Peinture sur soie, écriture sur soi

J’ai toujours un peu de mal à définir l’objet « blog » (et peu importe que ça fasse peu ou prou quatre ans que l’objet existe dans mon cas). L’envie de fournir du contenu associée à ma prudence maladive quand il s’agit de parler de projets en cours n’aide pas à faire de cet endroit un véritable journal, mais je sens bien que, dans les moments actuels où beaucoup de choses s’alignent, comme des étoiles avant la remontée de R’lyeh, il pourrait être intéressant de lever le voile telle une danseuse orientale aux yeux de biche. Histoire que tu ne croies pas, ô auguste lectorat, que je suis en train de dilapider mes droits pharaoniques sur l’adaptation ciné de La Volonté du Dragon avec Peter Graves dans le rôle du généralissime Vasteth en buvant des margaritas à Ibiza (et c’est là que ma tendre moitié s’est chargée de me réveiller avec un seau d’eau sur la tronche parce qu’elle en avait marre de m’entendre parler asrien dans mon sommeil).

Faudrait-il faire une catégorie « Journal » ? Eli, eli lama sabaktani.

Alors, que se passe-t-il en ce moment sur la passerelle du navire ?

J’ai rendu le manuscrit final de « Au-delà des murs » hier ; j’ai rendu il y a une semaine celui de « Les Questions dangereuses », à paraître dans Dimensions de Capes et d’Esprits II , un gros morceau (90 000 signes) qui fut assez joussif à écrire une fois que je me suis glissé dans la voix voulue (et où je tue plein de figures historiques que j’aime pas). Deux nouveaux textes demandés ; j’ai achevé la version subdéfinitive hier de l’un et j’attaque l’autre aujourd’hui.

Ce sera juste à temps pour enchaîner sur les corrections du gros morceau, le « thriller », bien sûr – je mets thriller entre guillemets car je ne suis plus très sûr de ce qu’est ce livre. C’est contemporain, il y a des éléments du roman à suspense, il y a de l’ésotérisme, ce devrait donc être un thriller ésotérique, mais… Je ne sais pas. C’est tout ça à la fois et autre chose en même temps. C’est un projet auquel je réfléchis depuis des années et dans lequel se trouve une multiplicité de thèmes et de parcours de personnages. C’est une fresque, c’est en même temps ramassé dans le temps, c’est de l’aventure, c’est parfois violent, parfois contemplatif. Il me reste à amener ce livre au meilleur niveau possible et à espérer qu’il sache toucher ses lecteurs.

2011-03-23T12:57:13+01:00mercredi 23 mars 2011|Technique d'écriture|5 Commentaires

Grand Prix de l’Imaginaire 2011 : les finalistes

Le jury du GPI a rendu publique la liste des finalistes de l’année 2011. Les lauréats seront annoncés au cours de la cérémonie qui se déroulera au cours du festival Étonnants Voyageurs, à Saint-Malo, du 11 au 13 juin 2011. (L’Importance de ton regard faisait partie de la sélection du premier tour.)

Roman francophone

  • Le Souffle de l’ogre de Brigitte Aubert (Fayard)
  • Les Démons de Paris de Jean-Philippe Depotte (Denoël)
  • Cygnis de Vincent Gessler (L’Atalante)
  • May le monde de Michel Jeury (Robert Laffont)
  • Vegas Mytho de Christophe Lambert (Fleuve Noir)
  • Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite (Denoël)

Roman étranger

  • Artères souterraines de Warren Ellis ; trad. Laura Derajinski (Au Diable Vauvert)
  • Le Fleuve des dieux de Ian McDonald ; trad. Gilles Goullet (Denoël)
  • Le Don de Patrick O’Leary ; trad. Nathalie Mège (Mnémos)
  • Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams ; trad. Jean-Daniel Brèque (L’Atalante)
  • A travers temps de Robert Charles Wilson ; trad. Gilles Goullet (Denoël)

Nouvelle francophone

  • « Desmodus Draculae » de Leni Cèdre (Bifrost n°60)
  • « Ethologie du tigre » de Thomas Day (L’O10ssée, Gallimard)
  • Stratégies du réenchantement (Recueil) de Jeanne-A Debats (Griffe d’Encre)
  • « Rempart » de Laurent Genefort (Bifrost n°58)
  • Bara Yogoï (Recueil) de Léo Henry et Jacques Mucchielli (Dystopia)

