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Nouvel échouage d’un couple de lolcarts

C’est aujourd’hui Siloane qui nous envoie le récit tragique de deux chariots qu’elle a remarqués à la tombée de la nuit, esseulés dans la jungle urbaine. Merci de tes photos et de ton témoignage, sister. Le combat continue.

Quand les façades des bars ne sont plus que murs aveugles gagnés par les plantes, c’est signe que le temps de la migration pour rejoindre des étendues plus grises est venu.

Les individus se hâtent, attirés de loin par les lumières trompeuses de nos cités, cherchant en vain leur dernière demeure. Bientôt ils se séparent pour explorer ce milieu hostile. Tant de trottoirs et d’escaliers autour d’eux qui sont autant de pièges prêts à se refermer sur leurs roues vacillantes. Quand finalement, à bout de forces, deux égarés se rencontrent, ils se couchent l’un contre l’autre et attendent leur fin, apaisés par ce contact familier.

Combien encore devront périr sous nos yeux indifférents pour que l’on prenne enfin en compte leur détresse ? Ceux-là auront gardé l’espoir jusqu’au bout, serrant contre eux un ticket de bus qui aurait pu les emmener vers des contrées plus hospitalières. Mais faute d’une main tendue leur voyage s’est arrêté là, à quelques mètres seulement d’un abribus.

Envoyez vos photos et vos textes originaux par mail. Nous ne resterons pas silencieux pendant que le monde tient dans son indifférence nos précieux amis et auxiliaires de vie.

2010-09-13T09:07:46+02:00lundi 13 septembre 2010|Expériences en temps réel|1 Commentaire

« Tuning Jack » en diffusion libre et gratuite

Couv. Anne-Claire Payet

Je sais, je suis très en retard, et j’espère que vous voudrez bien m’en en excuser.

Avant l’été, j’avais passé deux textes en diffusion libre, « Récital pour les hautes sphères » et « Personne ne l’a vraiment dit« , ne faisant qu’officialiser les faits puisque ces deux textes étaient déjà volontairement disponibles en ligne (le premier, notamment, avant même que les licences Creative Commons ne traversent l’Atlantique). J’avais toujours voulu étendre l’expérience, lançant même une consultation à ce sujet – merci encore de vous être exprimés sur la question. Hélas, emporté par le travail et des affaires urgentes, je n’ai pu concrétiser rapidement ma promesse, mais voici !

Les résultats du sondage avaient donné :

[poll id= »2″]

Pour lever l’ex-aequo de la seconde place, je vous propose donc « Tuning Jack« , initialement parue dans Galaxies n°34 et finaliste du prix Rosny Aîné 2005, qui est plus difficile à trouver en version imprimée, et qui, je le pense, équilibre mieux la sélection au niveau du ton :

Télécharger « Tuning Jack » en

PDF | HTML | EPUB

Les fichiers sont évidemment gratuits, sans DRM, sans fil à la patte, espionnage ni rien. N’hésitez pas à faire circuler autour de vous !

Je publierai « L’Île close » au plus vite après cela, probablement au cours de la semaine prochaine, avant de rassembler les quatre textes dans un mini recueil, toujours en téléchargement libre et gratuit.

Et sinon, pour mémoire, l’anthologie Contes de villes et de fusées, dirigée par Lucie Chenu, où figure « Le Sang du large« , sort ce samedi aux éditions Ad Astra ! Toutes les infos sont ici.

Bonne lecture !


2010-10-14T11:05:55+02:00jeudi 9 septembre 2010|Actu|9 Commentaires

Comment la libération de la diffusion fait le lit des publicitaires

Attention, article impopulaire.

L’édition électronique fait couler beaucoup d’e-ink en ce moment ; après la musique et le cinéma, c’est au tour de la littérature de se voir numérisée en masse, et d’affronter les défis posés par ce bouleversement. (Le but de cet article n’est certainement pas d’étudier la question en entier, mais mon petit orteil me dit qu’on n’a pas fini d’y revenir.) Face au changement, très schématiquement, on discerne trois attitudes :

  • L’édition classique, héritière de contraintes légèrement prosaïques comme des salaires, des loyers, des frais d’entreprise, s’efforce de transposer son modèle économique à ce nouveau monde sans y laisser des plumes.
  • Beaucoup d’internautes et « affiliés » (start-ups dans le domaine) scandent que « le vieux modèle est mort », qu’il faut une révolution, qu’il faut tout faire péter, sans proposer grand-chose de réaliste qui dépasse l’échelle d’une relative confidentialité. (Même Benjamin Bayart, directeur de FDN, à qui j’avais posé la question, pataugeait un peu sur ce point bien qu’il présente une argumentation tout à fait raisonnable sur les limites du vieux modèle.)
  • Les auteurs et créateurs, assis entre deux chaises, qui aimeraient bien ne pas se faire bouffer par ce qui se prépare en grande partie sans eux, ont souvent de belles idées sur la circulation de la culture, ou bien sont terrifiés par ce qui se prépare mais n’osent rien dire de peur qu’une campagne de presse négative comme Internet sait si bien en lancer ne se déchaîne contre eux (les trois n’étant pas mutuellement exclusifs).

