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Dans la confidence

L’article de blog d’aujourd’hui n’est pas publié ici, mais sur le site Livresque du Noir. Celui-ci laisse carte blanche aux auteurs de polar et thriller pour proposer quelques confidences sur leur travail, leur livre, sur un ton volontairement personnel et/ou décalé. On y trouve par exemple Maxime Gillio, Paul Colize  ou Franck Thilliez. Votre humble serviteur s’est également prêté à l’exercice et ce fut une expérience très intéressante, car, si je croyais au début n’avoir pas vraiment de « projet » particulier avec Léviathan : La Chute, je me suis aperçu que ce n’était pas forcément juste.  Il faut croire qu’en écriture, on échappe difficilement, qu’on le veuille ou non, à avoir un discours.

Le billet est lisible sur cette page.

2012-04-27T22:27:28+02:00vendredi 4 novembre 2011|Journal|Commentaires fermés sur Dans la confidence

L’invisible est invendable, dans le livre aussi

Le lapin de CanardPC, par Didier Couly

Article fort intéressant de Canard PC ce mois-ci sur la distribution dématérialisée des jeux vidéos indépendants ; comme souvent, le bihebdomadaire cache sous une grosse couche de déconne une vision pointue des marchés. Dans un article intitulé « L’invisible est invendable », portant sur la difficulté pour un petit développeur non affilié à un gros studio d’émerger de la masse écrasante des applications disponibles sur les boutiques en ligne, Ivan Le Fou déclare notamment :

Ainsi s’est mis en place un système qui, finalement, tendra à reproduire les inconvénients de la distribution physique : ceux qui ont le plus de moyens, ou les licences les plus connues, occuperont toutes les places visibles et seront quasiment en position de fermer la porte au nez des autres.

Le monde du livre et notamment les enthousiastes du numérique feraient bien, à mon sens, de lorgner un peu ce qui se passe dans les autres médias et en particulier dans le jeu vidéo, car il a ceci de commun qu’avec la littérature que, contrairement à la musique qui se découvre en une poignée de minutes, c’est un produit culturel qui nécessite un investissement temporel généralement supérieur pour être apprécié ou « saisi ». Or, le milieu du jeu vidéo est en train de découvrir qu’il ne suffit pas, pour construire un succès, de faire un bon jeu (même si c’est la base), ni de le vendre à prix cassé sur une plate-forme indépendante comme Steam, l’AppStore ou l’Android Market dans l’espoir que cette poignée d’euros dérisoire saura satisfaire l’acheteur potentiel.

Il faut, tout simplement, qu’il soit vu.

C’est-à-dire que le client en connaisse au moins l’existence, ce qui se fait classiquement par la communication et la distribution (dans le cas de l’inédit – je ne parle pas ici des rééditions, des introuvables ou même de livres ayant vécu leur vie en librairie). Mais ce n’est pas gratuit. Conséquence logique : c’est réservé à ceux qui auront les moyens… et dont, en un sens, c’est le métier.

On clame beaucoup, aujourd’hui, que le livre est trop cher. Qu’il devrait coûter au plus quelques euros. Mais quelle marge dégage-t-on exactement sur un livre électronique à trois euros ? Théoriquement, si l’auteur touche la moitié, voire la totalité de cette somme, il gagne à peu près aussi bien sa vie par exemplaire que sur un grand format en librairie. Tout devrait être bien. Sauf que, sur un grand format en librairie, il y a une quantité d’autres acteurs de la chaîne à être rémunérés, et dont le métier consiste à vendre le livre : éditeur, distributeur, libraire. Je ne dis pas que l’état actuel du métier est idéal, bien au contraire, les abus liés à la contraction du marché sont légion. Mais si l’on retire l’intégralité (ou peu s’en faut) de ces acteurs, qui va vendre le livre ?

C’est-à-dire, qui va le porter à la connaissance d’un public susceptible d’être intéressé ?

L’auteur, dont ce n’est pas le métier ? L’éditeur électronique ? Pourquoi pas.

Mais avec quels moyens ?

Il y a à peu près un an, je clamais bien fort que la libération de la distribution faisait le lit des publicitaires (ce qui m’a valu quelques pelletées d’insultes sur les réseaux). Le marché commence malheureusement à me donner raison. Ce qui m’inquiète en littérature, et ce qui inquiète les fabricants de jeu vidéo, c’est la politique tarifaire que nous sommes en train de mettre en place. Nintendo blâme les smartphones qui éduquent les joueurs à acheter leurs jeux quelques euros, lesquels rechignent donc à payer un jeu triple A1 40, 50, 60 euros.

