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Une adaptation musicale de Léviathan en perspective

Photo Jérôme Marie

Photo Jérôme Marie

Les belles nouvelles et les beaux projets ne cessent d’avancer ces temps-ci et j’en suis très reconnaissant : le talentueux et prolifique compositeur Jérôme Marie (qui travaille sur des films, documentaires, en lien très proche avec l’imaginaire) a beaucoup aimé Léviathan : La Chute et m’a très aimablement proposé de prêter son talent à la réalisation d’une grande suite symphonique de 40 minutes inspirée par le livre.

C’est un immense honneur pour moi que cette histoire ait eu cet impact – et qu’elle ait su parler à un musicien aussi compétent et fin. J’ai déjà entendu le premier mouvement, qui évoque aussitôt les vents glacés de l’Antarctique, les tempêtes du détroit de Drake, et l’ombre de Léviathan dans le sillage des navires ; je suis impatient que vous puissiez le découvrir, et moi d’entendre tout le résultat finalisé !

Jérôme a posté un petit extrait « teaser » sur son Soundcloud que je ne peux que vous encourager à suivre :

https://soundcloud.com/circes76/musique-de-livre-1

2015-08-14T10:17:59+02:00vendredi 14 août 2015|À ne pas manquer|12 Commentaires

Lundi, c’est déclencheurs, édition 2015 (5) : de l’action

hulk_chapterC’est parti pour vingt minutes d’écriture, sans interruption, sur le déclencheur de votre choix. Rappel : vous devez trouver vingt minutes dans la semaine pour écrire, pour donner corps à votre rêve. L’article original à voir ici.

Aujourd’hui, nous allons nous dérouiller un peu avec de l’action ! Notre protagoniste a un enjeu et un problème, nous allons faire monter la pression d’un cran et le coller dans une situation critique urgente dont il va devoir se tirer. L’action peut représenter une bonne manière de donner de l’épaisseur à un personnage, parce qu’en le plaçant au pied du mur, on le force (et on se force) à aller puiser dans ses ressources, son regard, ce qui aide à le caractériser, à révéler sa nature.

Et si vous n’aimez pas l’action, l’exercice est encore meilleur.

Puisez donc dans la liste suivante un type d’action qui vous plaît, et ne vous arrêtez pas avant vingt minutes d’écriture débridée.

De l’action

  1. Poursuite à pied
  2. Poursuite en engin motorisé ou à monture
  3. Fuir une catastrophe
  4. Fuir une opposition trop nombreuse
  5. Survivre le temps que quelque chose se termine
  6. Se battre en personne, au corps à corps, contre une poignée d’adversaires
  7. Se battre en personne, à distance, contre une poignée d’adversaires
  8. Se battre au milieu d’une bataille rangée (c’est le chaos)
  9. Se battre dans un engin (voiture, tank, chasseur spatial…) ou sur une monture
  10. Retenir l’adversité
2015-07-31T12:19:40+02:00lundi 10 août 2015|Technique d'écriture|2 Commentaires

Entrouverture de la boîte à outils de l’écrivain

SCRIV-win-3screensLe projet que je caresse depuis quelques mois commence à devenir une réalité : proposer, en prolongement des articles sur l’écriture du site, une section « Boîte à outils de l’écrivain«  qui fournisse un éventail d’outils testés en conditions réelles, au long cours, et dont je puisse garantir l’efficacité et l’usage. Tes goûts, auguste lectorat, ne seront pas forcément les miens à l’usage ; mais au moins, je peux garantir que ça marche. Je m’en étais déjà expliqué un peu ici.

Le but sera de présenter et tester en grand détail un outil par mois, et, le cas échéant, de partager aussi avec la communauté les ressources ou personnalisations que j’ai effectuées pour le rendre plus utile (ou adapté à notre langue). C’est en cours ; pour l’instant, la section idoine est seulement ouverte avec deux produits et des descriptions squelettiques, mais cela va s’étoffer.

