À propos de LD

Cet auteur n'a pas encore renseigné de détails.
Jusqu'à présent LD a créé 3365 entrées de blog.

Deux-Souris l’émissaire

La foule était dense sur la place du village. Les corps massés autour de la tribune dégageaient presque une vapeur visible dans la lueur des torches et le froid de l’hiver, semblables au bestiaux vendus le dimanche au marché.

« Moi, je dis qu’il faut surtout pas bouger! » proclama une voix en colère dans l’assemblée. Dirk, le forgeron, un solide gaillard curieusement pusillanime pour quelqu’un dont le métier consistait à battre le métal. « La troupe de Jorad-n’a-qu’un-oeil n’attend qu’une chose, qu’on les provoque. Qu’ils aillent piller les voisins. On n’a rien à faire avec eux!

— Ces voisins sont vos camarades, vos amis, vos partenaires de commerce! s’écria le gamin sur la tribune. Vous voulez les laisser sans aide? »

Sa voix déjà grave démentait son allure d’enfant, sa petite taille et ses membres grêles, ses joues piquetées de taches de rousseur qui lui donnaient plus une allure de sale gosse chipant des parts de tartes que d’adolescent prêt à apprendre un métier utile pour la communauté. A supposer que quelqu’un aurait accepté de le prendre en compagnonnage; en général, Deux-Souris attirait plus d’ennuis qu’il n’était adroit.

Une rumeur méchante enfla dans la foule et le maire, qui l’avait fait monter sur la tribune avec lui, haussa le ton pour réclamer le silence.

« Quand Trou-au-canards a été attaqué l’an passé, les gars de Mojelle y sont allés, renchérit une autre voix dans la foule, féminine celle-là. Non seulement ils se sont faits massacrer, mais la troupe de N’a-qu’un-oeil a incendié toutes les maisons de Mojelle jusqu’à la dernière. C’est plus qu’un tas de cendres. J’ai perdu ma soeur et mes n’veux là-bas. Pas envie que ça nous arrive ici! »

Des murmures d’assentiment effrayés circulèrent parmi la foule.

« Et qu’est-ce qui empêche N’a-qu’un-oeil de venir ici quand même? De nous voler, de nous piller? Vous croyez qu’en restant sans rien faire, ça fera partir le problème? »

— On a au moins une chance qu’ils nous laissent tranquille! » cria quelqu’un.

Nouvelle approbation

« Et qui nous défendrait, de toute façon? rétorqua Dirk, le forgeron. Toi, Deux-Souris? On t’a fait chevalier, déjà? On a raté quelque chose? »

Des rires gras circulèrent parmi l’assemblée.

« Si on s’unit et qu’on se bat ensemble, on peut y arriver! s’indigna l’adolescent d’une voix qui montait dangereusement vers les aigus criards.

— Comme la fois où tu nous a persuadés d’aller présenter nos doléances au duc? Rappelle-nous comment ils nous a reçus, déjà? »

Les rires retombèrent – tout le monde souffrait encore du doublement des impôts dont le village avait écopé pour son insolence. La rumeur se teintait à présent d’agressivité – les villageois avaient peur, et cette peur nécessitait un exutoire – si possible le gamin roux, synonyme de problèmes avec son attrait pour l’héroïsme, sa fascination pour la chevalerie et sa tendance néfaste à se mêler de ce qui ne le regardait pas.

Le maire, Moguel, leva la main pour réclamer le silence. Il ne tarda pas à se faire; le vieux était respecté, lui. Il savait toujours régler un problème, trouver les mots qu’il fallait pour apaiser deux voisins en colère pour une histoire de clôture mal placée.

« Nous ne pouvons laisser nos camarades sans aide. Mais nous sommes dépourvus, ici. Impossible de priver le village de ses hommes. Nous ne sommes pas des guerriers. »

La foule hocha la tête avec conviction.

« Deux-Souris ira demander l’aide du duc. Seul. Ce sont ses terres après tout. A lui de convaincre. »

Exercice réalisé pendant la Masterclass 2014 des Imaginales. 

20 minutes d’écriture. Contrainte : écrire une scène unitaire.

Déclencheurs : Personnage = Rêveur insatiable / Motivation = Justice / Conflit = Personne ne m’écoute jamais. 