Vendre un livre électronique au-dessus du prix du poche, bardé de DRM qui plus est, me semble une hérésie. Je pense que, psychologiquement, le livre électronique occupe la même niche économique que le poche : une lecture peu coûteuse, et l’on attribue peu de valeur affective à l’objet. C’est un modèle économique bien connu.

Mais trop baisser les prix (à deux, trois euros) et, surtout, l’institutionaliser, n’est pas la solution à mon avis. Le temps des gens n’est pas extensible. Le public est déjà soumis à des rafales de sollicitations permanentes et le livre rivalise avec une foule d’autres activités culturelles, jeu vidéo, télévision, etc. Même si nous rendons la lecture plus sexy pour un nouveau public, je ne crois pas que la littérature reprendra miraculeusement l’ascendant sur ces autres activités – si elle pouvait maintenir sa place, ce serait déjà bien.

Une offre pléthorique dématérialisée recrée finalement la même situation que sur l’étal des libraires : rien n’est visible, rien ne surnage, et donc les ventes sont atomisées. Dans ces conditions, la seule solution pour s’en sortir consiste à réussir un best-seller, pour l’éditeur comme pour l’auteur, car c’est seulement là qu’il pourra récupérer sa mise. Cela ne fera qu’intensifier une dérive des industries culturelles déjà bien ancrée depuis deux ou trois décennies : la réduction des prises de risques, de la découverte de nouveaux auteurs et leur promotion. Parce qu’à moins d’un coup de chance très rare – qui ne peut donc constituer un modèle économique – il faut investir pour qu’un livre puisse simplement atteindre le public qu’il est susceptible d’intéresser. Donc, il faut un retour encore plus colossal que la marge est faible. Soyons sérieux, il ne suffit pas de construire une page Facebook et d’inviter les gens à la Liker. Beaucoup ont fait la découverte amère qu’à part quelques dizaines, voire centaines de fans authentiques, tout le monde s’en fout. C’est beaucoup, beaucoup plus complexe et surtout demandeur en temps et en argent que cela.

Pour toutes ces raisons, je ne suis même pas loin de penser que vouloir à tout prix vendre le livre quelques euros, clamer que le modèle économique est viable, nuit au livre lui-même, à la santé de l’industrie culturelle. (Je vais tellement en prendre plein les gencives avec cette phrase, mais tant pis. Je reprécise que je ne parle que de l’inédit.) Entre le prix trop élevé du livre électronique pratiqué par nombre de grands éditeurs parisiens et la quasi-gratuité protestataire, il y a un juste milieu sur lequel il faudrait travailler (et que Bragelonne n’atteint pas trop mal, j’ai l’impression).

Sinon, personne ne surnagera. Et moins de moyens, cela signfie tout simplement, à terme, des livres de moins bonne qualité (ou alors, seuls les rentiers auront le loisir de travailler correctement leurs manuscrits. Est-ce vraiment cela qu’on veut ?)

Enfin, personne ne surnagera… Si. Dans ces conditions, les seuls à s’en sortir, encore une fois, sont Apple, l’Android Market, Amazon. Ces gens-là ne sont pas nos amis, contrairement à tous leurs discours humanistes de mise à disposition de la culture, si beaux qu’on leur remettrait le prix Nobel de la paix sans confession. Eux s’en foutent que vous vendiez 10 ou 100 000 exemplaires : ce qui les intéresse, c’est la masse totale des ventes. Car ils touchent toujours le même pourcentage dessus. Ils vous donnent les outils pour vous publier, d’accord, mais après… welcome to the jungle.

  1. Les grosses productions commerciales type Mario ou Call of Duty.
2014-08-30T18:32:55+02:00mercredi 2 novembre 2011|Best Of, Le monde du livre|20 Commentaires

Entretien chez Passion Romans

Après une chronique qui m’a beaucoup touché, Paco, du blog Passions Romans, a eu la gentillesse de me proposer un entretien. Comme il le dit lui-même, cela a été l’occasion de déborder un peu sur les questions philosophiques qui sous-tendent Léviathan : La Chute. Nous y parlons des différences entre Voie de la Main Gauche et Voie de la Main Droite, de psychologie des personnages et de discipline d’écriture, et aussi de l’influence des littératures de l’imaginaire dans le mainstream et sur notre réalité. Merci à lui pour toutes ses questions très pertinentes ! C’est lisible ici.

D’autre part, deux nouvelles chroniques à vous signaler chez des blogueurs de l’imaginaire bien connus et très actifs sur les réseaux sociaux:

Merci à tous les deux !

