La photo de la semaine : le lac secret de Tobermory
Derrière la ville de Tobermory, sur l’île de Mull, il y a une forêt et un petit lac secret, qui communique avec la mer via un étroit chenal.
Derrière la ville de Tobermory, sur l’île de Mull, il y a une forêt et un petit lac secret, qui communique avec la mer via un étroit chenal.
Cette petite BD circule partout sur Internet, et il faut dire qu’elle est très drôle :

Elle met l’accent sur la « défense » dite du « not all men » : en réponse à la dénonciation des problèmes de sexisme, certains répondent « oui mais pas tous les hommes » (= ne sont des violeurs / ne sont payés plus que les femmes / ne battent leur épouse etc.) Soit : « OK, mais pas moi » – ce qui à la fois une évidence, et une façon pour l’individu de se dédouaner, s’il se sent mal à l’aise dans la discussion (l’usage de cet argument me paraît donc, mécaniquement, prompt à susciter la méfiance). Mais, au-delà et fréquemment, c’est une façon pour certains d’invalider l’argument tout entier : « si l’on formule un problème de discrimination sexuelle, mais que je n’exerce aucune discrimination, alors le problème de discrimination n’existe pas ». Time y consacre un article.
OK, le comic est savoureux, vraiment. Cela dit, il pose d’abord un souci de logique argumentative, et non de société, à mon humble avis, lequel se fonde sur l’idée – toujours casse-gueule – de généralisation dès qu’on quitte le domaine des mathématiques1.
Petite anecdote : un jour, lointain, une femme lors d’un salon, avec un coup dans le nez, se mit à râler sur les traits génériques des hommes à la cantonade. Après quelque diatribe, elle se tourna vers moi (j’avais l’heur d’être son voisin) et me dit : « Ha, vous ne dites rien parce que ça ne doit pas vous faire plaisir de vous entendre décrit comme ça, hein ? » Ce à quoi je répondis sincèrement en souriant : « Non, je ne dis rien parce que je ne corresponds pas au portrait que vous faites, et je ne me sens donc pas concerné. » J’ai pensé que c’était une façon un peu idiote de se comporter. Qu’elle se sente flouée de manière générale, je pouvais le comprendre si son vécu l’y poussait ; qu’elle s’adresse à un parfait inconnu comme confirmation d’une thèse générale était, au mieux, casse-gueule.
De façon formelle : la majorité n’est pas la totalité. Mais et c’est important, la totalité n’est pas nécessaire pour valider une thèse ou une observation, et vouloir se placer sur ce terrain (comme le caricature – j’insiste – la BD) est une perte de temps et une faiblesse argumentative. De façon plus claire : ce n’est pas parce que tous les hommes ne battent pas leur femme (c’est une évidence) que la violence conjugale n’est pas un vrai problème (ce qui devrait être une évidence).
Porter un contre-exemple à une thèse générale n’invalide pas la totalité d’une thèse : cela invalide l’aspect total de la thèse. Lequel tend déjà, par essence, à l’invalidité dès lors qu’on parle de société et non de mathématiques ou de logique formelle. Quand je dis « les hommes » « les femmes » « les Noirs » « les Chrétiens », je suis bien parti pour dire une connerie.
Mais quelle importance a cet aspect total ? Absolument aucun.
Est-ce que ça nie l’existence des discriminations? Non. Elles concernent la majorité et/ou l’usage qui sont, eux, constatables (dès lors qu’on n’a pas des œillères devant les yeux). Est-ce que ça invalide les combats attenants? Non, encore moins (cela découle tout seul du point précédent). On prend des risques superflus, en revanche, si l’on veut donner un aspect total à une argumentation, à la fois du côté de celui qui argumente et de celui qui réfute, car il donne un poids absurde (c’est-à-dire : qui n’a rien à faire avec la choucroute) au cas minoritaire. Ce n’est pas le sujet. C’est le problème dont on parle, le sujet, en tant que constatation d’une tendance, et c’est la tendance que l’on observe, dénonce et puis combat.
