À propos de LD

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Pour écrire virtuellement

Ce titre à goût d’oxymore pour mêler dans le même article des considérations un peu disparates. Mais avant cela, un rappel : n’oubliez pas de changer l’adresse de vos flux RSS si ce n’est pas encore fait pour adopter http://feeds.feedburner.com/lioneldavoust. Le flux « Actu » disparaîtra, donc si c’est avant tout ce qui vous intéresse, n’oubliez pas de vous inscrire à la liste d’informations (trafic réduit).

Je m’active grandement dans les coulisses en ce moment. Principalement sur le roman sur lequel je suis en train de travailler d’arrache-pied, et dont une partie des notes préparatoires (sans parler des fichiers informatiques, plans, diagrammes, digressions sans but sur des feuilles volantes, post-its, bouts de carnets), ressemble à ça :

Cette pile fait dix bons centimètres de haut et ne doit représenter qu’un tiers du matériel total. L’engin est un monstre à organiser et planifier : je n’ai jamais rien construit d’aussi complexe et difficile, sachant que l’objectif, à terme, est que le lecteur ne s’aperçoive évidemment de rien mais profite du récit sans effort. Nous verrons bien si cela fonctionne.

Ce projet a nécessité en amont un important approfondissement de ma méthode de travail et la recherche d’outils nouveaux adaptés à ce récit : alors que je travaillais jusqu’ici uniquement avec OneNote, je tourne en ce moment autour de trois logiciels complémentaires en plus de l’organisation et des réflexions au papier, et je découvre des usages précis à certaines applications que j’avais écartées autrefois.

Cette recherche perpétuelle du Graal – le soft tout-en-un qui me permettrait de conserver à la fois mes bases de données sur les univers et de planifier les histoires qui en découlent – m’a conduit vers deux informations utiles :

  • Scrivener va sortir sous Windows ! Autrefois réservé aux utilisateurs de Mac, Scrivener pourrait être ce Graal ; l’application est sincèrement vénérée par bien des auteurs, dont Michael Marshall Smith qui la qualifie de « plus grand progrès pour l’écrivain depuis l’invention du traitement de texte », rien que ça. La version commerciale sort en début d’année prochaine, mais une beta doit voir le jour d’ici la fin du mois. J’y suis inscrit et je suis impatient de tripatouiller la bête. (Pour information, il existe déjà une application comparable sous Windows, Liquid Story Binder, mais qui ne m’a pas convaincu principalement à cause de partis pris d’interface un peu étranges.)
  • Desienne, du forum CoCyclics, propose dans ce fil sur les logiciels d’aide à l’écriture trois articles très informatifs et didactiques sur l’utilisation et les intérêts de yWriter, logiciel libre qui occupe la même niche que Scrivener. Rendez-vous sur cette page pour le premier message. J’avais essayé yWriter et l’avais trouvé trop rigide, mais c’est là une question de sensibilité, comme pour le choix d’un instrument de musique.

Sinon, en ce moment, mes divertissements se résument à peu près à la révision et la construction de la version 3 du site (je sais, j’ai besoin d’avoir une vie, mais le monstre précité est toute ma vie en ce moment), une heure par-ci, une heure par-là, tard le soir, alors qu’en toute honnêteté, je devrais dormir. Voici un deuxième petit aperçu, cette fois du haut de la page d’accueil :

Cliquez pour agrandir

La grande bannière (calée ici sur Contes de Villes et de Fusées) est un « carousel », c’est-à-dire une animation cyclique donnant les dernières infos et appelée à remplacer les affreux post-its actuels en tête de page. Évidemment, c’est encore assez vide et bien des détails manquent. Comme toujours, n’hésitez pas à donner votre avis !

2014-08-05T15:24:00+02:00mardi 12 octobre 2010|Technique d'écriture|4 Commentaires

Attention note de service: changement des adresses de flux RSS

Résumé rapide pour les gens pressés : les flux RSS du site changent d’adresse. Si vous voulez continuer à négocier en ces lieux un équilibre instable entre philosophie de comptoir et nawak sérieux, mettez à jour l’adresse du flux dans votre lecteur, maintenant, tout de suite, pas demain parce que demain, c’est le week-end, vous aurez oublié, et lundi j’en parle même pas. La nouvelle adresse est :

http://feeds.feedburner.com/lioneldavoust

Attention, le flux « Actu seule » disparaît. Je me suis aperçu que je suis à peu près le seul à séparer ainsi mon flux en deux et le trafic ne le justifie en rien, je ne suis pas Slashdot, quoi.

