À propos de LD

Cet auteur n'a pas encore renseigné de détails.
Jusqu'à présent LD a créé 3287 entrées de blog.

Les plus faibles des dieux

Par Tignous, victime de l'attaque

Par Tignous, victime de l’attaque

En préambule – guère capable de trouver des mots justes et bien tournés. Malaise physique, je me sens comme au lendemain de Fukushima, même si ça n’a rien à voir – le lendemain de la catastrophe nucléaire, l’art me paraissait insignifiant ; aujourd’hui, sa parole et sa liberté me paraissent plus que jamais capitales. Ainsi ébranlé, je n’ose imaginer ce que peut éprouver l’entourage des victimes. Il n’y a pas de mots, pas d’insulte assez forte. Je me suis longtemps posé la question de réagir ou non. Est-il pertinent de réagir à chaud ? Est-il pertinent de parler, tout court ? Et sinon, je fais quoi ? Business as usual ? Impossible. Comment ? Il est des cas où la superbe de l’ignorance est la meilleure des positions, mais ici, je crois qu’aucun libre penseur ne peut rester silencieux. Je cours le risque d’être bancal, inadéquat. Je le prends. Se taire, en l’occurrence, c’est donner raison.

Il y a avant tout la compassion et les pensées pour les victimes et leurs proches, qu’on ne connaît pas, mais auxquelles on s’identifie ; il y a un acte, et des douleurs, des vides, un choc qui dépassent l’entendement, et qui ont frappé le monde entier.

Mais qu’on ne se méprenne pas. Ce n’est pas une voix de peur. C’est une voix de solidarité. Les intentions du crime, la futile et absurde défense d’un nom qui n’est pas censé avoir besoin de cela, cela n’évoque que le plus abject mépris, le plus profond et unanime dégoût. Et ne mérite qu’une chose : qu’on redresse l’échine. Nous laisser ébranler dans l’intimité de nos pensées revient à accorder un soupçon d’ascendance à une barbarie qu’on n’oserait pas même qualifier de moyenâgeuse par égards pour le moyen-âge. On ne lui fera pas cet honneur-là.

Car bien faibles doivent être les dieux, bien fragiles doivent être les croyances, s’il leur faut redouter une simple parole, s’ils ont besoin de sang pour garantir leur existence. 

L’obscurantisme se bat avec les armes mal dégrossies de son ignorance : la violence et le dogme. Seule la faiblesse craint le doute, et emploie la barbarie pour le réduire au silence.

Nous – et ce nous désigne le collectif éclairé de l’humanité, de toutes obédiences, religieux ou non, de par le monde et l’histoire entiers, liés par une forme d’harmonie sociale fondée sur la liberté et la pensée – nous ne saurons être intimidés. Mais nous ne saurons, non plus, nous abaisser au niveau de ces criminels. Nous, collectif humain, etc. – nous, civilisation, quelle qu’elle soit, aussi perfectible qu’elle soit – valons mieux que cela.

Ne nous laissons pas diminuer, ne nous laissons pas terroriser, ne nous laissons pas sombrer dans la colère et la haine. Pleurons, mais laissons notre peine alimenter notre résolution pour défendre, plus haut encore, liberté et raison. Les victimes avaient la seule audace de s’exprimer. Ce crime veut faire taire la satire, la dissension : célébrons-la et portons-la plus haut. Les mots, la raison, ont du pouvoir. Ne laissons pas l’étincelle du débat rationnel vaciller, alimentons-la, toujours plus fort, dans la raison et le progrès. Fleurit sur les réseaux, en signe de solidarité, l’image « Je suis Charlie » – faisons honneur, ne répondons pas à la violence par la bêtise, mais asseyons davantage notre solidarité collective, l’éclat des Lumières face aux obscurantismes de tout bord, en faisant usage, à chaque instant, de notre intelligence. Je n’apprécie pas énormément l’humour du journal, mais ça n’a pas d’importance ; qu’on l’aime ou pas, ainsi qu’on l’attribue à Voltaire, il faut se battre pour qu’il puisse s’exprimer.