Scrivener

scrivener-512Scrivener est le studio d’écriture professionnel par excellence. Quand j’en parlais en 2011, la version Windows était en beta, encore instable, mais bien du chemin a été parcouru depuis. Aujourd’hui, je crois qu’il n’y a plus à hésiter : Scrivener est un monstre de puissance et de flexibilité, parfaitement adapté au travail d’un écrivain. En revanche, c’est aussi un monstre de complexité, aussi, pour tout test, il est impératif de se réserver deux à trois heures et de faire le didacticiel pour comprendre de quoi il retourne. Sérieusement. Sinon, vous passerez à côté et vous demanderez (comme moi pendant des années) ce que ce logiciel avait de si magique pour que tout le monde en parle aussi bien. Mais je l’ai définitivement adopté il y a un an et demi ; La Route de la Conquête et l’ultime version de Port d’Âmes ont été réalisés sous cet environnement. (Je dirais même que je n’aurais probablement pas pu effectuer un retravail aussi poussé, efficace et minutieux sur Port d’Âmes sans Scrivener.) Une version de démo gratuite est disponible ici pour Windows. Je prépare un test détaillé.

focus@will

FAW-Logo-horiz-smBrièvement mentionné dans l’article sur le travail des indépendants, focus@will tient de la magie vaudou. Sérieusement. Le concept paraît parfaitement fumeux (comme il m’est apparu pendant des années, là encore) : diffuser de la musique qui aide à la concentration. Truc new age pour hipsters qui mangent macrobiotique, hein ? Eh bah non. Le service s’appuie sur des recherches en neurosciences et il a réellement changé ma vie. Je me sens idiot à dire ça, comme si je répétais tous les témoignages enthousiastes des utilisateurs et rejoignais la secte, mais c’est la vérité. Au bout de dix jours d’utilisation, je crachais direct une licence d’utilisation à vie. focus@will a réglé tous mes problèmes de concentration et de motivation. Riez, tant que vous le pouvez encore. Bientôt, vous rejoindrez la secte. Là aussi, je prépare un test détaillé avec des recommandations d’utilisation.

Le but de cette boîte à outils est de proposer un contenu plus facile à répertorier et plus durable que les articles du blog, qui, au fil des années, deviennent difficiles à trier, à naviguer. J’ai aussi des projets dans ce domaine, mais ce sera pour bien plus tard. J’espère que cette initiative te plaira, auguste lectorat, et surtout qu’elle te sera utile : je pense que tout le monde y gagne – je touche une commission sur certains produits, je n’en avais pas fait mystère, mais je ne recommande rien que je n’utilise ni ne teste ; cela me permet de pérenniser et rentabiliser un peu le temps passé sur le blog, tout en évitant toute forme de monétisation intrusive.

Bien sûr, comme toujours, n’hésite pas à me faire part de ton sentiment, auguste lectorat.

2015-08-18T10:28:05+02:00vendredi 7 août 2015|Technique d'écriture|12 Commentaires

Uber, et le monde découvre brutalement le statut du créateur

La fureur du conflit taxis / Uber est retombée et tout le monde s’accorde à peu près pour dire que personne ne sort vraiment gagnant de cette affaire ; les taxis dont le comportement violent et honteux n’a fait que salir une profession à l’image ternie, les chauffeurs en situation de précarité qui comptaient sur ce revenu, les clients qui trouvaient ce service bien pratique. En somme, la grande économie du « partage » ne revient qu’à une paupérisation / précarisation des travailleurs de tous bords, à un morcellement des activités, et à une concentration des revenus et du pouvoir dans les mains d’un petit nombre de gros acteurs (Amazon, Uber, etc.) Voir cet article court et bien résumé.

L’affaire Uber n’est que la partie émergée d’une mutation déjà bien amorcée dans d’autres secteurs d’activité. Amazon (et autres grosses plate-formes) centralise les offres des vendeurs d’occasion et ne fait que de la mise en relation. Graphistes, codeurs, webdesigners, traducteurs se font payer à la parcelle de contrat au bénéfice des plate-formes sur lesquelles ils sont inscrits. Ils sont presque reconnaissants : après tout, ils trouvent du travail.

