Live report : Alcest + Anathema à l’Étage à Rennes, 3 octobre 2017

Oh mon dieu, cet endroit serait-il un blog où je parle de trucs que je fais et vois ? Choc. Ça fait cinq ans que je n’ai pas écrit de chroniques de concerts, alors je m’y remets un peu, parce que ça me fait plaisir. Là. (Non, ça ne veut pas dire que je ne suis pas sorti depuis cinq ans.) (Encore que.) L’Étage à Rennes est une salle un peu bizarre, que je n’aime pas trop, car étroite et organisée toute en longueur avec des gradins à l’arrière et un écran pour relayer ce qui se passe au fond (alors qu’elle n’est pas si grande que ça – juste curieusement agencée). On a rapidement une fausse impression de distance, et paradoxalement les meilleures places sont donc sur les côtés… Pour moi, il n’est pas facile de conquérir le public dans ce décor, et soit un groupe le transcende, soit il se rate. Et j’ai vécu les deux expériences ce soir-là.

Alcest

Alcest à l’Étage

Inconnus pour moi (et j’aime bien découvrir les premières parties sur place pour me laisser emporter le cas échéant), Alcest a été une excellente découverte. Post-black-metal, post-rock, j’ai retrouvé le son du disparu (ou perpétuellement inactif) Crowhead avec bien davantage de sensibilité mélodique, des évolutions progressives naturelles et bien construites. Un son parfaitement équilibré, puissant sans être brouillon, retranscrivant l’équilibre entre les gros riffs et les arpèges mélancoliques, et une batterie qui te colle un délicieux crochet à l’estomac à chaque coup de grosse caisse. Et surtout une présence scénique emplie d’authenticité et de générosité : un jeu parfait, intense, couplé entre les morceaux à une forme de timidité touchante de la part des musiciens collant parfaitement au trip intimiste et puissant à la fois. La sauce hypnotique et nostalgique m’a emporté sans effort, et j’en aurais bien pris deux fois plus long.

Anathema

Bon, donc auguste lectorat, tu te doutes que le bât a blessé, et je ne m’attendais absolument pas que ça soit avec une tête d’affiche avec l’expérience d’Anathema (presque 30 ans, quand même). Mais, en résumé, je me suis largement ennuyé – alors que l’ouverture par Untouchable (ma préférée pour certaines raisons personnelles) aurait dû me conquérir.

Anathema à l’Étage

Mais toute la prestation m’a semblé crouler sous le poids de ses ambitions conceptuelles et de son univers sonore. Deux longues introductions électroniques (et pas renversantes quand on vient du domaine) sans voir un musicien, suscitant l’ennui plutôt que l’attente à la longue. Une scénographie étrange, avec deux claviers et un vocodeur qui ont trôné en fond de scène, bien en vue, pour ne servir à peu près qu’une fois (un espace donc proprement gâché, où l’on aurait mieux fait de placer le batteur, par ailleurs époustouflant dans sa maîtrise des signatures rythmiques bancales, prog’ oblige). Une dynamique de scène inexistante, presque fatiguée, oscillant entre l’immobilisme et le jeu pour soi, avec un Daniel Cavanagh presque désagréable (« Jouez tel truc ! » « I’ve played it like five thousand times. Play it on your iPod at home. » – « Je l’ai jouée, genre, cinq mille fois. Passe-la sur ton iPod chez toi » – okay…) Un son très mal équilibré (avec une caisse claire sonnant comme un bidon en plastique) – Daniel Cavanagh ayant dû se réaccorder plusieurs fois et rajuster ses retours (peut-être la source de son agacement). Et une tendance à s’appuyer bien trop sur des bandes ou des boucles enregistrées pour retranscrire la richesse de l’univers sonore, donnant un son statique et artificiel. Je comprends l’idée quand Within Temptation y fait appel pour son orchestre symphonique et ses chœurs, mais quand il s’agit surtout de clavier et de cordes, et qu’on voit une formation comme Eluveitie1 placer dix musiciens sur scène avec des instruments par définition pas faits pour la sonorisation (aux dernières nouvelles, le micro n’était pas inventé à l’époque de la vielle à roue) dégager une énergie stupéfiante avec un son toujours parfait (y compris à l’Étage), la comparaison était franchement défavorable. J’aurais aimé voir un vrai électronicien (tant qu’à placer des synthés en milieu fond de scène !), et/ou un violoniste… Il n’y a guère que Lee Douglas (chant féminin) qui semblait se préoccuper d’émotion. Le groupe m’a seulement réveillé vers les deux tiers en abordant les morceaux plus violents, dégageant – c’était presque obligatoire – davantage d’énergie et arrivant donc à transmettre de la conviction. Après, à voir l’ambiance dans la salle, je crois que je suis pisse-vinaigre, parce que les premiers rangs semblaient très contents – et tant mieux, et il faut le signaler ; je ne doit pas être un reflet de l’atmosphère de ce soir-là. Si je me suis ennuyé, c’est peut-être une conjonction de la salle mal adaptée à la formation avec une scénographie défavorable dans ce contexte, du son difficile à équilibrer, etc. Mais il reste que, pour moi, ce live n’a strictement rien apporté par rapport aux albums – et enlevait même avec un son mal équilibré. La prochaine fois, plutôt que faire le déplacement, je prendrai deux heures pour écouter les albums à fond avec un casque. En revanche, Alcest rejoint sans hésiter ma liste très fermée des « premières parties que j’irai voir sans me préoccuper de qui est la tête d’affiche ». Bravo les gens, et merci !
  1. Qui ne m’a jamais déçu, soit dit en passant, alors que je ne suis pas plus fan que ça, mais parvient à dégager une énergie et une générosité formidables à chaque fois, même quand la fatigue se lit clairement sur leurs visages en fin de tournée.
2017-10-05T10:20:47+02:00jeudi 5 octobre 2017|Décibels|14 Commentaires

