/facepalm de Noël

How how how, c’est le premier décembre, les petits amis, l’époque des fêtes, de la neige qui ne fond même pas, des sapins en plastique et des dreling dreling de vieux pervers barbus agitant leurs cloches dans les supermarchés en vous remettant des coupons d’économies parce que c’est bientôt Nowel, how how how ! C’est le moment parfaitement choisi pour se montrer désagréable. La nouvelle a un mois mais je n’en ai pas parlé avant, comprenez,  j’étais occupé à dépecer les rennes du père Noël pour refaire les sièges de ma Lada :

L’article de Rue89 qui va avec et les réactions qui l’accompagnent laissent franchement les bras ballants :

La banque ne recule devant rien en s’attaquant aux rêves des enfants et en heurtant la sensibilité des plus jeunes d’entre eux !

WTFBBQ ??

Bon, d’une, y a vraiment pas plus fondamental comme sujet d’indignation ? « T’auras pas de taf, de santé, d’éducation, de retraite, d’environnement, de liberté d’expression, mon fils, mais au moins on t’a sauvé le père Noël : tu peux continuer à rêver. » C’est vrai, tant qu’on a l’inaccessible, ma foi, on est sauvé. C’était pas Nietzsche qui disait que l’espoir était la pire des malédictions parce qu’elle entraînait passivité et renoncement ? Sais pu.

Quoi qu’il en soit, il me semble qu’un certain nombre de personnes auraient bien besoin d’un cours de rattrapage éclair sur la différence entre fiction, rêve et mensonge. L’existence du père Noël n’a rien d’un rêve, c’est un mensonge éhonté, point barre. La « magie » se passe parfaitement bien de mensonges : cela s’appelle les rêves, justement, soit l’action de concrétiser son désir ; ou bien la fiction, qui est une forme de jeu et d’enseignement. Le lecteur – ou le spectateur – sait pertinemment que l’histoire à laquelle il assiste est fausse, mais cela l’empêche-t-il pour autant de la vivre avec intensité ? Non. Ce qui est marrant, c’est que les enfants parviennent encore mieux à maintenir cet état d’esprit dual entre réalité et fiction (suffit de regarder dix secondes une cour de récré pour s’en convaincre) ; ils sont même bien plus prêts à laisser leur imaginaire filer dans la direction qui leur plaît, hors des règles et des convenances, en toute liberté. Ne plus pouvoir être émerveillé que par un véritable mensonge, c’est bien là un triste travers d’adulte « mûr ».

Faudrait donc arrêter de prendre les gosses pour des cons, et plutôt les aider à maîtriser au plus tôt la différence entre réalité et imagination – ce pour quoi ils sont très bien armés ; ce sont les adultes qui souvent leur embrouillent l’esprit avec des conventions et des catégorisations qu’eux-mêmes maîtrisent mal. Ce qui manque souvent aux enfants, c’est la maîtrise du lien causal et de la cohérence, mais ils savent bien différencier le vrai du faux – et surtout, bordel, ils savent être émerveillés par le faux.

De là à imaginer qu’à notre époque, un rêve se doit d’être faux, il n’y a qu’un pas. Et il est atrocement révélateur.

Sinon, bons préparatifs à tous, je retourne à la bourse d’échange de charbon, j’ai une livraison à prévoir pour la fin du mois.

Dessin © Black-Charizard (profil DeviantArt)

2010-12-01T16:02:36+01:00mercredi 1 décembre 2010|Humeurs aqueuses|4 Commentaires

Utoffpiales

Oui, il y a donc des moments off dans tout festival, et voici deux petites images pour en témoigner :

De magnifiques chaussures zombie…

… mais j’ai surtout flashé sur la machine à café du hall du Novotel. Sérieux, elle ne vous fait pas penser à une vieille anglaise respectable qui occuperait ses longues journées d’oisiveté à veiller au bon respect des convenances dans le voisinage ?

