Blog

Thèse antithèse synthèse

Fiction

Nolwenn Leroy dans son clip reprenant la jument de Michao

Réalité

Je suis sûr que c’est en réplique à ce qui précède, pour faire peur aux Parisiens qui imaginent que la Bretagne donc est un méga camp hippie resté figé dans les années 60.

Ceci est un message : ne venez pas à Morlaix, on a des tyrannosaures. True story.

(Et puis arrêtez d’acheter des cirés Guy Cotten jaunes, bordel. Personne ne porte des cirés Guy Cotten jaunes en Bretagne à part éventuellement les pêcheurs qui, genre, ont besoin d’être repérés s’ils tombent en mer, histoire d’être visibles. En Bretagne comme ailleurs, aucune personne saine d’esprit et jouissant de son plein libre arbitre ne met volontairement du jaune.)

2011-01-13T11:55:26+01:00jeudi 13 janvier 2011|Humeurs aqueuses|13 Commentaires

Black lotus Channel Fireball

J’étais clean. Pendant quinze ans, j’ai été clean. Et puis, de jolies illustrations, des coffrets brillants, des mentions aguicheuses comme « deck préconstruit » ou la résurrection de cartes abusées mais pas trop mentionnant les mots magiques Mox ou Lotus ont imprimé à ma trajectoire une inflexion dangereuse qui devait se transformer en orbite destinée, à plus ou moins long terme, à une collision fatale.

J’ai repris Magic.

Magic, c’est le père de tous les jeux de cartes à collectionner (celui qui a connu le plus grand succès, en tout cas), un mélange terriblement addictif de stratégie dans la construction de son propre paquet, et dans l’affrontement de l’adversaire, un pan entier de la culture geek, mais aussi un bouffe-thunes invraisemblable dont les cartes les plus abusées des toutes premières éditions, à jamais épuisées (les célèbres power nine), s’échangent maintenant aux alentours de 500 $ sur eBay. J’ai passé tout mon argent de poche là-dedans, j’ai possédé les Mox, Time Walk, Black Lotus, j’ai fait des tournois cotés, j’ai vaincu mes adversaires en deux tours, j’ai joué cinq tours d’affilée sans que mon adversaire puisse réagir (tour normal – Time Walk – Fork – Regrowth – Time Walk – Timetwister – Time Walk), j’ai infligé en un tour assez de dégâts pour tuer deux joueurs et demi, j’ai gagné contre trois joueurs en même temps qui possédaient des jeux « normaux », j’avais immobilisé assez de carbone dans le carton de mes cartes pour construire une petite autoroute.

Et puis, j’ai dit, en emménageant à Rennes, fini. C’est du passé tout ça, faut que tu raccroches les gants, man, où tu peux aller ensuite après tout ça, hein ? J’ai tout vendu, j’ai remisé mes valises de cartes en envisageant « un jour » de vendre tout le stock, qui dort depuis toutes ces années sans que je m’y sois jamais penché.

Et là, c’est le drame (en fait non)

Vous savez comme les plus grandes catastrophes naissent d’une phrase anodine, genre : « mais si, c’est solide, monte dessus », « tiens, je me demande ce que fait ce gros bouton ? », « allons, si la liche a laissé cet objet magique en vue, c’est qu’on doit s’en servir » ou « bonsoir monsieur John Lennon, je peux avoir un autographe ? » Ben là, pareil.

« Tiens, y a un tournoi à la boutique de jeux de rôles (Trollune pour ne pas la nommer), ça pourrait être fun ? » En fait, je ne sais plus qui d’elle ou de moi a prononcé cette phrase, et je crois bien que c’était moi, d’ailleurs. Ô pauvre condition humaine, que tu es l’architecte de ta propre chute !

Parce que oui, effectivement, c’était fun. Diablement fun.