N’oublions pas que nous (fraternité humaine de bonne volonté et de tous horizons, de toutes obédiences, religieuses ou non, etc. – nous, gens fréquentables et civilisés) avons dépassé ces « armes » – et la notion même qu’une croyance s’impose par la force. Les Lumières, héritières des philosophes grecs et romains, la civilisation nous ont enseigné la valeur et la force du doute, du débat, facteurs de progrès. Nous nous sommes efforcés, et nous efforçons continuellement, de construire des sociétés hissant toujours plus haut l’égalité, le questionnement, la remise en question – vers l’amélioration de soi, et le progrès de la société. Sont-elles parfaites ? Aucune ne l’est, loin de là. C’est un cheminement, un processus1

Nos forces s’appellent intelligence, raison, éducation, réflexion, esprit critique, liberté d’expression. Nos cadres s’appellent lois, tribunaux, édictées au cours d’un processus démocratique, certes grandement perfectible, mais c’est encore le moins mauvais de tous les systèmes (Churchill). Nos gardiens sont les forces de police et d’enquête, mandatés par la République. Dans les jours qui viennent, dans les émotions qui nous secouent, nous agiteront au quotidien sur les réseaux, dans la vie courante, rappelons-nous l’édifice de la civilisation, en perfectionnement constant, fondé sur la raison, une force que les barbares ignorent, car ils ne savent que prouver leur faiblesse, leur stupidité et leur peur à travers la violence. Nous sommes, chacun, à notre échelon, les garants de cette civilisation, dans nos actes, nos paroles, dans l’usage de notre raison, de notre esprit critique, dans notre ouverture à la différence, bref, dans l’emploi de cet organe appelé cerveau – autant que dans notre maintien et notre défense fermes des principes de liberté qui nous gouvernent, qu’il s’agisse de la liberté d’expression et de la presse, ou de la traque sans merci des assassins.

Il convient de rappeler que le dieu faible défendu par les criminels d’hier n’est pas celui de la grande majorité des musulmans d’aujourd’hui. De la même façon que la France est héritière des Lumières avant d’être la fille aîné de l’Église, l’héritage du monde arabe, s’il est besoin de le rappeler, ce n’est pas l’intégrisme ; c’est Omar Khayyam et ses poèmes dédiés au vin, aux jeunes femmes, son scepticisme vis-à-vis de la religion ; c’est Avicenne, père de la médecine moderne, fondée sur la méthode scientifique ; ce sont d’innombrables traductions et mises à disposition d’oeuvres fondamentales (notamment de philosophes antiques, justement), pierres angulaires de la pensée contemporaine depuis un millénaire, et mille autres réalisations capitales pour l’humanité.

Nos ennemis à tous, les ennemis de l’humanité, ce sont l’ignorance, la bêtise, le silence, tous ceux qui réduisent au silence tout débat rationnel, toute remise en cause des principes établis, des autorités sans fondement. Notre ennemi n’est pas une idée.

Notre ennemi, c’est l’absence d’idées : le refus d’en voir naître, l’interdiction de les nourrir, de les exprimer, et de les soumettre à la discussion, au risque de les voir réfutées et disparaître. 

