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IA, soupe tiède et soif d’humanité

L’IA me pète les genoux, l’IA me sort par mes yeux, l’IA et ses petites baguettes magiques de merde qui ont fleuri dans tous mes outils me donnent envie d’aller acheter une machine à écrire de vingt-cinq kilos pour défoncer un rack de serveur avec, bref, je ne suis point enthousiasmé par ce prétendu outil en quête d’un modèle économique et fondé sur le plus grand pillage d’œuvres de l’esprit de l’histoire humaine et qui démontre régulièrement qu’il est plus con qu’une chaise à trois pieds

L’IA ne crée pas, ça commence à se savoir, elle ne fait que remixer ce dont on l’a nourrie et ce, de façon globalement peu adroite, en plus, et y a forcément des crétins pour crier au miracle, comme des spectateurs revenant d’un événement de David Copperfield fermement convaincus que la lévitation existe :

There's a thread on Twitter that purports to show that AI can save money by producing visual effects better than Hollywood. And it's just identical shots that wouldn't exist without straight plagiarism of the source material. It might be the dumbest thread I've ever seen.

Matt Novak (@paleofuture.bsky.social) 2025-05-14T04:48:48.085Z

RENDEZ-VOUS COMPTE CETTE PHOTOCOPIEUSE ÉCRIT DU DOSTOÏEVSKI C’EST UN MIRACLE

Hélas, le monde étant ce qu’il est, pour des textes simples, des brochures publicitaires, des musiques d’illustration, l’IA est déjà en train de mettre des pelletées de gens sur la paille (MAIS LE PROGRÈS ! nous clame-t-on). Mécaniquement, ça percole aussi dans l’art au sens large (on a parlé des techbros de Spines), mais j’ai un rêve – probablement un peu idéaliste, mais c’est un rêve, alors c’est fait pour :

Nous baignons déjà dans une soupe artistique tiédasse où plus le risque est important, plus la sécurité prime, en témoignent les blockbusters Marvel sortis à la chaîne, la lassitude du public envers les formules-qui-marchent, la nouvelle trilogie Star Wars bancale, etc. Une fois de temps en temps sortent cependant des projets risqués qui bluffent tout le monde : Outer Wilds, Twin Peaks, Messe pour le Temps Présent, Severance, The Fountain, de vrais projets d’artistes (avec les parcours épineux qui les accompagnent souvent, malheureusement), qui pètent tout et inspirent toute une sphère.

Or l’IA ne créera jamais quelque chose de totalement novateur, c’est tout le contraire, elle va donc renforcer l’aspect soupe tiédasse dont nous avons déjà… euh… soupé. Mon rêve, ma croyance, mon fils, ma bat… euh… c’est que cette situation développe une appétence renouvelée pour les projets d’artistes, les approches folles, novatrices, les vrais risques qui disent quelque chose, d’autant plus en réaction vis-à-vis de l’immense photocopieuse qu’est l’IA où tout est plus ou moins pareil et mécaniquement réchauffé. On voudra de l’humain, qui saigne, qui met son cœur sur la table, qui te prend le visage entre les mains, te plante les yeux au fond de l’âme et te dit : « tiens, putain, de la vie brute dans ta gueule ».

Soyons grand·es, beaux et belles, fantastiques – fous. Je veux dire, ça a bien marché pour Boris Vian.

Ouais, je rêve. Je sais. Mais une part de moi y croit quand même. C’est parce que je garde une foi déprimante envers notre espèce. Sinon, je ne ferais pas des articles avec des gros mots.

2025-05-16T16:33:16+02:00mercredi 21 mai 2025|Humeurs aqueuses|5 Commentaires

Ce week-end, c’est les Imaginales !

Hey, vous connaissez l’exercice, je suppose ? Depuis le temps. Et si vous ne le connaissez pas, les Imaginales, c’est un des rendez-vous incontournables de l’année, l’un des plus grands et vénérables festivals en France, à Épinal, et ça se tient cette année de jeudi à dimanche (22-25 mai). Avec un HÉNAURME salon du livre, des expositions magnifiques, du jeu, un village d’artisanat… 

Pour ma part, ce sera mon ultime événement avant mon retour Down Under, donc la dernière chance de m’entendre faire des blagues nulles, de repartir avec un bouquin signé, voire de repartir avec un bouquin signé avec une blague nulle. (Je peux aussi ne pas faire de blagues, mais je demande plus cher) (Je serai vraiment présent sur le festival à partir de vendredi matin, puisque nous donnons comme tous les ans la Masterclass avec Sara Doke et Jean-Claude Dunyach, donc ne me cherchez pas jeudi)

J’aurai aussi le plaisir de participer à deux tables rondes :

  • Vendredi 23 mai, 14h, Magic Idolize : Les 15 ans des éditions Critic. Avec Simon Bréan, Florence Bury, Lou Jan, Éric Marcelin.
  • Dimanche 25 mai, 14h, Magic Salon Perdu : Recueil de nouvelles et short stories, quand le fil rouge est plus qu’un procédé littéraire. Avec Bora Chung, Jean-Claude Dunyach, Jean-Philippe Jaworski.