Devant le nombre astronomique de cartes publiées au cours des ans, le jeu s’est reporté sur des tournois scellés (le vieux Type III), où l’on doit constituer son deck à partir d’un petit nombre de cartes tirées de paquets scellés et distribuées selon diverses règles qui font déjà entrer une part de stratégie. Paradoxalement, cela rend le jeu beaucoup plus accessible aux joueurs occasionnels (voir qui débarquent du XXe siècle comme ton serviteur, auguste lectorat), qui peuvent s’amuser – même en tournoi – sans connaître sur le bout des doigts toutes les combos mortelles ni le listing de chaque couleur depuis 1993. Grâce au Net, le marché de l’occasion est bien plus développé et clairement établi (finies les heures passées à gueuler devant l’Oeuf Cube : « quelqu’un aurait un quatrième Juzam Djinn ? ») : des sites d’enchères aux vendeurs spécialisés, il est quasiment possible de construire son jeu à l’unité sans passer le PIB du Ghana dans une boîte de boosters.

Bref, la communauté a mûri, comme on pouvait s’y attendre depuis tout ce temps, au même titre que, mettons, celle de WoW a mûri en théorisant les stratégies courantes, en apprenant le méta-jeu, en structurant les échanges.

En plus, c’est devenu bien

J’ai attaqué Magic juste avant Legends (troisème extension) et vraiment arrêté vers Tempest. Le jeu que j’avais connu – fortement fondé sur la rapidité et la combo-qui-tue étayée par tous les accélérateurs possibles (Mox et alii) – tournait sévèrement en rond alors que les parties dépendaient en définitive grandement de la première main et du premier tour – et donc de la chance. Après The Dark, le jeu s’était mis à errer, n’offrant guère de renouvellement ni, tout simplement, de cartes réellement compétitives face aux stratégies les plus efficaces remontant aux premières éditions. Magic n’avait tout simplement pas été conçu pour durer aussi longtemps ni avec un tel succès. Les vieux joueurs comme moi voyaient les tournois Type II (n’utilisant que les dernières extensions) comme une catégorie artificielle destinée à pousser les blocs récents, mais qui ne présentaient pas de réel intérêt dans la recherche de la puissance pure qui nous animait à l’époque. Je veux dire, pourquoi s’ennuyer à changer de stratégie quand on peut coller 72 points de dégâts en un tour ?

Eh bien, le Magic d’aujourd’hui n’a plus rien à voir, et tant mieux. Le jeu me fait l’effet d’avoir connu une seconde jeunesse au tournant des années 2000 avec une reprise du design et un resserrage des mécanismes avec, cette fois, la perennité comme objectif. L’introduction d’une foule de nouvelles capacités a clairement rééquilibré les stratégies en faveur des créatures – un des aspects les plus intéressants de l’affrontement – au détriment des sorts directs (qui dominaient au début). Et c’est tant mieux. Je me suis surpris à gagner des parties avec des créatures minuscules que je n’avais pas eu le choix de prendre et que j’avais décidé comme étant pourries.

Pas de crainte, donc. Magic est, avec le temps, devenu ce qu’il aurait toujours dû être : un jeu bien conçu, addictif mais raisonnable, amusant et avec assez de stratégies viables – et de possibilités en cours de partie – pour faire fondre le cerveau de plaisir. Ajoutons à cela que Wizards autorise les imitations pour les power nine en tournoi « Vintage » (pour les nostalgiques de la vieille époque), que le format « Legacy » les interdit purement et simplement, que chaque bloc paraît enfin bien pensé, avec une puissance réelle mais équilibrée, et tous les aspects délétères du jeu s’envolent. Magic nécessite évidemment une communauté, mais on peut enfin s’y amuser sans que ce loisir mange votre temps, votre chat et vos enfants.

Cela, ou alors c’est moi qui ai mûri. C’est possible aussi.

En tout cas, ça va être enfin l’occasion de vendre mes cartes une fois pour toutes, et de penser, enfin, des années plus tard, en termes de jeu… et non en termes de stock.

Superbe photo de lotus par David Greenwell.

2011-01-12T15:08:20+01:00mercredi 12 janvier 2011|Geekeries|13 Commentaires

Flammagories finaliste du prix Masterton ! (+ prix Bob Morane)

Couv. Alain Valet

EDIT mardi 12 11:30 : Ajout des noms des traducteurs consécutivement à leur mention faite par les membres du jury.

Les finalistes des prix Masterton et Bob Morane ont été annoncés ; le premier concerne le fantastique, le second la littérature d’aventure. Et Flammagories, le collectif hommage à Nicholas Lens (où était parue « Tegite Specula »), paru aux éditions Argemmios, a été nommé par le jury du premier !