Retour sur expérience1 : Honnêtement ? Pas satisfait. La scène tient debout, mais elle est d’un classicisme consommé (le gamin mis au ban du village, qu’on imagine courageux, et qui sauvera peut-être ses camarades d’eux-mêmes, on a vu ça cent fois, et, à titre personnel, j’ai toujours eu du mal avec l’idée d’un gosse qui sauve le monde) ; j’avoue avoir manqué de temps pour réfléchir à plus original, et, à défaut de trouver une idée renversante, je me suis appliqué à essayer de faire bien une idée un peu courue. J’aime toutefois une chose dans cette scène : le thème de l’individualisme des villageois, que j’aurais envie de creuser pour parler de coopération et d’union. Si je devais insérer cette scène dans un contexte plus long, je m’assurerais de donner tout spécialement de la substance aux personnages en amont, notamment Deux-Souris, pour aller chercher là l’intérêt du lecteur et une originalité que l’histoire, telle qu’elle est partie, ne semble pas avoir.

  1. Je me dis qu’après coup, avoir le retour sur expérience de la scène réalisée sous contrainte et avec un temps limité peut être instructif afin d’insérer ces exercices dans un cadre plus vaste et potentiellement utile pour les jeunes auteurs. ↩
2014-06-24T18:40:02+02:00mercredi 25 juin 2014|Expériences en temps réel|3 Commentaires

La photo de la semaine : un mur coréen

Un effet que j’avais eu envie de tenter, sans trop avoir le bon matériel pour. Pris au palais Changdeokgung (l’un des trois splendides palais ancestraux de Séoul).

Korean wall

Cliquez pour agrandir

2014-06-19T09:42:53+02:00vendredi 20 juin 2014|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : un mur coréen

La sécurité à la sud-coréenne

Samsung veut mon bien, Samsung prend soin de moi, Samsung prévoit tellement de cas particuliers que ça m’inquiète un peu :

  1. Pourquoi, il y a une alarme ?
  2. Euh, je ne veux surtout pas savoir à quoi vous pensez.
  3. Mais pourquoi faire ? Et surtout, comment faire ?

consignes_spen

2014-06-12T10:34:53+02:00mercredi 18 juin 2014|Expériences en temps réel|9 Commentaires

Un réveil difficile

Mes pensées sont remontées à la surface de ma conscience comme une sangsue affleurant dans un marais. Exactement pareilles : aussi poisseuses, aussi puantes. J’avais l’impression qu’un troupeau d’antirochs m’était passé dessus. Et je ne savais pas où j’étais, mais j’ai dû respirer par la bouche jusqu’à maîtriser mon estomac qui essayait de rendre un petit-déjeuner imaginaire. Ça sentait comme les abattoirs de Lochmeria en été – quand le soleil fait cuire la viande juste à souhait pour le goût des mouches. Mon dernier repas, lui, il remontait à mes derniers instants de conscience. Mais qui pouvait savoir combien de temps il s’était écoulé depuis l’embuscade ?

J’ai ouvert les yeux.

Le noir.

J’ai cillé, pourtant. Cligné des yeux comme une poule stupide jusqu’à ce que, par une quelconque magie, le monde s’éclaire autour de moi. Mais je savais trop bien ce que ça signifiait, et cette compréhension m’est redescendue dans les tripes aussi vite que ma sangsue effrayée par un varan.

Je me suis levé et mes pieds ont dérangé un tas de paille humide contre mes tibias nus. Je portais toujours ma jupe de gladiateur. Que s’était-il passé, après les combats… ? Nous avions fêté nos victoires, et puis… plus rien. En un pas, j’ai atteint le mur. La pièce n’était pas grande. La pierre suintante était tiède. J’ai continué, longé les angles – deux pas de largeur, deux pas de longueur – jusqu’à atteindre de solides barreaux d’acier.

Aucun cachot n’est tiède. Pas ceux que je connais, en tout cas.

Seuls les mages enferment leurs prisonniers dans leurs tours, là où il fait plus chaud qu’au fond de la terre. Et seuls les mages noirs maîtrisent la drogue d’Ellebia, qui rend aveugle sa victime pour une durée indéterminée.

Seuls les mages noirs torturent, puis oublient leurs victimes dans leurs cellules.

J’étais dans un sacré pétrin. Je n’allais probablement jamais revoir la lumière du jour – de façon très littérale. Et le seul truc auquel je pouvais penser, c’était ce grand jour, justement. J’imaginais un couloir percé de fenêtres donnant sur la ville, laissant entrer le joyeux soleil de la province. Et j’ai nourri une rage immense contre celui qui me privait de lumière.