Ce que tout le monde voit se dessiner, mais que personne n’ose s’avouer, c’est que la tendance ne va aller qu’en s’accélérant et en touchant des secteurs d’activité de plus en plus vastes et inattendus. Dans les années 2000 circulait une blague parmi les fervents défenseurs du piratage des échanges non-marchands :

Les ventes de voitures ont baissé de 20% cette année. Fichus pirates qui téléchargent des voitures !

C’était drôle parce qu’absurde, c’était un peu rebelle aussi, bref c’était très dans le coup.

Dans quelques années, avec le développement des imprimantes 3D, la blague va devenir une réalité. On peut imaginer un Renault du futur, qui concevra ses véhicules en les sourçant collectivement sur des plate-formes de travail à distance, au design établi par concours ouvert, dont la fabrication se fera partiellement chez le client pièce à pièce, et dont la durée de vie n’excédera par un ou deux ans, pour un prix égal au dixième du cours actuel. Et le client final, qui paiera moins cher, trouvera ça parfait, jusqu’au moment où sa propre profession se verra touchée par cette uberisation – peut-être même sera-t-il capable de trouver ce système idéal tant qu’il est client, tout en se révoltant quand on l’applique à lui, sans même voir la contradiction.

Pour que même Jaron Lanier, un des activistes et penseurs historiques de l’Internet libre, considère qu’un problème se dessine, on est en droit de se poser des questions. (Si le sujet vous intéresse, l’article ici vaut largement l’euro qu’il coûte.)

Cela dit, je ne porte pas de jugement de valeur. Peut-être est-ce l’évolution de la société. Peut-être que le système actuel sera jugé archaïque dans trente ans ; peut-être ne le comprendra-t-on pas. L’éthique est un choix de société ; à voir ce qu’elle choisit. 

Mais, du haut de ma lorgnette, tu sais à quoi je pense depuis plusieurs mois, auguste lectorat ?

Aux donneurs de leçons. 

Je pense aux donneurs de leçons du début des années 2000 – et à ceux qui existent encore maintenant, qui prônent une libération sauvage de la culture avec des expressions de novlangue telles que « échange non-marchand » – qui, voyant émerger Napster, eDonkey et les réseaux p2p, n’avaient qu’un seul mot à la bouche : « L’économie change. Le monde change. Vous n’avez qu’à vous adapter. À vous de trouver de nouvelles solutions. Le progrès n’attend pas ! » Ceci de la part de professions bien établies, sûres à l’époque : cadre de grande industrie, commercial de grand groupe.

Eh bien, soit. Nous avons serré les dents, râlé, tempêté contre notre situation déjà difficile en train de s’effriter davantage, pensé que, peut-être, oui, nous étions des dinosaures, peut-être, oui, il fallait trouver de nouvelles façons de commercer. Ce qui, pour être juste, n’est pas entièrement faux : certaines pratiques doivent changer à l’ère du numérique, la création nécessite davantage de réactivité et d’agilité qu’autrefois. L’auteur et compositeur que je suis a appris le métier de webdesigner, a touché à celui d’attaché de presse, de commercial. Par chance, j’aime apprendre de nouvelles choses ; cela ne m’a pas tant coûté.

Mais je vois aujourd’hui monter la marée vers toutes ces professions jadis bien sûres et bien établies et je les entends crier d’ici au secours, que l’eau est froide. Vous savez, cela ne me fait pas plaisir de vous voir aujourd’hui confrontés à ces mêmes problématiques. Le monde était plus simple pour tout le monde quand seuls les créateurs et les indépendants étaient confrontés à ces problématiques – trouver des contrats d’un an à l’autre, apprendre à se placer, savoir promouvoir un projet et le vendre.