Nouvelle étrangère

  • L’Essence de l’art (Recueil) de Ian M. Banks ; trad. Sonia Quémener (Le Bélial’)
  • « Voyage avec mes chats » de Mike Resnick ; trad. Jean-Michel Calvez (Galaxies n°10)
  • Sous des cieux étrangers (Recueil) de Lucius Shepard ; trad. Jean-Daniel Brèque et Pierre K. Rey (Le Bélial’)
  • Les Vestiges de l’automne de Robert Silverberg ; trad. Florence Dolisi, Jacqueline Dolisi & Éric Holstein (ActuSF)

Roman jeunesse francophone

  • La Guerre des mondes n’aura pas lieu ! de Johan Heliot (Mango jeunesse)
  • La Roue des vents de Vincent Joubert (Ankama)
  • La Douane volante de François Place (Gallimard jeunesse)
  • Les Yeux d’Opale de Bénédicte Taffin (Gallimard jeunesse)

Roman jeunesse étranger

  • Le Sortilège de pierre de Cornelia Funke ; trad. Marie-Claude Auger (Gallimard jeunesse)
  • Voraces de Oisin McGann ; trad. Patrick Imbert (Mango jeunesse)
  • Alcatraz (Série) de Brandon Sanderson ; trad. Juliette Saumande (Mango jeunesse)
  • La Confrérie de l’horloge de Arthur Slade ; trad. Marie Cambolieu (Le Masque)
  • Léviathan de Scott Westerfeld ; trad. Guillaume Fournier (Pocket jeunesse)

Prix Jacques Chambon de la traduction

  • Mikael Cabon pour Chroniques des rivages de l’Ouest (Série) de Ursula K. Le Guin (L’Atalante)
  • Sara Doke pour Lila Black (Série) de Justina Robson (Milady)
  • Nathalie Mège pour Le Don de Patrick O’Leary (Mnémos)

Prix Wojtek Siudmak du graphisme

  • Aleksi Briclot pour Worlds & Wonders (CFSL Ink)
  • Philipe Gady pour La Maison qui glissait de Jean-Pierre Andrevon (Le Bélial’), H2G2 de Douglas Adams et H2G2 : Encore une chose… de Eoin Colfer (Denoël)
  • Grégory Fromenteau pour Solaris n°174 et Solaris n°176
  • Frédéric Perrin pour Ceci n’est pas un jeu de Walter Jon Williams (L’Atalante)
  • Diego Tripodi pour Jack Barron et l’éternité et Il est parmi nous de Norman Spinrad (J’ai lu)

BD / Comics

  • La Brigade chimérique (tomes 1 à 6) de Fabrice Colin, Serge Lehman et Stéphane Gess (L’Atalante)
  • Les Derniers jours d’un immortel de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval (Futuropolis)
  • Le Diable amoureux et autres films jamais tournés par Méliès de Fabien Vehlmann et Frantz Duchazeau (Dargaud)
  • Tortuga (tome 1) de Sébastien Viozat et Antoine Brivet (Ankama)
  • Zombillénium (tome 1) de Arthur De Pins (Dupuis)

Manga

  • 7 milliards d’aiguilles (tomes 1 à 4) de Nobuaki Tadano ; trad. Michel Le
  • Bras (Doki-Doki)
  • Baptist (tomes 1 à 4) de Gyung-Won Yu et Sung-Ho Mun ; trad. Kette Amoruso (Ki-Oon)
  • L’Île Panorama de Maruo Suehiro ; trad. Miyako Slocombe (Casterman)
  • Pluto (tomes 1 à 5) de Naoki Urasawa ; trad. Thibaud Desbief (Kana)
  • Ultra Heaven (tomes 1 à 3) de Keiichi Koike ; trad. Sylvie Siffointe, Satoko Fujimoto & Anthony Prezman (Glénat)

Essai

  • A.E. Van Vogt, passeur cosmique sous la direction de Joseph Altairac (L’Oeil du Sphinx)
  • Steampunk ! L’esthétique rétro-futur de Etienne Barillier (Les Moutons électriques)
  • Jean Ray, l’alchimie du mystère de Arnaud Huftier (Encrage)
  • Le Panthéon des savants fous de Anna C. Long et Daniel H. Wilson ; trad. Patrick Imbert (Calmann-Lévy)
  • Encyclopédie du fantastique sous la direction de Valérie Tritter (Ellipses)

Prix spécial

  • Kadath, le guide de la cité inconnue de David Camus, Mélanie Fazi, Raphaël Granier de Cassagnac, Laurent Poujois et Nicolas Fructus (Mnémos)
  • Les Mers perdues de Jacques Abeille et François Schuiten (Attila)
  • Poètes de l’Imaginaire, anthologie de Sylvain Fontaine (Terre de Brume)
  • The Sunday Books de Michael Moorcock et Mervyn Lawrence Peake ; trad. Liliane Sztajn (Denoël)
2011-03-21T11:28:35+01:00lundi 21 mars 2011|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Grand Prix de l’Imaginaire 2011 : les finalistes

Lauréats des prix Bob Morane et Masterton 2011

Hop, les résultats viennent de tomber. Félicitations à tous les heureux lauréats !