« La religion, une forme médiévale de déraison, combinée aux arsenaux modernes, devient une réelle menace pour nos libertés. Ce totalitarisme religieux a entraîné une mutation mortelle dans le coeur de l’Islam et nous en avons vu les conséquences tragiques à Paris aujourd’hui. Je me tiens aux côtés de Charlie Hebdo, et nous devons tous le faire pour défendre l’art de la satire, lequel a toujours représenté une force de liberté contre la tyrannie, la malhonnêteté et la bêtise. Le ‘respect de la religion’ est devenu une expression codée pour dire ‘peur de la religion’. Comme tous les idées, les religions méritent critique, satire, et, oui, notre irrespect, sans crainte. » – Salman Rushdie

  1. Les criminels d’hier n’en ont probablement pas bénéficié, comme hélas beaucoup d’autres. Ce qui ne rend pas pour autant leur crime ni justifiable, ni excusable. Mais il s’agit là d’un autre débat, connexe, historique, et surtout très déplacé au lendemain de la tragédie.
2015-01-08T08:57:02+01:00jeudi 8 janvier 2015|Humeurs aqueuses|9 Commentaires

Une librairie amie en difficulté

phenomenejTerrible accident pour Phénomène J, excellente librairie / bouquinerie angevine, fervent soutien de l’imaginaire notamment à travers des initiatives associatives, des fanzines critiques, le salon ImaJ’nère et les anthologies associées qui ouvrent leurs pages aux débutants : un dégâts des eaux en cave a détruit une grande partie du stock et grandement fragilisé les bases de données. La boutique signale ses difficultés et un possible appel à l’aide, peut-être à travers un financement participatif.

J’ai eu le plaisir de participer plusieurs fois à ImaJ’nère et d’aller signer à la librairie : je peux témoigner de l’accueil merveilleux, du professionnalisme et de la fidélité amicale de l’équipe. Plus qu’une boutique, comme tout bon libraire, « Phéno » est un point d’eau pour des passionnés, une communauté qui s’est tissée par amour de la littérature, et se trouve à l’origine de quantités de projets qui communiquent et font vivre cette passion, en particulier à travers des événements.

Si vous vous trouvez dans la région d’Angers, je ne peux que vous encourager vivement à aller y faire un tour, dans un premier temps, à effectuer quelques achats pour aider à faire vivre le commerce. Le fonds estsi vaste, impossible de ne pas trouver votre bonheur. (Notamment, mes chers étudiants passionnés d’imaginaire, si vous me lisez, allez faire un tour là-bas, petits saligauds, et investissez-vous dans la communauté.) La boutique se trouve 3, rue Montault, derrière la cathédrale. Et dès qu’un plan d’action sera mis en place par l’équipe, comptez sur moi pour vous rabâcher les oreilles avec, parce que ce lieu ne doit pas disparaître : on a trop peu de bons libraires pour ne pas leur filer un coup de main quand les temps sont durs.

2015-01-06T23:13:02+01:00mercredi 7 janvier 2015|Le monde du livre|2 Commentaires

2015

2015

JE SUIS RÉVEILLÉ.

De retour de deux semaines sans écran, sans réseaux, sans rien et remonté à bloc pour la nouvelle année. Avec quelques réflexions soufflées par Harpocrate, une des incarnations du silence, notamment le fait que je ne lui laisse pas suffisamment l’espace de s’exprimer. « More on that later. »

Merci à toi, auguste lectorat, pour ta gentillesse, ta compréhension et ta patience pendant ce silence – visiblement, le ciel ne m’est pas tombé sur la tête, et c’est donc à méditer, et à refaire.

Mais peu importe, ce n’est pas l’heure de parler de moi, mais de te parler à toi; auguste lectorat :

je te souhaite, ainsi qu’à ceux à qui tu tiens, une excellente nouvelle année ; puisses-tu, tel Philae, approcher à des vitesses vertigineuses de tes objectifs, atterrir dessus avec une précision d’horloger suisse – et rester ensuite quelques jours hors ligne pour en profiter et méditer sereinement avec toi-même ! 

 

2015-01-05T11:39:23+01:00lundi 5 janvier 2015|À ne pas manquer|12 Commentaires

Out avant de burn (une forme de bilan)

Lol-cats-successAuguste lectorat,

Je fais un truc fou que je n’ai pas réellement fait depuis si longtemps que je n’ose pas y penser : je pars en vacances. Pour de vrai. Je coupe tout. Ne cherche pas : je n’y suis pas.