Mais vous savez, il m’est vraiment très difficile de ne pas vous rétorquer aujourd’hui : « L’économie change. Le monde change. Vous n’avez qu’à vous adapter. À vous de trouver de nouvelles solutions. Le progrès n’attend pas ! »

J’essaie d’être un homme meilleur. Alors je m’abstiens. Parce qu’au-delà de nos cas individuels, nous y perdons tous, je pense. Mais je suis quand même navré de constater à quel point les leçons sont beaucoup plus amères quand c’est directement vous que le progrès concerne, qu’il rend votre façon de travailler obsolète, vous pousse à des bouleversements d’envergure pour ne pas couler, pour juste survivre. Adapt or die. (Motherfucker.) 

Quelque part, nous avons déjà amorcé notre transition, dans les métiers de la création. Nous y travaillons depuis dix à quinze ans. Par nature, nous défrichons, nous explorons. Il va y avoir encore bien des difficultés, mais nous sommes finalement plus en avance que tout le monde sur ce point. Je n’envie pas ceux qui découvrent aujourd’hui ces réalités-là et n’ont pas la disposition pour explorer – tout le monde n’a pas envie de ne pas savoir ce qu’il va faire dans un ou deux ans, ce qui est tout à fait légitime.

Oui, j’essaie d’être un homme meilleur. Alors je m’abstiens d’une disposition d’esprit revancharde sur le monde. Mais, vraiment, il m’est très difficile de ne pas avoir une pensée spéciale pour tous les donneurs de leçons, confortablement tapis derrière leurs écrans, confits dans leur assurance et leur bon droit, avec qui j’ai pu croiser le fer sur ces sujets au fil des ans. Vraiment, il m’est très difficile de ne pas souhaiter avec ferveur que l’Uber de votre secteur vienne frapper à votre porte.

Parce que vous chantiez. Et que, comme nous tous, il va vous falloir danser, maintenant.

2015-08-05T15:45:25+02:00mercredi 5 août 2015|Humeurs aqueuses|8 Commentaires

Lundi, c’est déclencheurs, édition 2015 (4) : un problème

large_Motivation_Writing_HumourC’est parti pour vingt minutes d’écriture, sans interruption, sur le déclencheur de votre choix. Rappel : vous devez trouver vingt minutes dans la semaine pour écrire, pour donner corps à votre rêve. L’article original à voir ici.

Une remarque en passant suite à un commentaire qu’on m’a fait : les déclencheurs sont à prendre au masculin ou au féminin, dans le décor / genre que vous souhaitez. L’aventurier peut être une aventurière. La taverne peut être une cantina spatiale. Il s’agit juste de fournir un point de départ, mais l’idée consiste à vous les approprier entièrement, comme vous le souhaitez – et si l’aventurier devient une avocate (aventurière des causes perdues…), peu importe. Il s’agit d’écrire, ce que vous voulez, ce que vous désirez, et les déclencheurs ne sont que des amorces. Faites-en ce que vous voulez. 

Bien. Nous avons un protagoniste, nous avons appris à le connaître un peu mieux à travers un lieu et un genre, et nous avons défini ce qu’il risque, son enjeu. Il va être temps de lui coller un problème sur la tête, en lien avec l’enjeu, ce qui affinera l’histoire en cours de formation. Deux possibilités ; si vous avez déjà cerné le conflit principal du personnage, alors ce problème sera la première péripétie qu’il rencontrera ; s’il n’a pas encore de conflit, alors ce problème deviendra le coeur de l’histoire. À vous de jouer, tirez le conflit au hasard ou bien choisissez celui ou ceux qui vous attirent, et ne vous arrêtez pas avant vingt minutes d’écriture.

Un problème

  1. Un dysfonctionnement
  2. L’enjeu cache un autre enjeu plus grand
  3. Un lourd secret
  4. L’adversaire n’est pas si mauvais que ça
  5. Une trahison de l’intérieur
  6. Un innocent qui n’a rien à faire là
  7. Une lutte contre la montre
  8. Le calme avant la tempête
  9. Le devoir passe avant l’éthique
  10. L’honneur passe avant le devoir
2015-08-05T15:37:59+02:00lundi 3 août 2015|Technique d'écriture|1 Commentaire

Délais de réponse, de soumission, soumissions simultanées… Que faire ? (2. Quelque chose)

bwhahahaha-businessLa veille, donc, je me suis montré antipathique en donnant des réponses qu’en général personne ne veut.