Une interview de Rhapsody… de 2005

dark-secretOr doncques, comme je le disais dans l’article précédent du même tonneau, fut un temps lointain, où la revue Khimaira sortait en kiosque, j’ai réalisé (sous la direction de Denis Labbé, qui s’occupait de la musique) exactement deux entretiens pour la revue. C’était il y a plus de dix ans, donc l’actualité n’est plus tout à fait brûlante, mais je regrette que ça ne soit plus disponible, et je sais que pour les vrais fans, l’âge ne compte pas. Du coup, histoire que ça soit disponible quelque part, voici la seconde, cette fois du groupe Rhapsody avant qu’il ne rajoute le « Of Fire », et faite en collaboration avec Denis, justement. Si cela peut amuser / intéresser des historiens du genre, walah. Et sinon, ça sera au moins présent quelque part. C’était peu avant la sortie de The Dark Secret, où le regretté Christopher Lee apparaissait pour la première fois. (Merci à l’équipe de Khimaira, Denis Labbé et, si mes souvenirs sont bons, l’équipe de Garmonbozia qui a rendu cet entretien possible. Et soit dit en passant, si cela dérange quelqu’un que ce soit ressorti du carton, qu’il ou elle me le signale.) Khimaira : Avec The Dark Secret et votre album à venir, vous reprenez The Saga of the Emerald Sword. Pour quelle raison, puisqu’elle s’est achevée dans l’album précédent ?   Alex Staropoli : À vrai dire, nous ne reprenons pas réellement The Saga of the Emerald Sword ; nous commençons une toute nouvelle histoire. Il y a quelques éléments communs avec la saga précédente, comme des personnages et des lieux, mais cette chronique est entièrement nouvelle. Elle se déroule des années après la fin de The Emerald Sword, dans un monde beaucoup plus vaste ; cela nous offre davantage de possibilités pour développer le récit dans des directions très diverses.   Khi. : Connaissez-vous déjà la fin de la saga ? A.S. : Non, pas encore. Tout va se construire au fur et à mesure ; nos sagas sont toujours en cours d’élaboration.   Khi. : Quels sont les films et les livres de fantasy qui vous inspirent l’écriture de telles histoires ? A.S. : Immédiatement : Le Seigneur des Anneaux. Bon, à vrai dire, nous baignons dans une atmosphère globale composée de films et de livres, mais ceux qui nous intéressent réellement ne sont pas tout récents (Conan, par exemple). En réalité, ce qui nous inspire, ce ne sont pas des éléments clairement identifiables d’une histoire mais plutôt des ambiances, comme celles qu’on peut retirer d’un film. Nous composons beaucoup également en plein air : dans les collines ou les montagnes pour nous rapprocher de la nature et nous mettre dans une atmosphère donnée. De la même manière, dans Le Seigneur des Anneaux, ce sont vraiment les paysages qui nous ont le plus inspirés ; tout ce qui touche à la nature, aux situations. Pour composer, nous fondons tout sur notre saga. Chaque chanson est différente, mais reste liée à l’histoire : nous nous concentrons sur l’émotion et l’ambiance. Khi. : Votre premier objectif avec ces sagas est probablement de raconter une bonne histoire – mais avez-vous d’autres buts, en particulier, cherchez-vous à communiquer certains types de messages ? A.S. : Mm… Nos messages sont fondamentaux à tous points de vue, en ce sens qu’ils sont positifs. Il s’agit de respect, de fierté, de combattre pour le bien. La saga à venir sera peut-être plus complexe, mais nous resterons fidèles à notre approche de valeurs positives.  Khi. : Christopher Lee apparaît sur The Dark Secret ; que représente cet acteur pour vous ? Qu’a-t-il apporté à votre univers ? A.S. : Ah, rencontrer Christopher Lee a été un moment absolument fantastique. C’était un vrai rêve, un rêve devenu réalité grâce à l’équipe qui nous soutient. Nous l’appréciions déjà beaucoup avant de le rencontrer, et maintenant encore davantage ! C’est quelqu’un d’extraordinaire. On l’a vu deux ou trois jours… (soupir) Je ne peux pas vous décrire l’intensité de cette rencontre, c’est une chose qu’il faut vivre. Il est fascinant. Il est d’une gentillesse incroyable et il sait tout. On peut discuter de tout avec lui. C’était vraiment un rêve devenu réalité. Khi. : Comment avez-vous choisi la pochette de The Dark Secret où apparaît justement Christopher Lee ? A.S. : Le choix s’est fait plus ou moins naturellement. Cette pochette a une ambiance médiévale, ce qui compte beaucoup pour nous ; nous l’aimons beaucoup. En fait, un jour nouveau s’est levé pour nous : nous pouvons réaliser de grandes productions et tous nos rêves se concrétisent. De toute évidence, Christopher Lee va représenter la saga. Comme The Dark Secret est une sorte de mise en bouche de cette toute nouvelle histoire, il nous semblait juste de mettre M. Lee bien en valeur.   Khi. : Et à quoi ressemblera la pochette de l’album ?   A.S. : Je ne peux pas encore en parler, mais… ce sera très impressionnant !   