaucoup. Et même si j’ai d’abord un certain nombre de choses à boucler que j’ai laissées en plan jusqu’ici, je m’applique ma propre recommandation : je touche mon manuscrit tous les jours, et l’écriture de La Fureur de la Terre a débuté – même si, pour l’instant, à un rythme très réduit.

J’ai un rituel que j’annonce innocemment sur Facebook à chaque bouclage de manuscrit, qui se trouve illustré ci-contre en partie (il y en a eu deux fois plus avant que je pense à faire la photo…), et c’est détruire mon tirage papier annoté pour les corrections. C’est pour moi libératoire, mais cela suscite à chaque fois des réactions assez stupéfaites (voire inquiètes), ce que je trouve très intéressant (et flatteur, d’ailleurs), aussi me disais-je que je pourrais développer pourquoi je fais ce truc qui paraît sacrilège à certains yeux.

Déjà, je travaille presque exclusivement de manière numérique : je réfléchis de manière manuscrite sur iPad Pro, je rédige avec Scrivener, épaulé par quelques logiciels annexes comme Aeon Timeline. Quand le premier jet est terminé, j’en réalise un tirage pour effectuer mes corrections et c’est à peu près la seule étape du travail pour laquelle je passe délibérément sur le papier, pour me donner un regard complètement différent et extérieur sur le livre. Ce tirage, je l’annote sauvagement (il y a quelques photos marrantes sur Instagram), parfois avec une violence, euh, exigence envers moi-même que je ne peux montrer à personne (je réalise des comparaisons peu flatteuses et péremptoires qu’on n’ose faire qu’avec ses amis proches et 2g de sang par litre de whisky). C’est un document de travail pur, éminemment personnel, destiné par nature à être transitoire pour amener le livre à être soumis à l’éditeur (et aux bêta-lecteurs), à partir de quoi les corrections éditoriales pourront être réalisées.

C’est une chrysalide, en un sens, un échafaudage, voire, plus exactement, un slip sale. C’est destiné à disparaître (ou à être lavé dans le cas du slip, heiiiin) – ce qui compte est l’édifice final, le livre publié.

Je suis, de manière générale, extrêmement méfiant envers le fétichisme de l’auteur ou de son processus de travail. On m’oppose souvent que des bibliothèques aimeraient collecter ce genre de documents. Non. C’est un slip sale. Y a des limites. Un livre achevé est derrière moi, et ce qui compte est le suivant, avec les leçons apprises, comment aller ailleurs, autrement, plus loin. Et la postérité, me propose-t-on ? Écoute-moi bien, auguste lectorat : je m’en tape ou, plus exactement, j’ai résolu cette question depuis longtemps – je ne me fais aucune illusion sur une éventuelle postérité ; c’est l’histoire qui choisit, pas soi-même, de toute façon ; alors ? Je ne travaille pas pour elle, je travaille pour le vivant, l’expérience du parcours, et le partage du parcours de mon vivant avec toi. La littérature, c’est un truc qui vit, bordel, c’est pas un portrait de Victor Hugo poussiéreux et une édition qui sent le moisi ; c’est – est-ce que ça me parle ? Non ? Eh bah, pas grave, va lire un truc qui te parle ! Cf les droits du lecteur de Pennac.

https://www.instagram.com/p/BZLMsFBFEXI/?taken-by=wildphinn

Est-ce à dire que je m’en fiche d’être oublié, alors ? Non, mais la question est rhétorique de toute manière, et donc autant lâcher-prise tranquillou bilou : soit il n’y a rien après la fin et donc, ça n’aura guère d’importance, à part pour mes proches, mais leur influence là-dessus sera assez limitée aussi donc bon ; soit je serai devenu énergie pure, et l’idée même de postérité me suscitera un sourire ultraviolet sur mes lèvres supernova de grand gluon de Bételgeuse. Pour quoi travaille-t-on ? La postérité m’a toujours paru une idée mortifère ; ce n’est pas ce qui vient après qui compte, c’est la célébration du vivant, ce que l’on apporte, ce que l’on ouvre, ce que l’on suscite et, idéalement, ce que l’on suscite en soi en le faisant, comment l’on avance, le partage, le rapporte aux siens ; comme disait l’autre, le changement, c’est maintenant. L’écriture a un côté chamanisme (ça fait classe en cocktail). De plus, glorifier le processus de l’auteur, comme je l’ai dit régulièrement ici et là, me paraît terriblement dangereux pour une profession qui montre déjà des egos surdimensionnés (ça fait partie du descriptif de poste) donc ce n’est pas une faveur que de le nourrir davantage.

En tout cas, ce sont mes réponses, elles n’engagent que moi, bien entendu. J’ai des camarades que j’estime beaucoup qui ont donné des carnets, des notes aux bibliothèques et j’avoue que j’ai adoré les découvrir en exposition et j’en ai rempli chaque pixel de mes yeux avec avidité.

Mais pour ma part, j’ai choisi de documenter mon processus de travail ici, sur le blog et en conférence, et ces archives, plus les billets d’humeur, plus mes notes privées sur les univers et l’ensemble fourniront amplement de quoi s’éclater à des bibliothécaires et largement assez de sources de honte à mon incarnation de grand gluon de Bételgeuse quand on ressortira mes posts naïfs sur SFFranco datant de 1998. Mais je tiens à faire cela de manière vivante, à travers une conversation, non pas pour documenter la postérité, encore une fois (et sérieusement, faut arrêter ; si un auteur de fantasy français accède un jour à la postérité… eh bah je serai dégoûté d’être mort, parce que le monde sera vraiment devenu trop cool, et j’aurai trop la rage d’avoir canné). Pour parler à des gens, tendre la main aux auteurs moins expérimentés que moi, pour être éventuellement remis en cause, d’ailleurs ! Tout cela est un processus constant ! Et le blog montre bien que parfois, je me plante. Travailler pour la postérité, c’est pratique, parce que l’avenir lointain ne peut pas vous demander de comptes. Les carnets et notes ci-dessus mentionnés, c’est bien qu’un bibliothécaire ait pensé à les sortir ; gloire lui soit rendu.e ; mais du coup ici, c’est open bar et pourquoi pas ? Comme le disait Dave Calvo il y a des années à propos de son flux Twitter : « Je creuse ma tombe. »

https://www.instagram.com/p/Bbwu_WzD0OY/?taken-by=wildphinn

Donc, voilà pourquoi je déchiquète mes manuscrits. C’est une manière pour moi de laisser le livre prendre son envol, de clore ce volet de ma vie, de laisser les lecteurs se l’approprier à présent, et de conserver le résultat final, ainsi que les intentions d’origine, clairement séparés dans ma tête et dans mon cœur, pour aborder le prochain projet renouvelé. Et si l’on veut, dans deux cents ans, documenter mon processus de travail, ce billet me paraîtra bien plus intéressant qu’un kilo de feuilles raturées avec des vannes cryptiques et de toute façon, biographe putatif de dans deux siècles, j’ai un truc à te dire : tu te trompes. Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais je te regarde depuis l’espace infini des trames innombrables et je le sais. Lol.

2018-01-05T23:06:30+01:00mardi 9 janvier 2018|Technique d'écriture|26 Commentaires
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