Si ce n’est que l’actu qui vous intéresse, la liste d’informations reste bien entendu en place, avec comme toujours un trafic réduit et discret. N’hésitez pas à un faire un tour sur le formulaire.

Pourquoi ces changements ? Pour clarifier les adresses et consolider un peu tout ça, bien sûr, pour avoir accès aux options d’édition de FeedBurner qui sont diablement intéressantes et surtout pour pouvoir faire tous les changements que je souhaite en cuisine sans que cela n’altère rien pour l’utilisateur. Cette adresse est donc définitive, à jamais et pour toujours, à moins que, de FeedBurner et de moi, l’un de nous finisse par mourir avant la fin des temps.

En fait, je suis en train de travailler, une demi-heure par-ci, un quart d’heure par là (j’ai des loisirs malsains), à une nouvelle mouture du site. L’actuelle, en place depuis plus d’un an et demi, commence à montrer ses limites depuis quelque temps avec le développement du contenu dans des directions que je n’avais pas tout à fait anticipées. J’aimerais proposer de nouvelles choses, comme des pages spécifiques sur les univers (Évanégyre en tête), rendre la navigation plus facile, etc. En plus, je n’ai jamais réussi à être totalement satisfait de l’aspect graphique (mais je ne suis pas graphiste, ceci explique peut-être cela). J’espère enfin réussir à mieux intégrer l’actualité « livres » au reste du site, qui me donne l’impression de faire le grand écart entre deux aspects qui n’ont pas de vraie raison d’être séparés.

Ce flux consolidé est la première étape pour me permettre de repenser la navigation du site et du blog en masquant tous les chamboulements. C’est aussi le prélude à l’arrivée de mon esclave stagiaire : à la fin de l’année, un étudiant frais et idéaliste viendra perdre l’intégralité de ses illusions à la fois sur le monde du travail et de la culture en s’efforçant de me prêter main-forte côté webmastering et presse. Je compte sur vous et votre compassion pour lui réserver le meilleur accueil. Pensez au sacerdoce que ça peut être de bosser sous mes ordres.

Mais parlons de concret ! Voilà à peu près là ce que la nouvelle mouture donne actuellement en cuisine :

Sachant que c’est une version très, très alpha pour l’instant (la colonne de gauche commence à ressembler à ce que je veux, la colonne de droite nécessite un complet retravail). N’hésitez pas à commenter si vous trouvez ça effectivement mieux… ou complètement pire ! Et aussi s’il y a des choses que vous désirez voir, des fonctionnalités que vous voudriez voir intégrées, etc. Ca reste très flexible pour l’instant et mon courageux, brillant et inconscient stagiaire se fera évidemment un plaisir de les réaliser, toute la nuit s’il le faut.

2010-10-14T11:09:57+02:00vendredi 8 octobre 2010|Actu|6 Commentaires

Patricia Highsmith, L’Art du suspense, mode d’emploi

Patricia Highsmith, l’auteur acclamée du Talentueux Monsieur Ripley ou de L’Inconnu du Nord-Express, se propose dans ce livre d’analyser en détail les éléments du roman à suspense, passant, comme beaucoup de livres de technique, de la naissance de l’idée aux corrections du manuscrit en passant par la construction de l’intrigue. La brieveté du volume (218 pages en français) laisse espérer une grande densité de leçons glanées pendant une vie d’écriture à succès, abandonnant le délayage au profit de l’efficacité et de la concision.

Hélas, il n’en est rien.