 

 

 

 

2011-10-30T11:55:28+01:00dimanche 30 octobre 2011|Actu|2 Commentaires

Entretien sur Passion Romans autour de Léviathan : La Chute

« Léviathan » cela vient de la Bible non ? Qu’avez-vous entrepris comme préparation pour nous écrire cette trilogie ? Quelles sont vos sources ?

Léviathan est effectivement présent dans la Bible, mais, comme beaucoup de symboles, il recouvre un sens plus large et l’on peut établir des parallèles avec d’autres figures dans d’autres mythologies. Cependant, le sens qui m’intéressait ici était double : d’abord, bien sûr, le monstre marin, la baleine, mais aussi la signification originelle qu’on lui donne dans la Bible, c’est-à-dire « le premier adversaire de Dieu », ce qui se relie au conflit Main Droite – Main Gauche.

Paco, du blog Passion Romans, a dirigé un long entretien autour de Léviathan : La Chute, son symbolisme et le travail d’écriture que le roman a nécessité. Il est lisible dans son intégralité ici.

2012-09-08T01:23:58+02:00samedi 29 octobre 2011|Revue de presse|Commentaires fermés sur Entretien sur Passion Romans autour de Léviathan : La Chute

Léviathan : La Chute sur le Dragon Galactique

Couv. Alexandre Fort

Bref, pour conclure, si vous aimez les thrillers – avec une dose de fantastique occulte dedans – et les livres bien écrits, plongez dedans.

Un article de Tigger Lilly à lire sur son blog.

2012-09-08T12:31:12+02:00vendredi 28 octobre 2011|Revue de presse|Commentaires fermés sur Léviathan : La Chute sur le Dragon Galactique

Léviathan : La Chute par Traqueur Stellaire

Couv. Alexandre Fort

Nous tenons donc là un premier tome intéressant, qui attire la curiosité du lecteur sur les suites à venir tout en offrant un agréavke moment de lecture.

Un article de Traqueur Stellaire à lire sur son blog.

2012-09-08T12:24:43+02:00vendredi 28 octobre 2011|Revue de presse|Commentaires fermés sur Léviathan : La Chute par Traqueur Stellaire

Entretien chez Murmures, dédicace à Rennes, nouvelles chroniques

On m’a signalé un bug que j’ai effectivement constaté moi-même : les messages de la catégorie « Actu » du blog sont arrivés par mail avec une semaine de retard, récapitulant une dizaine d’articles dans le même message et notamment des infos pour des événements passés. C’est extrêmement malcommode, malheureusement, je n’y peux rien, puisque j’ai lié et automatisé l’envoi de ces messages avec le service FeedBurner. Celui-ci promet un envoi quotidien, mais, dans les faits, il peut attendre parfois quelques jours avant de se réveiller. Je vais donc voir si je peux trouver un meilleur procédé mais, dans l’intervalle, le plus sûr reste le flux RSS ou les réseaux sociaux (voir page Suivre et s’abonner).

Histoire d’éviter également le spam, je vais m’efforcer de rassembler un maximum d’actus dans le même message. Au programme cette semaine : dédicace ce samedi à Rennes, un nouvel entretien, et de nouvelles chroniques.

Dédicace à Rennes

Je serai samedi en signature à la célèbre librairie Critic que la galaxie d’Andromède au grand complet nous envie, de 15h à 19h. C’est au 19 rue Hoche, métro St Anne.

Entretien chez Murmures.info

Un nouvel entretien à vous proposer, sur le webzine Murmures.info : il s’agit principalement ici de technique d’écriture, du découpage de la trilogie Léviathan, et de partage entre activités. L’ensemble est lisible ici.

Dernières chroniques

Merci à tous les chroniqueurs, blogueurs et journalistes qui continuent à faire parler du livre !

2011-10-25T16:34:15+02:00mardi 25 octobre 2011|Actu|Commentaires fermés sur Entretien chez Murmures, dédicace à Rennes, nouvelles chroniques

L’Agence ment

J’ai récemment eu la chance de faire deux vols longs courrier, et c’est l’occasion idéale pour rattraper les films qui vous faisaient de l’œil à la bande-annonce, mais sur lesquels vous n’avez pas reçu suffisamment de retours – ou éprouvé assez de motivation – pour faire l’effort d’aller les voir. Parmi ceux-là, et sortis à un mois d’intervalle en début d’année, L’Agence et Code Source, deux longs-métrages à l’argument dickien (le premier est adapté de la nouvelle « Rajustement » du maître, le réalisateur du second déclare clairement ses influences), mais avec un habillage relativement grand public. Alors c’est du réchauffé, je sais, mais c’est aussi l’occasion de revenir sur des récits qui ont pu passer inaperçus, à tort.