En principe, à l’époque des fêtes, je me livre à tout un tas de bilans plus ou moins intéressants, c’est l’occasion de jouer avec les statistiques du site, de repêcher des articles au passage. Je me creuse la tête pour trouver quelque chose à dire pour Noël (étant plutôt solstice d’hiver que Noël, si tu vois ce que je veux dire). Je tiens mon bar en sachant que la plupart des clients ne sont pas là, mais la maison reste ouverte.

Cela fait deux ans que je tiens mon engagement de bloguer tous les jours ouvrables (ne serait-ce qu’un renvoi vers une chronique), un défi de discipline personnelle qui m’a beaucoup plu et apporté (et bientôt huit ans que ce blog existe sous ses différentes incarnations, fichtre). Même lors de mes voyages ou volontariats, j’ai toujours réussi à fournir.

Mais le fait est que je fatigue, et surtout, que je crois aujourd’hui que ce défi a fait son temps.

Cette année, s’il faut faire un bilan, a été une drôle de combinaison. Parfaite sur le plan personnel (à part quelques soucis d’épaule en voie de rétablissement près), réjouissante sur le plan professionnel (avec notamment la sortie de Bardes et Sirènes et de La Route de la Conquête, dont les chroniques ne cessent de m’enchanter – merci à tou-te-s !), mais carrément ardue sur le plan de la profession dans son ensemble, ce qui s’est senti dans le « milieu » en cette fin d’année, je crois. La validation de ReLIRE nous a à tous laissés un goût amer, les soucis économiques du métier dans lesquels nous baignons et, plus récemment, la controverse autour de Rêver 2074 qui m’a, personnellement, laissé pantois, surtout dans sa violence et son absurdité. Je pourrais te faire la litanie des insultes que tu n’as pas forcément vu passer, mais le but de cet article n’est pas de me faire plaindre, parce que, globalement, ça va, il ne faut pas s’inquiéter.

Je ne rechigne jamais à descendre dans l’arène (notamment pour défendre le droit d’auteur et parler de féminisme, deux sujets qui me tiennent à coeur et qui sont souvent mal compris), mais je ne suis pas entièrement sûr, cette année, d’être toujours descendu dans l’arène de la meilleure manière qui soit. Quand bien même déclarer que quelqu’un est un abruti finit par tenir davantage de la démonstration scientifique que du jugement de valeur (notamment quand, en guise d’argument, votre interlocuteur aborde le sujet de votre sexualité et du genre de légumes que vous pourriez mettre à des endroits qui n’ont qu’un rapport lointain avec l’agronomie, hormis peut-être pour la fertilisation), qu’identifier des gros cons s’avère parfois sans appel, c’est aussi la déclaration finale de l’inaptitude de l’interlocuteur à comprendre et, dans ce cas, il vaut mieux gracieusement s’incliner et prendre congé, reconnaissant, peut-être, les limites de sa propre aptitude dialectique. Jean-Daniel Brèque disait un jour sur Facebook : « dorénavant, je considérerai que j’ai le dernier mot quand je serai l’avant-dernier à parler » – ce qui est frappé au coin du bon sens.

Surtout, au-delà de toute controverse, cela peut aussi contribuer à rappeler l’effet déformant des réseaux sociaux, et qu’un régime quotidien, voire à plusieurs fois par jour de cette culture, entraîne dans une spirale où l’on devient soi-même prompt à la réaction, prompt au bon mot, prompt à l’instinct. Si je regarde l’année qui vient de s’écouler, il y a probablement quelques moments que j’aurais préféré réfléchir davantage ; pas sur le fond, mais dans la forme, dans un détail d’approche, quelques détails d’échanges et de conversations, parce que je suis au four et au moulin, que j’ai trop d’engagements, dont certains auquel il va falloir que je mette un terme. Nul n’est impeccable, mais cela n’empêche que j’ai toujours exercé une certaine distance qui me semble de bon aloi sur les événements, et que la fatigue semble m’avoir incité à me rapprocher un peu trop. Hey, cela fait seulement un an que j’ai séjourné dans un temple bouddhiste, il me faut du temps pour assimiler tout ça.