Or, je vois se promener depuis un bon moment maintenant sur la toile un angélisme branchouille, où l’on parle de « nouveaux métiers », de « nouveaux horizons », où le nouveau rebelle est le type qui pirate pour saper les méchantes forteresses du grand capital, où la liberté de création et de diffusion sera la garante absolue de la diversité de l’offre, et où tous les créateurs pourront vivre joyeusement, même les plus confidentiels. Youpi arcs-en-ciel.

Je n’y crois pas un seul instant. Et je m’en vais démontrer pourquoi, en distribuant deux ou trois flying high kicks, parce que ça commence à me courir depuis un moment, et puis qu’un article énervé c’est toujours plus marrant à lire, et je pense à ta marrade, ô auguste lectorat, alors lâchage.

Évacuons tout de suite un certain nombre de présupposés de l’argumentation.

  • Je postule que le créateur doit être rémunéré correctement pour son travail. Pour deux raisons :
    • D’une part par justice : le travail apprécié doit être rémunéré.
    • D’autre part par nécessité structurelle. Créer demande du temps, un investissement personnel, une pratique régulière, un état d’esprit ; ce peut être l’oeuvre d’une vie, et il faut que le créateur puisse s’y consacrer sans obstacles. La rémunération juste de son travail devrait idéalement être donc investie dans la suite de cette création. Par ailleurs, un créateur fauché, sans retour juste, finit par laisser tomber et faire quelque chose de plus productif et satisfaisant de sa vie. Oui, créer est une vocation, un besoin impérieux qui viendrait presque d’en-haut mais, au bout d’un moment, la lassitude finira – en moyenne – par s’installer, ne laissant que des apprentis en mal de reconnaissance. Rémunérer le créateur, c’est s’assurer de la santé de la culture – et donc le plaisir qu’on y prend.
  • Je rappelle que je suis fermement anti-DRM, anti-Hadopi et toutes les horreurs qui vont avec. À titre personnel, le piratage ne me dérangerait pas si j’avais l’assurance de gagner par ailleurs correctement ma vie. Je me suis très longuement exprimé sur la question l’année dernière.

Unicorns and rainbows

L’angélisme dont je parle plus haut appelle de ses voeux un monde en quelque sorte déréglementé, peut-être souhaitable dans une certaine mesure, mais dont les conséquences, je le prédis telle Cassandre, seront aux antipodes de ce qu’on imagine. Quelle est l’hypothèse principale de ce monde ? Avec la baisse des coûts de production, l’offre devient pléthorique (encore plus). Toutes les étrangetés peuvent théoriquement se retrouver publiées sur la toile ; chacun y va de l’ouverture de sa boutique, de sa micro-structure, etc. Les éditeurs reconnus poursuivent, voire augmentent leur imposant rythme de publication.

Les conclusions tirées sont triples :

  • La part de distribution et diffusion disparaît (ou se réduit grandement), ce qui se répercute sur la rémunération de l’auteur (qui augmente en proportion) et le prix du produit final (qui baisse).
  • Information universelle et immédiate grâce à la toile : choix informé de l’acheteur. « Tout le monde a sa chance. »
  • Conséquence : accès universel à la culture. Élargissement du marché. Plus de lecteurs, donc plus de rémunération pour plus de créateurs, croissance de la culture, mutation de la société qui sort de la médiocrité et ouvre une nouvelle ère d’éducation et d’échange qui met fin à la guerre et sauve le monde (quand je lis certaines aspirations, je vous jure que j’exagère à peine).

Et moi je dis : bullshit.

Le piège de l’économie classique

Bullshit pourquoi ?

Parce qu’aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette vision qui ne renieraient pas certains altermondialistes tombe dans un piège ultra classique de la doctrine économique. Elle postule que le lecteur est un agent économique parfait. C’est-à-dire qu’il constitue une entité prenant des choix rationnels fondés sur l’hypothèse suivante : il cherche à maximiser son utilité (= ici plaisir de lecture) sur la base d’une information exhaustive, anticipée et analysée.