Khi. : Vous venez de travailler avec un orchestre symphonique. Qu’est-ce que cela a changé dans votre méthode de travail pour la composition ou l’enregistrement ? A.S. : Le feeling. Luca et moi composons de la même manière mais, cette fois, c’était différent puisque tout devait être rejoué par l’orchestre. Disons que… fondamentalement, nous avons composé de la même manière, à ce niveau-là les choses n’ont pas vraiment changé, en revanche, il y avait des arrangements bien plus complexes, plus « profonds » à écrire, ce qui a pris plus de temps que d’habitude. Et c’était fantastique de suivre les enregistrements. Encore un rêve qui est devenu réalité. Khi. : Combien de temps dure la composition et l’enregistrement d’un tel album ? A.S. : Pour la composition, c’est difficile à dire, parce que nous ne travaillons pas sur une période de temps donnée. Nous composons en permanence, en fait. Disons que l’album est le fruit des trois dernières années de compositions. Pour l’enregistrement, nous commençons par la batterie. Le travail de production avec Fabio s’est déroulé en octobre 2003… L’enregistrement de l’orchestre a pris de novembre à décembre… Le mixage en studio s’est fait en janvier. En février, il y a eu un peu d’enregistrements complémentaires. Disons donc que cela a pris cinq mois, mais avec pas mal de pauses.   Khi. : Pensez-vous avoir atteint un nouveau palier dans votre projet de lier le métal et la musique de film ? A.S. : Oh oui, complètement ! Nous en sommes très fiers ! Quand nous avons entendu les premiers mixes des chansons, nous sommes tombés à la renverse. L’orchestre a un son fabuleux. C’est vrai qu’on peut faire pas mal de choses avec des samples, mais cela ne peut quand même pas remplacer la chaleur d’un orchestre. C’est très chouette. En fait, le son nous impressionnait déjà avant que les chansons ne soient mixées… Khi. : Vous avez atteint un succès énorme. Quel regard portez-vous à l’heure actuelle sur l’évolution de votre carrière ? A.S. : Un regard très positif. Pour chaque album, nous pouvons dire que vous avons fait de notre mieux et que chaque album est le meilleur que nous puissions faire à l’époque. Je n’ai pas peur de dire que je suis vraiment fier ; c’est assez rare, finalement, d’entendre des artistes dire que quand ils examinent leur carrière, ils aiment tout ce qu’ils ont fait. Nous savons que nous avons beaucoup de chance et nous savons que c’est précieux. Les bonnes critiques nous font aussi toujours plaisir, évidemment ! Mais nous savons aussi que nous aurons toujours une marge de progression dans l’avenir, ce qui est évident quand on regarde le chemin parcouru entre notre dernier album et le nouveau. Nous rêvions de donner corps a une certaine « essence » du métal ; avec cette nouvelle production, nous avons donné corps à ce rêve.   Khi. : Quelle est votre vision du succès tout nouveau – et colossal – du nu-métal ? Pensez-vous qu’il puisse y avoir une synergie avec les groupes plus classiques ? [Note de 2016 : c’est là qu’on voit que les genres et étiquettes évoluent sans cesse, cette question est terriblement datée…] A.S. : Voilà une question difficile. Pour un groupe établi, les choses sont toujours plus faciles. Pour tout avouer, je travaille tellement que je n’ai presque plus le temps d’écouter de métal… Pour ce qui est des nouveaux groupes en général, il y a quelques années, on aimait bien ce que faisait Sonata Arctica. Nous sommes plutôt conservateurs, en fait. Personnellement, j’aime beaucoup de groupes plus anciens. Je ne me tiens pas vraiment au courant de l’actualité du genre. Khi. : Depuis plusieurs années, de nombreux groupes italiens apparaissent dans des styles différents (DGM, Eldritch, Lacuna Coil, Icycore, Labyrinth…). Pourquoi l’Italie peut-elle nous proposer autant de groupes de qualité ? Disposez-vous de structures spécifiques pour le développement du métal ? A.S. : Je ne sais pas vraiment. Je trouve que nous avons énormément de musiciens de qualité qui parfois arrivent à monter des groupes pros. Mais, pour ce que je connais du milieu métal sur les dernières années, cela n’arrive pas si souvent. Je ne sais pas trop comment les choses ont évolué : je passe ma vie assis, à composer tout le temps… En tout cas, je connais beaucoup de musiciens qui ne veulent pas se lancer. Quand ils doivent se bouger, quitter leur travail, cela leur fait peur et ils ne se jettent pas à l’eau. Mais je ne saurais vraiment dire : nous passons notre temps à travailler, nous ne suivons pas vraiment ce qui se passe. Khi. : Avec quels groupes aimeriez-vous tourner ? A.S. : Je ne sais pas. Nous aimons beaucoup de groupes, mais tourner avec, ce n’est pas la même chose. J’ai fait un live avec Manowar, pour des sets acoustiques. Il y avait une bonne ambiance, c’était vraiment cool.  Khi. : Partez-vous en tournée ? A.S. : Rien n’est encore prévu, il faut qu’on en discute. Nous voulons faire une grande tournée dans le monde entier ! Je pense que c’est ce qu’il nous faut, maintenant. On nous accepte plutôt bien à l’heure actuelle, et il y a beaucoup d’endroits où nous aimerions aller !  Khi. : Un dernier mot pour vos fans français ? A.S. : C’est une belle journée à Paris ! Je me souviens de notre dernier concert ici : tout le monde n’avait pas pu rentrer. Alors, j’espère que la prochaine fois, nous aurons une salle plus grande, et je suis impatient de revenir jouer ici, pas seulement à Paris mais dans toute la France. J’espère que nous pourrons revenir avec un spectacle encore plus grand : nous voulons offrir le meilleur concert possible, à tous les niveaux, visuels et autres !