Félicitations à tous les finalistes (et en particulier aux copains, parce que bon) !

Prix Masterton

Romans francophones

  • Serge Brussolo : Ceux d’en bas (Fleuve Noir)
  • Jean-Christophe Chaumette : Le Dieu Vampire (L’Editeur)
  • Céline Guillaume : Le Ballet des âmes (Editions du Riez)
  • Franck Thilliez : Le syndrome « E » (Fleuve Noir)

Romans traduits

  • Gary A. Braunbeck : Mais c’est à toi que je pense (Bragelonne, traduction de Jean-Claude Mallé)
  • Mike Carey : Cercle vicieux (Bragelonne, traduction de Christophe Cuq)
  • Hal Duncan : Evadés de l’enfer ! (Folio SF, traduction de Florence Dolisi)
  • Lillith Saintcrow : Le baiser du démon (Orbit, traduction de Célia Chazel)

Nouvelles

  • Nathalie Dau : « Notre-Dame des algues » – Contes myalgiques 2 (Griffe d’encre)
  • Jeanne-A Debats : Stratégies du réenchantement (Griffe d’encre)
  • Flammagories : Hommage à Nicholas Lens (Argemmios)
  • Richard D. Nolane : Séparation de corps (Rivière Blanche)

Prix Bob Morane

Romans francophones

  • Jeanne A Debats : Plaguers (L’Atalante)
  • Vincent Gessler : Cygnis (L’Atalante)
  • Johan Héliot : Ordre Noir (Fleuve Noir)
  • Frédéric Jaccaud : Monstre (une enfance) (Calmann-Lévy)
  • Laurent Kloetzer : Cleer (Denoël)
  • Christophe Lambert : Vegas Mytho (Fleuve Noir)
  • Jean-Claude Marguerite : Le Vaisseau ardent (Denoël)
  • Laurent Poujois : L’Ange Blond (Mnémos)

Romans traduits

  • Jedediah Berry : Manuel à l’usage des apprentis détectives (Denoël, traduction de Philippe Rouard)
  • Dimitri Glukhovsky : Métro 2033 (L’Atalante, traduction de Denis E. Savine)
  • John Lindqvist : Laisse-moi entrer (Télémaque, traduction de Carine Bruy)
  • Ian McDonald : Le Fleuve des dieux (Denoël, traduction de Gilles Goullet)
  • Terry Pratchett : Nation (L’Atalante, traduction de Patrick Couton)
  • David Self : Le livre de Dave (Editions de l’Olivier, traduction de Robert Davreu)
  • Peter Watts : Starfish (Fleuve Noir, traduction de Gilles Goullet)

Nouvelles

  • Lucie Chenu : Les enfants de Svetambre (Rivière Blanche)
  • Sylvie Denis : « Les danseurs de la lune double » (Galaxies n°9)
  • Jean-Claude Dunyach : « 3h pour Lady Evangeline » (Bifrost n°58)
  • Laurent Genefort : « Rempart » (Bifrost n°58)
  • Michel Jeury : « Ceux d’après » (Galaxies n°9)
  • Lucius Shepard : Sous des cieux étranges (Le Bélial)

Coup de coeur

  • David Wellington : Zombie Story (Milady)
  • Charlaine Harris : La communauté du sud (J’ai Lu)
  • The Walking Dead (série TV et BD)
  • H.P. Lovecraft : Les contrées du rêve (Mnémos)
  • Delestré & Desanti : Dictionnaire des personnages populaires de la littérature (Seuil)
, traduction de Jean-Claude Mallé
2011-01-12T12:22:05+01:00mardi 11 janvier 2011|Actu|1 Commentaire

Twitter advanced : des applications

Twitter est un peu aride et crypté au premier abord, le décoder était le but de ce premier article. Cependant, Gilles G avait remarqué très justement en commentaire certains manquements du réseau, notamment la possibilité de suivre commodément une conversation. On peut aussi reprocher à ces médias leur multiplication, le fait que tous répondent à des besoins différents, ce qui multiplie le temps qu’on a tendance à passer dessus.

C’est là qu’on entre dans le mode avancé extra bonus stage turbo II prime.

