Procrastination podcast : les prochains thèmes (saison 3… et 4)

Avec Mélanie Fazi et Laurent Genefort.

Car oui, nous continuons à bien nous amuser (et nous espérons que vous aussi !) et donc, Procrastination connaîtra une saison 4… tandis que nous approchons de la fin de la 3. Merci encore à vous toutes et tous de votre suivi et de votre enthousiasme (et de votre patience avec nous quand nous rencontrons quelques difficultés techniques).

Il y a un mois, nous avons enregistré la fin de la saison, ainsi que le début de la prochaine. Nous continuons à réfléchir de possibles évolutions de l’émission, mais déjà, nous vous proposons de découvrir les prochains thèmes dans les tuyaux !

  • s03e17, 15 mai (demain…) : Conseils de survie pour la ponctuation
  • s03e18, 1e juin : Ponctuer des dialogues
  • s03e19, 15 juin : Le personnage comme incarnation de l’auteur
  • s03e20, 1e juillet : Retours des poditeurs 04… le retour
  • s04e01, 15 septembre : Séparations et relations entre littératures générale et de l’imaginaire
  • s04e02, 1e octobre : Les ateliers d’écriture

Pour mémoire, vous pouvez toujours intervenir sur les fils du forum d’Elbakin.net pour nous proposer vos commentaires, questions, suggestions de thèmes. C’est ici : saison 1, saison 2, saison 3.

2019-05-20T09:18:35+02:00mardi 14 mai 2019|Technique d'écriture|4 Commentaires

MEA CULPA : Le dernier épisode de Procrastination publié est le 3×15 et non le 3×16

J’vous jure, çui-là, faudrait pas qu’il prenne de vacances. En un mot comme en cent :

C’est normal que vous ne trouviez pas l’épisode 316 de Procrastination que j’ai annoncé hier car il ne sort que la semaine prochaine (le 1e mai). 

Haha, lol.

Ce que j’ai fait : j’ai voulu annoncer le 315 (feedback des poditeurs 03) diffusé pendant mon absence et j’ai pris mon TARDIS dans le mauvais sens en annonçant l’avenir à la place.

Je vais remettre en ordre les annonces du blog et refaire une annonce pour le 316 la semaine prochaine, donc n’ayez crainte si vous voyez l’histoire un peu réécrite, tout est normal, nous contrôlons les horizontales et les verticales, mais en diagonale, un peu.

Toutes mes excuses pour ce cafouillage qui ne résulte que de moi (l’univers entier tournait parfaitement rond, sinon).

2019-05-13T21:47:29+02:00jeudi 25 avril 2019|Dernières nouvelles|Commentaires fermés sur MEA CULPA : Le dernier épisode de Procrastination publié est le 3×15 et non le 3×16

Pourquoi l’imaginaire ? [Entretien]

Hop, un petit entretien en vidéo récemment mis en ligne : en juin dernier, j’ai eu l’honneur et l’avantage d’être le parrain de la Journée des mondes oniriques à Charleville-Mézières (la ville où tout discours se doit de mentionner Rimbaud, c’est pourquoi dans le mien j’ai dit « vous devez en avoir marre qu’on vous sorte Rimbaud donc je le ferai pas », check).

L’organisation m’a proposé une petite discussion sur ce que je fais de mes journées, pourquoi, la technique de l’écriture, et pourquoi l’imaginaire. Si tu traînes souvent en ce lieu de perdition, auguste lectorat, tu n’apprendras pas nécessairement grand-chose, puisqu’il s’agit surtout d’une jolie présentation (et merci !), mais l’ambiance est détendue, le décor est chouette, on est bien :

2019-05-13T21:49:52+02:00mercredi 3 avril 2019|Entretiens|Commentaires fermés sur Pourquoi l’imaginaire ? [Entretien]

Au secours, j’ai l’impression que mon projet me dépasse, c’est normal ?

Par le pouvoir du crâne ancestral / J’arrive trop tard pour le réchauffement global. (Photo Nikko Macaspac)

Or doncques, en ce joli mois de mai (on est toujours en mai quand les mois sont jolis, ce qui est étrange, car en mai, il peut encore te grêler sur la tronche, ce qui n’est quand même pas très civilisé, mais ça va, on n’est pas en mai de toute façon), je reçus cette question qui, je dois le dire, a frappé une corde sensible en moi (le fa bémol) :

[dans le contexte de l’écriture d’un roman à venir…] J’ai décidé de passer à l’action en préparer le terrain avec un carnet « préparatoire ». Je voudrais préparer une sorte de story board, définir les enjeux, les lieux… Et c’est la que ma question intervient. Plus j’avance, plus j’ai l’impression que le projet me dépasse, comme si j’avais mis le doigt dans un engrenage que je ne peux arrêter. Est ce que ce type de chose est normal ? Est ce juste que le projet est trop gros et que je suis trop gourmand ?