Propos recueillis par Lionel Davoust et Denis Labbé. 

2016-11-02T17:40:53+02:00jeudi 3 novembre 2016|Décibels|4 Commentaires

Une interview de Within Temptation… de 2005

Withintemptation-silentforceHey, auguste lectorat, je sais qu’il y a des gens par ici qui écoutent comme moi de la musique du diable. Fut un temps lointain, où la revue Khimaira sortait en kiosque, j’ai réalisé (sous la direction de Denis Labbé, qui s’occupait de la musique) un ou deux entretiens pour la revue. C’était il y a plus de dix ans, donc l’actualité n’est plus tout à fait brûlante, mais je regrette que ça ne soit plus disponible, et je sais que pour les vrais fans, l’âge ne compte pas. Du coup, histoire que ça soit disponible quelque part, voici la première, d’un de mon groupes préférés de l’époque, Within Temptation (au moment de la sortie de The Silent Force, qui restera pour moi leur meilleur album). Si cela peut amuser / intéresser des historiens du genre, walah. Et sinon, ça sera au moins quelque part. (Merci à l’équipe de Khimaira, Denis Labbé et, si mes souvenirs sont bons, l’équipe de Garmonbozia qui a rendu cet entretien possible ainsi évidemment qu’à Sharon den Adel pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et soit dit en passant, si cela dérange quelqu’un que ce soit ressorti du carton, qu’il ou elle me le signale.) Khimaira : Bonjour Sharon, eh bien tout d’abord, prenons quelques nouvelles : comment vont tes cordes vocales ? (NDLR : un virus a frappé les cordes vocales de Sharon au cours de la tournée, forçant le groupe à reporter plusieurs concerts)  Sharon den Adel : Bien mieux, merci ! C’était un virus assez méchant, il m’a fallu quelques temps pour m’en remettre ; je pouvais parler mais j’avais perdu la capacité de monter haut dans les aigus ! Enfin, maintenant, tout va bien ! Khi. : Parlons un peu du nouvel album, The Silent Force ; le son est indubitablement plus lourd que dans Mother Earth. Peux-tu nous expliquer un peu la genèse de cette album ?  S.d.A. : En 2003, à l’automne, nous nous sommes dits qu’il nous fallait nous mettre à écrire. Nous étions en tournée tout le temps et c’était impossible de composer, à part quelques chansons. Alors nous avons décidé de nous poser et de nous mettre au travail, six, parfois sept jours sur sept. À cette époque, nous n’avons fait qu’une petite tournée, surtout des concerts lors de festivals et nous nous sommes concentrés sur l’album. Nous avons pu réaliser ce gros projet, y intégrer un orchestre et des chœurs, grâce au succès de Mother Earth ; nous avons réalisé le meilleur album dont nous étions capables. Le travail de composition a duré neuf mois ; l’enregistrement trois mois. Que ce soit une si grosse production nous a causé quelques problèmes parce que nous manquions un peu d’expérience dans ce domaine, mais, finalement, tout s’est très bien résolu ! Khi. : Beaucoup de fans vont probablement découvrir Within Temptation à travers The Silent Force ; peux-tu reconstituer un peu de l’histoire du groupe ?  S.d.A. : En fait, nous faisions déjà de la musique avant Within ; pour ma part, je suis arrivée en 1994 dans un groupe nommé Circle, créé en 1991, pour faire un enregistrement. Mais Robert (NDLR : Robert Westerholt, guitariste de WT) et moi avons eu des divergences avec les autres membres et nous avons quitté le groupe. C’est donc en 1994 que nous avons fondé un nouveau groupe. Au début, nous n’avions même pas de nom (enfin, nous en avons eu plusieurs !) ; pendant un temps, on voulait s’appeler The Portal, mais on s’est rendu compte que c’était déjà pris ! Nous avons finalement pris notre réel départ en 1996, où Within Temptation a sorti sa première démo. En deux mois, nous avions un contrat ; nous sortions notre premier album en 1997, Enter. Mother Earth est sorti en 2000, puis a été réédité en 2003 pour toute l’Europe. Khi. : Comment composez-vous ?  S.d.A : Oh, ça change à chaque fois ! Robert travaille sur la musique, réfléchit à des lignes mélodiques pour le chant. En général, il a plusieurs propositions de lignes vocales, mais j’achève souvent de composer le chant : c’est normal, en tant que guitariste, il a une approche de la mélodie qui n’est forcément pas exactement la même que celle d’un chanteur. Souvent, nous partons de la guitare, puis du clavier… Mais, ah, je ne sais pas, je te dis, ça change à chaque fois ! Khi. : Comment avez-vous intégré l’orchestre à votre processus de composition ?  S.d.A. : En fait, ça n’a rien changé : nous l’avons intégré dès le début à la musique car nous savions que nous aurions un orchestre, et nous avons gardé cela en permanence à l’esprit. Nous avons écrit les lignes mélodiques de base pour toutes les parties orchestrales, c’est ensuite que l’arrangeur est intervenu. Khi. : Comment s’est passé l’enregistrement, en particulier pour l’orchestre ? Pourquoi avoir enregistré chaque instrument dans un studio différent ?  S.d.A. : L’orchestre et les chœurs n’appartiennent pas au même ensemble, et puis nous avons enregistré le chant et la guitare en Hollande mais dans des studios différents, la batterie en Belgique, notre ingénieur est suédois… La raison, c’est nous voulions le meilleur pour chaque instrument ! Alors nous avons essayé différentes choses. Pour l’orchestre, par exemple, nous en avons considéré plusieurs mais les russes collaient le plus à ce que nous recherchions : nous voulions des ambiances proches de la musique de film, or cet orchestre en a déjà fait plusieurs. Les autres sonnaient trop « classique » à notre goût. Khi. : Comment a été choisi le single Stand my Ground  S.d.A. : Nous avions plusieurs possibilités, mais une chose était certaine : nous voulions un single heavy. Les fans aiment beaucoup Jillian et nous aussi, mais comme on nous la demande beaucoup en concert, nous l’avons beaucoup jouée ; alors, nous voulions changer un peu, surprendre le public. Stand my Ground est vraiment très bien produite, c’est une chanson très forte, avec des paroles qui collent à notre époque (NDLR : « Stand my Ground » signifie tenir bon). Si nous ne tenons pas bon, qui le fera à notre place ? Khi. : Avez-vous participé à l’écriture du clip de Stand my Ground ? Comment s’est déroulé le tournage ? S.d.A. : Au début, nous voulions baser le clip sur des loups, mais la production trouvait cela vraiment trop difficile à réaliser, alors nous avons travaillé sur un script différent. Nous voulions recréer une ville un peu dans le style des décors d’Underworld (du coup, sans loups… garous !), avec une ambiance de fin du monde comme dans Le jour d’après. Voilà l’atmosphère dont nous avions envie. [Note de 2016 : profitons de l’invention de l’HTML 5.]