Cela signifie qu’un lecteur théorique de ce monde futur, pour que ça marche, soit parfaitement informé sur ses domaines de prédilection et fasse un choix informé. Cela postule qu’il dispose donc d’une information fiable, mais surtout d’un temps potentiellement infini pour parvenir à sa décision, tout comme il dispose d’un temps potentiellement infini pour maximiser son utilité (= lire tout ce qui est susceptible de l’intéresser). On touche déjà du doigt les limites du modèle, puisqu’on les affronte déjà aujourd’hui avec l’édition papier. Sans compter que le livre se trouve aussi en concurrence avec la télé, les jeux vidéo, etc.

Conséquence : dans un monde où l’offre est pléthorique et peu coûteuse, mais où le temps d’information comme de consommation se limite toujours plus, comment va se faire le choix ?

Ma réponse est la suivante : à travers la promotion, la communication, en un sens la publicité.

Je pense que les « phénomènes Internet » actuels, de Cory Doctorow à Mikaël Vendetta en passant par Mozinor, se passent de commentaires : leurs initiatives ont créé du buzz (le mot magique qui fait rêver tous les marketeux). Ils ont trouvé le créneau différent, l’approche personnelle qui les a dégagés du lot. On ne parle pas d’eux parce qu’ils sont bons ; on parle d’eux parce que ce sont des phénomènes. Certains dépassent ce stade et s’avèrent des personnalités riches ayant un vrai discours (Doctorow) qui dépasse le buzz ; d’autres sont des flans qui tomberont à moyen terme dans les oubliettes de l’histoire (Vendetta).

Dans un monde où l’offre est pléthorique, dépassant largement les capacités d’information et de lecture de l’être humain moyen, lequel dispose d’un temps limité, c’est le matraquage médiatique qui va faire la différence. Qu’est-ce que je dois acheter ? À défaut, celui dont j’entends le plus souvent parler. Cela va aggraver la tendance « coup éditorial » qu’on subit déjà beaucoup, l’effet « Machin passe chez Fogiel et Ardisson », la construction de pseudo-scandales éditoriaux, etc. Qu’on parle de vous, cela peut vous tomber plus ou moins par hasard, mais c’est aussi une technique, une véritable science, qui coûte de l’argent : c’est le métier du publicitaire.

Attention, le buzz ou la présence médiatique peuvent être parfaitement légitimes en raison, encore une fois, d’un regard différent, d’une oeuvre particulière (Doctorow). Mais qu’on m’explique la légitimité de Mikaël Vendetta, qui est une parfaite construction médiatique ?

De plus, ce matraquage va muter pour noyauter l’information publique (blogs, forums), afin de se dissimuler dans des recoins supposés indépendants. C’est déjà le cas et connu dans le monde du jeu vidéo où certains posteurs sont de suspects avocats indéfectibles d’une même marque… Les majors suivent l’exemple pour constituer de vraies forces de frappe répandant avis favorables et construisant des buzz de toutes pièces.

Je ne dis évidemment pas que tous les blogs se laisseront embarquer – j’en connais personnellement qui ont refusé toute forme d’affiliation et l’ont même publiquement dénoncé, s’attirant des inimitiés au passage. C’est courageux et nécessaire. Mais c’est aussi une affaire de spécialistes. Le visiteur moyen, qui travaille toute la journée, n’a aucune volonté d’exégète mais juste de consommer de la littérature pour son plaisir (et il a mille fois raison), n’a pas le temps, l’énergie, ni même l’envie d’aller démêler le vrai du faux. Et c’est normal.

Loin d’être l’Eldorado fantasmé qu’on nous promet, je regarde donc avec une extrême suspicion les discours idéalistes de dissémination culturelle parce qu’on le veuille ou non, réaliser un choix informé, à moins qu’on soit spécialiste, devient quasiment impossible. Il faut se convaincre une bonne fois pour toutes qu’il ne suffit pas d’être sur Internet pour exister. La conséquence logique est un glissement vers ceux dont c’est le métier de parler plus fort que les autres et d’être écoutés : les publicitaires.

En passant, je voudrais mentionner ce billet de Jean-François Gayrard de Numerik:)Livres, qui définit son métier comme celui d’un « propulseur littéraire ».

Dans des structures comme les nôtres, 100% numérique, quand on y réfléchit bien, l’édition pure occupe seulement 40% de notre temps. Tout le reste est consacré à la promotion dématérialisée sur les réseaux et les médias sociaux de nos auteurs et de nos titres. Nous propulsons plus qu’autre chose.

(Graissage de mon fait.) CQFD.