J’ai décidé de passer à l’action en préparer le terrain avec un carnet « préparatoire ». Je voudrais préparer une sorte de story board, définir les enjeux, les lieux… Et c’est la que ma question intervient. Plus j’avance, plus j’ai l’impression que le projet me dépasse, comme si j’avais mis le doigt dans un engrenage que je ne peux arrêter. Est ce que ce type de chose est normal ? Est ce juste que le projet est trop gros et que je suis trop gourmand ?

Caveat tristement habituel avant qu’on ne m’accuse bêtement de prêcher ma parole comme l’Évangile (ce qui ne manque pas de poivre, quand on me connaît un peu) : ce que je dis n’engage que moi, n’utilisez pas mes paroles comme embarcation sans gilet de sauvetage, tenez-les à l’abri de l’air et de la lumière de crainte QU’ELLES VOUS SAUTENT À LA GUEULE comme le lapin de Sacré Graal (pour mémoire). Donc :

… mais quand même. Là, il me faut insister plus lourdement que d’habitude sur le fait que ces sensations, ces intuitions viscérales ne peuvent être jugées comme a/normales que par celui ou celle qui les vit. Es-tu trop gourmand ? Je ne sais pas. Toi seul sais. Mais le problème, avec les sensations viscérales, c’est que parfois, elles représentent des avertissements vitaux ; parfois, elles représentent également des craintes irrationnelles, ancrées, face à une adversité nette, mais que l’on veut conquérir pour aller au-delà et accomplir quelque chose de chouette. Nos tripes ne savent pas faire la différence. Et dans le second cas, notamment, il faut passer outre si l’on veut accomplir ses désirs (comme disait Nietzsche, rien de ce qui important ne vient sans surmonter quelque chose).

Je dis cela car, pour te répondre à mon avis précisément : est-ce que c’est normal de ressentir ça ? Très honnêtement, je ressens ça quasiment tous les jours. Quasiment tous les jours, je vais au clavier un peu comme à l’échafaud, parce que ouais, j’ai la trouille, et que je ne me lance pas dans un projet qui ne recèle pas une part de défi, une part d’inconnu, quelque chose que je n’ai encore jamais fait. Et que je vais, donc, devoir apprendre à faire. Je suis vissé comme ça ; je carbure à la difficulté, parce que j’aime les franchir. Je suis potentiellement un peu masochiste. J’avoue aussi.

Quand je constate l’envergure d’Évanégyre, même de la série « Les Dieux sauvages » qui est passée trois à cinq volumes parce que j’en avais sous-estimé l’ambition, ou encore tous ces autres projets que j’ai en stock et que j’ai envie d’essayer, je pourrais me dire : bien sûr, je suis trop gourmand. Il y a des jours plus difficiles que d’autres où je me le dis, où je me dis « rhaaaa, j’aimerais bien écrire un truc facile de temps en temps » – mais je sais aussi que je vais être ravi de trouver, cette fois encore, comment raconter mon histoire.

« Comment raconter » : c’est là la part vitale de l’équation. Car à mon humble avis, il est impossible de tenir un récit entier, même une nouvelle (a fortiori un roman ou une saga) dans son esprit, de la même façon qu’on ne se rappelle pas les mots d’un livre après l’avoir lu – on se souvient d’un ensemble, d’un trajet. Donc, il est normal, je pense, de sentir qu’on n’a pas une prise ferme sur son récit. C’est probablement impossible. (Nous sommes en bonne compagnie.) Et même : ce n’est peut-être pas souhaitable. Parce qu’un récit, une histoire, une fiction qui arrive à des gens, c’est un morceau de vie, ou du moins l’illusion de celui-ci ; c’est un matériau qui doit pouvoir respirer, évoluer, grandir et suivre les chemins qu’il lui faut – et pour parvenir à accomplir cela, il faut nécessairement abandonner une part de contrôle. Le « comment » se crée à chaque instant. 