Khi. : Aimeriez-vous participer à une bande originale de film ?  S.d.A. : Je crois que n’importe quel groupe adorerait ça ! Quand on fait un clip, on est obligé de travailler sur un format très court. Alors que dans un film, il y a déjà une histoire forte, de belles images, bref, des choses plus développées dans le temps, on a davantage l’occasion de construire son récit et les émotions. Nous adorons les films épiques comme Braveheart ou GladiatorKhi. : D’ailleurs, vos paroles ont une portée imaginaire évidente ; êtes-vous de gros lecteurs ?  S.d.A. : Oui, beaucoup ! Nous trouvons beaucoup d’inspiration dans la littérature. Par exemple, les paroles de Jillian sont inspirées de Katharine Kerr : cette chanson parle des choix que l’on fait, et qui déterminent en partie les choix qui suivent, nous forçant à influencer ceux qui nous entourent. Khi. : Comment se passe la tournée ? Comment le public accueille-t-il le nouvel album ?  S.d.A. : Les concerts affichent rapidement complet ! Nous regrettons que tout le monde ne puisse rentrer… En même temps, nous cherchons à recréer une atmosphère plus intime en concert, afin d’aller parler aux gens… Le public est vraiment chaleureux. On nous demande des chansons d’Enter, mais nous préférons mettre l’accent sur The Silent Force… Enfin, nous essayons d’offrir le meilleur spectacle possible ! Khi. : Et quelle est l’atmosphère entre vous ?  S.d.A. : Tout le monde est toujours très concentré, mais après quelques concerts, nous commençons à prendre le coup, et nous pouvons mieux en profiter, jouer davantage avec le public au lieu de nous angoisser sur nos instruments… Nous essayons de faire de notre mieux ; quand on arrête les concerts pendant longtemps, il faut se remettre dans le bain, mais plus nous jouons, plus c’est facile. Khi. : Sharon, une question plus personnelle : le métal étant considéré comme un milieu plutôt masculin, comment trouves-tu ton équilibre ? [Note personnelle de 2016 : avec le recul, cette question m’a fait bondir sur ma chaise et ouvrir des yeux ronds – c’est quoi cette question à la con ? Mais il faut se replacer dans le contexte d’il y a dix ans, quand Nightwish passait encore pour une nouveauté et que le « métal symphonique » ou « à chanteuse » démarrait : la question n’était pas idiote, et la réponse de Sharon l’illustre bien. Ouf.] S.d.A. : Parfaitement bien ! Le problème, c’est une certaine presse… On lit : pourquoi Robert ne chante-t-il plus ? Certains pensent qu’avec un chant féminin, on ne peut pas jouer de métal. Eh bien, si. Nous sommes un groupe de métal parce que nous jouons une musique métal, voilà tout. Cette distinction n’a pas de sens. Khi : Amnesty International figure sur la pochette de The Silent Force. Avez-vous un engagement particulier ? D’une manière plus large, essayez-vous de communiquer certains messages à travers votre musique ?  S.d.A. : Cela fait deux ans que nous menons des actions avec Amnesty. Quand on a la possibilité d’agir, je crois qu’il ne faut pas hésiter à le faire. Amnesty s’occupe de questions très diverses, y compris de l’environnement, par exemple. Il ne s’agit pas de mettre le groupe en avant à la moindre occasion ! Simplement, nous pensons que leur action doit être soutenue. D’ailleurs, Stand my Ground est utilisée par Amnesty. Nous sommes heureux d’aider à faire passer leur message. Khi. : Y a-t-il d’autres singles de prévus ?  S.d.A. : Oui : Memories. C’est une très belle chanson, qui allie un peu de douceur à un gros son. J’avoue que c’est l’une de mes préférées ! Il y aura probablement un troisième single, très heavy celui-là. Khi. : Quand vous avez commencé le groupe, vous étiez-vous fixé des buts précis ? Les avez-vous atteints ?  S.d.A. : Nous n’avons pas à nous plaindre ! Notre but était évidemment d’atteindre un certain succès en jouant ce que nous aimons. Nous travaillons maintenant à plein temps sur Within Temptation ; c’est un rêve devenu réalité, mais tout s’est passé très naturellement : tu commences un groupe pour te faire plaisir, comme un passe-temps, et puis les choses prennent de l’importance – et ce, principalement grâce aux fans. Ce sont eux qui nous ont donné des opportunités, maintenant, nous verrons jusqu’où la route nous conduira… Mais il est sûr que nous adorons vivre ce rêve ! Khi. : Après avoir été plus ou moins ostracisé, le métal semble revenir sur le devant de la scène, passant à la radio, etc. avec des groupes comme vous-mêmes, Evanescence, Nightwish… Quelle est la cause de ce regain d’intérêt à ton avis ?  S.d.A. : Nous nous réjouissons évidemment de cette tendance ; tout cela permet d’ouvrir des portes pour d’autres groupes. Mais nous-mêmes avons profité des portes ouvertes par nos prédécesseurs… À chaque fois, les choses vont un peu plus loin. Je ne crois pas qu’il y ait vraiment d’explication : cela arrive, c’est tout. C’est une évolution progressive. On entend de plus en plus de groupes à l’étranger, les radios passent des chansons heavy… Certains veulent voir ce succès de manière négative mais, si on ne vous entend pas, comment pouvez-vous espérer vous faire connaître ? Khi. : Réfléchissez-vous déjà aux projets futurs ?  S.d.A. : Pour ma part, je voudrais faire un album un peu spécial, avec Within Temptation ou peut-être d’autres groupes, je ne sais pas. J’ai envie de chanter avec plein d’autres musiciens, mais une chose est sûre : Within Temptation sera toujours ma priorité, c’est la musique que j’aime faire, elle fait partie de moi. Alors, cet autre projet, je ne sais même pas si j’en aurai le temps ! Notre tournée de 2005 est confirmée, c’est déjà beaucoup de travail. Nous verrons bien s’il se passe autre chose ! Khi. : Entendrons-nous Robert chanter de nouveau comme sur Enter  S.d.A. : Nous jouons déjà des chansons d’Enter en concert, mais pour un album, cela ne colle plus vraiment avec ce que nous faisons. Un chant death doit être présent partout ou bien nulle part ; on ne peut pas en mettre un peu ici, un peu là, cela déséquilibrerait la musique. Bref, nous avons composé avec un chant death et nous ne sommes pas convaincus que cela apporte grand-chose… Khi. : Avez-vous un dernier mot pour vos fans français ?  S.d.A. : Oh oui, bien sûr ! Nous venons vous voir en juin à Paris, et nous en sommes très heureux ! Nous espérons faire une super fête avec vous ! Le public français est vraiment génial. Je ne dis pas ça pour vous faire plaisir, vraiment, je le pense !
2016-08-30T15:17:19+02:00mercredi 31 août 2016|Décibels|9 Commentaires