Aujourd’hui, nous allons examiner ce qu’on peut réellement faire dans un marché toujours plus saturé de soumissions éditoriales, avec des supports qui se raréfient, et ce notamment dans le cas du roman (même si j’ai tendance à recommander d’attaquer par des nouvelles), où il est quand même difficile d’en écrire treize en attendant d’être publié (… même si c’est ce qu’a fait Brandon Sanderson, donc…).

La règle d’or reste toujours le respect de conditions de soumission de l’éditeur. Renseignez-vous ! Parfois, celles-ci autorisent les soumissions simultanées : cherchez ces éditeurs-là et allez-y gaiement. Parfois, celles-ci mentionnent clairement que toute absence de réponse au bout de quatre, six, huit mois valent refus ; prenez-les au mot et renvoyez votre travail ailleurs. Mais si celles-ci exigent une exclu sur la lecture pendant six mois, jouez le jeu en connaissance de cause. Et, bien sûr, si l’on vous demande trois chapitres plus synopsis, envoyez trois chapitres plus synopsis. Pas le livre entier. Jamais.

Reste le cas difficile du silence radio. Que faire pour obtenir des nouvelles de son oeuvre ?

De manière générale, si l’on laisse s’écouler un temps de traitement raisonnable, il n’est pas interdit de relancer poliment. (J’insiste. Poliment, bordel.) Nous sommes entre êtres humains de bonne compagnie et l’éditeur comprend que vous ne pouvez pas non plus lui garder votre livre jusqu’en 2050. L’idéal est de l’attraper en personne sur un festival, de se présenter courtoisement, d’expliquer qu’on a envoyé un livre à telle date, et qu’on n’a pas encore reçu de nouvelles, est-ce normal ? La réponse la plus probable sera « Oui, nous sommes en retard sur le traitement des soumissions. » (Les éditeurs sont généralement en retard sur les soumissions, ce n’est pas parce qu’ils s’en fichent, c’est parce qu’ils 1) en reçoivent un volume ahurissant et 2) doivent faire tourner la maison au jour le jour, ce qui est plus prioritaire que tout le reste, et c’est normal.) « Relancez-nous dans n mois. » C’est aussi simple.

Pas la peine de dire en soumettant votre travail qu’en l’absence de réponse sous mois, vous vous réservez le droit de soumettre ailleurs ; cela vous fait paraître procédurier. On s’en doute bien. Relancez au bout du délai que vous vous êtes fixé ; ensuite, si vous ne recevez aucun signe de vie malgré deux ou trois relances courtoises et bien espacées dans le temps, alors sentez-vous libre d’aller ailleurs. Si l’éditeur se réveille, il ne pourra alors pas vous en vouloir comme évoqué hier : vous l’avez amplement prévenu. Et si, malgré tout, le texte est encore disponible quand il vous fait une offre, tout le monde sera content.

Maintenant, se pose la question suivante : qu’est-ce qu’un temps de traitement raisonnable ? 

Aaaah…

Pour les nouvelles

S’il s’agit d’un appel à textes pour un projet donné (anthologie) : déjà, en règle générale, il vaut mieux toujours privilégier les projets annonçant une date de publication, un éditeur, n’importe quelle forme de calendrier. Les appels du genre « on cherche à amasser des manuscrits pour l’instant, mais on les publiera peut-être un jour » débouchent rarement sur du concret. Rien n’empêche de participer, mais ne vous laissez pas bloquer à long terme, surtout si, au bout du compte, rien ne sort jamais nulle part. Quand il y a un calendrier, notamment une date limite de rendu des textes, cela donne une idée du moment où les responsables vont commencer à trier les soumissions et donc d’à partir de quand il est légitime de s’impatienter.