Sauf que ce métier existe : pour moi, quelqu’un qui passe 60 % de son temps sur la promotion d’une oeuvre, ça porte un nom classique et bien connu des métiers du livre : attaché de presse.

Avant que je ne me fasse sauter à la gorge, je voudrais quand même terminer en déclarant mon respect aux publicitaires et attachés de presse dont le travail est important et nécessaire. Comprenons-nous bien : je ne fustige nullement ces métiers (qui m’intéressent énormément, d’ailleurs). Je fustige l’angélisme qui constiute à imaginer un monde merveilleux, méritoire et bon marché où tout le monde aura sa place. Je répète : bullshit. La publicité sera plus nécessaire encore qu’aujourd’hui, et j’ai un scoop : elle n’est pas gratuite.

Maintenant, à votre avis, qui aura les moyens de la payer ?


Le Buzz ( Le Tutoriel #2 )
envoyé par mozinor. – Cliquez pour voir plus de vidéos marrantes.

2016-01-19T14:25:20+01:00mardi 7 septembre 2010|Best Of, Humeurs aqueuses|8 Commentaires

Question : Comment forcer les personnages ?

Une autre question sur l’écriture m’est arrivée, cette fois sous la forme d’une discussion à bâtons rompus, et la personne semblait si satisfaite des pistes que je lui ai proposées que j’ai pensé les partager, dans l’esprit de ce qui avait été fait ici et . Pour information, j’ai un nouveau formulaire de contact flambant neuf ; vous pouvez envoyer vos questions par ce biais.

La question, donc, était :

J’ai bien compris qu’il faut trouver des objectifs aux personnages au cours du récit, mais comment forces-tu les personnages à suivre le parcours que tu leur as choisi ? J’ai deux détectives dans un monde en déliquescence et, honnêtement, dans ce monde, il n’y a pas de raison sensée de faire ce boulot pour une paie de misère, ils ne s’en tireraient pas beaucoup plus mal à ne rien faire. Comment je peux faire pour les obliger à suivre l’enquête quand même ?

Tu ne les forces pas. Surtout pas. Forcer un personnage revient à t’obliger à manger le plat que tu détestes le plus pour faire plaisir à ton hôte. Non seulement tu passes un sale moment, mais ça se voit sur ton visage et ton hôte n’est pas dupe.

Les personnages atteignent tous un moment où ils prennent vie, ne serait-ce qu’en raison du principe de causalité narrative (cf Trouver une idée, construire un scénario) ; leurs actes passés finissent par orienter leur comportement. Un personnage qu’on force ne prend jamais vie ; et un personnage qui ne prend pas vie est terriblement difficile à écrire, parce qu’on ne sait pas où il va. Tu te tires donc dans le pied.

Mais, à supposer que tu arrives quand même à raconter son histoire, cette faille logique que tu as repérée toi-même a toutes les chances de sauter au visage de ton lecteur. Il se posera la même question que toi, si tu as dépeint correctement ton monde : « pourquoi ces types se crèvent-ils à faire ce boulot ? » Et tu romps le contrat narratif, parce que tu n’as pas de réponse logique à fournir. Ton lecteur sort du récit, balance ton livre au mur, te voue aux gémonies et t’envoie un tueur du NKVD.

Mais tu n’as pas envie de rencontrer un tueur du NKVD. Comment t’en tirer, donc ?

À mon humble avis, tu prends la question à l’envers : tu te demandes « comment ». La véritable question que je te proposerais, c’est « pourquoi ? »

Pourquoi des types, qui n’ont visiblement pas de raison sensée de faire ce boulot, le font quand même ?

Le font-ils par attachement au devoir ? Parce qu’ils croient véritablement à leur travail, qu’ils voient comme une manière de rendre ce monde meilleur ? Parce qu’ils sont trop bêtes pour se rendre compte qu’on les exploite ? Parce qu’ils ont une raison liée à leur passé de mener cette enquête ? Parce qu’ils ont essayé l’oisiveté et qu’ils ont sombré dans un ennui prodigieux ? Et ainsi de suite.

Tu vois qu’un millier de réponses potentielles surgissent immédiatement, chacune en amenant d’autres. Supposons que tu décides que l’enquête est liée au passé de l’un d’eux. De quel événement s’agit-il ? Retrouver un coupable qui n’a jamais été pris ? Se venger ? Apprendre la vérité sur un incident resté nébuleux ? Etc.

Passer de « comment » à « pourquoi » ouvre l’horizon des possibles et te donne autant de réponses que tu peux en souhaiter. Il te suffit simplement de choisir la direction qui te plaît le plus, la suivre et la raffiner jusqu’à trouver l’idée que tu voudras vraiment écrire, à laquelle tu ne pourras pas résister, qui viendra te hanter même la nuit. « Pourquoi » fournit d’innombrables accroches pour développer les personnages, leur histoire, leurs motivations, et même l’univers.