Nors’klh : atmosphères sombres et SF gothique pour les oreilles

Cette histoire commence simplement : dans une boutique de jeu de rôle à Rennes. Comme beaucoup, j’imagine, je garde vivace l’impact qu’ont eu mes premières découvertes musicales, quand l’oreille se forme, et, comme un camé en manque ou un amoureux éconduit, je cherche désespérément ceux qui parviennent à me faire revivre, intact, le même émoi ; qui apportent la même fraîcheur, la même puissance, que ces premières expériences. Une quête vaine ? Pas sûr. Car Nors’Klh est de ceux-là. norsklh-banner Une boutique de jeu de rôle, donc. En pleine phase trailer music, je dévorais gloutonnement tout ce qui passait à portée dans le genre, et je cherchais du son nouveau pour sonoriser quelques parties de jeu de rôle. D’expérience, je trouve les artistes qui me renversent le plus dans les circonstances les plus improbables ; et puis je tombe sur ce CD en digipack d’un projet au nom imprononçable, « Nors’Klh » étiqueté « dark – épique – ambiance film ». Il n’en fallait pas plus que je reparte avec. Il n’a pas fallu beaucoup d’écoutes pour que je devienne fan absolu et achète tout en mode Shut-up-and-take-my-money Nors’Klh, c’est ce que devrait toujours être la dark ambient : mélodique, inventive d’un point de vue sonore, intelligente.C’est sombre, c’est lancinant, c’est grandiose, ça ne plaira probablement pas à ta grand-mère, mais si je t’en parle aujourd’hui, auguste lectorat, c’est que nous sommes entre gens de qualité (même si ta grand-mère est quelqu’un de qualité, mais, heu, c’est pas pareil), que Nors’klh est français, qu’il est trop peu connu et qu’il ne peut que plaire aux ambiances de SF gothique et d’horreur lovecraftienne qui se terrent parmi tes rangs, oui, je le sais. Et parce qu’en plus, à travers les silences, les titres énigmatiques, un véritable univers narratif se dessine. Pour découvrir Nors’klh, je te propose donc un petit entretien pour en savoir davantage sur le projet, l’univers, les méthodes de travail. Surtout que le dernier album du maître, Origine(s) – part one, vient de sortir (et c’est probablement le plus accessible). Pour accompagner ta lecture et ta journée, auguste lectorat, laisse-toi envahir par quelques ébats prophétiques :
L. D. : Comment est né le projet Nors’Klh ? Pourquoi ce nom ?  N. : Commençons donc par la partie la plus bizarre de ma vie et par celle qui me met un peu mal à l’aise, il faut l’avouer. En 2001, Nono, comme je l’appelle, est né un soir où dans mes veines se baladait trop de substances illicites. Beaucoup trop. J’ai vécu un monstrueux bad trip dans mon lit qui encore aujourd’hui me donne des sueurs froides quand j’y repense un peu trop (et pas mal d’excitation, il faut bien l’avouer). Dans ce trip, j’étais debout, droit comme un « I », dans un désert à la couleur grisatre, un ciel noir étoilé au dessus de ma tête. Au loin une gigantesque montagne avec à sa base des tentacules se balançaient lentement et pointaient vers les astres. Plus près de moi, d’immenses colonnes à moitié organiques et à moitié… autre chose se dressaient vers l’infini. Autour d’elles, des tornades de sable naissaient et se mouvaient lentement vers moi. J’avais l’impression que mes yeux brûlaient. J’ai été happé par ces vents violents, ballotté entre ces étranges colonnes et me suis retrouvé propulsé dans l’espace. J’ai vu alors cette planète « vivante » et tentaculaire au dessous de moi, gigantesque et monstrueuse. J’avais l’impression qu’elle dévorait l’univers. Les échelles étaient totalement folles. Il me semble alors avoir hurlé. Que ce soit dans ma tête ou non (le hurlement…), cela m’a rappelé à la réalité. En reprenant ma respiration, j’ai ouvert les yeux. Je n’y voyais absolument rien et ai cru être aveugle. C’est alors qu’une voix totalement difforme et caverneuse vibra dans ma tête. « Nors’Klh », c’était le mot qu’elle avait prononcé. J’étais effrayé et excité à la fois. J’ai cru être passé dans une autre dimension le temps d’un instant tellement tout me paraissait réel et absurde à la fois… un trip entre Terry Gilliam et Lovecraft en somme. C’est dans ces moments là que tu te dis : « la drogue, c’est mal ! ». Cela a calmé mes ardeurs avec ces substances et j’ai fini par ne plus y toucher durant six années. En 2007, j’ai tenté un petit joint, comme ça, juste pour voir. Cette nuit là, j’ai vu deux de ces planètes copuler ensemble. Leurs tentacules entremêlement d’une façon vraiment très sexuelle ! Le lendemain, je me suis dit « cette fois, on ne m’y reprendra plus ! ». Depuis ce jour, j’ai totalement lâché tout ça. En lisant tout ceci, on pourrait me prendre pour un dingue (ce qui est peut être le cas), mais je m’en moque un peu. Cette expérience à fait naître l’univers et le son que vous entendez aujourd’hui. Pour finir, notez que j’ai écrit « Nors’Klh » de cette manière pour retranscrire la difformité de la voix entendue cette nuit là. norsklh-origines-part1 L. D. : Ce qui frappe dès la première écoute de vos albums, c’est la profondeur sonore et la richesse de la composition. Comment en êtes-vous arrivé là au fil du développement de votre musique ? Quel est votre parcours ?  N. : J’ai commencé à bidouiller le son vers mes 12 ou 13 ans avec un Amiga 500+ que mon père m’avait offert (gloire à lui), le soft ProTracker et un boitier de digitalisation. Ce fut une mini révolution pour moi bien qu’à cette époque les termes techniques s’apparentait plus à du chinois de Mars qu’à autre chose. Mais cela ne m’empêchait pas de triturer les sonorités dans tout les sens, d’expérimenter à outrance et de faire des arrangements que je trouverais aujourd’hui bien improbables. En 1999 ou 2000 j’ai découvert le soft « coup de boule » qui a commencer à titiller ma fibre mélodique. Et c’était sur Playstation 1 que cela se passait ! Le logiciel en question était Music 2000. Cela peut faire sourire, mais il était extrêmement complet, facile d’utilisation en surface, et diablement complexe dans ses entrailles. Seule les limites de la machine de Sony freinait mes ardeurs. Avec ce soft, et jusqu’en 2001, je faisait dans l’Industriel dans son plus simple appareil : du bruit, des hurlements, de la machine, et re du bruit derrière. Je travaillais de manière mécanique, sans vraiment penser le son. Je bossais de manière instinctive. C’était extrêmement violent et très simple la plupart du temps, même si quelques titres mélancoliques ou symphoniques sortaient du lot. Bref, cela a boosté de façon spectaculaire mon envie de faire du son, et sans ce logiciel je n’en serait surement pas là aujourd’hui. en 2007, j’ai décidé de passer à l’étape supérieure et me suis procuré un soft d’entré de gamme sur PC, Magix Samplitude 2007. Et là, le pied ! Je me suis mis à composer comme je dessine : d’abord, commencer par les détails, les petits trucs que seul l’auditeur attentif ou receptif à mon travail entendra (et les détails, il m’en faut. Partout et tout le temps). Vient ensuite la mélodie, le coeur du titre. Ce sera un air qui me trotte dans la tête depuis bien trop longtemps, ou bien comme quatre-vingt pour cent du temps, de l’improvisation. Mes anciennes ou fraiches visions font surface durant le processus de créa et advienne que pourra ! Ensuite le background, les sons que je qualifierais de support : les nappes electro ou les mélodies de moindre envergure. Pour finir, la partie je préfère, la rythmique. Selon mon humeur du jour, elle sera douce ou bien violente. Là aussi, totale improvisation. A la fin, si tout s’accorde avec ce que je vois pendant le processus, je valide. Si tout fout le camp, de manière tendue et énervée, j’essaierai de rectifier tout ce bazar pendant quelques jours et si rien ne se passe, je le placerais « délicatement » et « amoureusement » dans mon dossier « vomi ». Depuis 2010, je travaille autrement : j’attends les visions et essaye de les faire vivre au maximum. La Montagne Hurlante est le premier album à être intégralement né de ces images qui hantent mon esprit. C’est devenu un processus de composition très long, excitant et frustrant à la fois et je suis devenu complétement dépendant d’elles que ce soit dans la musique, l’écriture ou le dessin,  d’où le fait qu’il se soit déroulé presque quatre ans entre La Haine Primordiale et Origine(s) – part one. norsklh-haine-primordiale L. D. : On a tendance à vous classer en « dark ambient », mais l’étiquette « ambient » ne rend guère justice à l’envergure épique, à la complexité et à la variété sonores de votre travail?. « Dark » est probablement juste, en revanche. Comment décririez-vous, vous-même, votre univers musical et quelles explorations ont votre faveur ?  