J’ai toujours dit que je tenais cet endroit par plaisir et amusement et que, le jour où ça ne m’amuserait plus, j’arrêterais. Alors pas de crainte, je ne ferme pas – je voudrais remercier tous ceux qui m’ont dit, en ligne ou de visu, qu’ils suivaient et appréciaient beaucoup cet endroit ; cela me motive beaucoup de savoir qu’il peut être utile et remplit son rôle ; il ne va nulle part – mais je change les horaires d’ouverture. Le fait de chercher tous les jours un article, un contenu à partager, est un bon exercice d’agilité mentale, mais je sens qu’il a fait son temps, parce que mon temps, justement, tend de plus en plus à s’organiser autour des réseaux, de leur maintien, de la crainte de la prochaine controverse, de la surveillance que la maison ne brûle pas en mon absence. Cela va précisément à l’encontre du Slow Web, mouvement où je me reconnais de plus en plus.

J’ai parfaitement conscience qu’il s’agit d’une discipline personnelle ET d’une pression que je me colle tout seul : loin de moi l’idée de blâmer qui que ce soit (et d’ailleurs cet article me semble un peu misérabiliste, mais gageons que ce sera le dernier du genre), à part faire un constat, m’en expliquer et, peut-être et comme toujours, qu’il puisse résonner avec celui ou celle qui le lira. « Bisous à celui qui le lit. » L’exercice amusant et la fascination technologique de pouvoir communiquer du bout du monde est un vrai plaisir, qui s’apparente à celui de produire une revue régulière, et j’ai adoré relever ce défi ; toutefois, je sens aujourd’hui que mes priorités s’inversent entre mon vrai métier – produire des livres, de la musique – et les à-côtés rigolos : jouer aux billes dans la cour de récré avec mes copains.

Et ça, il faut que ça cesse ; non pas les réseaux ni le blog, mais cette attitude qui commence à s’enraciner chez moi et qui me fait m’organiser autour de la gestion du site. Or, j’y tiens, et je n’ai pas envie de m’arrêter : il convient donc, non pas de s’arrêter, mais de changer d’attitude. Donc, pour commencer : sevrage brutal pendant la période des fêtes. Pas de réseaux, pas de mises à jour, pas de blog, pas de Twitter ni de Facebook, pas de courriel, silence radio. J’en ressens fortement le besoin. Je suis navré si vous attendez quelque chose de moi, vraiment, mais j’en arrive à l’urgence, et je vous promets que vous n’êtes pas oublié-e-s, mais, comme les bureaux des entreprises, je suis fermé jusqu’au lundi 5 janvier, où vous aurez rapidement des réponses. De toute façon, c’est les fêtes. Si vous bossez pendant les fêtes, je voudrais vous inciter à vous poser les mêmes questions que moi en ce moment : investis-je bien mon énergie là où elle est le mieux employée ?

À mon retour, j’entame un nouveau régime, qui est : pas d’obligation de publier tous les jours à heure fixe. Le but est aussi de retrouver une attitude naturelle, de jeu vis-à-vis de l’outil et donc, je l’espère, d’améliorer un peu la qualité qui, je trouve et l’avoue, s’est un peu dégradée ces derniers mois, en raison de la fatigue et de l’impératif de trouver tous les jours quelque chose à dire. Je préfère vous proposer un seul bon article, substantiel, par semaine que cinq petits lol « LES QUINZE RÈGLES QUI FERONT DE VOUS UN AUTEUR PRO – LA 5e VA VRAIMENT VOUS ÉTONNER » (abattez-moi si j’en arrive là au premier degré, par pitié). Je ne m’interdis pas de publier tous les jours, bien entendu, si j’ai des choses pertinentes à dire, à partager, mais il convient que je me recentre.