2010-11-16T15:41:27+01:00mardi 16 novembre 2010|Expériences en temps réel|2 Commentaires

La lose

Comme je le disais hier, le salon fantasy de la Chapelle de Guinchay était vraiment très agréable. Mais sais-tu, ô auguste lectorat – je sais que tu t’en doutes -, que tout festival a sa part de moments off, d’improbable et de bizarre ? Certaines anecdotes sont aussitôt racontables, d’autres un peu plus tard, d’autres enfin ne peuvent être relatées que des années après les faits, en changeant les prénoms et en s’assurant qu’aucun représentant de tabloïde ne traîne dans le coin.

Bref. Ce qui s’est passé dimanche n’appartient en rien au festival, mais y est périphérique. D’autre part, c’est racontable (navré). Imagine-toi, auguste lectorat, Thomas Geha et moi-même, revenant de ce week-end de rencontres et de plaisir, encore portés par notre joie, investis par notre mission de popularisation des littératures de l’imaginaire, projetant de vastes initiatives comme la subvention d’une traduction de Tolkien en inuit ou la fondation d’un musée des boutons de manchette de la fantasy historique.

Sauf que :

Bon, ça arrive.

Okay, c’est le seul vol des trois écrans écrits en corps 6 à être ainsi affligé, mais bon, ça arrive.

Au moins, ça nous permet de repérer facilement la ligne correspondante sur les panneaux d’affichage.

(Une sombre histoire de pilote qui n’a pas pu revenir de Pologne à temps. J’espère que ce n’était pas à cause d’une petite fête locale. Il n’y a pas d’alcootests en altitude.)

Qu’à cela ne tienne ! Thomas et moi sommes allés vaillants dîner d’un roboratif sandwich Sodebo sous cellophane. Après tout, nous ne sommes pas que de purs esprits et nous savons apprécier la bonne chère, aussi haut planions-nous, le menton relevé, les cheveux dans le vent.

Nous sommes alors passés devant cette machine, gloussant à moitié de l’infortuné client qui nous avait précédés :

Ah ! Ah !

Quelle déception pour ce malheureux ! Nous imaginions sa frustration, les coups vains qu’il pouvait donner contre l’imperturbable plexi qui refusait de lui octroyer la boisson tant espérée !

Que diantre, nous sommes-nous dit, voilà notre chance : pour un investissement modique, nous pourrions profiter tous deux d’un peu de sucre à la vitamine.

C’est donc le coeur léger et fier de notre machination que j’ai inséré mon obole dans le tronc.

L’engin a desserré ses mâchoires, fait rouler ses boissons, projeté la première bouteille dans le vide, et puis la seconde…

Ouais. La lose.

On s’est retrouvé avec une bouteille dont on n’avait même pas envie.

Mais ce n’était pas grave ! Nous sommes repartis d’un pas vaillant vers l’embarquement. Je passerai pudiquement sur le pauvre steward qui donnait l’impression d’avoir eu un bubble gum pour professeur d’anglais – j’aurais voulu pouvoir l’enregistrer et vous le faire partager, c’est impossible à raconter – pour terminer par ne pas remercier les services bagagerie de l’aéroport Lyon Saint Exupéry qui, en trois passages chez eux, m’ont quand même cassé deux sacs à dos. Il y a peut-être chez eux une secte d’étrangleurs de Lafuma, jugeant que seule la valise est conforme à l’idée que Dieu se fait du voyage. Autant j’avais laissé passer la première fois, autant là, même s’il s’agissait seulement d’un pauvre sac acheté 20 $ CAD au Québec, j’étais décidé à jouer les procéduriers et à leur faire perdre temps et énergie pour obtenir réparation. De retour en terres bretonnes, je me dirige donc vers la guérite idoine.