Prix Bob Morane 2011

  • Roman francophone : Plaguers, de Jeanne A Debats (L’Atalante)
  • Roman traduit : Le Fleuve des dieux, de Ian McDonald (Denoël, traduction de Gilles Goullet)
  • Nouvelle : « Rempart », de Laurent Genefort (Bifrost n°58)
  • Coup de coeur : Les contrées du rêve, de H.P. Lovecraft (Mnémos)

Prix Masterton 2011

(Flammagories était cette année finaliste du prix.)

  • Roman francophone : Le Dieu Vampire, Jean-Christophe Chaumette (L’Editeur)
  • Roman traduit : Mais c’est à toi que je pense, Gary A. Braunbeck (Bragelonne, traduction de Benoît Domis)
  • Nouvelle : « Séparation de corps », Richard D. Nolane (Rivière Blanche)

 

2011-03-15T12:32:51+01:00mardi 15 mars 2011|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Lauréats des prix Bob Morane et Masterton 2011

Un rempart contre le Pacifique

De retour d’un festival Rue des Livres toujours très sympa : une organisation gentille comme tout, une équipe Critic au taquet comme toujours, et le plaisir de retrouver la bande de l’imaginaire rennaise et d’ailleurs. Le joie de pouvoir glisser quelques mots de plus, dans la confidence, sur les projets en cours, notamment la série chez Don Quichotte qui suit son bonhomme de chemin et que je meurs d’envie de voir enfin diffusée, les nouvelles à paraître – la prochaine sur Évanégyre, ce sera en mai, dans l’antho annuelle du festival Imaginales. Le bonheur de retrouver les lecteurs fidèles, les blogueurs (dont Lelf, qui a déjà publié un compte-rendu et des photos de son côté), et aussi celui de faire de belles nouvelles rencontres. Une impression un peu bizarre, aussi, dimanche, tandis que nous étions plusieurs suspendus aux nouvelles du Japon, ceux d’entre nous équipés de smartphones relayant les dernières informations aux autres, dans le désolement, l’incrédulité et, aussi, la crainte. La sensation un peu creuse, pour ma part, que quel que soit le prestige dont se pare la littérature, quelle que soit sa force, pourtant tangible, capable de déplacer les montagnes et soulever les peuples, nous restons toujours un peu des terroristes de bac à sable qui jouent à se faire peur face à la puissance brute des éléments et aux tragédies atroces et crues qui viennent poignarder la réalité.

 

2011-03-14T12:30:42+01:00lundi 14 mars 2011|Le monde du livre|4 Commentaires

Question : où allez-vous chercher tout ça ?

(c) Disney

Encore une petite période de silence, mais je reprends progressivement le fil d’une activité normale (lire : raisonnable) et donc l’ouverture de ce bar et l’approvisionnement en bibine fraîche. Il y a une question qui était arrivée depuis un moment, très fondamentale :

 

Quand on a une idée en tête c’est dejà pas mal. Non ?

On essaie de l’exploiter un peu, on y ajuste d’autres idées, ca forme un tout cohérent et on se dit,  après 3 mois de gestation  : mouais, ca pas si mal, allons y.
Mouais… sauf que quand je m’arrête dans une librairie, quand je jette un regard envieux et jaloux sur les couvertures, quand je bave sur les 4ieme de couverture, personnellement je repars de là en me disant que mes idées sont nullissimes et aussi développées qu’un embryon d’huitre de 2 jours.

Alors oui, ou allez vous chercher toutes ces idées ? Qu’avez vous dans vos cerveaux pour en sortir des trucs comme ca ? C’est limite effrayant  !! 😉

Bon, déjà, les quatrièmes de couverture sont conçues comme ça : pour donner envie, pour présenter les points forts d’une histoire et donc mettre en avant ce qu’elle a de meilleur. Une bonne quatrième peut sublimer le contenu d’un livre, mais, comme on l’a tous vu un jour, le récit n’est pas forcément à la hauteur des promesses (« La richesse de Tolkien, la drôlerie des Monty Python et le style de Jean Lorrain ! »). Il ne faut certainement pas complexer face à elles ! Sans compter que, sur un livre publié, il y a eu le retravail de l’auteur, les suggestions de l’éditeur et parfois des commerciaux, une foule de regards extérieurs qui visent tous à ce que cette histoire donne son plein potentiel.