Ce qui est terrifiant, on est d’accord. Surtout quand on est un fichu structurel comme moi VA, INTRIGUE, VA LÀ OÙ JE L’AI DIT s’il te plaît sois gentille j’ai peur à l’intérieur.

Un corollaire / une conséquence / la suite / je ne sais pas laissez-moi tranquille / de cette équation, du « savoir comment raconter », ou plus exactement : de partir à la découverte, à la recherche du comment raconter, c’est l’enthousiasme. C’est peut-être le compas le plus précieux de l’auteur : avoir envie, et aller là où cette envie le dicte (et c’est la clé toute simple qui permet de réconcilier la peur de l’inconnu avec l’assurance que tout va bien se passer tant que tu avances). C’est plus facile certains jours que d’autres. Certains jours, on a davantage confiance (ou on est davantage merveilleusement inconscient) que d’autres. Mais c’est normal. Et si l’on parle de sensations viscérales, celle-ci est bien plus précieuse que la peur : oui, c’est dur, oui, j’ai peur, oui, je galère, mais bordel, là où je vais, ça me parle. Et tant qu’il y a ça, ne pas perdre la foi : on va y arriver.

Un mot quand même pour tempérer tout ce que je viens de raconter, et qui laisse peut-être entendre qu’un auteur débutant, tel la fillette et le petit chien foufou du générique de la Petite maison dans la prairie (pour mémoire1), est invité à gambader n’importe où dans les hautes herbes de son imagination en abordant tout et n’importe quoi sans aucune hiérarchie : il est probablement judicieux de faire preuve d’ambition… mais dans une certaine mesure. C’est-à-dire, de sortir de sa zone de confort dans la mesure du raisonnable (tu l’as vu, mon gros paradoxe ?).

Des auteurs ayant commencé par des sagas complexes qui fonctionnent, il y en a. Je ne suis pas en train de dire que si tu commences, tu dois forcément te faire la main sur des nouvelles (même si cela me semble un bon conseil pour appréhender, dans une mécanique à la fois brève et très exigeante, les techniques de l’écriture sans s’épuiser dans un roman, lequel représente un travail, ben, plus long). Cependant : tous les projets ne sont pas égaux en terme d’ambition et de complexité narrative (et je ne mets nullement là une étiquette de qualité : simplement, écrire « Les Dieux sauvages », une série de cinq volumes avec huit à dix points de vue par tome, ben c’est forcément plus compliqué que Les Questions dangereuses, une novella avec un protagoniste clairement identifié). Savoir ce qui est à ta portée, ou bien juste au-delà (si tu es masochiste comme moi), pour en apprendre ce qu’il faut, il n’y a que toi à le savoir.

Par définition, le projet le plus simple sera toujours celui que tu auras terminé, car tu auras défriché le chemin, et le projet suivant semblera toujours un peu trop vaste, je pense. Donc, courage et persévérance. Vivre avec cette sensation au quotidien et avancer malgré tout est le défi principal d’une attitude professionnelle et d’une carrière qui persiste des années. Quittons-nous sur cette vidéo que je citerai jusqu’à ce que mort tiède de l’univers s’ensuive.

  1. D’ailleurs, le lapin de Sacré Graal est blanc comme le chien – coïncidence ? JE NE CROIS PAS.
2019-06-01T14:35:52+02:00mercredi 20 février 2019|Best Of, Technique d'écriture|9 Commentaires

Découvrez la suite du programme de Procrastination saison 3

Cinq de plus dans la boîte ! La semaine dernière, Mélanie, Laurent et moi nous sommes retrouvés pour enregistrer cinq épisodes de plus pour la troisième saison de Procrastination, et nous avons la joie d’annoncer que la mission est accomplie.

https://www.instagram.com/p/Bq7neSWHDAG/

Nous avons maintenant presque six mois d’avance sur la saison 3, ce qui rend le titre de ce podcast plus que jamais inapproprié, mais c’est ma faute : je vis dorénavant à l’étranger une bonne partie de l’année, et nous tenons tant que faire se peut à nous voir en vrai pour conserver la bonne dynamique d’une rencontre entre vrais gens, et aussi pour piller le café et caresser le chat de celui ou celle qui nous accueille. Donc, il faut s’y prendre tôt !

Mais je sais, allez, auguste lectorat, tu es venu ici non pas pour voir nos héraldiques tronches, mais pour la promesse du titre de cet article.