L’Art du suspense, mode d’emploi est tout sauf un mode d’emploi du suspense. Highsmith mêle des anecdotes tirées de sa vie – nullement inintéressantes mais d’une portée forcément limitée, surtout dans le cadre d’un livre aussi court – à, certes, un certain nombre de recommandations techniques, mais extrêmement basiques, et surtout dérivant au gré de ses réflexions sans véritable plan ni fondement théorique. Le livre peine à trouver sa place entre le manuel pour grands débutants, le récit de mémoires et les pensées d’ordre global sur l’écriture ; à un certain nombre de questions revenant régulièrement comme le choix du point de vue, Highsmith répond souvent « tout est possible, ça dépend », ce qui est effectivement la seule vraie réponse qu’on puisse faire, mais n’est pas d’un grand secours pour le jeune auteur, lequel espère plutôt des lignes directrices ou des conseils pour orienter son choix. Le livre ne propose à la place que des exemples, dont la valeur est, en plus, parfois discutable.

Ajoutons que Highsmith ne dit quasiment rien de la construction d’intrigue proprement dite, de son processus, à part qu’il convient d’y prêter une grande attention dans le cadre du suspense, puisque tous les faits doivent concorder et se justifier mutuellement. D’accord, merci, mais on attend de ce genre de livre au minimum une analyse de ce sur quoi le suspense repose de manière à appréhender l’effet, analyse d’une absence criante ici.

Il semble en plus que le livre n’ait jamais été révisé ; l’édition que j’ai eue entre les mains (en anglais, Plotting and Writing Suspense Fiction) date de 1983 et passe un temps non négligeable à parler de la technique sur machine à écrire, entre papier carbone et versions successives du manuscrit. Depuis la généralisation du traitement de texte, ces considérations ont bien sûr disparu et ne sont d’aucun intérêt autre qu’archéologique pour qui s’intéresse à la méthode de travail des auteurs. Je doute également que le marché de la nouvelle soit aussi florissant aujourd’hui qu’elle ne le présente 27 ans plus tôt.

Les deux intérêts principaux du livre résident probablement, d’une part dans la germination des idées, d’autre part dans l’approche du milieu éditorial. Highsmith a quelques considérations d’intérêt à proposer sur la naissances des idées, leur croissance organique et la façon dont elles finissent par prendre vie et susciter l’envie de les écrire. D’autre part, elle montre une approche très pragmatique du texte, entre révisions et corrections éditoriales, coupes et adaptations pour la télévision et le cinéma, ce qui peut s’avérer instructif pour les jeunes auteurs qui ont parfois tendance à considérer leur production comme sacrée et intouchable…

Néanmoins, ces deux aspects ne justifient absolument pas le prix exigé pour le volume français en occasion (40 € sur Amazon). Cela sent le livre de commande rédigé sans véritable plan ni vraie envie de faire partager son savoir-faire. Sur la construction et la naissance des idées, on lira avec bien plus de profit Mes Secrets d’écrivain d’Elizabeth George ; sur la nature même du texte et la mission de la littérature, The Art of Fiction de John Gardner (déjà critiqué ici) ; sur la technique même du texte, Comment écrire des histoires d’Elisabeth Vonarburg, trois volumes qui détaillent bien mieux et de façon bien plus complète ce que ce Mode d’emploi échoue à faire.

À réserver donc, éventuellement, aux fans de Patricia Highsmith qui veulent en savoir plus sur sa méthode de travail ou aux boulimiques comme votre serviteur qui, de toute façon, lisent tout ce qui ressemble de près ou de loin à un livre de technique d’écriture (et qui pourront le lire en anglais à moindre coût).

2014-08-05T15:23:07+02:00mercredi 6 octobre 2010|Best Of, Technique d'écriture|2 Commentaires

Un quatrain crétin

Tiens, j’avais oublié une anecdote dans mon compte-rendu d’hier ; il s’est tenu samedi un petit concours de poésie auquel je n’ai pas participé, mais j’ai quand même fait mumuse avec les contraintes sur un coin de table :

Rédigez un quatrain dont les rimes sont en « el » et « eur ».

L’odieux résultat :

C’est un van Volkswagen qui fleure bon le diesel
Un mange-cassettes antique du côté du chauffeur
S’envolant vers l’arrière, filent deux arcs-en-ciel
Dommage qu’un connard m’ait fauché le moteur.

Désolé.

2010-10-05T09:54:03+02:00mardi 5 octobre 2010|Expériences en temps réel|22 Commentaires

Après le beau temps, la pluie

Retour violent après un week-end si doux que je me croyais de retour en août : le vrai temps breton, celui dont on dit qu’il forge le caractère ou qu’il vivifie, est arrivé pendant mon absence… Hélas, cette pluie battante ne s’apprécie pas en ville, mais au bord de la mer, ou au milieu de la forêt tandis qu’elle fait murmurer les feuilles et la terre. Ce sera pour les vacances.