Imaginons même que tu choisisses un « pourquoi » différent pour tes deux flics… Et tu as le germe d’un conflit entre eux, fondé sur des objectifs différents et peut-être opposés, des visions du monde différentes et peut-être opposées. Tes flics cessent d’être des artifices de narration que tu cherches à faire entrer dans l’histoire au chausse-pied pour devenir des personnes avec une véritable raison d’être là, des aspirations, des cicatrices, et tu sais parfaitement bien pourquoi ils continuent à faire ce boulot que tout le monde aurait abandonné depuis longtemps.

Bon courage, et beaucoup de plaisir à toi !

2014-08-05T15:23:07+02:00vendredi 3 septembre 2010|Best Of, Technique d'écriture|3 Commentaires

Desktop lolcat

Alors, parfois, on dit des trucs sur Twitter, comme hier, à 12h14 :

Ai retrouvé une balle antistress. Depuis je joue avec comme un lolcat de bureau. C’est moche, la condition humaine.

Et voilà qu’en plus d’être floodé d’un seul coup par tous les sites de vidéos qui font du lolcat de près ou de loin (alors que les vrais aficionados savent qu’il n’existe qu’une seule adresse), je me suis retrouvé mis au défi de prouver mes allégations.

Ben tiens ! Croyez-vous que je galèje ? Il ne sera pas dit que je recule devant ma parole, le danger, ni, encore moins, le ridicule.

Voici, en exclusivité mondiale, un lolcat de bureau.

Bon, et vous, quand est-ce que vous m’envoyez vos récits et photos de caddies morts, hein ? La souffrance animale ne vous touche-t-elle pas ? Monstres.

2010-09-02T12:37:05+02:00jeudi 2 septembre 2010|Expériences en temps réel|2 Commentaires

« Le Sang du large » in Contes de villes et de fusées

Couv. Eric Scala

Je suis très heureux de figurer au sommaire de la première anthologie publiée par les éditions Ad Astra, Contes de Villes et de Fusées, dirigée par Lucie Chenu !

Les éditions Ad Astra, fondées par Xavier et Mikaël Dollo, sont une nouvelle maison qui a déjà publié un premier roman de space opera flibustier, Les Pilleurs d’âme de Laurent Whale, en train d’être très favorablement remarqué par la critique. Au programme, des romans bien sûr, des anthologies, mais aussi des art books (cahier de croquis d’Eric Scala à paraître en décembre 2010), avec toujours le goût de l’imaginaire et de la qualité littéraire.

À propos de l’anthologie

Contes de Villes et de Fusées joue le jeu de la réécriture et de la réinvention des contes de fées.

Quatrième de couverture :

Oyez ! Oyez !

Princesses richissimes, enfants abandonnés, loups terrifiants et fées marraines se réincarnent à notre époque ou dans un avenir lointain…

Les héritiers de Perrault, des frères Grimm ou d’Andersen donnent libre cours à leur imagination pour tordre, transformer et réécrire les contes de fées.

Au sommaire :

  • Il était une nouvelle fois (préface de Lucie Chenu)
  • Julien FOURET : « Une leçon de contes de fées »
  • Jean MILLEMANN : « La Fée des glaces »
  • Delphine IMBERT : « Une histoire de désir »
  • Pierre-Alexandre SICART : « La Griffe et l’Épine »
  • Antoine LENCOU : « ReCréation »
  • Pierre GÉVART : « Grain de sel et Bretelle »
  • Nicolas BALLY : « La Petite Capuche rouge »
  • Charlotte BOUSQUET : « Corner Girl »
  • Sylvie MILLER et Philippe WARD : « Le Pacha botté »
  • Jean-Michel CALVEZ : « Un temps de cochon ! »
  • Lionel DAVOUST : « Le Sang du large »
  • Sophie DABAT : « La Mort marraine »
  • Jess KAAN : « Pour Judith »
  • Mélanie FAZI : « Swan le bien nommé »
  • Estelle VALLS DE GOMIS : « Poches et Troncs »
  • Léonor LARA : « Sacrifices »

La préface de Lucie Chenu est par ailleurs lisible sur le blog d’Ad Astra, ici en PDF et là en ePUB.

À propos du « Sang du large »

Tous les rituels par lesquels on passe quand on n’a pas envie d’écrire, je les connais par cœur.