En d’autres termes : peu importe le contre-exemple. Il n’invalide pas la thèse. Ou, plus précisément, il ne l’invalide que si la thèse se veut totale. Or, cette totalité n’est pas le sujet (ou ne devrait pas l’être – ce qui est le sujet, ici, de cet article. Dites, ça va ? Vous êtes tout bleu.).
Pour caricaturer, ce n’est pas parce qu’il y a des riches (qui sont donc censés invalider la notion de pauvreté) que la pauvreté n’existe pas. A mon humble avis, le « not all men » n’est pas tant un souci de société, que de logique pure et, donc, de communication entre les êtres (tiens donc). Dire « tous les x » est une bêtise (qu’on parle de féminisme, d’environnement ou de chats), c’est déplacer une discussion potentiellement vitale sur un terrain inadapté et c’est prêter inutilement le flanc à une critique toute aussi bête. Dire: « ce problème existe » est en revanche une observation sociale valide, réfutable (donc scientifique), qu’il peut être difficile à faire admettre, certes, mais sur laquelle il devient possible d’agir (commençant, peut-être, par la prise de conscience, justement). Et cela rend, pour le coup, l’argument « not all men » particulièrement crétin et déplacé dans ce contexte. (« Oui, génie, pas toi, c’est inclus dans la formulation d’origine, mais tu vois, ce n’est pas de ton petit cas personnel et restreint dont on parle. »)
Tous autant que nous sommes, n’y prêtons donc pas stupidement le flanc dans notre expression publique. Parce que je crois que bien des combats sont trop importants pour les saper avec des formulations abusives qui font perdre du temps avec des critiques épiphénoménales comme le « not all men », de la même façon que la dame de mon dîner, plus haut, a sottement sapé son discours en cherchant autour d’elle une confirmation qui était, et c’est bien le pire, parfaitement inutile pour sa démonstration. (Après, je suis d’accord. Démontrer avec un coup dans le nez, c’est pas facile.)
J’avais fait un bref stage de photographie de paysage en 2012 sur l’île de Mull, pendant mon volontariat là-bas. Et j’en avais retiré une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne : le stage ne m’avait pas appris énormément de choses (cela signifiait que j’étais moins ignare que je ne le pensais). La mauvaise : le stage ne m’avait pas appris énormément de choses (cela signifiait que pour progresser, je devrais dorénavant ramer et commettre tout plein d’erreurs tout seul – et je n’ai pas fini… !).
Dès lors que l’on dispose d’un solide faisceau d’inférences et d’observations, il doit être possible de décider que quelqu’un est un abruti sans que cela relève de l’attaque personnelle, mais du jugement de valeur – une hypothèse que l’on peut parfaitement réfuter dans le cadre d’une argumentation construite -, voire, dans les cas les plus sérieux, de la conclusion scientifique ; l’information étant alors éclairante dans le cadre d’un débat.
En effet, puisque nous convenons généralement qu’il y a des abrutis partout, il vient qu’à un moment, on les trouve.
Ensuite, l’expérience prouve à 95% que pointer cette conclusion à l’intéressé emporte difficilement son adhésion quant à celle-ci, mais il est important de noter qu’on ne saurait, pour des raisons de biais cognitifs et de logique formelle, considérer cette divergence précise comme une validation de l’hypothèse susnommée.
Pris près d’Express Bus Terminal, dans le quartier de Seorae Maeul.
Parce que je bosse où je veux, comme je veux. Mais la firme à Zuckerberg, ça l’ennuie :
J’ai envie de te dire, Facebook, prends deux copies doubles et quatre heures, et rends-moi ton traitement de la question.
J’avais déjà noté un effet similaire quand j’étais parti sur le Silurian : impossible de dire à Facebook que je n’habite nulle part, ou bien par 57.9 N x 6.1 E. Pour le réseau bleu, on habite forcément dans une ville, qui doit appartenir à sa base de données. Ce qui, en terme d’optique de vie, me semble révélateur, et un peu dérangeant.