D’accord. Mais ce n’est qu’esquiver la question. Où va-t-on trouver des idées ? Je dirais que trouver des idées n’est pas un problème : le monde en fourmille. Ouvrir la presse, se balader sur le Net, rester ouvert à son environnement amène des quantités d’idées, parfois dans les moments les plus improbables. Il faut rester disponible, à l’écoute du monde, et elles viennent d’elles-mêmes. Je suis convaincu qu’il n’y a pas de mauvaises idées : il y a, en revanche, les idées qu’on traitera de manière intéressante parce qu’elles nous concernent d’une manière ou d’une autre, et celles avec lesquelles on n’a pas de véritable lien.

Ce qui compte, c’est donc de trouver les idées qui conviennent pour soi ; non  pas creuser le même sillon et traiter toujours les mêmes thèmes, mais apprendre à se connaître pour remarquer, parmi la foule de récits potentiels qui peuvent naître, ceux que l’on a vraiment envie d’écrire, ceux qui résonnent avec nos convictions, nos désirs, nos révoltes, ceux que l’on veut vraiment explorer et suivre pour découvrir où ils nous conduiront. Si l’on ne jure que par la hard science, une idée purement romantique à la façon du Journal de Bridget Jones, aussi riche et intéressante soit-elle, ne résonnera guère, et son exécution va s’en ressentir.

Car je pense aussi que l’exécution prime sur l’inventivité. La meilleure idée du monde ne franchira peut-être même pas le comité de lecture de l’éditeur si l’exécution est bancale, insuffisante, si le potentiel d’une grande idée n’est pas exploité convenablement – alors qu’on peut faire une grande histoire avec un archétype classique, de Romeo et Juliette à Avatar. Il faut ensuite tirer le maximum de ce germe d’envie, qu’on reconnaît parfois à un frisson caractéristique bien physique (comme le disent deux Elisabeth, George et Vonarburg, dans leurs livres d’écriture respectifs, « le corps sait »). Et c’est peut-être la partie la plus difficile : leur faire exprimer (au double sens de la parole et de presser comme un citron) leur potentiel, trouver la raison pour laquelle cette idée a séduit, et l’histoire qui se trouve ensuite derrière. Les mûrir, les méditer, en suivre les implications et ramifications, les ressasser jusqu’à pouvoir leur faire porter un récit qui compte, à tout le moins, à ses propres yeux. C’est là, peut-être, qu’on touchera à une authenticité qui pourra atteindre et émouvoir, par la suite, le lecteur.

Où va-t-on donc chercher tout ça ? À l’extérieur, autant qu’en soi. La psyché humaine compte un nombre limité de grands thèmes, aussi vaste soit-il : l’amour, la mort, la perte, le dépassement de soi, la liberté… Le plus important, à mon sens, c’est de chercher en soi-même, à force d’introspection et de ruminations,  ce que l’on a de personnel à dire sur la question, et le dire ensuite du mieux possible. Je pense humblement que c’est là que se terrent les idées qui comptent vraiment. C’est cet aspect qui les rendra bonnes, et leur rumination qui les rendra originales. Mais l’originalité n’est, en quelque sorte, qu’un effet secondaire qui vient dès qu’on a suffisamment creusé, avec sincérité, ce qui fait l’honnêteté de notre regard et de ce que l’on cherche à traiter. Elle n’est pas un but en soi. Chercher sans relâche sa propre parole, ne pas limiter ses ambitions, aller vers le lecteur, voilà à mon sens les buts véritables.

2014-08-05T15:23:05+02:00mardi 8 mars 2011|Best Of, Technique d'écriture|18 Commentaires

Newman & Mittelmark, How NOT to Write a Novel

Les auteurs – un écrivain et un éditeur – l’affirment en préambule : si l’on mettait tous les théoriciens de l’écriture dans une pièce en train de se remplir d’eau et qu’ils devaient se mettre d’accord sur des règles littéraires avant de périr noyés, il est certains qu’ils se mettraient avant tout d’accord sur une chose : ce qu’il ne faut pas faire. C’est le projet de ce petit opus d’un peu plus de 250 pages : ne pas vanter de grands principes, des recettes prétendûment infaillibles, des systèmes supposément éprouvés, mais au contraire rassembler le maximum de bévues, de bourdes, de tics et autres catastrophes tragiques qu’on rencontre dans les manuscrits non publiés. Et il y en a. Dans ma courte expérience éditoriale, j’en ai croisé un certain nombre, et je peux vous assurer que chacune de ces erreurs garantit à elle seule, presque à coup sûr, l’envoi navré d’une lettre de refus circulaire.