Pour un support à soumission continues (revue, webzine), c’est forcément plus flou si rien n’est annoncé.

Il y a quinze ans, quand j’ai commencé (fichtre) la moyenne de temps de traitement dans la profession était de trois mois pour les nouvelles. Nous nous imposions ce délai pour Asphodale, comme le faisait Galaxies. Aujourd’hui, j’ai l’impression que c’est plutôt le minimum. La limite basse me semble donc trois mois, et c’est même probablement un peu tôt pour s’interroger. Quatre mois me semble un bon délai pour commencer à demander ce qu’il en est. (Toujours poliment, hein.)

En revanche, si le projet qui vous intéresse a publié un calendrier (clôture des soumissions au moins n, parution au mois n + 6, par exemple), visez quelque part entre les deux. La fabrication (mise en page et impression) d’un livre prend un (si l’on est très rapide) à deux mois. Il faut aussi compter les corrections avec les auteurs en amont, ce qui prend du temps. Calculez donc un délai raisonnable pour avoir des retours sur votre travail. Dans l’exemple donné, avec un calendrier pareil, au bout de n + 2 mois, on peut vraiment se demander si l’on a été retenu ou non.

Pour les romans

Il s’en envoie tellement et c’est tellement difficile d’estimer une vitesse de travail dans ce domaine… Pour cette raison, avant six mois, cela me paraît peu réaliste d’avoir un retour. Se repose donc la question des soumissions simultanées si l’on espère publier rapidement. Est-ce pertinent ?

Je persiste à penser résolument que non (mais je suis certain qu’on me contredira avec véhémence en commentaires : auguste lectorat, lis-les pour avoir un avis différent du mien, ce qui est tout l’intérêt d’un blog). Mais si l’on veut tenter, je lis parfois qu’on recommande d’envoyer le manuscrit tous les trois mois (ou plus) à un éditeur différent, ce qui offre un moyen terme entre la salve d’envois tous azimuts, ce qui risque de susciter des conflits, et l’attente parfois très longue d’une réponse (et, quand même, il est parfaitement compréhensible qu’on ne souhaite pas mourir de vieillesse en attendant). Pourquoi pas.

Enfin, certains envoient bel et bien tous azimuts. Cela se fait : il faut juste avoir conscience des risques.

Mais en cas de problème, tu ne diras pas, auguste lectorat, que je ne t’ai pas lourdement prévenu et n’ai pas déconseillé la pratique. N’hésite pas à donner tout particulièrement ton avis en commentaires sur ce point. 

Suivez vos soumissions !

En bonus, n’oubliez pas de suivre ce que vous avez envoyé à qui et quand, pour savoir quand relancer si vous le souhaitez, quelles sont vos relations avec x ou y, et surtout pour éviter la gaffe classique… Renvoyer plusieurs fois le même manuscrit au même interlocuteur ! La SFWA propose ces cinq ressources pour suivre ses soumissions ; le plus simple et le plus pérenne dans le temps me semble le logiciel Sonar, conçu spécialement à cette fin.

Bon courage et bonnes soumissions, et n’oublie pas, auguste lectorat : si tu veux établir une carrière solide et durable, le meilleur calcul consiste toujours à privilégier la patience.

2015-07-29T19:18:06+02:00jeudi 30 juillet 2015|Best Of, Technique d'écriture|35 Commentaires

Délais de réponse, de soumission, soumissions simultanées… Que faire ? (1. Rien)

haha-businessOkayyyy, je respire un grand coup pendant que ma dernière bibliothèque de sons symphoniques se télécharge et je me lance, tremblant et la peur au ventre, dans un de ces sujets qui déchaîne les passions :

  • Que faire face à la lenteur des réponses éditoriales aux soumissions de textes ?
  • Peut-on soumettre à plusieurs supports en même temps ? (soit « soumissions simultanées »)
  • En l’absence de réponse, au bout de combien de temps puis-je passer à autre chose ? 