Il y a le café, les excitants doux, le chocolat, le pancake au sirop d’érable, la petite bière qui, se dit-on, va mettre à l’aise, va créer autour de soi une atmosphère assez détendue et confortable pour entrer en contact avec son moi profond, son inspiration – sa Muse. Vingt-cinq ans de ce régime m’ont donné un embonpoint disgracieux et assez de tension artérielle pour alimenter trois pacemakers.

Paul Whittemore est un auteur à succès, mais taciturne et renfermé. C’est l’heure du bilan sur sa vie, un bilan guère positif, mais la féerie sait se glisser par des interstices inattendus – une féerie fatale ou bénéfique ?

Pour commander

Le livre sort le 11 septembre. Il sera commandable à cette date sur le site des éditions Ad Astra : http://www.adastraeditions.com/boutique-article-68734.html, ou bien chez votre librairie préféré !

2010-10-14T11:06:02+02:00mardi 31 août 2010|Actu|7 Commentaires

Résultats des prix Rosny Aîné et Elbakin.net

Les résultats ont été annoncés à l’occasion de la convention de science-fiction et de fantasy qui s’est déroulée la semaine dernière à Grenoble. Bravo à tous !

Prix Rosny Aîné

Roman : BELLAGAMBA Ugo : Tancrède. Une uchronie (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES).

Nouvelle : NOIREZ Jérôme : « Terre de fraye » (in Retour sur l’horizon, DENOËL).

(Voir la liste des finalistes)

Prix Elbakin.net

Roman français : Cytheriae, Charlotte Bousquet, éditions Mnémos.

Roman français jeunesse : Les Éveilleurs, Pauline Alphen, éditions Hachette.

Roman traduit : L’Empire Ultime, Brandon Sanderson, Orbit (traduction : Mélanie Fazi).

Roman traduit jeunesse : Lombres, China Miéville, Au Diable Vauvert (traduction : Christophe Rosson).

(Voir la liste des finalistes)

La Volonté du Dragon n’a donc pas remporté l’ultime faveur du jury, mais je suis déjà très heureux d’avoir été remarqué une troisième fois !

2010-08-30T10:06:16+02:00lundi 30 août 2010|Le monde du livre|1 Commentaire

Quelques vues bizarres du Mont-Saint-Michel

Je reviens régulièrement au Mont-Saint-Michel, pour l’ambiance des pierres bien entendu, pour les souvenirs d’enfance aussi, mais surtout pour la marée. Non, contrairement à ce qu’affirme la légende, elle ne monte pas à la vitesse d’un cheval au galop, mais elle est assez rapide pour être parfaitement visible à l’oeil nu – et, pourvu que le terrain s’y prête, elle peut égaler l’allure de la marche. Et, en conjonction avec les sables mouvants et la possibilité bien réelle de se retrouver encerclé, la baie est réellement dangereuse. Peu importe, il suffit de me mettre une rivière, un mur d’eau, un courant sous les yeux pour me fasciner, et je jubile secrètement de voir les flots submerger les ridicules ouvrages de l’homme lors des équinoxes et chatouiller les voitures des imprudents qui s’enfuient bien vite.

Nous avions profité du passage de Mélanie Fazi il y a quelques semaines pour y refaire un tour ; elle a posté quelques photos sur son blog (je décline toute ressemblance avec un éventuel chevalier Sith, ce n’est évidemment pas mon genre de faire le con, ça se saurait). Pour ma part, je suis toujours aussi peu doué pour faire de vraies photos, surtout que mon seul appareil est mon téléphone portable, aussi, sans prétention aucune, voici quelques vues bizarres du monde… du Mont.

2010-08-28T15:06:02+02:00samedi 28 août 2010|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Quelques vues bizarres du Mont-Saint-Michel

Demander la lune (et l’atteindre à l’échelle)

Canard PC en a parlé dans son numéro 217 en termes élogieux, sur une demi-page entière :

Luna a les qualités pour finir sur Steam contre une poignée d’euros. Jeunes gens, c’est avec plaisir que la rédaction de Canard PC vous attribue la mention « Bien » pour votre travail. – Kahn Lusth

Je peux donc ajouter librement ma voix sans risquer l’accusation éhontée de copinage (car ma chère et tendre a participé au projet, notamment pour le level design).

Au début de son histoire, le jeu vidéo était comme tous les loisirs underground : quelques hallucinés (portant en général des cheveux longs, de grosses lunettes et une barbe) se démenaient dans leur garage pour réaliser leurs rêves et leurs envies. À mesure que le milieu prenait un poids économique, il s’est concentré (mettons à partir de 1995), s’accompagnant d’un appauvrissement de l’innovation en partie lié à l’accroissement des investissements.