Le livre couvre tous les domaines de la narration : intrigue, personnages, décor, style… jusqu’à la soumission du manuscrit. Chaque bévue est d’abord illustrée par un extrait bidon rédigé par les auteurs eux-mêmes – souvent hilarant – puis suivi par une demi-page d’explications à la fois pédagogiques et… féroces (ce qui fait le plus grand bien aux égos un peu confortables).

« Je suis stupéfait. Vous êtes contento que je reste aqui pendant que vous passez en revue los échantillons ? »

– El étranger : Quand des locuteurs d’autres langues sont rendus n’importe comment (p.150)

Bien sûr, nous autres francophones ne retirerons que peu de profit des sections sur le style et la langue, le français fonctionnant parfois presque à l’opposé de l’anglais (pour ce qui est des verbes de dialogue, par exemple), mais le lecteur capable d’apprécier ce petit volume (un certain niveau de langue est requis pour en saisir tout le sel) saura faire le tri et les sections concernées sont de toute façon minces.

Bien sûr, ne tomber dans aucun de ces pièges ne garantit éventuellement pas la publication… Mais ils constituent le B.A.BA. Ce bouquin est une lecture quasiment indispensable pour l’auteur débutant qui a la chance d’avoir un certain niveau d’anglais. Mais tout le monde, de manière générale, tirera du profit à le lire, ne serait-ce qu’au premier degré, en se tenant les côtes devant les extraits délicieusement nanaresques mais tragiquement vraisemblables ; au-delà, il serait bien possible également de déceler des amorces de dérives ou de tics d’écriture dans sa propre pratique… qu’il conviendra alors de tuer dans l’oeuf, si possible avec un fusil à canon scié.

2014-08-05T15:23:05+02:00jeudi 24 février 2011|Best Of, Technique d'écriture|4 Commentaires

Oh, to be Jung again

Je déclare par la présente que Limoges est la ville avec la plus grande densité de jolies femmes au m². Vraiment, c’est incroyable, et ça l’était encore plus quand, le soir, je suis allé boire un coup dans un bar rigolo1 où l’animation était assurée par une serveuse qui chantait les grands succès de toute boîte qui se respecte, boum ksi let’s dance put your hands in the air shake it like a hurricane the carpet is waiting for us, des trucs comme ça, chansons à texte (mais super bon esprit). Je n’ai jamais vu un truc pareil au point que je me suis demandé si je n’allais pas abdiquer la nationalité bretonne pour la limousine, des fois qu’on me prête en plus une méga grande bagnole, mais on m’a expliqué que non, c’était sans rapport. Joliment apprêtées, souriantes et drôles, bref, c’est bien simple, là-bas, même les filles pas jolies sont jolies aussi. Oubliez Santa Monica, Rio, la plage et toutes ces conneries : allez à Limoges.

J’ai dit.

La médiathèque centrale est magnifique elle aussi, et l’accueil fut extrêmement chaleureux et agréable : merci à Patricia, Sylvie, Anna et Claire pour avoir organisé cette exposition sur la fantasy, cette rencontre autour du genre et pour avoir veillé sur nous (surtout sur moi, en proie à un décalage horaire mental prononcé). Nous avons passé trois heures avec Stéphane Manfrédo à parler d’imaginaire, lequel sait toujours poser les questions qui vous font prendre conscience d’aspects de votre travail auquel vous n’aviez jamais pensé (ou dont vous n’aviez jamais osé parler). Nous sommes partis parfois très, très loin sur la valeur du sens dans l’existence rapportée à la fantasy, la magie et au conte, le numineux chez Jung, les métamorphoses de l’esprit chez Nietzsche, et le plus génial, c’est que personne n’est parti au milieu. Merci donc à vous tous qui êtes venus écouter cette rencontre (spéciale dédicace à la Vade-Mecum du Disque-Monde krew qui s’est déplacée en force et que ça m’a fait grand plaisir de revoir) !

Un enregistrement de l’ensemble sera peut-être disponible dans les semaines à venir, je vous tiendrai au courant.

EDIT : Le Vade-Mecum du Disque-Monde a posté un petit compte-rendu de la rencontre sur son forum.

  1. Pas l’Arkange, c’était un peu trop loin, je me suis mal démerdé, j’ai zappé, les huit heures de train ont eu raison de ma pauvre icelle – raison, donc. ↩
2011-02-23T10:13:29+01:00lundi 21 février 2011|Le monde du livre|13 Commentaires

Un jardin zen dans mon Microsoft Word

L’Internet multimédia est une aide tellement invraisemblable pour l’écriture – découvrir un métier inconnu pour un détail dans une scène, appréhender l’ambiance d’un lieu par Google Street View, utiliser des dictionnaires puissants – que j’éprouve à la fois frissons d’angoisse et vénération sans limite pour les écrivains qui en étaient privés et réussissaient malgré tout à être justes et vraisemblables en sortant de leur zone de confort. Franchement, ça devait être autre chose, ma bonne dame, les jeunes d’aujourd’hui, ils savent plus ce que c’est de faire une recherche en bibliothèque.