Lire en Méditerranée

J’ai donc eu l’immense plaisir de participer jeudi dernier au festival Lire en Méditerranée, notamment à la Maison des Arts de Port-Barcarès, pour un débat et une dédicace. Je suis particulièrement heureux d’avoir eu l’occasion de venir présenter les littératures de l’imaginaire au public, et je voudrais remercier très chaleureusement les organisateurs du festival et en particulier André Bonet, Michel Bolasell pour l’animation de cet échange, Françoise Peltier, adjointe au maire, Annie Foroni, chargée de communication, toute l’équipe de la Maison des Arts pour son accueil d’une extrême gentillesse et sa disponibilité et, bien entendu, le public de Port-Barcarès pour sa chaleur, son intérêt et pour être venu en aussi grand nombre !

Je suis reparti avec sous le bras le « BarcaJOC », le jeu de la ville du Barcarès :

Une sorte de Trivial Pursuit centré sur la ville, qui fêtait récemment ses 80 ans. Heureusement, la Maison des Arts a eu la prévenance de m’offrir avec le numéro spécial présentant l’histoire de la ville, histoire que j’évite de trop me ridiculiser !

Bref, l’hospitalité et la bonne humeur tant vantés du sud ne sont nullement une légende. Je repars sincèrement très touché et complètement enchanté par cette rencontre ; merci encore au public à tous les organisateurs. J’espère vraiment avoir l’occasion de repasser dans la région.

Octogônes

La convention, qui bat son plein. (Magic à gauche, Warhammer à droite)

Direction Lyon, ensuite, pour une immersion en milieu geek : Octogônes, c’était 2500 m² de jeux de rôles, de plateau, de figurines, de tournois de jeux de cartes et de littératures de l’imaginaire dans le très bel espace Tête d’Or situé à deux pas du parc. C’était l’occasion pour David S. Khara de présenter en avant-première son nouveau roman, Le Projet Bleiberg (Critic), un thriller haletant dans lequel j’ai hâte de me plonger (mais il me faudra pour cela terminer le mien d’abord, hélas) ; nous avons rencontré la dynamique équipe de vampirisme.com, Li-Cam et Jean-Emmanuel Aubert, John Lang alias Pen of Chaos, prolifique auteur du Donjon de Naheulbeuk (mais qui l’ignore encore ?) qui maîtrisait même quelques sessions du jeu de rôle tiré de l’univers (quel plus grand plaisir que de jouer avec l’auteur lui-même ?) J’ai également eu la surprise de retrouver un des sympathiques administrateurs du Vade-Mecum du Disque-Monde, le site de référence en français sur l’univers de Pratchett. Et il y a bien sûr les rencontres avec les lecteurs, anciens et nouveaux, que ces événements permettent de rencontrer en chair et en os après des mois passés à échanger virtuellement. Merci à tous d’être venus et pour votre intérêt pour les livres !

En fait, je n’ai qu’un seul regret sur cette convention : ma vieille fibre de joueur, un peu délaissée hors WoW, s’est remise à vibrer frénétiquement en apercevant les stands, les tournois, et j’avais très envie de quitter lâchement mon poste pour m’inscrire à tout et même le reste. 15 ans que je suis clean, que je ne touche plus à Magic, et j’ai un aveu à te faire, ô auguste lectorat : j’ai acheté des protège-cartes ce week-end et dressé un début de deck. Je reconnais les symptômes. Je suis à l’orée d’une pente dangereuse. Il faut que je sois fort. Et puis j’ai vendu mon Black Lotus et mes Mox, jouer n’est plus drôle.

Bref, cette première édition de la convention est une véritable réussite ; elle ne peut que (re)donner envie de jouer à celui qui en franchit le seuil et l’ambiance était assurément au rendez-vous. Merci à Trollune et à toutes les associations – et au public – qui l’ont rendue possible !

Des photos !

Les photos marquées d’une astérisque (*) sont de Jean-Emmanuel Aubert ; son suivi de la convention est visible ici. Celle marquée d’une double astérisque (**) est d’Annie Foroni.