N. : Mes plus grandes inspirations viennent du cinéma de science fiction, du compositeur au réal. Que cela soit une série B ou bien la dernière grosse production hollywoodienne, je mange. Je dévore. Je suis très bon public et vraiment très friand de ce genre. Je m’inspire pas mal de sonorités ou de bruitages entendus ici ou là. C’est pour moi des sources intarissables d’éléments qui nourriront mon univers. En marge de ces ambiances, les B.O. de Conan le Barbare, d’A la Poursuite d’Octobre Rouge ou bien même celle du Dernier Samouraï font parties des œuvres qui m’inspirent le plus, même si j’admets volontiers que ce n’est vraiment pas flagrant. Mais elles abreuvent mon puits qui se tarit vraiment très rapidement. Ajouté à cela, une touche d’Indus et d’Electro, et plus particulièrement de Front Line Assembly, et vous obtiendrez mes parents musicaux. A ce titre, Les albums Hard Wired et Implode ont très influencé mon architecture sonore. J’essaye aussi quelques expérimentations mais je reste très sage de ce côté. Mon son est très loin d’être élitiste et est accessible à toutes les oreilles. Bref, je fais ce qu’il me plaît, mélange tout ce qui me touche et au final, si cela reste facile d’écoute et qu’une touche dark en ressort tant mieux, mais de là à me cataloguer « Dark Ambient »…. L. D. : Les titres de vos morceaux semblent évoquer une histoire et un univers plus vaste – comme les trois albums de la trilogie AnT. Y a-t-il effectivement un monde autour de votre musique ? Comment l’avez-vous conçu, et pensez-vous le développer sous d’autres formes ? Tous les albums sont-ils subtilement reliés ?  N. : Il y a effectivement un monde autour de tout ça, et comme écrit plus haut, tout ceci est né de visions et de sensations. J’ai ensuite puisé au fond de mes ressentiments et de mon imagination pour écrire un background. Cela raconte donc l’histoire de créatures devenant un gigantesque astre sableux tentaculaire. Il n’a qu’un seul but et ne sert qu’à une chose : dévorer l’univers. Chaque album raconte une étape de sa vie ou de ce qui en est directement lié. Bien que les opus n »aient pas été composés dans l’ordre à mon grand désarroi, tout se suit et a une cohérence. Dans l’ordre chronologique, il y a donc Origine(s) – part one qui vient tout juste de sortir et qui raconte la genèse du tout premier astre et sa destruction par ses apôtres. Étant donné que je risquais de faire un album fleuve, j’ai préféré le scinder en trois parties. Vient après La Haine Primordiale – Préface au Néant sorti en 2011, premier chapitre de l’astre ayant pour nom Nors’Klh et qui suit l’évolution d’un humain choisi par des êtres d’un autre monde (les fameux apôtres) et qui, ayant assassiné sa femme et sa fille un soir de grande détresse psychologique, se métamorphose en cette apocalypse sous le poids de la culpabilité et de la haine envers lui même. La Montagne Hurlante, seconde chapitre sortit en 2009 (!), est la suite directe de La Haine… où nous continuons à suivre la métamorphose de cet homme dans la souffrance, la rage et le désespoir. C’est à ce jour mon album le plus violent. Quand aux AnT, ce ne sont rien de bien plus que des compilations de titres abandonnés soit parce qu’ils n’étaient pas à mon goût, soit parce que je ne savais pas où les incorporer dans l’histoire. Mais ils méritaient tout de même une vie, du moins pour certains…  Pour finir, la forme de mon univers évoluera dans les prochaines années sous la forme d’un jeu vidéo. Mais étant donné que le projet n’en est qu’au stade embryonnaire je ne peux pas m’étaler dessus pour le moment. norsklh-montagne-vivante L. D. : Une autre caractéristique frappante de votre musique est la qualité sonore. Entrons un temps dans les coulisses. Comment travaillez-vous à la composition et à la production ? Avec quels outils ?  N. : Je travaille avec un simple ordinateur, le soft Samplitude Studio que je mets à jour chaque année ou presque, et tout un tas de VST en tout genre. Je vous avouerai que je n’aime pas trop parler de ma façon de travailler. Quand je vois que la plupart de mes amis (ou pas) travaillent avec un camion de matos, je me sens bien bien con. L. D. :  Vous vous montrez très critique avec votre propre travail; comme avec AnT.1, que vous ne proposez pas à l’achat sur votre page Bandcamp, par exemple. Que faut-il pour qu’un morceau franchisse votre propre examen critique ? Jetez-vous beaucoup de matériel inachevé, ou bien travaillez-vous la matière jusqu’à en être satisfait ?  N. : Je mets souvent des mois pour être satisfait de mon travail. Je pinaille, je râle, je détruis, je recommence, c’est un processus horrible. Il faut que le son soit carré, que tout concorde avec ce que je vois. Tout ça est presque maladif et me pourrit souvent la vie. L’aboutissement d’un morceau est vraiment un processus très difficile chez moi : à chaque naissance d’un titre, dites-vous qu’une dizaine de versions en moyenne sont nées avant elles. Il faut que je peaufine toujours et encore. Une véritable obsession. Hormis pour Origine(s), ce sont mes amis ou ma famille qui m’ont poussé à sortir mes opus. Cela ne tiendrais qu’à moi, je serais probablement encore sur mon premier album. 80 à 90% de mon travail pourrit sur mes disques durs et je pourrais sortir 75 AnT si j’en avais envie. Il n’y a que pour les collaborations où je me pousse au cul. Je sais que quelqu’un attend après moi alors je me fais violence et croise les doigts pour que ça plaise. Pour finir, l’immonde AnT.1 est une aberration de ma part, et c’est pour cela que je ne le propose pas sur ma page. AnT.3 n’a pas non plus survécu à mes humeurs et l’ai effacé du site. Je le regrette parfois d’ailleurs. norsklh-ant2 L. D. : Parlons un peu de votre dernier album, Origine(s) part one. Un nouvel ensemble musical s’ouvre donc; quel est votre projet ici ?  N. : Étant donné qu’Origine(s) se passe chronologiquement avant la naissance de Nors’Klh, il me fallait tout réinventer, que cela soit en terme de sonorités ou bien de façon de procéder. J’avais dans l’idée de faire quelque chose de beau et d’aérien (tout l’inverse des précédents opus), faire voyager l’auditeur aux confins de mon imagination et lui donner son lot de frissons, la nuit, un casque vissé sur les oreilles, lui montrer l’incroyable beauté de notre univers ainsi que sa puissance tout en le guidant sereinement dans mon monde. Imaginez-vous dans un trip spatial épique, grandiloquent, intimiste et sincère à la fois. La Haine Primordiale est comme un journal intime ou j’y ai mis toutes mes désillusions, mes rancœurs et mon mal être. Origine(s) en est le parfait opposé et c’est à ma femme que je le dois. C’est une déclaration d’amour que je lui fais, ainsi qu’à la SF et à notre incroyable existence. L. D. : Savez-vous déjà où vous conduiront les parties suivantes, et quand pouvons-nous les espérer? Avez-vous d’autres projets?  N. : Dans la droite ligné du premier : je reprendrai là où je me suis arrêté, tout simplement. Le voyage continuera et aura son lot de surprises, d »émotions…et de peurs ! Je ne m’éloignerai pas de ma ligne directrice, du moins en ce qui concerne Origine(s). J’ai beaucoup aimé travailler dessus, et c’est bien la première fois ou j’ai été zen tout le processus durant. Rien n’a été jeté, tout est là, exactement comme je le voulais. Une fois achevé, je reprendrai l’écriture des Chapitre 2 et 3 sur lesquels je bosse depuis 5 longues années.  Ce sera alors pour moi la fin de l’âtre Nors’Klh mais pas de mon univers. J’ai tellement d’idées à explorer, comme ces fameux apôtres qui grattent dans ma tête… Sous quelles formes, ça je ne le sais pas encore. L. D. : Pouvons-nous espérer vous voir un jour en concert ?  N. : Absolument pas ! Je suis un sauvage qui n’aime pas trop la foule. Pour suivre Nors’Klh et en découvrir davantage (beaucoup de morceaux en accès direct) – n’hésitez pas à suivre, partager, soutenir :      
2014-11-06T09:43:30+02:00mercredi 17 septembre 2014|Décibels|1 Comment