Aussi, sans davantage d’ados, voici ce qui t’attend pour la suite des événements : 

  • 15 décembre – s03e07 : Introduire un univers imaginaire
  • 2 janvier – s03e08 : Le sensorium
  • 15 janvier – s03e09 : La première fois
  • 1 février – s03e10 : Retours des poditeurs 02
  • 15 février – s03e11 : Les moyens de médiatisation à disposition des auteurs
  • 1 mars – s03e12 : Créer du suspense
  • 15 mars – s03e13 : Écrire sur commande
  • 1 avril – s03e14 : Un personnage doit-il toujours réussir ?
  • 15 avril – s03e15 : Retours des poditeurs 03
  • 1 mai – s03e16 : Apprendre à dire non

A très vite pour l’épisode 7, donc !

2018-12-06T17:35:48+01:00mardi 11 décembre 2018|Technique d'écriture|3 Commentaires

Trois saisons de Procrastination, trois fils de forum

Si tu l’ignorais, auguste lectorat, ne l’ignore plus : Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes à Mélanie Fazi et Laurent Genefort et moi, est hébergé par Elbakin.net, site de référence francophone sur la fantasy. Nous leur devons un fier chapeau, ou leur tirons une chandelle, car ils s’occupent de toute la diffusion et la promotion tandis que nous, tels des dandys 2.0, pouvons nous concentrer sur nos gaies discussions quant à l’art de dire des trucs avec des mots (ce qui est quand même la raison pour laquelle on les a inventés, c’est bien moins facile de dire des trucs avec des plantes, à part « je t’aime » si c’est des roses, mais les roses passent mal à la radio, et de toute façon, ça réduirait très sévèrement l’audience du podcast, même si on vous aime, mais bon vous voyez c’est pas pareil quoi, bref, aaah).

Si j’en parle, c’est parce que c’est important, je dis toujours des trucs importants, le paragraphe précédent en est l’exemple même, hein. Bon, en fait : si vous voulez transmettre des retours / questions / commentaires sur l’émission, le meilleur endroit pour ce faire est sur le forum d’Elbakin.net.

Or, les gentils administrateurs ont tout mis bien dans l’ordre et chaque saison dispose à présent de son propre fil de forum dédié :

Nous n’intervenons pas forcément beaucoup mais nous gardons un œil sur ces sujets ; si remarques et questions peuvent composer des sujets d’épisodes, nous les mettons au chaud, ou au frais, fonction de la saison ; s’il s’agit de questions ponctuelles ou de commentaires, nous en parlerons dans les épisodes feedback, qui sont, pour mémoire, la nouveauté de cette saison.

Donc n’hésitez pas à lâcher vos coms, wesh (et c’est là qu’on voit que je suis né à la fin des années 1970).

2018-10-25T17:42:45+02:00lundi 29 octobre 2018|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Trois saisons de Procrastination, trois fils de forum

Procrastination et motivation des auteurs : la présentation en ligne

Cette fois, j’ai essayé de ne pas trop oublier (GTD powa), le diaporama sur la procrastination et la motivation des écrivains est disponible au téléchargement sur la page idoine ou en cliquant sur la jolie n’image ci-dessous. Pourquoi les écrivains procrastinent-ils ? Pourquoi la pratique artistique peut-elle se révéler difficile, d’où vient le fait que l’on évite parfois ce que l’on considère comme une passion, et comment franchir ces réticences et ces angoisses ?

Vous n’aurez évidemment pas ma douce voix mélodieuse pour aller avec1, mais si vous étiez aux Utopiales l’année dernière ou aux Aventuriales il y a dix jours et que vous voulez prolonger / vous replonger (vous reprolonger, donc) dans l’ambiance, ou même pour grappiller des idées, parce qu’il y a quand même du texte en plus des photos de petits chats, c’est, donc, en ligne, téléversé, disponible, bref.

  1. Pour une certaine valeur de douceur et de mélodie.
2018-10-09T11:38:58+02:00mercredi 10 octobre 2018|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Procrastination et motivation des auteurs : la présentation en ligne

Rendez-vous ce week-end aux Aventuriales, près de Clermont-Ferrand !

Affiche Sandrine Gestin

Ménétrol, c’est quand même un super nom de village pour installer un festival d’imaginaire. Je veux dire, c’est comme un troll ménestrel. Une grosse bête magique sympa comme tout avec un luth. Ou une mandoline. Enfin bref.