2010-10-25T15:18:39+02:00lundi 4 octobre 2010|Le monde du livre|3 Commentaires

Pourquoi vous continuerez à me voir en dédicaces

Grmbl.

Voilà des choses qui arrivent : j’avais préparé toute une réponse argumentée à l’article controversé de Francis Mizio sur sa proposition de rémunérer les auteurs en dédicaces. (En résumé : je suis contre, en considérant toutefois que les interventions, ateliers etc. doivent absolument être rémunérés, et les déplacements défrayés.) Chrome, ou WordPress, me l’a mangée.

Pas le temps de la retaper, donc si la discussion vous intéresse, rendez-vous sur ce fil d’ActuSF (je cause surtout en page 3).

2010-09-28T12:10:09+02:00mardi 28 septembre 2010|Le monde du livre|23 Commentaires

John Gardner, The Art of Fiction

Ce volume assez mince (200 pages), non traduit à ma connaissance, est cité très régulièrement par les Américains comme référence et lecture quasi-obligatoire ; je me souviens notamment de Terry Brooks le recommandant très chaudement lors de sa venue aux Imaginales il y a quelques années. Son sous-titre (« Notes sur le métier pour les jeunes auteurs ») laisse entendre un contenu relativement simple mais, si l’on n’est jamais au-dessus d’une révision des fondamentaux, son traitement de problèmes élémentaires de la fiction (point de vue, cohérence, rythme) sert surtout de prétexte à une vision globale du métier d’écrivain à la fois sévère et inspirante.

Il existe globalement deux catégories de livres sur la technique d’écriture : ceux qui sont mécanistes, proposant formules et systèmes, qu’il faut aussitôt s’empresser de critiquer de manière constructive afin d’espérer les digérer et se les approprier intelligemment (les travaux de Holly Lisle, par exemple) ; et ceux qui, au contraire, proposent une vision plutôt personnelle de la littérature et du processus d’écriture, en se concentrant plus sur les buts que les moyens (comme Mes Secrets d’écrivain d’Elizabeth George). The Art of Fiction se place résolument dans la seconde catégorie ; Gardner résume de façon très concise son expérience d’auteur et de professeur d’écriture créative, touchant à peu près à tous les domaines de la narration.

Le livre est organisé en deux parties. La première propose des considérations d’ordre général sur la théorie esthétique de la littérature. J’entends déjà grincer les dents de ceux qui, comme moi, ont été déçus par les exégèses littéraires à la française, espérant trouver dans les travaux universitaires des leçons d’écriture plutôt que des études d’oeuvres ; mais cette partie est très nettement orientée vers la fonctionnement et le rôle de la littérature de fiction, Gardner rappelant qu’avant d’écrire, il faut comprendre ce que l’écriture cherche à atteindre. Ce en quoi il a parfaitement raison.

Loin d’être aride, il établit dans cette partie un certain nombre de fondamentaux bien connus de l’auteur un peu expérimenté et même du lecteur critique, mais qu’il n’est jamais mauvais de rappeler, notamment la qualité onirique de la fiction (une histoire est un rêve qui ne doit pas être interrompu), l’évolution de la notion d’illusion de réalité au fil des siècles, ou encore la place de la métafiction par rapport à la fiction classique. Il établit donc parfaitement le lien entre la narratologie (discipline a posteriori par essence, où l’on dissèque le récit achevé) et la pratique créatrice (chaotique, intuitive, plus ou moins domptée par le praticien).

La seconde partie est beaucoup plus technique, tout en restant assez générale. Gardner aborde les facettes élémentaires de la technique littéraire : point de vue, syntaxe, causalité narrative, dialogue, etc. Rien qu’on ne trouve ailleurs (le Comment écrire des histoires d’Elisabeth Vonarburg traite à mon sens plus clairement ces problématiques pour ceux qui en cherchent une synthèse), à part peut-être un rappel enrichissant sur lenergeia d’Aristote : une intrigue est la réalisation du potentiel contenu dans les personnages. L’ouvrage propose une section sur le rythme et la sonorité de la prose, aspects souvent laissés de côté mais appliqués ici à la langue anglaise et donc sans intérêt pour celui qui lit cet article (normalement).