Antichrist megastar

Oui, c'est du second degré.

Oui, c’est du second degré.

Auguste lectorat, je me trouve temporairement à Paris. Je ne fais nul secret de la passion et de l’admiration que je voue à la musique de Therion, le seul groupe de métal symphonique qui fasse vraiment du métal symphonique, c’est-à-dire du métal incorporant des éléments symphoniques au même plan dans la musique et composant effectivement le tout comme un ensemble, au lieu de placer des cordes en fond pour grossir le son des guitares. (Je n’ai rien contre le procédé, mais Therion ne joue simplement pas dans la même cour.) Je vais m’abstenir d’une litanie de louanges sur un son parfaitement équilibré et une set list faite pour ravir les fans de longue date (l’album Vovin joué en entier – rhaa – quantité d’extraits de Secret of the Runes et Theli) pour partager la raison précise de cette tournée et pourquoi je tenais à ne pas rater ce passage au Trabendo. Christofer Johnsson, l’âme du groupe, avait annoncé cinq ans de pause dans les tournées pour se consacrer à une oeuvre majeure et rêve de longue date, la composition d’un opéra métal. Mais un vrai – avec histoire, scènes, mouvements, et non une de ces centaines de pseudo-opéra rock qui ne sont en réalité que des concepts albums vaguement compliqués sans rien de spécial qui les démarque du reste de la production (je suis désolé, mais je te regarde, Avantasia). Probablement échaudé par les critiques très négatives reçues par Les Fleurs du Mal (et pourtant, quel album simplement jouissif), Johnsson est revenu sur sa décision pour tourner et tester les morceaux de l’opéra en salle. On en sait donc davantage sur le projet : il s’agira d’un homme, sauveur du monde puisqu’il a mis fin au crime, à la pauvreté dans le monde. Seulement, il décide de supprimer la religion également, la considérant comme responsable des maux du monde. Les clergés, refusant de se laisser faire, déclarent que cet homme est l’Antéchrist… et le monde sombre à nouveau dans le chaos des guerres. Un thème classique pour un groupe qui a fait ses débuts dans un death metal lorgnant vers le black, mais, connaissant Therion, on devine une intrigue qui sera tout sauf moralement tranchée, et on peut assurément compter dessus. Trois extraits proposés : l’ouverture, un passage sur le choix du dieu auquel se vouer et un, chaotique, sur le naufrage du monde dans le conflit. L’avis est simple : c’est magnifique. On sent (notamment sur Sitra Ahra, encensé par la critique mais à mon sens desservi par une trop grande complexité et trop d’idées à la minute) que Johnsson aspirait clairement à cet espace et à cette envergure pour s’exprimer à son aise, et que le format « album » était devenu trop étroit pour lui. Ces extraits réalisent l’alchimie unique de Therion quand le groupe est à son sommet : une alliance de bonnes idées mélodiques, avec une concision et une simplicité trompeuses. Les mouvements sont clairs, le son puissant, et les atmosphères puissamment évocatrices. On se trouve à l’exact milieu entre l’efficacité sonore de Vovin ou de Lemuria / Sirius B et la maturité de composition et la complexité de Deggial ou Gothic Kabbalah. Pas de date de sortie annoncée pour cet opéra, mais une chose est sûre, cela promet d’être le chef-d’oeuvre de la formation ; l’attente sera longue. Plus aucun groupe ne pourra prétendre réaliser un « opéra métal » après cela sans fournir la même quantité de travail et présenter la même maturité musicale. Et franchement, ce n’est pas plus mal.
2013-12-20T15:23:21+02:00vendredi 20 décembre 2013|Décibels|Commentaires fermés sur Antichrist megastar

Jeu musical

Par DaBrunz, licence CC-By-SA

Par DaBrunz, licence CC-By-SA

Hop, tagué par Mélanie Fazi sur Facebook, un autre court jeu, musical, cette fois, puisqu’on est entre gens de goût.
Tu like, je te donne un nom de groupe, tu réponds aux questions…
… et Mélanie m’a demandé de parler de Therion.
1. Fan ?
Je crois qu’on peut dire ça. J’y suis venu par la découverte du métal symphonique quand j’avais 20 ans, j’y suis resté pour le constant renouvellement de la formation, de la composition, l’univers mythologique, et je m’amuse de constater que les albums les plus atmosphériques qui me parlaient le moins il y a des années sont ceux que je redécouvre aujourd’hui et que j’ai l’impression de finalement « piger ».
2. Déjà vu ?
Chaque fois que je le peux. Chaque spectacle est totalement différent. Mes deux grands souvenirs restent d’une part en 2004, où ils partageaient l’affiche avec Trail of Tears (époque Free Fall into Fear), Tristania (époque World of Glass, avec Vibeke Stene !) et Mercury Rain, à l’Antipode, une toute petite salle rennaise, qui donne presque l’impression que les musiciens viennent jouer dans ton salon. D’autre part, en 2012, où Christopher Johnsson, après un concert marathon (car Therion va cesser les tournées pendant quelques temps), est venu se mêler à la foule en toute simplicité pour dédicacer ce qu’on lui tendait, armé d’une bouteille de vin rouge à la main et lançant à la cantonade « Anyone has a corkscrew ? Aren’t you all French ? »
3. Album préféré ?
Difficile à dire, j’y trouve des choses différentes au fil des ans, donc. Mais je pencherais probablement pour Vovin, qui n’a peut-être pas la sophistication de la suite, mais reste d’une redoutable efficacité. Avec Sirius B en proche second. Mais si je devais en emporter un sur une île déserte, je prendrais certainement Secret of the Runes, car je n’ai pas fini de l’explorer…
4. Album que j’aime le moins ?
Je vais me faire huer mais je peine à entrer dans Sitra Ahra qui noie l’auditeur sous trop d’idées à mon goût. Cela dit, je suis resté hermétique aussi à Deggial et à Secret of the Runes à leur sortie, donc reparle-m’en dans cinq ans, si ça se trouve j’aurai enfin formé mon oreille à cet album et je me dirai « mais comment ai-je pu passer à côté ? »
5. Chanson préférée ?
Très difficile de choisir, entre les morceaux courts et efficaces comme Wine of Aluqah, les grandes sagas comme le triptyque Kali Yuga ou Adulruna Rediviva, les plages atmosphériques comme Lemuria ou Siren of the Woods… Mais je crois que je reviens toujours à Clavicula Nox, dont le texte résonne particulièrement pour moi. Ici en live avec un orchestre symphonique :

À vous, si vous souhaitez jouer et continuer la chaîne, postez en commentaire ou likez cet article sur Facebook, et je vous soumettrai à mon tour à la question.

2013-04-02T10:12:33+02:00mardi 2 avril 2013|Décibels|13 Commentaires

Symphonic dubstep

Et là, tout est dit. (Ce serait bien qu’Immediate Music se réveille un peu, là, parce que leur Trailerhead : Saga fait palot, à nous ressortir les mêmes thèmes qu’on connaît déjà depuis des années, en comparaison de ce Skyworld de Two Steps from Hell, sorti à peu près au même moment, et qui se montre bien plus audacieux – pas forcément toujours à bon escient, cela dit, mais l’intention est là.)
2012-12-20T09:00:09+02:00jeudi 20 décembre 2012|Décibels|6 Commentaires

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