Ou, dans le cas de L’Agence, à raison.

David Norris a tout pour être heureux. Le plus jeune sénateur de l’état de New York brigue un poste de sénateur ; enfant des quartiers pauvres, impulsif et bagarreur mais aussi droit et franc, c’est le chéri de l’opinion publique. Rien ne semble arrêter son ascension.

Un soir, par un concours de circonstances, il rencontre Elise, une jeune femme dont l’humour à froid le séduit aussitôt. Le coup de foudre est immédiat et mutuel. Mais une mystérieuse faction, constituée d’hommes en costumes neutres, aux chapeaux un peu surannés, se ligue pour empêcher leur histoire. Car celle-ci dévie du « plan » établi pour l’humanité par un certain « Grand Patron » dans le plus grand secret.

L’esthétique un peu décalée des drôles de représentants de cette « agence » et l’usage du célèbre effet papillon appliqué aux actes du quotidien – par une succession de coïncidences, David et Elise pourraient devenir des acteurs majeurs de l’histoire de leur pays – laissaient promettre une atmosphère oppressante, un combat désespéré pour le libre arbitre avec, au passage, quelques ouvertures semi-philosophiques ou quelques jeux amusants sur l’identité de ce fameux « Grand Patron ». Après tout, Matt Damon avait déjà joué un Jason Bourne sévèrement bourné (pardon) avec une thématique semblable : l’homme seul contre un pouvoir qui le dépasse dans la conquête de sa liberté. C’était du thriller pur, ça tirait davantage que ça ne discourait mais c’était bien fichu, et Bourne, cible des agences du monde entier, parvenait à générer la sympathie.

Mais L’Agence ne décolle jamais. Au contraire, le scénario semble scrupuleusement éviter toute réflexion – et même tout jeu – dépassant le manichéisme gentillet du « j’aime la fille, mais les méchants, y veulent pas ». Cette belle idée de ces agents influant discrètement sur l’histoire humaine ne sert que de toile de fond à une histoire d’amour finalement dénuée d’enjeu, parce que se déroulant entre deux personnages bidimensionnels. Il y avait pourtant une ouverture sur le confort qu’apporte un couple contre la réalisation personnelle qu’on lutte pour atteindre dans la solitude, mais c’est abordé comme une simple péripétie.

L’univers proposé – l’hypothèse imaginaire – ne rattrape pas cette absence de profondeur : les agents présentent des pouvoirs tour à tour surpuissants (laver le cerveau des humains, ajuster leurs émotions, une télékinésie à rendre jaloux David Copperfield et j’en passe) et se montrent d’une ineptie surprenante dans certaines prises de décision, ou bien incapables de rattraper un type à pied alors qu’ils peuvent cavaler derrière un bus sur plusieurs pâtés de maisons. Le Grand Patron ne sera jamais explicité, pas plus que cette société d’agents séculaires fatigués dont certains doutent de leur mission.

J’avoue n’avoir pas lu « Rajustement » et j’ignore si ces défauts sont présents dans la nouvelle d’origine – malgré tout le respect et l’admiration que j’éprouve pour Dick, il faut convenir que certains de ses textes courts ne vont pas au-delà de l’idée géniale et manquent d’une vraie histoire pour la porter. Quoi qu’il en soit, L’Agence aurait pu élargir son propos sans aucune difficulté, le placer dans un contexte plus vaste et, par retour, donner du poids à la romance contrariée au centre de l’histoire ; mais le film s’y refuse très scrupuleusement. En conséquence, le sort de cette relation reste parfaitement anecdotique et ne suscite pas d’intérêt.

L’ennui s’installe donc et ce n’est pas le twist final – visible à trois kilomètres – ni le discours convenu qui l’accompagne qui rattraperont la sauce. On ne passe pas forcément un mauvais moment, mais on ne vibre pas, ne s’inquiète pas, ne réfléchit pas. C’est un film inodore et sans saveur, facilement digeste, loin des atmosphères anxiogènes teintées d’absurdité qui font la patte de Dick ; il roule sur des rails convenus, ce qui ne manque pas d’ironie. Sur une thématique proche, il y aura potentiellement mieux à faire de deux heures de son temps, par exemple tenter Code Source (chronique à venir).

2011-12-17T10:32:13+01:00lundi 24 octobre 2011|Fiction|6 Commentaires
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