Il termine par quelques considérations morales sur la pratique artistique et la responsabilité qu’a tout créateur quant à l’impact de son oeuvre ; c’est probablement le discours qui peut le plus prêter au débat, alors que Gardner quitte sa position relativement permissive pour affirmer des principes certes nobles, mais vis-à-vis desquels, à mon sens, tout auteur doit trouver sa position. Une grosse trentaine d’exercices clôt le livre, allant du défi intéressant (« Sans commettre une seule faute de goût, décrivez quelqu’un en train de vomir ») au parfaitement inutile (« Construisez l’intrigue d’un roman », mmkay, mais il faut espérer que le lecteur de ce genre d’ouvrage n’attende pas la permission pour s’y essayer) – à considérer comme du bonus.

Par les domaines abordés, The Art of Fiction constitue donc un parfait manuel introductif à l’écriture, ce qui explique sa réputation de référence, mais, dans une forêt d’ouvrages regorgeant de formules narratives prétendûment miracles, il constitue en plus une petite bouffée d’air frais dont, à mon sens, même l’auteur expérimenté peut tirer profit. Car ce qui fait son intérêt n’est pas tant son contenu que son approche, son ton légèrement provocateur et empli d’un subtil esprit, le tout visant à susciter chez le lecteur (ou son élève) une attitude à la fois humble et ambitieuse vis-à-vis de la pratique artistique. Une attitude qu’il est bon de voir reprécisée et formulée aussi clairement. Comme l’excellent (à mon sens) livre d’Elizabeth George, Gardner trouve un juste équilibre entre la technique et l’ineffable inhérent à toute activité créatrice : il en reconnaît la nature chaotique, la loue et l’encourage même, mais met en avant l’indispensable nécessité de la technique pour apprivoiser et canaliser ce foisonnement. Sur ce point, il est sans pitié : il insiste sur la nécessité de l’amélioration constante, ne montre aucune tolérance pour la paresse ou le sentimentalisme, tout en encourageant l’auteur en devenir à considérer les plus grands écrivains du passé comme sa famille et non des modèles ou, pire, des fantômes penchés sur son épaule.

En art, rien ne vient sans travail ni réflexion, répète-t-il. C’est une évidence, mais on peut lui savoir gré de la formuler aussi clairement, et dans un ouvrage qui se proclame comme adressé au néophyte.

2014-08-05T15:23:07+02:00vendredi 24 septembre 2010|Best Of, Technique d'écriture|3 Commentaires

Fin septembre dans le sud de la France

Cet automne s’annonce riche en déplacements, et je suis particulièrement heureux d’avoir l’occasion de me rendre dans des villes et régions où je vais rarement, voire ne suis jamais allé. (On ne rigole pas : oui, pour un Breton, Lyon, c’est déjà le sud. Le sud commence juste après Nantes.)

J’espère avoir la possibilité de vous y rencontrer nombreux !

Jeudi 30 septembre : Perpignan

Je suis très heureux et honoré de participer au prestigieux festival Lire en Méditerranée de Perpignan, créé en 2005 par le Centre Méditerranéen de Littérature :

Le Festival Lire en Méditerranée, créé en présence Son Excellence Abdou Diouf, Secrétaire Général de la Francophonie (lors de son édition fondatrice sur le thème de « Senghor et la Méditerranée ») , inaugure la saison littéraire d’automne en Catalogne et clôture la programmation culturelle de Perpignan et des Pyrénées-Orientales. […] Le festival Lire en Méditerranée, créé dans l’esprit des prix du même nom, se veut le reflet de la Méditerranée, creuset des civilisations et a pour ambition de construire, au fil des ans, le récit épique des diversités fondatrices de l’identité méditerranéenne. Jean-Paul Chagnollaud a écrit que la Méditerranée est la matrice de civilisations exceptionnelles, lieu d’émergence des trois grandes religions monothéistes, source d’inspiration de poètes, d’écrivains et de philosophes mais en même temps espace de toutes les barbaries, berceau de tant d’intégrismes et creuset de multiples formes de replis identitaires, la Méditerranée est décidément une région particulière.

(Source : voir le site du Prix Méditerranée)

La rencontre se déroulera en deux temps :

J’espère vous y voir nombreux pour ce qui sera mon déplacement le plus austral à ce jour : pour aller plus loin, il me faudra ensuite être traduit en espagnol ou en poisson.