Sauf que le Net, c’est aussi le mal, parce qu’il s’y trouve toutes les procrastinations que l’humanité a été un jour capable d’inventer (et en a même trouvé d’autre, pour le fun) : le mail, Facebook, le petit jeu qui réclame votre attention toutes les deux heures, un coup de clavardage1, et la journée fond. Développer sa discipline pour préserver sa concentration est à mon humble avis très utile et salutaire, mais cela peut réclamer un énorme effort de volonté qu’on peut étayer par de petits trucs. Et un petit truc, par exemple, consiste à se compliquer l’accès au Net. Non pas pour se le couper définitivement mais pour rendre la manipulation fastidieuse. L’intérêt est, au minimum, de rendre son usage conscient quand on vérifie ses mails dix fois par heure comme un rat appuyant sur la pédale de la machine à renforcement variable : c’est la première étape pour casser la compulsion.

Or, il y a une petite ligne de commande toute simple qui peut rendre ce service2. Il vous faut :

  • Une machine Windows (XP au minimum, j’ignore si ça marche avant) sur laquelle vous êtes administrateur
  • Une connexion Internet par modem routeur ou par box type Free.

Ouvrez l’Invite de commandes (Dans Tous les programmes > Accessoires) et tapez ce qui suit :

ipconfig /release

Hop. Vous avez perdu tout Internet. (Restez calme.) C’est l’équivalent virtuel de débrancher le câble réseau (mais ça évite de farfouiller sous le bureau : on a dit une manipulation fastidieuse, mais pas trop quand même, manquerait plus qu’on fasse de l’exercice).

Fermez ensuite la fenêtre. (Ajoutez-vous un maximum d’étapes pour restaurer le Net : retourner chercher cette Invite de commandes doit être convenablement agaçant pour que l’effet psychologique prenne.)

Pour récupérer votre connexion, c’est très simple. Rouvrez l’invite et tapez :

ipconfig /renew

Attendez deux secondes et vous voilà rebranché au monde. Vous pouvez respirer et vous offrir cinq minutes sur VDM.

  1. C’est le mot québecois retenu pour remplacer « chat », avouez que c’est quand même vachement plus classe que le consternant «  éblabla » de notre Académie « /facepaume » Française. ↩
  2. Caveat d’usage : je décline toute responsabilité si cette manipulation casse votre connexion Internet, vend votre identifiant Facebook à des Nigérians ou vous fait accuser de pédophilie auprès de l’Hadopi. Ca ne devrait rien faire planter, c’est une fonction de base, mais à utiliser à vos risques et périls. Chez moi, en tout cas, ça marche parfaitement ↩
2018-07-17T14:26:07+02:00vendredi 18 février 2011|Technique d'écriture|11 Commentaires

Livre enrichi en vent (2) : marché de niche

Alors bon, vraiment, je suis ultra déçu, il semble que je n’aie pas réussi à me rendre entièrement impopulaire hier avec des affirmations à l’emporte-pièce sans explication, ce qui prouve que je ne suis définitivement pas prêt pour la monétisation de mon contenu rédactionnel à forte valeur ajoutée, comme me l’expliquait cet important spécialiste russe du web qui m’a écrit hier sur Twitter pour me proposer un séminaire de deux jours à 1000 $ en me promettant que l’investissement serait dérisoire par rapport aux bénéfices que j’en retirerais. J’hésite, franchement, j’hésite.

Donc, je ne crois donc pas à la généralisation du tant vanté « livre enrichi », et c’est un geek, un poilu, un vrai, du genre à crier de joie en découvrant dans un carton de déménagement un vieux câble série pour faire des transferts avec ses vieilles machines qui vous cause. (Je précise – ce que j’aurais dû faire hier – que je me place avant tout dans le cadre de la littérature et de la fiction ; les cartes sont moins nettes pour le contenu académique.)

Alors, pourquoi, hein ?