OK, j’ai balancé aux orties et avec un violent coup de pied au derrière l’ancien plug-in d’agenda, qui faisait ramer le site dans tous les sens et rendait aléatoirement des pages de l’administration de WordPress inaccessibles (All in One Event Calendar, pour ne pas le nommer: DO NOT USE, period). Je l’ai remplacé par un plugin commercial, oui mais bon, il faut ce qu’il faut, et tout fonctionne à présent dans la rapidité, la joie et la beauté. En espérant en avoir fini là-dessus, bon sang. À voir sur la page correspondante.
Cadenas accrochés par les familles séparées sur les grilles protégeant les côtes de Corée du Sud. Nous en avons parlé en début de semaine.
Je repars brièvement pour une dizaine de jours à l’étranger, cette fois assez loin et perdu dans la nature pour que ma présence en ligne soit très loin d’être garantie pour les dix jours à venir. Recommandations habituelles d’usage (il faudrait que je me fasse une page aide-mémoire, tiens, pour référence ultérieure) :
Je pars me mettre au vert un moment pour travailler sur La Route de la Conquête. Quoi de neuf dans l’intervalle ? Eh bien, l’anthologie des Imaginales est finalisée, la couverture est magnifique, le sommaire est prestigieux, le thème est intrigant, et surtout les auteurs vont vous émouvoir, c’est une certitude ! Surveillez le site du festival, il n’est pas exclu que des informations tombent d’un jour à l’autre… D’autre part, toujours en quête de l’organisation parfaite, j’ai récemment refondu mon système, enfin compris la puissance d’Evernote, et peut-être trouvé le Graal en terme d’application de gestion de projets personnels. Et j’ai changé d’outil d’écriture. Je parlerai bientôt de tout cela si mes premières impressions positives se confirment.

Photo La Tribune des Arts
Nouvelle mode, sur les grilles du pont des Arts à Paris et autres, les couples attachent des cadenas en symbole de leur amour et jettent la clé dans la Seine. Ce qui pose quantité de problèmes structurels (les rambardes alourdies risquent l’effondrement) et environnementaux (métaux dans le fleuve). Indépendamment de la symbolique du geste répété des milliers de fois et dont l’unicité et l’originalité se trouvent donc raisonnablement mises en doute, pour ma part, cette étrange prolifération presque corallienne me rappelle autre chose, vu ailleurs, et qui donne au symbole un goût amer.
La division entre Corée du Nord et du Sud a eu lieu à l’issue de la Seconde guerre mondiale. Nous connaissons le Nord – et son régime totalitaire – et le Sud, avec son développement technologique fascinant. On se doute moins que les tensions entre les deux pays font partie du quotidien ; en 1996, un sous-marin nord-coréen a par exemple débarqué un commando sur les côtes du sud, un événement qui a donné lieu à une chasse à l’homme de 49 jours. J’en avais parlé ici.
En conséquence de quoi, des kilomètres de côtes du sud sont grillagées, et surveillées par des postes de garde régulièrement espacés. On s’approche sans problème, le danger venant du large et non de l’intérieur. Et l’on remarque bien vite, sur les grilles, des cadenas espacés, ici et là, souvent colorés, représentant des petits animaux mignons populaires en Asie, avec des coeurs, des mentions « I miss you », etc.
Mais cette gaieté cache quelque chose.
« Ce sont les descendants de familles séparées par la guerre qui viennent ici accrocher ces cadenas, m’explique CSN, mon guide et ami. Ils les posent pour se rappeler les leurs, pour ne pas abandonner l’espoir d’être réunis avec leurs frères, oncles, cousins restés de l’autre côté de la DMZ. »
C’est donc pour cela qu’il y en a peu, et c’est pour cela qu’ils viennent les accrocher devant la mer ; parce que les leurs, s’ils leur sont rendus, viendront probablement de là ; que l’horizon libre permet d’espérer.
Je n’ai certainement pas à dire quoi faire à qui. Je n’ai jamais tellement aimé faire comme tout le monde, en plus, alors ajouter un bout de ferraille sur des milliers d’autres identiques… Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir vu ça, par égards pour ces gens séparés depuis bientôt 70 ans, qui ignorent même si les leurs sont encore en vie, je ne pourrais pas me prêter à ce jeu-là. Je me sentirais très myope et très vain.