Pour ma part, je vais être clair : ma posture a toujours consisté à bannir totalement les soumissions simultanées. Mais, avant de prétendre que c’est la chose à faire, et pour donner plutôt les éléments de réflexion qui serviront à construire une stratégie intelligente, comprenons la question sous-jacente : au fond, quel est le problème avec cette pratique ?

L’article d’aujourd’hui sera le premier de deux parties, concernant les questions de base, et puis mon avis, ma stratégie, qui n’engage que moi. Demain, on fera un peu plus de realpolitik pour voir comment composer avec le marché quand on est moins tête de mule que ton humble serviteur, auguste lectorat.

Soumission simultanée, champ de mines

Les services éditoriaux sont absolument noyés de manuscrits, qu’ils examinent pourtant (si les soumissions sont ouvertes), dans l’espoir de trouver la gemme de demain. Ce dont il faut bien avoir conscience, c’est qu’un éditeur qui lit un manuscrit ne fournit pas un service public (comme c’est parfois sous-entendu par de jeunes auteurs), ne doit même rien à l’auteur qui soumet son livre : il travaille, en choisissant d’investir son temps dans cette recherche – un temps qu’il ne passe pas à faire autre chose, comme boire des daïquiris aux Seychelles promouvoir un livre existant ou même l’oeuvre d’un auteur déjà établi. Il est animé par une mission, son amour de la littérature (sinon il ferait autre chose de sa vie), mais aussi par le fait que sa boîte doit tourner un minimum : encore une fois, il bosse.

Imaginons maintenant que l’éditeur, après une traversée interminable de manuscrits mal ciblés ou écrits avec deux pieds gauches trouve enfin la perle rare, le nouveau Tolkien. Hosannah ! Il appelle l’auteur pour lui promettre une avance pharaonique et des daïquiris aux Seychelles. Et là, l’auteur lui dit « ah ben je suis désolé, mais j’ai envoyé mon bouquin en même temps à votre concurrent principal, il l’a pris, c’est ballot, hein ».

Pire (anecdote authentique) : « Ah c’est cool, mais j’attends une réponse de votre concurrent plus gros qui paie mieux, s’il le veut je lui file, mais sinon okay, je vous le donne. »

Mets-toi à la place de l’éditeur, auguste lectorat. Imagine-toi dans ses souliers vernis. Quelle sera ta réaction ? Voilà.

Là, les plus libéraux peuvent se dire : « bah, loi du marché, bitch, t’avais qu’à réagir plus tôt ».

C’est une attitude légitime. Sauf que vous venez de fâcher un potentiel partenaire, qui ne refera probablement jamais affaire avec vous (oui, ce genre de choses arrive, et régulièrement) parce que vous venez, dans les faits, de lui cracher au visage et qui, s’il est mal luné, ira même raconter à ses petits camarades que vous n’êtes pas quelqu’un de fiable.

Ce qui est une mauvaise décision d’affaires, qu’on soit libéral ou pas, bitch toi-même.

Donc, toute décision concerant la soumission de textes doit prendre en compte cet aspect : laisser à l’éditeur le temps de faire son travail, lequel est lent par nature (lecture attentive, possible prise de notes, immense volume reçu), et prendre soin de ses relations futures avec tous les partenaires, parce que c’est ce qu’un pro fait.

Mais si ça ne répond pas après 47 mois ?

La réponse à ce stade de la discussion est : « mais si je n’ai pas de réponse après un temps raisonnable ? Genre 3, 6, 9 mois ? J’ai le droit d’aller ailleurs, non ? »

Mon avis ? Dans le cadre de la nouvelle (on parlera du roman demain) : attendez quand même. De façon parfaitement subjective, un truc me gêne dans le sous-entendu de cette question : l’impatience. « Ouais mais c’est dégueulasse, moi j’attends, je me ronge les sangs, je voudrais pouvoir reprendre mon texte et le publier ailleurs. »