M’est avis que pour le panel de dimanche, il s’agira pour ma part d’intertextualité au sein d’Évanégyre, ce qui ressort le plus dans La Route de la Conquête. VousMêmesVousSavez.

➡️ Site officiel, infos pratiques et programme

2025-05-16T16:56:02+02:00lundi 19 mai 2025|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Ce week-end, c’est les Imaginales !

Procrastination podcast s09e17 – Quel sort pour les méchants

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s09e17 – Quel sort pour les méchants« .

Le sort classique de l’antagoniste des genres populaires est la mort, parfois graphique et même satisfaisante. Mais est-ce une nécessité absolue ? Que cela véhicule-t-il, peut-on jouer à imaginer d’autres dénouements ?

Lionel évoque les liens de ce traitement avec une vision peut-être simpliste de la dynamique historique, et antique de la justice, même s’il rappelle que narrativement, cela demeure satisfaisant ; néanmoins, il est intéressant d’y réfléchir.

Estelle aborde les résonances symboliques de l’hubris, et développe la question de la question de l’après-victoire, assez peu traitée et souvent occultée dans les récits, et pourtant capitale dans la représentaiton d’un monde.

Mélanie donne des références d’alternatives aux morts de méchants, de jeux sur le motif pris comme une diversion et non une fin, et rappelle que la mythologie est une excellente source de sorts pires que la mort.

Références citées

  • L’Héritier de l’Empire, premier tome de La Croisade noire du Jedi fou, de Timothy Zahn
  • James Bond, personnage créé par Ian Fleming
  • Dead Zone, roman de Stephen King
  • Star Wars, licence créée par George Lucas
  • Indiana Jones, personnage créé par George Lucas et Steven Spielberg
  • Furiosa, fim de George Miller
  • Conan le barbare, personnage créé par Robert E. Howard
  • Babylon 5, série de Joe Michael Straczynski

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2025-07-04T06:38:48+02:00jeudi 15 mai 2025|Procrastination podcast|Commentaires fermés sur Procrastination podcast s09e17 – Quel sort pour les méchants

On ne reprend pas les textes des auteurs sans leur accord explicite

Un petit message de service que je pose là : tout usage non autorisé par un contrat d’édition est formellement… eh bien… non autorisé. Je n’ai nulle envie d’aller focaliser une ire quelconque contre une structure en particulier donc je tairai les détails de l’affaire dont il est question (et pour laquelle j’ai soigneusement laissé couler les ponts), cependant elle a été suffisamment à la fois lunaire et agaçante pour en faire un rappel formel et général à l’usage des plus jeunes.

Un contrat d’édition encadre et définit les droits sur son œuvre que l’auteur·ice cède à la maison d’édition, comportant notamment périmètre, durée et rémunération, en échange de l’exploration de ladite œuvre par ladite maison d’édition. En général, ledit périmètre concerne un ouvrage donné : on cède un roman ou une collection de textes, ou bien une nouvelle dans un ouvrage collectif. En France, il est très fréquent que l’éditeur représente l’œuvre dans des éditions dérivées (notamment le poche), et c’est explicitement mentionné au contrat.

Cela ne signifie pas que la maison d’édition a tout droit sur les textes qui lui sont confiés, qu’elle peut en disposer pour des ouvrages distincts qu’elle publie sans accord ni rémunération (sans même parler de la base : informer l’auteur !).

Tout usage non prévu au contrat est purement et simplement illégal. De la même façon que la loi définit clairement ce qu’on peut, ou ne pas faire : on ne peut pas traverser à moitié en-dehors des clous. On ne peut pas faire n’importe quoi, et ça doit donc se régler obligatoirement en trois volets incompressibles : a) pardon, b) voilà une proposition de compensation (même symbolique), c) on ne le refera plus. Une erreur arrive. On peut s’entendre.