L’insoutenable linéarité de l’être

À moins de prendre des hallucinogènes puissants ou d’atteindre un degré d’évolution cosmique transcendantal, l’expérience humaine est linéaire. Notre expérience du temps, et donc notre intégration des connaissances, se fait de manière sérielle et généralement causale. Si je raconte la chute de la blague puis ses prémisses, c’est nul. Si je raconte que Jésus a ressuscité avant de mourir, ça casse le « ooh » (et l’ambiance, mais c’est une autre histoire). Complexifier le flux cognitif conduit vite à une sensation désagréable de décousu : on se demande vite « D’accord, mais qu’est-ce que ça raconte vraiment, au juste ? »

Bien sûr, on peut jouer avec la forme, comme Richard Nolan le fait très bien dans Memento, on peut expérimenter avec la temporalité du récit, d’un simple retour en arrière à la mosaïque totale, mais ce sont des écarts à la norme, des artifices visant à renforcer un effet de surprise chez le public qui, parce qu’il reçoit malgré tout la narration de façon linéaire, va se poser des questions supplémentaires qui sortent du cadre établi. Toute fiction pose des questions. (Si c’est pour ne pas poser de questions, autant aller se coucher tout de suite.)

Bref, si l’on doit passer du texte à une vidéo puis à des mots croisés, on largue inévitablement du monde en route : j’adore d’un amour impérissable et vénérant La Maison des Feuilles, mais je doute que ça devienne la norme demain – et qu’on aille beaucoup plus loin dans le concept non plus. On nous ressort périodiquement le concept de « fiction hypertexte », mais, sérieusement, vous en avez vu beaucoup qui a pris, vous ?

Pardon monsieur, vous pourriez couper votre livre, s’il vous plaît ?

Le corollaire – et la deuxième raison – est que, dans les habitudes de consommation actuelles, différents supports correspondent à différents moments, différents lieux. On écoute des podcasts dans le métro. On lit des gros bouquins cartonnés dans son pieu ou sur une chaise longue. On joue à Mass Effect de préférence vautré dans son canap’ avec une longue soirée devant soi. Et l’on regarde des films posé dans un endroit confortable (bon, OK, au boulot si c’est YouTube). Le son, composante quasiment indissociable de la vidéo, ne peut être consommé confortablement partout, tout comme l’image. Et si une partie de ce contenu nécessite un autre mode de consommation que celui prévu, soit on le saute (= création inutile) soit on éprouve de la frustration (et frustrer le client, c’est mal). (Alors oui, d’accord, je suis au courant il existe des casques, mais admettez que si vous avez une chouette télé et des haut-parleurs à la maison, vous préférerez attendre de regarder votre dernière épisode de série chez vous que sur votre portable pourri entre une grosse madame qui sent le chou et un pervers aviné.)

Sur Facebook, deux réactions hier concernant Level 26 (Anthony E. Zuiker), qui propose des vidéos récapitulatives en fin de chapitre, étaient éloquentes : non seulement c’est vécu comme « ne servant à rien » mais en plus, le lecteur se sent vaguement insulté qu’on lui résume ce qu’il vient de lire.

Rapide comme du texte

La dernière raison, que pas mal de diffuseurs de contenu oublient, c’est qu’il n’y a pas de mode de communication plus rapide que le texte. C’est pour cette raison qu’il n’a pas disparu et ne disparaîtra pas avant la généralisation de la télépathie. Un paragraphe du Monde contient plus d’information que trente minutes du journal de TF1 (mais ça, ça n’étonnera personne). La vidéo est rigolote, l’image est funky, les deux peuvent former d’excellentes illustrations, effectivement meilleures que de longs discours ; mais, à temps égal, un manuel restera toujours plus riche qu’un documentaire. Quand il s’agit d’intellectualiser, rien n’est plus dense que le texte. Sinon, le Web serait déjà peuplé de vidéos idiotes et d’images de chats. (Euh… attendez une seconde…)

Caveat canem

Alors, bien sûr, ces expériences sont intéressantes, il faut les faire, et ça ne m’empêchera pas de jouer si l’occasion se présente avec, parce que diable, c’est rigolo. Oui, le numérique et son interactivité offrent des possibilités enthousiasmantes, comme celle d’avoir un dictionnaire embarqué avec son ebook, de faire une recherche en plein texte, de répéter une phrase étrangère pour vérifier si son accent est passable. Mais arrêtons-nous un instant. En-dehors de quelques usages très ciblés, est-ce qu’on parle vraiment de fiction ici ? Non. Les enrichissements peuvent constituer un plus appréciable. Mais y a-t-il une vraie différence avec un livre illustré ?

Je ne crois pas. Et toute la question se résume finalement à ça, à mon humble avis. C’est chouette, les livres illustrés. Seulement, le jour où l’on a su intégrer à grande échelle des images à un texte, est-ce qu’un type fraîchement émoulu de Sup de Co s’est exclamé « oh putain, c’est l’avenir du livre, plus personne ne pourra jamais écrire à l’ancienne » ? Non. Le livre enrichi, ce n’est rien de plus qu’un livre illustré fait avec des électrons et, comme dans les rayons actuels des librairies, cela correspond à une demande existante et à un marché spécifique, très différents de la littérature « pure ». Alors, par pitié, arrêtez de nous marteler que c’est « l’avenir du livre » et que ça va radicalement changer la littérature. Parce que si c’était le cas, l’invention du vélo aurait entièrement éradiqué la marche à pied.