J’explique à l’hôtesse d’accueil mon problème, que je vois alors pianoter sur son terminal, et je découvre avec stupéfaction qu’il existe une page entière de codes pour les bagages endommagés, afin de couvrir tous les cas de figure possibles, lesquels doivent aller, j’imagine, de LA pour « lanière arrachée » à EN pour « pris dans une explosion nucléaire » en passant par DP pour « déchiqueté par un pitbull ».  La dame fait alors glisser une enveloppe vers moi sur le comptoir.

« Voilà monsieur. Vous devez aller faire constater l’incident par un maroquinier agréé. Celui-ci établira un justificatif circonstancié et évaluera le montant de la réparation, qu’il effectuera donc, et nous vous la rembourserons sur présentation du justificatif, d’un RIB et sur cession de l’âme de votre premier né. Ou bien, si ce n’est pas réparable, il vous proposera un modèle équivalent que vous achéterez bien entendu, et vous serez indemnisé sur la valeur Argus du sac à dos pourrave à condition de nous joindre un constat d’huissier, un contrat d’assurance lors de votre prochain vol vers Lyon et trois gouttes de sang frais apposé au bas du contrat. Avez-vous des questions ?

— Ouais. Où est-ce qu’on trouve un maroquinier au XXIe siècle ?

— Heu. Chez des boutiques qui vendent des sacs ? »

Et voici comment, auguste lectorat, au détour d’un incident de voyage, on démontre, d’un doigt dans le nez et d’un coup de théorème de Gôdel, que le maroquinier et le vendeur de sacs sont indéfinissables en dehors de leur propre espace mutuel. Je crois maintenant qu’ils n’existent pas, en réalité. Apprends la vérité, auguste lectorat : les maroquiniers sont une création de notre esprit et une invention des bagagistes de Lyon Saint Exupéry.

J’ignore cependant encore dans quel funeste but. Mais, si je disparais, tu connaîtras au moins les coupables.

2010-11-09T11:47:58+01:00mardi 9 novembre 2010|Expériences en temps réel|4 Commentaires

Nouvelle scène de violence urbaine

Siloane, qui avait déjà exprimé son horreur face à la tragédie des lolcarts, vient de m’adresser un nouveau cliché d’une rare tristesse. Cela sort un peu du cadre de notre combat, mais ce n’est pas une raison pour rester impassible. Attention, comme toujours, aux âmes sensibles.

Voici le récit qu’elle nous livre :

Mes amis, l’heure est grave ! Non seulement la grande extinction se poursuit en silence au pied de nos immeubles malgré nos efforts pour alerter l’opinion publique, mais elle s’étend même à d’autres de nos amis à roulettes. Pourquoi une telle discrimination, doit on obligatoirement aller sur ses pattes ou ses jambes pour mériter la considération ? Non contents de l’avoir laissé mourir dans l’indifférence, ceux qui l’ont abandonné là ont exposé sa carcasse à l’humiliation publique. Sa souffrance est sans fin, il lui faudra encore pendant de longues années de décomposition supporter les outrages et les regards méprisants des passants en espérant qu’une bonne âme mette fin à ce calvaire et le jette dignement. Pouvons-nous encore tolérer cela ? Pour tous ceux qui restent dans nos placards, tremblants, espérant un meilleur sort, nous devons faire savoir ce qu’il se passe. Regardez bien cette photo, je ne peux pas croire que vous ne serez pas émus.

Photo Siloane

N’est-ce pas ? Pouvons-nous tolérer cela ? Hein ? La colère, que dis-je, la révolte monte en moi face cette image. Que faut-il pour au moins accorder à ces pauvres compagnons une fin décente ?

Je suis toujours disponible via le formulaire de contact pour recevoir vos photos et récits éthologiques originaux. Ensemble, nous ferons reculer la tragédie.