En revanche, toute autre réaction signe une rupture grave de confiance (puisque plus rien n’encadre quoi que ce soit, que ce soit le business ou la courtoisie), et doit probablement donc se solder par la rupture de la collaboration.

2025-04-29T14:40:49+02:00lundi 12 mai 2025|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur On ne reprend pas les textes des auteurs sans leur accord explicite

Fileas, une plate-forme gratuite pour suivre ses ventes de livres

Gratuite pour les auteur·ices, en tout cas, à condition de justifier de son identité1 :

Quelques camarades signalent avoir eu du mal à se faire vérifier, mais rien à signaler pour ma part : l’outil est rapide et fonctionne.

… par contre, « bien », quand on est auteur·ice d’imaginaire, c’est une autre histoire. Les données de Fileas sont basées sur celles de GfK, qui sont extrêmement peu fiables dans notre cas, en raison de l’importance des points de vente indépendants et de leur absence fréquente dans les statistiques. Dans mon cas, les chiffres signalés sont colossalement sous-estimés (un tiers de la réalité dans le meilleur des cas), au point qu’ils ne veulent pas dire grand-chose, même en tant qu’ordres de grandeur. Fileas annonce cependant viser l’intégration d’autres sources de données l’année prochaine.

Tant que ces nouvelles données ne seront pas incluses, je n’en aurai guère l’usage (et j’imagine que ce sera le cas d’une grande part de l’imaginaire français), mais : l’outil a le mérite d’exister, il est gratuit, et surtout, il vient tout juste de sortir. Espérons qu’il se développe…

… ou que l’on puisse un avoir un jour un accès direct et automatisé à nos chiffres de vente. Toutes mes maisons d’édition actuelles me les fournissent sur simple demande en cours d’année, et gloire à elles – mais cela ne va hélas pas forcément de soi partout.

➡️ Fileas

  1. Avec un processus un peu hasardeux à base d’envoi de scan de pièce d’identité, mais bon, ça n’est pas comme si la France avec un système unifié de vérification fondé sur les services publics, hein ?
2025-04-29T15:43:30+02:00mercredi 7 mai 2025|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Fileas, une plate-forme gratuite pour suivre ses ventes de livres

Samedi 16h30 : dédicace à la librairie Critic (Rennes)

Rennes ! N’imagine pas que je passe en France sans venir t’embêter ! Je serai en dédicace à la librairie Critic (19 rue Hoche, en face du Conservatoire) ce samedi de 16h30 jusqu’à la fermeture. Je n’aurai pas encore le tome 5, je sais, j’en suis désolé, mais j’en ai quatre autres, avec lesquels on peut jouer au Jenga ou bien caler une armoire vraiment très très bancale. Et j’aurai tout le reste de ma biblio encore disponible, bien sûr (les Port d’âmes et les « Les Dieux sauvages » 2 – Le Verrou du Fleuve se font rares en grand format ces temps-ci, donc ce sera l’occasion de compléter la collection, ou bien de réfléchir à la situation de votre mobilier ancien).

2025-05-15T14:05:46+02:00lundi 5 mai 2025|À ne pas manquer|2 Commentaires

Procrastination podcast s09e16 – Donner une voix à un personnage

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s09e16 – Donner une voix à un personnage« .

Les personnages sont des véhicules primordiaux de narration : leur unicité, leur personnalité, leur « voix », en un mot, rend un récit mémorable – et le prive d’une substance nécessaire en cas d’absence. Techniques, approches et outils pour réaliser ça dans ses histoires !

Lionel rappelle que la voix, c’est le comportement, l’être-au-monde, ce qui déborde sur la notion de point de vue et la transmission même de l’information choisie par la narration. Estelle propose des techniques littéraires pratiques, des exercices et des exemples pour appréhender la notion, et Mélanie donne des exemples précis issus de la traduction et expose sa technique pour isoler l’unicité de ses propres personnages.

Références citées

  • Donjons et Dragons

  • Raymond Queneau, Exercices de style

  • James Ellroy

  • Flaubert, Madame Bovary

  • Anne Rice, Entretiens avec un Vampire, Lestat le Vampire

  • Roger Zelazny, L’Île des morts

  • Shirley Jackson, La Maison hantée

  • Brandon Sanderson, « Les Archives de Roshar » (saga)

  • Constantin Stanislavski

  • Joe Michael Straczynski

  • Virginia Woolf

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2025-07-04T06:38:33+02:00jeudi 1 mai 2025|Procrastination podcast|Commentaires fermés sur Procrastination podcast s09e16 – Donner une voix à un personnage
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