Heureusement, avec le développement des jeux Flash et de la dématérialisation, la scène du jeu indé revient en pleine force depuis quelques années, proposant des mécanismes innovants, des ambiances particulières, bref, un retour à l’innovation et à la prise de risques des années 80. La construction d’un tel jeu constitue également une excellente démonstration des compétences d’étudiants. Luna s’inscrit dans cette démarche : réalisé par une dizaine d’étudiants de la formation Gamagora de Lyon en projet de fin d’année, c’est un jeu Flash complet (qui fonctionne donc dans tous les navigateurs, en plus d’être téléchargeable séparément).

Sous une allure mignonne se cache un jeu de plate-forme redoutable au level design très réfléchi. L’argument est simple : pour gagner le coeur de Julie, Jules doit lui apporter la Lune – ce qu’il fera en rassemblant les morceaux d’échelle parsemés dans les niveaux. Mais l’île regorge de dangers : les cubes sur lequel Jules marche s’effritent à chaque passage jusqu’à disparaître et, en bonhomme de papier qu’il est, il doit prendre garde aux éléments, pluie, feu, vent, et s’en servir à son avantage.

Le joueur doit donc étudier la topologie de chaque niveau afin de prévoir intelligemment son trajet. Luna se situe ainsi entre l’habileté requise habituellement dans un jeu de plate-forme et la réflexion attendue d’un puzzle game. Les vieux joueurs penseront à Solomon’s Key ou même à Solstice ; l’habileté et les réflexes ne serviront à rien si l’on n’a pas résolu l’énigme posée par le niveau. Heureusement, la difficulté augmente de façon très progressive, servie par une aide très complète et une jouabilité irréprochable. Enfin, pour les plus mordus, Luna propose un éditeur de niveau permettant de modifier ceux du jeu et de partager les créations les plus retorses.

Je vous invite évidemment à aller tester le jeu : le site de Luna se trouve à l’adresse http://luna-lejeu.fr/ ; les trois premiers mondes sont jouables directement dans le navigateur, et la version complète est téléchargeable gratuitement.

Et si vous avez apprécié le jeu, n’hésitez pas à donner un coup de pouce à des étudiants motivés : votez pour Luna sur le site Ganuta (catégorie jeu vidéo ; il faut chercher la capture d’écran – le site est assez mal foutu). (Oui, c’est la partie copinage de cet article, mais je suis idéalement placé pour témoigner de l’énorme travail investi dans ce jeu. Hah !)

2010-08-25T12:07:04+02:00mercredi 25 août 2010|Geekeries|Commentaires fermés sur Demander la lune (et l’atteindre à l’échelle)

Ainsi se traduisait Zarathoustra

Dès qu’on parle de philosophie, beaucoup sortent leur revolver. Accusée d’être obscure, compliquée, verbeuse et surtout inutile au quotidien, la pauvre a bien mauvaise réputation dans un monde qui a pourtant grand besoin d’elle – la faute, il est vrai, à certains penseurs odieusement verbeux, éloignés des réalités, et à un enseignement de lycée pas toujours au rendez-vous.

Mais Friedrich Nietzsche, l’un des philosophes les plus importants et instructifs de l’ère moderne (dont se réclame par exemple le célèbre Michel Onfray), sait se faire accessible, et Ainsi parlait Zarathoustra est son livre majeur. Provocateur et lyrique, il résume sa pensée de façon étonnamment claire – même si le symbolisme y abonde – et constitue une lecture indispensable pour toute personne désireuse de la découvrir, ou tout simplement d’élargir ses horizons.

Au carrefour d’un certain nombre de projets, je m’étais mis en tête de le relire depuis un moment. Je crois que tout lecteur a certains classiques personnels, qui l’ont profondément marqué, auxquels il revient au fil de sa vie ; il y projette tant de choses, les découvrant à chaque relecture sous un angle différent, que l’image qu’il s’en construit n’a probablement plus grand-chose à voir avec les intentions premières de l’auteur. Ainsi parlait Zarathoustra ne fait pas à probablement parler de mes classiques pris dans ce sens, mais Nietzsche, par son exaltation du combat, son rejet des illusions et son aspiration à la grandeur, m’avait séduit dès l’adolescence.