Ce week-end, je ferai la grosse bête (pas vraiment) magique et (c’est le but) sympa : à Ménétrol se tiennent les Aventuriales, samedi et dimanche 29 et 30 septembre. Un chouette festival avec une ambiance hyper conviviale, dans un joli cadre, et dans une région où il n’y pas tant d’événements dédiés à l’imaginaire que ça : si vous ne venez pas alors que vous êtes dans le coin, vous avez intérêt à produire un sacré mot d’excuse, et attention, je saurai reconnaître si vous avez imité la signature de vos parents.

Je proposerai aussi une conférence sur la procrastination et la motivation des auteurs. On va s’avouer qu’on a parfois du mal, on va se taper sur l’épaule en se disant que ça arrive aux meilleurs, et surtout, on va étudier pourquoi ça arrive, et ce qu’on peut faire contre (avec plein de stratégies tirées de mon humble expérience personnelle de type qui a parfois tendance à fuir le clavier en criant AAAAAAH parce que ça fait peur).

Regardez, y a même une vidéo pour vous dire coucou, certifiée avec le soleil dans la tronche™.

Toutes les informations sur le site idoine (j’aime ce mot, idoine, on dirait un truc qui se mange, genre les flacons idoines). (Bon, je crois vraiment qu’il faut que j’arrête de parler.)

2018-10-01T10:35:28+02:00lundi 24 septembre 2018|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Rendez-vous ce week-end aux Aventuriales, près de Clermont-Ferrand !

Il est interdit de douter de soi

Allez, ça nous arrive tous plus ou moins. Dans sa litanie contre la peur, même Elizabeth George l’admet ; elle transforme l’angoisse en foi. Elle fera ce qu’elle été appelée à faire : mettre des mots sur la page.

Quand j’étais à la convention mondiale de SF de Helsinki l’année dernière, j’ai entendu une image qui semble assez courante dans le milieu littéraire anglophone. Un auteur suit un théorème parmi deux :

  • Théorème A : Tout ce que je fais est génial, car c’est moi qui le fais.
  • Théorème B : Tout ce que je fais est merdique, car c’est moi qui le fais.

Devinez celui auquel j’appartiens.

Je sais que je ne suis pas le seul (sinon je n’aurais pas dans mon catalogue de conférences une sur la procrastination et la motivation des auteurs, dont le diaporama est disponible, heureux hasard, ici, hint, hint). En fait, je crois que beaucoup de créateurs sont des ceintures noires de l’auto-enfonçage. En mode : « Oh, là, là, ce que je fais est vraiment trop mauvais, personne n’aimera ça, je ne pige rien à ce que je fais, au secours, y a-t-il un pilote dans l’avion ? »

Ce n’est pas de l’affectation ; on pourrait même dire que cela part de l’intention la plus pure du monde. Je vais créer quelque chose et le proposer à des gens – qui suis-je, quel genre de fou de mégalomane, pour imaginer que ça puisse leur plaire ? Quelle audace. Quelle outrecuidance. Surtout que, MAMAN, AU SECOURS, je n’ai foutrement aucune idée de là où je vais. (Cependant, si vous êtes Théorème A, ça devient : « Maman ! Regarde, c’est moi qui pisse le plus loin. » Ou quelque chose du genre.)

J’ai deux trucs à dire à ça, dont une prise de conscience plus ou moins récente, ou en tout cas seulement récemment assumée.

D’abord :

La création, c’est bordélique.

On en parle régulièrement ici, dans Procrastination, mais l’essence de la création, c’est défricher ce qui n’existe pas. C’est tracer un chemin nouveau dans la grande jungle du rien. Donc, oui, c’est flippant, et oui, nécessairement, c’est empreint d’erreurs. Ça pique, parfois on jette du matériel, parfois on se tape la tête contre les murs en se demandant où aller – mais c’est normal. John Gardner, dans The Art of Fiction (chroniqué ici), parle de « rumination » (et pas de rémunération, dommage) dans la construction d’intrigue. OK, on voudrait minimiser la partie erreur de la technique « essai-erreur », mais l’angoisse est compréhensible, l’effort souvent palpable, et la règle.

Ne prenez pas cela comme la marque que vous ne savez pas ce que vous faites, car…

Vous n’avez pas le droit de douter de vous.

Douter de soi est la chose la plus contre-productive qui soit. Sans devenir Théorème A – je suis génial, parfait, tout ce que je fais est le bonheur donné à un public en émoi – il y a une différence entre questionner son travail et se questionner soi-même. Qui êtes-vous ? Vous-même. (Merci, captain Obvious !) Non mais sans déconner : vous n’êtes ni plus, ni moins, que vous-même, et si vous écrivez, faites-le, ou ne le faites pas, mais il n’y a pas d’essai, comme disait Yoda lors de son exil à Saint-Hélène.