Mes amis, l’heure est grave ! Non seulement la grande extinction se poursuit en
silence au pied de nos immeubles malgré nos efforts pour alerter l’opinion
publique, mais elle s’étend même à d’autres de nos amis à roulettes. Pourquoi
une telle discrimination, doit on obligatoirement aller sur ses pattes ou ses
jambes pour mériter la considération ? Non contents de l’avoir laissé mourir
dans l’indifférence, ceux qui l’ont abandonné là ont exposé sa carcasse à
l’humiliation publique. Sa souffrance est sans fin, il lui faudra encore pendant
de longues années de décomposition supporter les outrages et les regards
méprisants des passants en espérant qu’une bonne âme mette fin à ce calvaire et
le jette dignement. Pouvons-nous encore tolérer cela ? Pour tous ceux qui
restent dans nos placards, tremblants, espérant un meilleur sort, nous devons
faire savoir ce qu’il se passe. Regardez bien cette photo, je ne peux pas croire
que vous ne serez pas émus.
2010-11-05T11:48:21+01:00vendredi 5 novembre 2010|Expériences en temps réel|1 Commentaire

Tactique de la grève absolue

Solidarité chez les électrons :

Pour la petite histoire, j’ai vu peu après le personnel brancher un clavier à l’écran en question pour le redémarrer. J’ai regardé l’outil de diagnostic système et figurez-vous que ces écrans sont des PC autonomes sous XP embarquant 1 Go de RAM. 1 giga, quoi, pour faire tourner un pauvre panneau d’affichage en couleurs qui clignotouille. C’est décidé, la prochaine fois je dois ouvrir un PowerPoint de petits chatons, je commande un Cray.

2010-10-26T14:54:46+02:00mardi 26 octobre 2010|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Tactique de la grève absolue

Un quatrain crétin

Tiens, j’avais oublié une anecdote dans mon compte-rendu d’hier ; il s’est tenu samedi un petit concours de poésie auquel je n’ai pas participé, mais j’ai quand même fait mumuse avec les contraintes sur un coin de table :

Rédigez un quatrain dont les rimes sont en « el » et « eur ».

L’odieux résultat :

C’est un van Volkswagen qui fleure bon le diesel
Un mange-cassettes antique du côté du chauffeur
S’envolant vers l’arrière, filent deux arcs-en-ciel
Dommage qu’un connard m’ait fauché le moteur.

Désolé.

2010-10-05T09:54:03+02:00mardi 5 octobre 2010|Expériences en temps réel|22 Commentaires

Liberté de la diffusion et publicitaires : petit retour

Retour deux semaines plus tard : l’article intitulé « Comment la libération de la diffusion fait le lit des publicitaires » a suscité toute une quantité de réactions, sur Twitter et des blogs, allant de l’assentiment à l’hostilité la plus franche (et même des insultes, rétractées par la suite, mais ça fait drôle) : le numérique cristallise beaucoup d’espérances, mais aussi un certain nombre d’extrêmismes, dont, évidemment, cet angélisme dont je me méfie énormément – mais un angélisme en mode Tipiti au pays des Toupoutou :

Je constate avec un certain amusement que je peux basher le Pape, tout le monde s’en contrefout, mais qu’on ne peut apporter de critique argumentée sur les espérances d’Internet sans prendre le risque de se prendre une croisade sur le coin de la figure, parce qu’Internet, c’est sacré, c’est le salut, et tu n’impliqueras point qu’il pourrait ne pas être parfait. Il doit y avoir une leçon à tirer de tout ça sur notre époque, je suppose.

Bref, maintenant que la houle est retombée et que j’ai un peu de recul, je voudrais apporter quelques clarifications qui paraissent nécessaires :