Vendredi 1e au dimanche 3 octobre : Lyon

Immersion geek ensuite : je serai présent à la convention Octogônes à Lyon, construite autour des loisirs de l’imaginaire. Organisée par diverses associations et structures, notamment les incroyables libraires de Trollune dont j’ai déjà dit tout le mal que je pensais, elle proposera sur un superbe espace 2400 m² de jeux de rôle, de plateau, de cartes, figurines, et de fiction.

L’événément se tiendra à l’Espace Tête d’Or à Villeurbanne (à côté du parc), 103 bd. Stalingrad. Il ouvre ses portes vendredi à 18h30, se déroule tout le week-end et s’y prolongera certainement tardivement chaque nuit !

Le site de l’événement se trouve à cette adresse ; le programme complet du volet Fiction ici.

À noter que David S. Khara (Les Vestiges de l’aube) y présentera son dernier livre, Le Projet Bleiberg, en avant-première.

Samedi 6 et dimanche 7 novembre en pays Beaujolais

Je participerai au premier salon d’imaginaire du pays Beaujolais, qui se tiendra à la Maison de Pays de la Chapelle de Guinchay (non loin de Mâcon). La programmation a été annoncée sur ce site et fait la part belle à la fantasy ainsi qu’à l’édition indépendante et à la parution du premier roman. Le blog de l’événement se trouve à cette adresse. J’en reparlerai plus en détail quand la date approchera !

2010-09-22T12:13:23+02:00mercredi 22 septembre 2010|Actu|5 Commentaires

Liberté de la diffusion et publicitaires : petit retour

Retour deux semaines plus tard : l’article intitulé « Comment la libération de la diffusion fait le lit des publicitaires » a suscité toute une quantité de réactions, sur Twitter et des blogs, allant de l’assentiment à l’hostilité la plus franche (et même des insultes, rétractées par la suite, mais ça fait drôle) : le numérique cristallise beaucoup d’espérances, mais aussi un certain nombre d’extrêmismes, dont, évidemment, cet angélisme dont je me méfie énormément – mais un angélisme en mode Tipiti au pays des Toupoutou :

Je constate avec un certain amusement que je peux basher le Pape, tout le monde s’en contrefout, mais qu’on ne peut apporter de critique argumentée sur les espérances d’Internet sans prendre le risque de se prendre une croisade sur le coin de la figure, parce qu’Internet, c’est sacré, c’est le salut, et tu n’impliqueras point qu’il pourrait ne pas être parfait. Il doit y avoir une leçon à tirer de tout ça sur notre époque, je suppose.

Bref, maintenant que la houle est retombée et que j’ai un peu de recul, je voudrais apporter quelques clarifications qui paraissent nécessaires :

  • Je suis un geek. J’étais déjà sur Internet à surfer la nuit sur quatre machines à la fois dans les salles de mon école à l’époque où bien des activistes d’aujourd’hui n’en entendaient que seulement parler. L’information, puis le Net au tout début de sa démocratisation sont ma culture et ma patrie depuis, euh, toujours. Mais c’est bien pour cela que je m’avère prudent avec les miens : il faut être attentif à ses amis et à sa famille pour les prévenir quand on a l’impression qu’ils risquent d’errer, en espérant qu’ils fassent de même avec soi. Avec un détail d’importance : il ne convient pas de convaincre, mais d’être entendu. Je ne donne de leçons à personne ; je m’interroge, je m’inquiète.
  • Je ne prétends rien inventer. Oui, la publicité existe déjà à notre époque, oui, le numérique offre la possibilité d’exister à des oeuvres qui n’auraient jamais vu le jour en fonction de leur faible coût, oui, la promotion est évidemment importante. Il est nécessaire qu’on parle de soi pour trouver son public. Je critique seulement l’idée selon laquelle le numérique doit tout abattre, tout changer, tout réinventer, et, ce faisant, nous sauvera tous. J’avance que cette optique conduira à un déséquilibre peu souhaitable en faveur des communicants et non de l’art alors que les deux, idéalement, seraient en équilibre.
  • J’espère me tromper. Je ne tirerais aucun plaisir à avoir raison, pas plus qu’on ne se réjouit de voir les éléments dystopiques d’une fiction se concrétiser. Bien sûr, j’aimerais que le numérique permette à tous de vivre, qu’on trouve un juste équilibre entre acteurs, que la communication ait un rôle d’information et non de matraquage médiatique. Mais si je parle de tout cela, c’est que je n’en suis pas sûr ; c’est que j’ai peur d’avoir raison. Alors, rendez-vous dans quelques années, en espérant que nous trinquerons ensemble à ma bêtise infondée et je vous assure que je serai le premier à vider la bouteille.
  • Quant aux attaques ad hominem, ma foi, j’ose espérer que mes actes et mes archives suffisent à en démontrer l’inanité.