Utiliser un client unifié

Vous passez beaucoup de temps sur Facebook et Twitter à la fois ? Vous gérez, en plus de votre profil personnel, une page pour une association ou une institution ? La multiplication des canaux peut vous rendre cinglé en plus de vampiriser votre temps en moins de temps qu’il n’en faut pour RT une vidéo de lolcat.

L’idéal est donc d’utiliser une seule application pour tout : un seul « social hub« , comme on dit chez les experts communicants (rien à voir avec Miami ou Las Vegas) où tous vos flux arriveront, et d’où vous pourrez informer tous vos canaux. (En ce qui me concerne, je n’en ai que deux, Facebook et Twitter, mais le temps gagné n’est déjà pas négligeable, ce qui est autant que je peux consacrer à réellement communiquer avec des gens, c’est-à-dire, bien entendu, faire circuler des vidéos de lolcats.)

Il y en a une bonne demi-douzaine sur le marché, mais je n’en ai testé que deux, qui ont l’avantage d’être (à peu près) gratuits et plutôt complets.

Hootsuite

Hootsuite est une application web, c’est-à-dire qu’elle tourne dans n’importe quel navigateur pas trop ancien sur n’importe quelle machine pas trop vieillote. Cela veut également dire qu’il n’y a rien à installer et qu’une fois votre compte créé, il sera instantanément accessible de n’importe quelle machine. L’interface de Hootsuite est vraiment bien pensée et très complexe, notamment pour ce qui est de l’intégration avec Facebook : poster des vidéos, des liens, se fait très simplement avec les mêmes fonctionnalités que sur le site de FB (personnalisation de l’image d’aperçu, du texte, etc.).

Pour ce qui est de Twitter, on trouve tout ce qu’on est en droit d’exiger d’un client évolué : RT personnalisables, accès à l’historique d’une conversation, aperçu des profils en cliquant sur une simple mention « @ », etc. Rien à redire sur les fonctionnalités (il y en a même certaines que vous n’utiliserez jamais).

Le désavantage de Hootsuite est sa fausse gratuité. L’accès aux fonctionnalités de base est financé par la publicité : régulièrement, des tweets publicitaires feront leur apparition dans votre timeline, ce qui, personnellement, m’insupporte. Pour s’en débarrasser et avoir accès à davantage de fonctionnalités (orientées vers le travail d’entreprise), il faudra payer un abonnement.

Hootsuite est très certainement l’un des clients les plus complets du marché, ce qui explique ce modèle économique et, disons-le franchement, orienté communication coroporate. Mais, si vous n’êtes pas allergique à un peu de pub intrusive, c’est assurément la Rolls. C’est ici.

TweetDeck

TweetDeck est une application à part, c’est-à-dire qu’il vous faudra l’installer sur toutes les machines où vous voudrez l’utiliser (une version intégrée au navigateur vient cependant d’être publiée pour Chrome ; des versions existent aussi pour plate-formes mobiles). Ce client était originellement dévolu à Twitter, ce qui rend son intégration à Facebook un peu cafouillante et pas aussi puissante que celle de Hootsuite (la publication de liens ou vidéos ne peut se faire directement). Cependant, le site de Facebook n’a tout de même pas les manquements de l’interface de base de Twitter ; le but reste de rendre l’expérience Twitter plus agréable et facile.

Et, sur ce point, TweetDeck remplit parfaitement son contrat : réponses, RT personnalisés, suivi des conversations et classement des contacts en listes personnelles. De plus, TweetDeck permet la publication directe de contenu comme des photos ou vidéos avec une intégration transparente à des services comme Twitpic.

Pour utiliser l’environnement sur plusieurs machines, il est possible d’ouvrir un compte TweetDeck de manière à conserver préférences et classements d’un terminal à l’autre, mais cela reste entièrement facultatif.

Pour un usage prioritairement réservé à Twitter (et une réelle gratuité), TweetDeck me semble le meilleur choix. C’est là.

D’autres ?

Il existe d’autres applicatifs liés à Twitter, principalement sous la forme de plug-ins qui viennent se greffer au navigateur : le plus célèbre est probablement Echofon, prévu pour les plate-formes MacOS et Firefox. Au-delà, il en existe probablement des centaines, plus ou moins bien fichus, plus ou moins buggés, mais il se peut que l’un d’eux ait cette fonctionnalité que vous cherchez désespérément partout. Jetez un oeil à chaque tweet : il mentionne le client utilisé. À vous, peut-être, de l’essayer à votre tour si les deux ténors précités ne satisfont pas à vos exigences.