Consigne : 20′ d’écriture, décrire une pièce les yeux bandés (exercice donné aux stagiaires de la Masterclass Imaginales 2014)

2014-06-13T01:10:30+02:00mardi 17 juin 2014|Expériences en temps réel|3 Commentaires

La photo de la semaine (dernière) : Derrière les barreaux

Behind bars

Cliquez pour agrandir

Je suis ambivalent vis-à-vis des zoos. J’ai travaillé dans un excellent zoo marin, qui s’efforçait par tous les moyens de présenter intelligemment la faune au public de manière pédagogique et instructive. Il ne faut pas non plus sous-estimer leur intérêt scientifique. Mais leur raison d’être s’effondre quand ils deviennent des machines à fric, le chemin que semble prendre Sea World aujourd’hui.

2014-06-17T18:16:41+02:00lundi 16 juin 2014|Photo|23 Commentaires

La Route de la Conquête : la couverture dévoilée !

Roulement de tambour !

La couverture de La Route de la Conquête, le nouvel opus d’Évanégyre (qui peut se lire indépendamment du reste, comme toujours), à paraître en août aux éditions Critic, vient d’être dévoilée ! Elle est de toute beauté, réalisée par l’incroyablement talentueux François Baranger (également auteur de l’impressionnant diptyque Dominium Mundi), que je ne saurais remercier assez ; il a su donner vie d’unique manière aux fantassins lourds de l’Empire et sa vision reflète exactement que j’imaginais. Vous pouvez l’admirer sur le site de référence Elbakin et discuter du livre sur leur forum (très sympa), où je rôde en sous-marin de temps en temps et où il n’est pas difficile de m’invoquer pour discuter !

Pour la voir en grand, cliquez :

Cliquez pour agrandir !

Cliquez pour agrandir !

Enfin… vous remarquerez peut-être que le site a légèrement changé d’allure et de charte graphique. Il se met donc aux couleurs de la couverture de La Route de la Conquête pour en préparer la sortie !

2014-07-25T10:29:17+02:00vendredi 13 juin 2014|À ne pas manquer|8 Commentaires

Présentations sur l’écriture, par Jean-Claude Dunyach

jcd-dialogues-thumbAve !

L’illustrissime Jean-Claude Dunyach, avec qui nous co-animons la Masterclass du festival Imaginales, met comme promis ses présentations en accès libre. Il en figurait déjà deux, « Quelques briques de base pour écrire » et « Devenir auteur, c’est trouver un éditeur ! » ; celles-ci sont mises à jour à leur dernière version, et vient s’y ajouter « Quelques trucs pour les dialogues… »

L’ensemble est disponible (avec les miennes, « Écrire, une technique, un métier » et « Trouver une idée, construire un scénario ») sur la page Télécharger > Aides à l’écriture.

Bonne lecture, et surtout, bonne écriture !

 

2014-08-05T15:13:12+02:00mercredi 11 juin 2014|À ne pas manquer, Best Of, Technique d'écriture|1 Commentaire

Ce week-end : ImaJn’ère à Angers + double concert des Deep Ones

ImaJinEre2014_AfficheSur la route à nouveau : ce week-end, je serai au chaleureux et joyeux festival ImaJn’ère, qui se déroulera à Angers du vendredi 13 au dimanche 15. Au programme : jeux, expositions, auteurs en imaginaire et en polar, pour une fête qui se déroulera comme l’année dernière aux salons Curnonsky (6 place Maurice Saillant).

Les Deep Ones seront également de la partie, pour un double concert de musique semi-improvisée sur fond de lectures d’imaginaire (à moins que ce ne soit l’inverse), samedi à 18h30 et dimanche à 11h.

Le salon est vraiment très sympa et vaut le déplacement, ne serait-ce que pour la journée si vous habitez dans le grand ouest. Venez en masse, tabernacle !

Toutes les infos pratiques

2014-06-09T17:49:37+02:00mardi 10 juin 2014|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Ce week-end : ImaJn’ère à Angers + double concert des Deep Ones

Débat « Homme libre, toujours tu chériras la mer » aux Imaginales 2014

Photo ActuSF

Photo ActuSF

Ce débat s’est déroulé à l’occasion des Imaginales 2014 et rassemblait, pour parler de la mer, de son attrait et de ses mystères en lien avec la littérature. Il rassemblait : 

  • Lionel Davoust
  • Danielle Martinigol
  • Anne Rossi

Modération : Valérie Lawson.

Le site d’actualités et de référence ActuSF en a réalisé la captation audio : pour écouter en ligne ou télécharger le MP3, rendez-vous sur cette page.

2014-06-12T11:00:25+02:00lundi 9 juin 2014|Entretiens|Commentaires fermés sur Débat « Homme libre, toujours tu chériras la mer » aux Imaginales 2014
Aller en haut