Retour à des activités un peu plus funky dans la semaine !

2010-09-20T12:31:58+02:00lundi 20 septembre 2010|Humeurs aqueuses|4 Commentaires

Deux entretiens + revue de presse

C’est la rentrée, youpi. Non, en fait, pas youpi, je ne sais pas pourquoi on s’ingénie à la fêter, avec tous ces gamins à la dentition inégale et aux taches de rousseur photoshopées clamant bien fort que MAMAN M’ACHÈTE MES CAHIERS CLAIREFONTAINE À -25%!!1 comme s’il n’y avait rien de plus grand et de plus beau qu’un cahier Clairefontaine pour un gosse qui rentre à l’école, alors que le papier Clairefontaine c’est trop blanc pour les matins difficiles, ça fait mal aux yeux, merde, et puis moi la rentrée quand j’étais gosse c’était du brouillard dans la cour, l’humidité parisienne sur la peau et du béton agressif qui menace de vous sauter de lui-même aux genoux pour vous les écorcher alors que vous êtes même pas tombé, le bâtard, donc merci mais je préfère largement la vie active, hein, et bosser sur autre chose que du Clairefontaine, en plus.

Par contre, c’est la rentrée des blogs et des critiques, et ça c’est cool, parce que j’ai plein de choses à vous raconter. Gardons notre imagination en vacances avec des histoires.

Causeries au comptoir

Deux entretiens à vous proposer :

  • Imaginelf tout d’abord, le blog d’imaginaire qui monte, au sein d’un dossier fantasy réalisé pour Livraddict. On y trouve également des entretiens de Thomas Geha (Le Sabre de sang) et Simon Pinel (éd. Critic). Pour votre humble serviteur, c’est ici, j’y parle surtout de la fantasy en général et de son marché.
  • If is Dead, imposant blog multi-plateforme (cinéma, jeu vidéo, littérature…) centré sur l’imaginaire, aux longues critiques très argumentées et sans complaisance. Il s’agit là d’une longue discussion qui va de  l’écriture aux blogs en passant par la traduction, avec un volet assez important sur la question des cycles de récits au sein d’un même univers (Évanégyre dans mon cas). C’est ici.

Pour info, les deux blogs sont aussi présents sur Twitter, et je ne saurais que vous encourager à les suivre : @imaginelf et @ifisdead.

Chroniques

Couv. Anne-Claire Payet

Il y avait longtemps que je n’avais pas fait le point, et il y a eu beaucoup de nouveaux retours, notamment sur L’Importance de ton regard et l’anthologie Magiciennes et sorciers.

L’Importance de ton regard

Un magnifique avis de Chaperon Rouge sur Psychovision ! [Plus d’infos sur le livre]

La Volonté du Dragon

[Plus d’infos sur le livre]

Anthologie Magiciennes et sorciers

Dirigée par Stéphanie Nicot aux éd. Mnémos, où figure « Quelques grammes d’oubli sur la neige » :

  • L’avis de Louppatient (qui a lui aussi perçu l’histoire comme complète, ce qui me encore une fois très plaisir puisque cela satisfait mon objectif d’indépendance des récits d’Évanégyre)
  • Celui d’Efelle
  • Celui de la Jungle de Pierre

Anthologie Passages

Dirigée par Lucie Chenu aux éd. Oskar, où figure « La Terre comme témoin » : l’avis des Chroniques de l’imaginaire.

Un très grand merci à tous les chroniqueurs et chroniqueuses pour leurs articles !

2010-09-16T14:50:02+02:00jeudi 16 septembre 2010|Actu|1 Commentaire
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