Ces applications permettent en tout cas de se libérer vraiment des contraintes de manipulation intrinsèques aux réseaux et de leurs lenteurs. Extrêmement transparents et ludiques, je ne saurais trop recommander leur usage pour gagner du temps et le passer à véritablement faire des choses sur les réseaux… au lieu de se battre avec leur interface.

Bonne chasse !

2011-01-06T13:01:15+01:00jeudi 6 janvier 2011|Geekeries|4 Commentaires

Traduction littéraire, FAQ

Je reçois ces temps-ci pas mal d’interrogations (souvent d’étudiants) relatives au métier de la traduction, littéraire en particulier, et parfois un peu floues, si bien que je ne sais pas très bien quoi répondre exactement. Or, il y a deux ou trois ans, une étudiante (qu’elle en soit remerciée, puissent ses corrections d’épreuves se faire toujours dans la tranquillité avec de longs et confortables délais) m’avait posé des questions très précises par mail sur le domaine, ce qui a plus ou moins pris la forme d’un entretien ; hé, dis-donc, me suis-je dit sous ma douche, pourquoi ne pas poster ce texte sur le blog pour servir de Foire Aux Questions, et les consoeurs et -frères pourraient ensuite réagir, et les gens que ça intéresse poser d’autres questions, et ça pourrait, genre, servir de ressource ? Mode collaboratif web 2.0, tout ça ?

Pour compléter la question, je vous invite instamment à jeter un oeil à l’Association des Traducteurs Littéraires de France, au dossier Traduction réalisé par ActuSF et aux questions aux traducteurs de Lucie Chenu (avec la réserve qu’en ce qui me concerne, certaines réponses commencent à être très datées, surtout sur le lien entre traduction et écriture : l’entretien a sept ans).

Here we go.

J’ai cru comprendre que vous étiez ingénieur avant de vous lancer dans ce que vous faites maintenant, aussi comment avez-vous fait la transition entre les deux ? De quelle manière avez-vous débuté en traduction ? Quelles démarches avez-vous effectuées ?

J’ai commencé par traduire pour des revues littéraires de qualité, mais qui paient peu (ou pas), faute de moyens, car ce sont des très petites structures souvent associatives. Mais ce sont des passionnés ou amateurs très éclairés qui gèrent ces structures, ce qui en fait une excellente école (j’ai par exemple eu la chance immense de faire mes premières armes sous l’égide de traducteurs professionnels reconnus). D’autre part, cela permet de se constituer une première bibliographie (ce qui, en édition, tient lieu de CV) pour aller frapper chez des structures de plus en plus grandes et donc de plus en plus rémunératices. Cela fait donc boule de neige, mais ce processus peut être long (plusieurs années). J’ai tiré le diable par la queue un petit moment avant d’arriver à en vivre correctement. Ce genre de parcours est relativement courant en SF&F, mais il comporte évidemment une part de risque importante – sans parler du besoin d’arriver à se former par soi-même.

Pour les démarches, je me suis simplement investi dans ces revues, rencontrant les équipes en festival, me construisant mon carnet d’adresses, ouvrant les yeux et les oreilles en quête d’une occasion.

Que demandent les éditeurs de la part d’un traducteur littéraire (en matière de qualifications, de compétences) ?

Un éditeur veut du bon boulot, il se fiche d’où vous sortez : votre qualification première, c’est votre bibliographie, derrière laquelle passent les diplômes. Attention, cela ne veut pas dire qu’ils sont superflus (il y a par exemple un master de trad littéraire à Paris et j’enseigne un bref module à celui d’Angers) : ils vous donnent un certain nombre de réflexes qu’il faut autrement acquérir par beaucoup de travail personnel et une formation sur le tas (ce qui peut se faire dans la douleur et dans l’erreur…), en plus de vous aider à décrocher une première place plus facilement. Néanmoins, bien des traducteurs pros n’ont pas un tel diplôme et ont suivi plus ou moins le genre de voie que je décrivais plus haut. En résumé, les diplômes de trad vous faciliteront la vie, mais qu’ils ne sont pas indispensables comme dans la quasi-totalité des autres professions. Pour ma part, mon seul diplôme un tant soit peu relié au domaine est un Cambridge Certificate of Proficiency in English, qui sert juste à montrer que je pige un tant soit peu ce que je lis !