  • Je suis un geek. J’étais déjà sur Internet à surfer la nuit sur quatre machines à la fois dans les salles de mon école à l’époque où bien des activistes d’aujourd’hui n’en entendaient que seulement parler. L’information, puis le Net au tout début de sa démocratisation sont ma culture et ma patrie depuis, euh, toujours. Mais c’est bien pour cela que je m’avère prudent avec les miens : il faut être attentif à ses amis et à sa famille pour les prévenir quand on a l’impression qu’ils risquent d’errer, en espérant qu’ils fassent de même avec soi. Avec un détail d’importance : il ne convient pas de convaincre, mais d’être entendu. Je ne donne de leçons à personne ; je m’interroge, je m’inquiète.
  • Je ne prétends rien inventer. Oui, la publicité existe déjà à notre époque, oui, le numérique offre la possibilité d’exister à des oeuvres qui n’auraient jamais vu le jour en fonction de leur faible coût, oui, la promotion est évidemment importante. Il est nécessaire qu’on parle de soi pour trouver son public. Je critique seulement l’idée selon laquelle le numérique doit tout abattre, tout changer, tout réinventer, et, ce faisant, nous sauvera tous. J’avance que cette optique conduira à un déséquilibre peu souhaitable en faveur des communicants et non de l’art alors que les deux, idéalement, seraient en équilibre.
  • J’espère me tromper. Je ne tirerais aucun plaisir à avoir raison, pas plus qu’on ne se réjouit de voir les éléments dystopiques d’une fiction se concrétiser. Bien sûr, j’aimerais que le numérique permette à tous de vivre, qu’on trouve un juste équilibre entre acteurs, que la communication ait un rôle d’information et non de matraquage médiatique. Mais si je parle de tout cela, c’est que je n’en suis pas sûr ; c’est que j’ai peur d’avoir raison. Alors, rendez-vous dans quelques années, en espérant que nous trinquerons ensemble à ma bêtise infondée et je vous assure que je serai le premier à vider la bouteille.
  • Quant aux attaques ad hominem, ma foi, j’ose espérer que mes actes et mes archives suffisent à en démontrer l’inanité.

Retour à des activités un peu plus funky dans la semaine !

2010-09-20T12:31:58+02:00lundi 20 septembre 2010|Humeurs aqueuses|4 Commentaires

Nouvel échouage d’un couple de lolcarts

C’est aujourd’hui Siloane qui nous envoie le récit tragique de deux chariots qu’elle a remarqués à la tombée de la nuit, esseulés dans la jungle urbaine. Merci de tes photos et de ton témoignage, sister. Le combat continue.

Quand les façades des bars ne sont plus que murs aveugles gagnés par les plantes, c’est signe que le temps de la migration pour rejoindre des étendues plus grises est venu.

Les individus se hâtent, attirés de loin par les lumières trompeuses de nos cités, cherchant en vain leur dernière demeure. Bientôt ils se séparent pour explorer ce milieu hostile. Tant de trottoirs et d’escaliers autour d’eux qui sont autant de pièges prêts à se refermer sur leurs roues vacillantes. Quand finalement, à bout de forces, deux égarés se rencontrent, ils se couchent l’un contre l’autre et attendent leur fin, apaisés par ce contact familier.

Combien encore devront périr sous nos yeux indifférents pour que l’on prenne enfin en compte leur détresse ? Ceux-là auront gardé l’espoir jusqu’au bout, serrant contre eux un ticket de bus qui aurait pu les emmener vers des contrées plus hospitalières. Mais faute d’une main tendue leur voyage s’est arrêté là, à quelques mètres seulement d’un abribus.

Envoyez vos photos et vos textes originaux par mail. Nous ne resterons pas silencieux pendant que le monde tient dans son indifférence nos précieux amis et auxiliaires de vie.

2010-09-13T09:07:46+02:00lundi 13 septembre 2010|Expériences en temps réel|1 Commentaire

Comment la libération de la diffusion fait le lit des publicitaires

Attention, article impopulaire.