Il est tout à fait autorisé – et pertinent, et recommandé – d’interroger son travail. (C’est ce qui ne fait pas de vous un Théorème A.) Ai-je bien servi cette histoire ? Ai-je bien campé ce personnage ? Ce passage est-il efficace ? Pourrais-je corriger, réécrire plus fidèlement à mes intentions ? Tout cela sont des questions d’artisanat, d’efficacité quant au projet et même de satisfaction quant à l’idéal qu’on se fixe. Parfaitement légitime, et même indiqué pour réaliser un bouquin qui tabasse. (Enfin, autant qu’on l’espère.)

Mais il est facile, trop facile, de déborder vers des interrogations portant sur la pertinence de la personne (vous, si vous suivez) au lieu de son travail. Sur sa légitimité. Comme si l’on se distribuait à soi-même des attaques ad hominem1, au lieu de parler de la réalisation. Êtes-vous autorisé.e à écrire ? Êtes-vous « fait.e » pour ça ? Who the fuck knows? Et qui le pinnipède peut le dire ? Personne (on en a parlé dans le dernier épisode de la saison 2 de Procrastination, Talent Vs. Travail). Les questions de cet ordre servent une fin bien précise :

Tavu, moi aussi je mets des GIF animés dans mes articles en mode Buzzfeed.

Ou, plus exactement, elles vous sapent le moral, la confiance, ce qui est l’anti-sexe absolu pour la créativité, et surtout, elles n’ont pas de réponse.

Répétez après moi :

Mes questionnements sur mes capacités inhérentes ne connaîtront jamais de réponse, alors je les bannis. 

Autant reporter cette énergie sur le fait de faire, puis de questionner ce qui a été fait. Cela ajoute le bénéfice de réfléchir à la pertinence de ce qui a été fait, de manière assez détachée et dépassionnée, de manière à le faire, si nécessaire, mieux. Non pas parce qu’on doute de soi, non pas parce qu’on pense qu’on est un gros naze, mais que, comme tout le monde, on a parfois besoin d’itérer pour parvenir à quelque chose de convenable, et que, bloody hell, c’est le putain de processus, tu vois.

Dorénavant, douter de vos capacités inhérentes est interdit. Il n’y a que a) le sens que vous désirez mettre à votre création, qu’elle soit publiée ou pas, et b) la meilleure manière de la faire. 

Tout le reste est l’affaire de la postérité, et par définition, on sera morts, donc c’est quand même vachement pas très intéressant.

  1. Les attaques Ad Eminem, en revanche, sont autorisées si les voix nasillardes vous portent sur le System of a Down.
2019-06-01T14:37:25+02:00mercredi 12 septembre 2018|Best Of, Technique d'écriture|10 Commentaires

Procrastination (podcast en 15 minutes sur l’écriture) : le programme de la saison 3

Nous l’avions promis, nous y arrivons : mardi dernier, Mélanie Fazi, Laurent Genefort et moi-même avons enregistré le début de la saison 3 de Procrastination. Comme d’habitude, vingt épisodes prévus, tous les quinze jours, qui nous emmèneront du 15 septembre 2018 au 1e juillet 2019. 

https://www.instagram.com/p/Bggfmnyje1f/

Cette année, nous avons prévu quelques petites nouveautés, notamment davantage d’interactions avec vous, poditeurs et poditrices. On en reparlera en temps utile ; dans l’intervalle, pour mémoire, sachez que le meilleur endroit pour nous faire des retours ou poser des questions est sur le forum d’Elbakin.net (qui nous diffuse), sur le fil correspondant. On ne peut pas répondre pas à tout, mais on lit !

Dans l’intervalle, voici les premiers sujets que nous traiterons dans la saison 3 : 

  • Pourquoi écrire ? (en deux parties, 15 septembre et 1e octobre)
  • Le sous-texte (15 octobre)
  • Soumettre un manuscrit (1e novembre)
  • Feedback des poditeurs (15 novembre)
  • Malgré ses qualités, votre manuscrit ne nous a pas semblé convenir à notre ligne éditoriale (1e décembre).

Merci de votre fidélité et en attendant, bon été d’écriture ! (N’est-ce pas ?)

2018-07-11T16:50:23+02:00jeudi 12 juillet 2018|Technique d'écriture|10 Commentaires
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