Est-il possible de se cantonner à un genre précis en traduction littéraire (je pense notamment à la SF et la Fantasy) ?

Tout à fait, c’est mon cas comme celui de nombreux traducteurs du domaine (Mélanie Fazi, Jean-Daniel Brèque, Gilles Goullet, Arnaud Mousnier-Lompré, etc.)

Est-il possible/conseillé d’exercer une autre activité professionnelle en parallèle ?

A « terme », la traduction littéraire est normalement un métier suffisamment rémunérateur pour être une activité à plein temps (et même davantage). Après, tout est toujours possible si vous avez le temps et la motivation. Disons que cela dépend des attentes de votre éditeur (s’il vous fournit contrat après contrat, il vous faudra finir par faire un choix) et de votre vitesse de travail. Certains confrères sont par exemple professeurs, musiciens, etc. et ont une entente particulière avec leur éditeur pour avoir des délais de remise « réalistes ». C’est possible avec de l’organisation et de la discipline, et c’est aussi un choix dans une certaine mesure.

Il faut quand même savoir que la traduction d’un ouvrage est un chantier au long cours dont il ne faut pas sous-estimer le volume de travail. Si vous travaillez pour un éditeur qui vous fournit régulièrement des contrats, vous aurez de quoi vous occuper à plein temps tout en en vivant convenablement. Dans les débuts, c’est peut-être plus compliqué, et vous devrez éventuellement fournir un volume de travail important le soir et les week-ends pour coupler ça à un job alimentaire, le temps de décrocher des contrats rémunérateurs, de vous constituer vos contacts – et de ne pas mourir de faim quand même dans l’intervalle.

Quelles sont les difficultés inhérentes à ce métier ?

D’abord celles de toute professon libérale : on marche au contrat donc, en cas de faillite d’un gros client, on peut se retrouver sans rien et devoir recommencer presque de zéro. Vous n’avez pas non plus trop le droit d’être malade ou d’avoir des accidents (ou bien il faut être prescient pour les prévoir…) : les contrats ont des dates de rendu gravées dans le marbre et si les éditeurs peuvent être compréhensifs en cas de coup très dur, être fiable est un qualité essentielle. A vous de vous organiser.

D’autre part, on travaille seul, souvent à domicile. Il faut aimer la solitude, ne pas tourner en rond comme un lion en cage quand on reste enfermé, savoir se motiver et de discipliner. Il faut aussi savoir rester en compagnie d’un même livre pendant des mois entiers, parfois jusqu’à l’écoeurement, et rester rigoureux quand même.

Enfin, comme dans tout milieu artistique, il peut parfois arriver que les mesquineries volent bas. Il faut en faire abstraction et continuer à faire son travail avec coeur, au mieux de ses capacités, sans prêter attention aux voix jalouses.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la traduction littéraire en général, et de SF et Fantasy en particulier ?

Du courage et de l’opiniâtreté, parce qu’avoir le statut d’indépendant, se construire un carnet de contacts, apprendre le métier en permanence n’est pas forcément facile ni de tout repos (mais c’est aussi ce qui en fait l’exaltation).

Un véritable amour de la langue et de la littérature, parce qu’il faut chercher sans cesse la justesse du vocabulaire et des expressions, travailler son style, rester parfois très longtemps dans la même oeuvre (des années si on suit une série), avoir un côté perfectionniste parfois obsessionnel pour chercher le mot juste. De l’humilité aussi, parce qu’il ne s’agit pas d’une réécriture mais d’une transmission d’une oeuvre, ce qui implique une certaine plasticité d’expression pour passer d’un auteur à l’autre, d’un genre à l’autre, pour se couler dans le style. Egalement de l’humilité face aux corrections, surtout dans les débuts : toujours chercher le perfectionnement, l’apprentissage, la minutie.