L’édition électronique fait couler beaucoup d’e-ink en ce moment ; après la musique et le cinéma, c’est au tour de la littérature de se voir numérisée en masse, et d’affronter les défis posés par ce bouleversement. (Le but de cet article n’est certainement pas d’étudier la question en entier, mais mon petit orteil me dit qu’on n’a pas fini d’y revenir.) Face au changement, très schématiquement, on discerne trois attitudes :

  • L’édition classique, héritière de contraintes légèrement prosaïques comme des salaires, des loyers, des frais d’entreprise, s’efforce de transposer son modèle économique à ce nouveau monde sans y laisser des plumes.
  • Beaucoup d’internautes et « affiliés » (start-ups dans le domaine) scandent que « le vieux modèle est mort », qu’il faut une révolution, qu’il faut tout faire péter, sans proposer grand-chose de réaliste qui dépasse l’échelle d’une relative confidentialité. (Même Benjamin Bayart, directeur de FDN, à qui j’avais posé la question, pataugeait un peu sur ce point bien qu’il présente une argumentation tout à fait raisonnable sur les limites du vieux modèle.)
  • Les auteurs et créateurs, assis entre deux chaises, qui aimeraient bien ne pas se faire bouffer par ce qui se prépare en grande partie sans eux, ont souvent de belles idées sur la circulation de la culture, ou bien sont terrifiés par ce qui se prépare mais n’osent rien dire de peur qu’une campagne de presse négative comme Internet sait si bien en lancer ne se déchaîne contre eux (les trois n’étant pas mutuellement exclusifs).

Or, je vois se promener depuis un bon moment maintenant sur la toile un angélisme branchouille, où l’on parle de « nouveaux métiers », de « nouveaux horizons », où le nouveau rebelle est le type qui pirate pour saper les méchantes forteresses du grand capital, où la liberté de création et de diffusion sera la garante absolue de la diversité de l’offre, et où tous les créateurs pourront vivre joyeusement, même les plus confidentiels. Youpi arcs-en-ciel.

Je n’y crois pas un seul instant. Et je m’en vais démontrer pourquoi, en distribuant deux ou trois flying high kicks, parce que ça commence à me courir depuis un moment, et puis qu’un article énervé c’est toujours plus marrant à lire, et je pense à ta marrade, ô auguste lectorat, alors lâchage.

Évacuons tout de suite un certain nombre de présupposés de l’argumentation.

  • Je postule que le créateur doit être rémunéré correctement pour son travail. Pour deux raisons :
    • D’une part par justice : le travail apprécié doit être rémunéré.
    • D’autre part par nécessité structurelle. Créer demande du temps, un investissement personnel, une pratique régulière, un état d’esprit ; ce peut être l’oeuvre d’une vie, et il faut que le créateur puisse s’y consacrer sans obstacles. La rémunération juste de son travail devrait idéalement être donc investie dans la suite de cette création. Par ailleurs, un créateur fauché, sans retour juste, finit par laisser tomber et faire quelque chose de plus productif et satisfaisant de sa vie. Oui, créer est une vocation, un besoin impérieux qui viendrait presque d’en-haut mais, au bout d’un moment, la lassitude finira – en moyenne – par s’installer, ne laissant que des apprentis en mal de reconnaissance. Rémunérer le créateur, c’est s’assurer de la santé de la culture – et donc le plaisir qu’on y prend.
  • Je rappelle que je suis fermement anti-DRM, anti-Hadopi et toutes les horreurs qui vont avec. À titre personnel, le piratage ne me dérangerait pas si j’avais l’assurance de gagner par ailleurs correctement ma vie. Je me suis très longuement exprimé sur la question l’année dernière.

Unicorns and rainbows

L’angélisme dont je parle plus haut appelle de ses voeux un monde en quelque sorte déréglementé, peut-être souhaitable dans une certaine mesure, mais dont les conséquences, je le prédis telle Cassandre, seront aux antipodes de ce qu’on imagine. Quelle est l’hypothèse principale de ce monde ? Avec la baisse des coûts de production, l’offre devient pléthorique (encore plus). Toutes les étrangetés peuvent théoriquement se retrouver publiées sur la toile ; chacun y va de l’ouverture de sa boutique, de sa micro-structure, etc. Les éditeurs reconnus poursuivent, voire augmentent leur imposant rythme de publication.