D’ici là, auguste lectorat, j’ai simplement envie de te dire merci pour ton suivi, ta fidélité et, comme toujours, ta grande modération et ta constructivité même dans les sujets chatouilleux. Je n’ai pas besoin de craindre que la maison brûle en mon absence : tu es grand et même si tu sais où sont les allumettes, tu m’as plus d’une fois prouvé que tu t’en servais juste pour préparer du thé aux copains. Ici, ce n’est pas comme ailleurs sur Internet, et c’est grâce à toi ; si je peux être fier d’avoir bâti le bar, ce sont les clients qui font l’ambiance, alors merci.

Très joyeuses fêtes, tout le monde, et rendez-vous en 2015 pour toujours plus de fond sous couvert de bêtise, à moins que ce ne soit l’inverse ! 

Source

Je sais, c’est insupportable de kawaitude, mais j’ai une réputation de choupi de la SF à tenir, moi. Source

 

2015-01-12T23:11:21+01:00mardi 23 décembre 2014|Journal|23 Commentaires

La photo de la semaine : le pont d’Asie

The Asian bridge

Cliquez pour agrandir

Un pont tout droit sorti de l’imaginaire collectif occidental, tels qu’on les imagine dans les montagnes d’Asie. Celui-ci se prête bien au jeu, puisqu’il se trouve dans les montagnes boisées entourant le monastère bouddhiste de Jeolwongsa, où j’avais fait un séjour de vingt-quatre heures en 2013.

2014-12-18T21:55:30+01:00vendredi 19 décembre 2014|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : le pont d’Asie

Continuités des hypothèses imaginaires (une idée en l’air)

Alors que je propose à l’université d’Angers, entre autres, quelques cours sur la traduction de l’imaginaire, et que je me trouve donc à définir rapidement les trois grands genres (SF, fantasy, fantastique) de la façon classique, une vague idée me vient (précisément sous la douche) (le lendemain matin, hein, pas pendant le cours) sur la façon dont nous les définissons et sur les insuffisances soulevées moult fois par ces définitions (car très hybrides et en évolution constante). En tant qu’ancien scientifique, j’aime bien épingler des papillons, et donc des catégories si possibles moins mouvantes, si l’on tient vraiment à catégoriser (ce qui est d’une utilité peut-être discutable, mais jouons le jeu). Peut-être que quelqu’un a déjà eu cette idée, auquel cas je suis trop génial : j’ai réinventé l’eau chaude, et tout seul, s’il vous plaît. Circulez.

Or doncques. D’abord, on convient que les trois grands courants ont une histoire assez différente et suscitent des impressions distinctes, ce qui entraîne leur séparation. Habituellement (et rapidement), on les distingue ainsi :

  • La SF se fonde sur une extrapolation rationnelle à présupposé scientifique ;
  • La fantasy propose une hypothèse imaginaire rationnelle, mais à présupposé magique ;
  • Le fantastique met en scène le glissement de la réalité consensuelle vers l’irrationnel.

Voir la classique parabole du chat de Denis Guiot.

Ce qui m’ennuie à mesure que j’expose ces définitions, c’est :

  • Leur hybridation en tous sens (le cas le plus prégnant étant la fantasy urbaine, qui propose un glissement – fantastique – vers un univers merveilleux – fantasy, mais aussi la science-fantasy, etc.) ;
  • La cousinade manifeste entre SF et fantasy (présupposés rationnels, même si dans des règles différentes), qui fait dire à Terry Pratchett « La SF, c’est de la fantasy avec des boulons », alors que le fantastique procède d’une toute autre démarche. Pour trois genres censément apparentés – au sein de l’imaginaire -, c’est un peu bancal.