Enfin, j’ai lu que vous suiviez des études de traduction technique : je dois tout de suite vous avertir que la traduction technique et la traduction littéraire sont deux domaines complètement à part et même, pour certains aspects, diamétralement opposés l’un à l’autre. Vous avez certainement acquis un certain nombre de réflexes en trad technique qui seront non seulement inutiles, mais contre-productifs en trad littéraire. Par exemple, vous pouvez (que dis-je, vous devez) jeter Trados et autres mémoires de trad à la poubelle et les proscrire définitivement. La trad littéraire met beaucoup plus en valeur le propos, le message, l’atmosphère, le style (ce qui en fait un véritable exercice de création par certains moments) que la lettre de l’oeuvre, par rapport à la trad technique pour qui la précision passe avant toute autre considération.

2019-08-21T18:26:34+02:00mardi 4 janvier 2011|Best Of, Le monde du livre|5 Commentaires

Best-of expériences en temps réel

Je n’aime pas les bilans de fin d’année, ils me donnent l’impression de se reposer sur ses lauriers au lieu de regarder vers l’avant. Mais l’excellent John Scalzi fait ça très bien, et je vais donc honteusement lui piquer son format avec un best-of de cette année (et ça donnera un prétexte pour parler de l’évolution et du trafic sur le site, lequel a beaucoup changé cette année).

Hello, Dave.

Votre choix

Parlons chiffres : le trafic du site et du blog a littéralement explosé cette année : merci de votre fidélité ! D’un gros millier de visites en début d’année, le compteur affiche en ce moment 5589 pour le seul mois de décembre (un mois plutôt creux en principe). J’ai l’impression que poster tous les jours, fût-ce pour une connerie (okay, beaucoup de conneries) et non une à deux fois par semaine te convient mieux, ô auguste lectorat, et c’est ce que je vais m’efforcer de continuer à faire en 2011, parce que, comme le dit très bien Holly Lisle, les sites existent pour les gens, pas l’inverse, et que j’ai beau prendre beaucoup de plaisir à l’expérience du blogging, le but est quand même que les visiteurs y trouvent leur compte. (C’est, soit dit en passant, une expérience très étrange de me dire qu’il y a maintenant vraiment des gens qui lisent cet endroit – coucou. Au début, à part une poignée de fidèles, c’était forcément désert. Maintenant, il y a même des inconnus qui réagissent. Cela me fait très plaisir mais c’est évidemment plus impressionnant que de beugler dans une salle vide. Pas d’inquiétude, le ton ne changera pas pour autant – au contraire, c’est plutôt un blanc-seing pour me lâcher davantage. HAVE PHEAR)

Bon, alors, auguste lectorat, qu’est-ce qui t’a le plus plu cette année ?

Vos visites viennent très principalement des réseaux sociaux, Facebook et Twitter, ce que je n’aurais pas forcément imaginé au premier abord. Seul un petit nombre d’entre vous utilise le flux RSS. Loin devant, le mot-clé de recherche le plus fréquent aboutissant ici est… mon nom, ce qui prouve qu’a priori, au moins, les visiteurs trouvent ce qu’ils viennent chercher (savoir si ça les satisfait ou même s’ils deviennent cinglés, c’est une autre histoire).

Lifeguard on duty

Pour sauver l’article A, tapez 1. Pour sauver l’article B, tapez 2.

Je ne me dresse évidemment pas contre ta volonté, ô auguste lectorat (et je suis plutôt d’accord avec toi sur la sélection de l’année de toute manière), mais les concours de circonstance, de mauvais choix de ma part ont parfois fait passer quelques articles à la trappe. Voici donc un peu de lecture pour terminer l’année, histoire de les repêcher au rattrapage :

Enfin, juste pour le plaisir :

And now, the same, but different

Tandis que 2010 tire progressivement sa révérence tel un catarrheux en phase terminale (aucun rapport avec les hérétiques), la tradition veut que l’on parle projets. Pour l’écriture, c’est ici ; faire un bilan des publications serait parfaitement égocentrique aussi m’en abstiendrai-je comme un électeur moyen un jour d’élections régionales, mais j’aimerais bien, en revanche, vous confier ce que j’aimerais faire en 2011. S’il y a matière à, je ferai le. Pour le site, ma foi, Victor, mon intrépide stagiaire, revient en début d’année avec des idées, m’a-t-il dit, moi je possède un fouet, nous nous entendrons donc dans une relation de hiérarchie parfaitement saine.