(Mais nous ne saurions nous passer d’un autre de ces merveilleux éducatels.)

2018-07-17T14:24:17+02:00jeudi 3 février 2011|Le monde du livre|11 Commentaires

Livre enrichi en vent (1) : ne pas y croire

Malgré mes années de geekeries, mes expériences de diffusion électronique libre, l’existence de cette auberge, j’annonce la couleur : je suis un vieux con rétrograde qui n’a rien compris à l’avenir de la diffusion ni de la culture.

Oups. Ça, c’était censé être les premiers commentaires de cet article. Veuille, ô auguste lectorat, pardonner la sénilité précoce de ton misérable serviteur.

Je recommence.

Olol multimédia

Le livre électronique, c’est super chouette. Vraiment. J’ai une liseuse (la Sony PRS-300, dont je n’ai jamais eu le temps d’écrire un test), je trouve le confort de lecture absolument fantastique, la légereté du bousin convaincante, j’aime pouvoir lire les mains libres en mangeant des Pépito. Mais le grand argument à la mode en ce moment pour vendre du livre électronique, c’est le « livre enrichi », les applications « liées au livre », et tout le bazar. Comme si le livre, honteux de n’avoir offrir que de seules lettres écrites en noir et blanc, cherchant à se donner une caution en 3D.

Okay, la nature abhorre les tièdes, alors je vais prendre le risque d’avancer un bullshit, again. Le livre enrichi me fait l’effet du serpent de mer qui resurgit à chaque fois qu’une nouvelle plate-forme fait son apparition : on va faire converger les médias dans une nouvelle expérience multimédia mêlant vidéo, texte, image, etc. Sauf que l’histoire de l’informatique est jalonnée d’échecs dans ce domaine.

Tous les cinq – dix ans, les nouveaux acteurs fraîchement débarqués sur le milieu du numérique réinventent l’eau chaude en se disant « mais zomg, on va pouvoir mettre des vidéos dans notre contenu!!one ». Sauf que ça n’a jamais marché. Cette fameuse convergence des médias existe depuis une quinzaine d’années, notamment avec les célèbres « CD-ROM multimédia », qui n’ont, soyons clairs, jamais vraiment pris. Le CD-I de Philips reste une énorme blague à laquelle même les journalistes spécialisés de l’époque se sont faits prendre. Même le mot « multimédia » évoque un /facepalm réflexe. Ces fameux « éducatels » ne remplissent pas aujourd’hui les étals des Fnac, seules quelques applications très spécialisées à qui l’interactivité profite vraiment (apprentissage des langues, ouvrages de référence comme les dictionnaires) ont survécu, plus quelques produits qu’on peut offrir à un grand-oncle « qui s’est mis à Facebook ».

On pourrait arguer – à raison – que les terminaux portables n’étaient pas encore disponibles, condamnant le cédérom (© Académie Française) à l’oubli puisque l’usage de l’ordinateur n’était pas encore associé à la culture. Effectivement. Pourtant, depuis, le Net a également permis cette intégration de la vidéo, du texte, du son, mais jetons un oeil réaliste sur son paysage : quel site effectue réellement cette intégration ? Pourquoi les sites d’info continuent-ils à rédiger des textes en mots avec seulement de très occasionnelles vidéos – uniquement quand elles sont flagrantes ? Question de moyens ? J’en doute. Pourquoi avons-nous des canaux d’information spécialisés comme Dailymotion ou YouTube ?

Je pense que les mots « livre enrichi » causeront dans dix ans le même frisson de honte que les expressions « multimédia » ou « autoroutes de l’information ». C’est aujourd’hui qu’une expérience, certes intéressante, un débroussaillage, des jeux, même. On peut regarder d’un air abyssalement dubitatif les « applications » comme celle de Bernard Werber pour Le Rire du Cyclope, qui sont encore moins interactives qu’une télé. Okay, admettons que ça soit rigolo – si on veut. Mais ça, l’avenir du livre ? Faut pas pousser.

OK, mec, d’accord. T’as balancé tes affirmation péremptoires. Alors, pourquoi ?

Eh bien, trois raisons, dont nous causerons demain.

Dans l’intervalle, visionnons un véritable éducatel enrichi.

2018-07-17T14:24:27+02:00mercredi 2 février 2011|Le monde du livre|15 Commentaires
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