Du coup, je te livre en pâture, auguste lectorat, cette autre proposition de grille, fondée sur la constatation générale et partagée que l’imaginaire emploie un biais métaphorique (le « pas de côté ») pour parler de notre réalité présente (voir aussi la bulle de présent exposée par Sylvie Denis dans sa préface à l’anthologie Escales 2001).

Il me semble que la SF tire sa pertinence d’une extrapolation en rapport avec la recherche scientifique et les tendances du monde actuel, quand la fantasy la tire d’une extrapolation des symboles de nos cultures. De façon grossière, la SF relève plutôt de l’expérience de pensée (prospective) quand la fantasy relève plutôt de l’expérience initiatique (mythologie). Par conséquent, peut-être pourrait-on simplement définir les genres par la projection, ou non, d’un potentiel cheminement raisonnable entre notre réalité consensuelle et celle du monde imaginaire dépeint. En termes biologiques, la question est : puis-je tracer un cheminement évolutif vraisemblable entre la réalité telle qu’on la connaît aujourd’hui et le monde fictif qui m’est dépeint ?

Si l’on peut projeter un tel cheminement (via extrapolation technique, politique, sociale, scientifique…), c’est de la science-fiction.

Si c’est impossible (en raison d’un présupposé possédant sa propre cohérence, mais qui viole ouvertement la réalité telle qu’on la considère globalement – il s’agit de magie, donc, ce qui postule une rupture de continuité évolutive), c’est de la fantasy.

Le fantastique recouvre toujours la même idée de glissement. 

Les trois catégories appartiennent maintenant à leur propre dynamique, qui se définissent toutes, cependant, à partir de l’idée d’évolution. Le monde décrit dans la fiction résulte d’un cheminement visible à partir du présent, tracé dans la continuité (SF) ; ou bien il y a rupture (fantasy) ; ou bien le propos même est ce cheminement de l’actuel vers un ailleurs (fantastique). Plus (tellement) d’innombrables justifications malaisées pour classer les hybridations : la fantasy urbaine appartient bien à la fantasy dans cette optique (ce que nous pressentons tous), puisque son propos consiste à dépeindre ce monde imaginaire merveilleux, même si les protagonistes le découvrent au fil du récit ; elle se place en rupture par rapport au contemporain conventionnel (les elfes, dans la réalité consensuelle, n’existent pas). Elle se fixe souvent elle-même comme mission, d’ailleurs, de réenchanter le monde, et elle emploie le merveilleux pour ce faire.

C’est peut-être une idée stupide et facilement démontable, mais un blog (je le rappelle quand même au vu de récentes échauffourées) représente un carnet de notes et non un essai documenté, et c’est aussi à cela qu’il sert dans le cas présent – jeter des embryons d’idées dans la grande marmite de l’inconscient collectif au cas où elles seraient pertinentes pour celui-ci.

Sortez les torches.

2015-02-03T11:54:46+01:00mercredi 17 décembre 2014|Le monde du livre|116 Commentaires

Psycho Starship Rampage : la première interview

Pour votre premier jeu vous avez choisi un shooter horizontal, quelles ont été vos motivations et vos inspirations ?

Nous aimons les schmup (shoot them’ up). Nous y avons joué petits, nous continuons encore aujourd’hui à découvrir de très bon shooters. Nous aimons aussi un autre genre classique : le Rogue (inspiré du RPG). Nous n’avons pas trouvé de jeu mélangeant ces deux genres, alors nous avons décidé de faire ce jeu que nous aurions aimé.

Le premier entretien autour du jeu Psycho Starship Rampage (dont je m’occupe de la musique), réalisé avec ses concepteurs, est en ligne ! Pour en savoir davantage sur ce rogue-like employant les mécanismes du shooter spatial, rendez-vous sur cette page du webzine rennais Les Mandragores.

mandragores

2014-12-14T11:17:47+01:00lundi 15 décembre 2014|Alias Wildphinn|Commentaires fermés sur Psycho Starship Rampage : la première interview
Aller en haut