Bah ouais, eh. Eh bah, c’est la vie. Je suis navré, mais la littérature est un métier fait de patience, de patience et encore de patience. Patience pour écrire. Patience pour relire. Patience dans les tractations, la fabrication. Si tu cherches l’insta-fame, faut faire La Nouvelle Star, pas écrire des bouquins. (Des bouquins ! Au XXIe siècle, mec, sérieusement ! Il faut faire des applis iPhone !) Tu es écrivain ? Tu as ça dans le sang ? Okay, génial. Tu as donc mille histoires qui te tournent dans la tête et te hurlent de sortir, non ? Alors fais ça, plutôt : sors-les.

Tu as envoyé la première ? Lâche prise, et écris la suivante. Et la suivante. Et la suivante. En particulier en début de carrière, où chaque texte donne cent leçons et où les sauts qualitatifs sont palpables et visibles de l’un à l’autre. Ce sera mille fois plus instructif – et donc productif à long terme – que de chercher le business dès le départ. Les nouvelles te seront peut-être refusées un an plus tard ; il te suffira de les reprendre et de les renvoyer ailleurs sans autre forme de procès. Je crois que la priorité d’un jeune auteur n’est pas de chercher la publication en premier lieu mais d’affiner son métier, de construire un corpus de textes solides et alors (mais seulement alors) de chercher à les publier.

Je n’ai jamais fait de soumission simultanée de ma vie. Alors oui, parfois, des textes sont restés dans les limbes éditoriaux pendant des années. Cinq, huit, dix ans. Un texte écrit n’est jamais perdu. C’est même lui donner l’occasion de se bonifier ; car on apprend toujours avec le temps, et les failles invisibles à l’écriture paraissent parfois au bout de cinq ans ; et, au bout de dix, on a enfin compris comment les corriger et servir son histoire au mieux.

C’est par exemple le cas de Port d’Âmes, qui est resté dans mes tiroirs pendant des années ; au final, la version qui sortira en août aura été réécrite aux trois quarts, par rapport à la version précédente, qui était elle-même entièrement réécrite par rapport à la première. Le livre a grandement profité – j’ai eu besoin de ce temps pour savoir comment présenter cette histoire, la raconter, la servir au mieux. Ce livre qui sort en 2015, je n’aurais pas pu l’écrire en 2007. Mais il ne fallait pas non plus attendre 2015 pour l’écrire. Il fallait un mûrissement.

Il faut être patient dans ce métier. La priorité, c’est écrire de son mieux, avant viser à publier. La publication vient ensuite, mais toujours dans un second temps.

Demain, nous parlerons de romans, et de ce qu’on peut faire quand on n’a pas une tête en bois comme moi.

2015-07-29T19:24:54+02:00mercredi 29 juillet 2015|Best Of, Technique d'écriture|12 Commentaires

Lundi, c’est déclencheurs, édition 2015 (3) : un enjeu

writing_wrongC’est parti pour vingt minutes d’écriture, sans interruption, sur le déclencheur de votre choix. Rappel : vous devez trouver vingt minutes dans la semaine pour écrire, pour donner corps à votre rêve. L’article original à voir ici.

Cette semaine, nous allons introduire de la tension narrative avec un enjeu. Si vous avez déjà cerné le problème de votre personnage principal, nous allons le compliquer ; sinon, nous allons lui en donner un. Choisissez, ou tirez au sort, parmi la liste suivante. Voici ce que votre personnage risque dans l’immédiat. Pourquoi ? Ce sera le moteur de votre ébauche d’histoire à venir : c’est la motivation de votre protagoniste, ce qu’il cherche à éviter dans le récit en formation.

Un enjeu :

  1. Mort
  2. Déshonneur
  3. Abandon (quête, lieu…)
  4. Blessure grave
  5. Un pari
  6. Le sort d’un tiers
  7. Une information
  8. Examen de passage
  9. Etre accepté
2015-07-27T14:23:42+02:00lundi 27 juillet 2015|Technique d'écriture|2 Commentaires
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