Les conclusions tirées sont triples :

  • La part de distribution et diffusion disparaît (ou se réduit grandement), ce qui se répercute sur la rémunération de l’auteur (qui augmente en proportion) et le prix du produit final (qui baisse).
  • Information universelle et immédiate grâce à la toile : choix informé de l’acheteur. « Tout le monde a sa chance. »
  • Conséquence : accès universel à la culture. Élargissement du marché. Plus de lecteurs, donc plus de rémunération pour plus de créateurs, croissance de la culture, mutation de la société qui sort de la médiocrité et ouvre une nouvelle ère d’éducation et d’échange qui met fin à la guerre et sauve le monde (quand je lis certaines aspirations, je vous jure que j’exagère à peine).

Et moi je dis : bullshit.

Le piège de l’économie classique

Bullshit pourquoi ?

Parce qu’aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette vision qui ne renieraient pas certains altermondialistes tombe dans un piège ultra classique de la doctrine économique. Elle postule que le lecteur est un agent économique parfait. C’est-à-dire qu’il constitue une entité prenant des choix rationnels fondés sur l’hypothèse suivante : il cherche à maximiser son utilité (= ici plaisir de lecture) sur la base d’une information exhaustive, anticipée et analysée.

Cela signifie qu’un lecteur théorique de ce monde futur, pour que ça marche, soit parfaitement informé sur ses domaines de prédilection et fasse un choix informé. Cela postule qu’il dispose donc d’une information fiable, mais surtout d’un temps potentiellement infini pour parvenir à sa décision, tout comme il dispose d’un temps potentiellement infini pour maximiser son utilité (= lire tout ce qui est susceptible de l’intéresser). On touche déjà du doigt les limites du modèle, puisqu’on les affronte déjà aujourd’hui avec l’édition papier. Sans compter que le livre se trouve aussi en concurrence avec la télé, les jeux vidéo, etc.

Conséquence : dans un monde où l’offre est pléthorique et peu coûteuse, mais où le temps d’information comme de consommation se limite toujours plus, comment va se faire le choix ?

Ma réponse est la suivante : à travers la promotion, la communication, en un sens la publicité.

Je pense que les « phénomènes Internet » actuels, de Cory Doctorow à Mikaël Vendetta en passant par Mozinor, se passent de commentaires : leurs initiatives ont créé du buzz (le mot magique qui fait rêver tous les marketeux). Ils ont trouvé le créneau différent, l’approche personnelle qui les a dégagés du lot. On ne parle pas d’eux parce qu’ils sont bons ; on parle d’eux parce que ce sont des phénomènes. Certains dépassent ce stade et s’avèrent des personnalités riches ayant un vrai discours (Doctorow) qui dépasse le buzz ; d’autres sont des flans qui tomberont à moyen terme dans les oubliettes de l’histoire (Vendetta).

Dans un monde où l’offre est pléthorique, dépassant largement les capacités d’information et de lecture de l’être humain moyen, lequel dispose d’un temps limité, c’est le matraquage médiatique qui va faire la différence. Qu’est-ce que je dois acheter ? À défaut, celui dont j’entends le plus souvent parler. Cela va aggraver la tendance « coup éditorial » qu’on subit déjà beaucoup, l’effet « Machin passe chez Fogiel et Ardisson », la construction de pseudo-scandales éditoriaux, etc. Qu’on parle de vous, cela peut vous tomber plus ou moins par hasard, mais c’est aussi une technique, une véritable science, qui coûte de l’argent : c’est le métier du publicitaire.

Attention, le buzz ou la présence médiatique peuvent être parfaitement légitimes en raison, encore une fois, d’un regard différent, d’une oeuvre particulière (Doctorow). Mais qu’on m’explique la légitimité de Mikaël Vendetta, qui est une parfaite construction médiatique ?