Plus sérieusement, auguste lectorat, s’il y a des trucs que tu voudrais voir davantage (ou moins), c’est le moment : en quoi puis-je rendre ta user experience plus friendly et fulfilling que now ? Des trucs pas commodes ? Des envies ? Parle-moi sur l’oreiller d’un ton suave et doux. Nous irons gambader dans les prairies virtuelles de Désirs d’avenir.

Photo évidemment tirée de 2001, L’Odyssée de l’espace, (c) MGM.

2010-12-30T12:14:58+01:00jeudi 30 décembre 2010|Geekeries|11 Commentaires

Dernières nouvelles (avant 2011)

Non, ce blog n’est pas mort, il n’est même pas parti pendant les fêtes (les blogs ne fêtent pas Noël, ils fêtent à la place une date obscure et mystérieuse connue d’eux seuls, hors du calendrier des mortels, déterminée et construite à l’avènement des premiers sursauts de conscience dans la mer informationnelle d’Internet, conscience à présent suffisamment mûre pour fomenter notre annihilation pendant que nous restons encore persuadés que nos gentils PC sont de dociles machines qui disent HELLO WORLD quand on le leur demande). Je profite du calme relatif de la période pour écrire le jour, pour écrire la nuit, j’y mets tout mon coeur, wo hoooo c’est le bonheur. Les activités normales reprendront en début de semaine prochaine. Mais, dans l’intervalle, des infos, des nouvelles, des trucs et des machins !

Couv. Anne-Claire Payet

L’Importance de ton regard sélectionné par Mythologica !

C’est un superbe cadeau de fin d’année : L’Importance de ton regard figure parmi la sélection des meilleurs livres de 2010 opérée par Mythologica… Et il est même choisi comme prix spécial !

Je suis très heureux que ce livre commence à faire parler un peu de lui après La Volonté du Dragon, vu qu’il est à mon sens très différent. Tu ne sais peut-être pas, auguste lectorat, que sous sa carapace de lumière et son regard fixé sur l’horizon, tout écrivain cache plus ou moins une personnalité résumée par Jacque Lacan sous l’appellation scientifique « omondieu omondieu mais pourquoi je fais ça ça n’intéresse personne j’en suis sûr je vais plutôt aller élever des singes rhésus en Papouasie Nouvelle-Guinée ». En ce qui me concerne, en plus de me faire évidemment très plaisir, ces retours si positifs tendent à me faire pousser un énorme « ouf » de soulagement : tout cela n’est pas entièrement vain, il y a des gens que ça a pu toucher en-dehors de moi, mon poisson rouge et mon singe rhésus, et cela me donne l’encouragement le plus important qui soit : continuer, paradoxalement, à n’en faire qu’à ma tête.

Alors, merci ! 🙂

Causing in ze poste

The Portal, le site international dont j’ai déjà dit tout le bien que je pensais, m’a fait le plaisir d’une petite interview pendant les Utopiales (dieu que cette phrase comporte de liens). C’est en anglais dans le texte, mais si cela ne vous rebute pas, cela peut se lire ici.

Demain

Je tente un truc de ouf que j’ai piqué à John Scalzi : le best-of de l’année. Je vous donnerai aussi un peu des stats de lecture sur ce lieu de perdition, comme ça, parce que ça se prête bien à discussion de comptoir. « Sais-tu que la fréquentation des flux RSS a grimpé de 12,78 % en deux ans, et que cela se reflète sur la fréquentation du blog ? » Ça va être trop bien.

Non, mais partez pas, hé, hééé.

2010-12-29T12:39:24+01:00mercredi 29 décembre 2010|Actu|Commentaires fermés sur Dernières nouvelles (avant 2011)

Joyeux affreux solstice

Chanté sur l’air de Carol of the Bells, bien entendu (paroles) ; petit film approuvé par l’inénarrable H.P. Lovecraft Historical Society, responsable de ces merveilleuses créations que sont ces chants de Nowel horrifiques.

(Éternels – et dans ce domaine le terme prend un sens bien particulier – remerciements à Mélanie Fazi pour m’avoir fait découvrir cette merveille.)

Peluche Cthulhu de Nowel trouvée chez Entertainment Earth.

2010-12-27T11:18:15+01:00lundi 27 décembre 2010|Expériences en temps réel|4 Commentaires
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