Je me suis donc racheté un exemplaire de l’oeuvre une bonne quinzaine d’années après l’avoir découverte, et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que… je n’y comprenais plus grand-chose. Formules ampoulées, vocabulaire archaïsant à la limite de l’opaque, inversions de phrases que dénigré n’aurait pas Yoda même… Passe-t-on sur tant de choses à l’adolescence qu’on ne se rend même pas compte de ce qu’on lit ? Bizarre : je me rappelle comment j’étais à cet âge-là ; j’aurais laissé tomber. Aujourd’hui, butant sur une phrase sur trois, serrant les dents, j’ai continué, admettant progressivement que certaines idées m’échapperaient encore et que je les saisirais peut-être à une troisième lecture…

Mais ce week-end, j’étais chez un bouquiniste lyonnais. Je tombe sur une édition différente du livre. Je la feuillette et… miracle ! Tout est clair, immédiat, direct. Que s’est-il passé ? La réponse est simple : un cas d’école de choix de traduction.

Je tiens à préciser tout de suite que je ne lis pas l’allemand (sinon j’aurais lu l’oeuvre dans le texte) et ne peux donc parler du ressenti des traductions qu’en tant que « lecteur final », c’est-à-dire en simple consommateur. Je ne cherche pas à discuter de la fidélité à l’oeuvre, mais à comparer leurs mérites. Enfin, j’ignore tout du statut « officiel » des traductions canoniques de Nietzsche et j’irai jusqu’à dire que la question n’à pas à concerner le lecteur éclairé que je m’efforce d’être, seulement l’exégète.

La première traduction, aux éd. Folio essais, réalisée par Maurice de Gandillac, livre ce parti pris :

[…] nous avons été conduit à reprendre toute l’entreprise sur de nouvelles bases, en essayant de rendre avec plus de rigueur le rythme des versets nietzschéens, et de suggérer par quelques ellipses et inversions la référence au style d’anciens textes sacrés.

Celle sur laquelle je suis tombé en occasion est réalisée par Geneviève Blanquis (éd. Garnier-Flammarion) et les éditeurs signalent se référer à la première.

La différence est flagrante.

Maurice de Gandillac :

in Du blême criminel :

« Mon je est quelque chose qui se doit surmonter ; il est pour moi le grand mépris de l’homme », ainsi parle cet oeil.

Se condamner lui-même fut son instant le plus haut ; en sa petitesse ne laissez retomber le sublime ! […]

Mais une chose est la pensée, une autre le fait, une autre encore l’image du fait. Entre elles ne s’engrène point le rouage de la cause. […]

Or, moi je vous dis : son âme a bien voulu le sang, non la rapine ; c’est de l’heur du coutelas qu’il avait soif !

Geneviève Blanquis :

in Du pâle criminel :

« Mon Moi est ce qu’il faut surmonter, mon Moi m’inspire le profond mépris de l’homme », – voilà ce que dit ce regard.

Le moment où il s’est condamné lui-même a été son apogée ; ne le laissez pas redescendre de cette cime à sa bassesse. […]

Mais autre chose est la pensée, autre chose l’acte, autre chose l’image de l’acte. Il n’y a pas entre eux de lien de causalité. […]

Mais moi je vous dis : « Son âme avait soif de sang, non de rapine : elle avait soif du bonheur du couteau. »

Je crois entrevoir, dans le premier cas, une traduction sourcière, c’est-à-dire cherchant à rester le plus proche possible du texte d’origine, ainsi que le parti-pris l’énonce, et dans le second cas une traduction cibliste, c’est-à-dire prête à sacrifier certaines des nuances d’origine pour préférer la clarté en français. C’est un choix, éminemment défendable dans les deux cas, la philosophie étant un domaine double, où se côtoient d’un côté l’étude de la genèse des idées et leur formulation, de l’autre l’apprentissages de cette philosophie et son application à la vie de l’individu (ce pour quoi, à mon sens, Nietzsche écrivait). Tout comme il y a l’étude universitaire de la littérature, et les bénéfices retirés de cette littérature.

Les seconds m’intéressent bien plus que les premiers – qui sont utiles à la compréhension des idées, certes, mais ne nous apprennent que marginalement à vivre. C’est pourtant bien, je pense, le rôle premier de la philosophie, ainsi que le rappelait, par exemple, Kierkegaard. Tant pis si le rythme de la langue d’origine est écorné, fût-ce dans un poème comme Zarathoustra ; tant pis si certaines notions transparentes dans la langue source nécessitent des précisions dans la langue cible, il me semble en l’occurrence que, pour le lecteur désireux de découvrir la pensée en « honnête homme », il convient de privilégier le fond sur la forme. Je sais en tout cas quelle édition je relirai dorénavant, et je tiens à insister : Nietzsche est un grand penseur, parfaitement accessible. Il faut juste choisir la traduction qui convient le mieux à l’approche qu’on désire en faire.

2014-08-30T18:49:57+02:00jeudi 19 août 2010|Best Of, Le monde du livre|2 Commentaires
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