De plus, ce matraquage va muter pour noyauter l’information publique (blogs, forums), afin de se dissimuler dans des recoins supposés indépendants. C’est déjà le cas et connu dans le monde du jeu vidéo où certains posteurs sont de suspects avocats indéfectibles d’une même marque… Les majors suivent l’exemple pour constituer de vraies forces de frappe répandant avis favorables et construisant des buzz de toutes pièces.

Je ne dis évidemment pas que tous les blogs se laisseront embarquer – j’en connais personnellement qui ont refusé toute forme d’affiliation et l’ont même publiquement dénoncé, s’attirant des inimitiés au passage. C’est courageux et nécessaire. Mais c’est aussi une affaire de spécialistes. Le visiteur moyen, qui travaille toute la journée, n’a aucune volonté d’exégète mais juste de consommer de la littérature pour son plaisir (et il a mille fois raison), n’a pas le temps, l’énergie, ni même l’envie d’aller démêler le vrai du faux. Et c’est normal.

Loin d’être l’Eldorado fantasmé qu’on nous promet, je regarde donc avec une extrême suspicion les discours idéalistes de dissémination culturelle parce qu’on le veuille ou non, réaliser un choix informé, à moins qu’on soit spécialiste, devient quasiment impossible. Il faut se convaincre une bonne fois pour toutes qu’il ne suffit pas d’être sur Internet pour exister. La conséquence logique est un glissement vers ceux dont c’est le métier de parler plus fort que les autres et d’être écoutés : les publicitaires.

En passant, je voudrais mentionner ce billet de Jean-François Gayrard de Numerik:)Livres, qui définit son métier comme celui d’un « propulseur littéraire ».

Dans des structures comme les nôtres, 100% numérique, quand on y réfléchit bien, l’édition pure occupe seulement 40% de notre temps. Tout le reste est consacré à la promotion dématérialisée sur les réseaux et les médias sociaux de nos auteurs et de nos titres. Nous propulsons plus qu’autre chose.

(Graissage de mon fait.) CQFD.

Sauf que ce métier existe : pour moi, quelqu’un qui passe 60 % de son temps sur la promotion d’une oeuvre, ça porte un nom classique et bien connu des métiers du livre : attaché de presse.

Avant que je ne me fasse sauter à la gorge, je voudrais quand même terminer en déclarant mon respect aux publicitaires et attachés de presse dont le travail est important et nécessaire. Comprenons-nous bien : je ne fustige nullement ces métiers (qui m’intéressent énormément, d’ailleurs). Je fustige l’angélisme qui constiute à imaginer un monde merveilleux, méritoire et bon marché où tout le monde aura sa place. Je répète : bullshit. La publicité sera plus nécessaire encore qu’aujourd’hui, et j’ai un scoop : elle n’est pas gratuite.

Maintenant, à votre avis, qui aura les moyens de la payer ?


Le Buzz ( Le Tutoriel #2 )
envoyé par mozinor. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

2016-01-19T14:25:20+01:00mardi 7 septembre 2010|Best Of, Humeurs aqueuses|8 Commentaires

Desktop lolcat

Alors, parfois, on dit des trucs sur Twitter, comme hier, à 12h14 :

Ai retrouvé une balle antistress. Depuis je joue avec comme un lolcat de bureau. C’est moche, la condition humaine.

Et voilà qu’en plus d’être floodé d’un seul coup par tous les sites de vidéos qui font du lolcat de près ou de loin (alors que les vrais aficionados savent qu’il n’existe qu’une seule adresse), je me suis retrouvé mis au défi de prouver mes allégations.

Ben tiens ! Croyez-vous que je galèje ? Il ne sera pas dit que je recule devant ma parole, le danger, ni, encore moins, le ridicule.

Voici, en exclusivité mondiale, un lolcat de bureau.

Bon, et vous, quand est-ce que vous m’envoyez vos récits et photos de caddies morts, hein ? La souffrance animale ne vous touche-t-elle pas ? Monstres.

2010-09-02T12:37:05+02:00jeudi 2 septembre 2010|Expériences en temps réel|2 Commentaires
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