Comment se choisit une couverture de livre ?

C’est une petite question en passant sur l’édition qu’on m’a posée, et qui revient finalement assez souvent. Comment se choisit une couverture de roman, l’auteur a-t-il son mot à dire, dans quelle mesure ? Qui a le dernier mot (Jean-Pierre) ?

De manière générale – à travers tous les contrats que j’ai lus et toutes les expériences que j’ai pu avoir – c’est l’éditeur qui a le dernier mot, c’est même inscrit dans un contrat standard : l’éditeur choisit les éléments de commercialisation (prix, format, grammage du papier, et cela va jusqu’à la couverture). C’est logique. La couverture est bien sûr un élément artistique, mais c’est aussi un élément de communication et donc de commercialisation – et s’il connaît bien son métier, il sait comment présenter (ou, plus exactement, confier à un illustrateur et/ou un graphiste) le livre de manière à susciter l’intérêt du lectorat visé (lequel, dans ton cas, est auguste, c’est établi de longue date). Et, notamment, il le sait mieux que l’auteur (dont ce n’est pas le métier). L’expérience tend à prouver par ailleurs qu’un auteur n’est pas toujours le meilleur ambassadeur de son projet, et ce qu’il a voulu y mettre ne correspond pas nécessairement à ce qu’il est le plus pertinent de mettre en valeur, voire, ce qu’il n’est possible de mettre en valeur tout court (« J’aimerais bien que ma couverture mette en avant une profonde tristesse née du mal de vivre. » « Ça se met pas en page, ça, monsieur Baudelaire, vous êtes un peu chiant. »)

Après, ça, c’est la théorie, dans les faits, l’auteur est très fréquemment consulté, voire fortement sollicité pour la construction de l’ambiance graphique. Logique aussi, c’est quand même lui qui connaît son univers, et évidemment, tout le monde a intérêt à ce que l’illustration colle au plus près des intentions de l’auteur et que tout le monde soit content (je le dis fréquemment et je le répète, contrairement à la légende, les relations dans l’édition ne sont pas nécessairement emprises de rapports de force, du moins pas quand on travaille en bonne intelligence). Il arrive très fréquemment qu’on lui transmette des croquis préparatoires pour savoir si la direction convient à l’ambiance, à ce qu’il imagine, s’il y un détail ou deux à ajuster, et c’est là qu’il doit aussi faire preuve de professionnalisme – il ne s’agit pas de représenter à la lettre l’univers ou le récit mais de les magnifier pour parler à l’imagination d’un possible lecteur que le livre intéresserait. C’est, en un sens, la première adaptation du roman, et je considère, pour ma part, qu’il faut grandement laisser l’artiste s’exprimer – c’est son métier de faire de belles images et je lui fais confiance. Il m’arrive de signaler parfois un ou deux détails de forme pour que cela colle mieux à l’univers (de mémoire, par exemple, j’ai demandé à ce qu’on retire les canons de chasse – à l’avant – sur les cuirassés impériaux de La Volonté du Dragon car, pour des raisons qui seront assez vite mises en valeur, c’est une mauvaise idée).

Couv. Alain Brion

Ce qui arrive fréquemment et que j’ai toujours fait pour mes romans, c’est que l’éditeur demande à l’auteur un petit dossier d’inspirations et de passages signifiants à remettre à l’illustrateur pour l’aider à cerner dans quelle direction partir. Les illustrateurs ont rarement le loisir de lire les livres ; ils sont extrêmement sollicités et travaillent bien plus vite que les écrivains, donc il convient de leur faciliter la vie. Par exemple, de mémoire récente, j’ai transmis à Critic pour Alain Brion (qui illustre magnifiquement « Les Dieux sauvages ») un descriptif assez détaillé de Loered dans Le Verrou du Fleuve, avec quelques plans, ambiances et références géographiques et architecturales (que j’ai de toute façon dans mes notes), ce qui a abouti au splendide résultat ci-contre.

Donc, c’est un travail de collaboration, où l’auteur agit comme consultant estimé – il fournit la matière à l’illustrateur, mais en cas de litige, c’est l’éditeur qui a le dernier mot. Pour ma part, je trouve cela très bien : à chacun son métier. Et j’ai toujours été magnifiquement gâté par mes illustrateurs, qui semblent à chaque fois ouvrir ma tête et en sortir les images que je m’efforce de décrire avec de seuls mots, et je les en remercie à nouveau !

2019-06-04T20:21:00+02:00mercredi 24 janvier 2018|Best Of, Le monde du livre|5 Commentaires

Procrastination podcast S02E09 : « Les personnages en groupe »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Les personnages en groupe« .

Les personnages peuvent être complexes à manipuler au long cours, mais les dynamiques narratives se multiplient exponentiellement dès qu’on les réunit en groupes. Mélanie, Laurent et Lionel explorent ce mécanisme, reflet du monde et de la société, et leur écriture. Laurent rappelle d’abord le double rôle, simple individu et instance d’une vision du monde, d’un personnage dans une telle situation et met en garde contre leur multiplication pour conserver énergie et clarté à l’intrigue. Mélanie met en garde contre l’utilitarisme des personnages, et s’appuie en profondeur sur Buffy contre les Vampires pour explorer la thématique des interactions. Lionel met l’accent sur le conflit, dramatisation des tensions et exemplification des personnages, mode de narration très efficace permis par le groupe.

Références citées :
– L’Arme Fatale
– Buffy contre les Vampires
– Kelley Armstrong, « Femmes de l’Autremonde » (série)

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2019-05-04T18:47:10+02:00lundi 15 janvier 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|2 Commentaires

Pourquoi je détruis mes manuscrits achevés (… car Le Verrou du Fleuve est achevé)

Oui, c’est une façon un peu oblique de l’annoncer, mais d’ores et déjà, je suis ravi (et soulagé, j’avoue) d’annoncer que Le Verrou du Fleuve est terminé et se trouve chez Critic pour les étapes de fabrication. Merci à vous d’avoir patienté avec bienveillance ces quelques mois de retard, et d’avoir accueilli avec autant d’enthousiasme la nouvelle que, de trois livres, on passait à quatre ! Comme promis, Le Verrou du Fleuve est un beau bestiau juste en-dessous du million de signes, ce qui le rend un petit peu plus court que La Messagère du Ciel, mais pas de beaucoup. Et même si j’ai d’abord un certain nombre de choses à boucler que j’ai laissées en plan jusqu’ici, je m’applique ma propre recommandation : je touche mon manuscrit tous les jours, et l’écriture de La Fureur de la Terre a débuté – même si, pour l’instant, à un rythme très réduit.

J’ai un rituel que j’annonce innocemment sur Facebook à chaque bouclage de manuscrit, qui se trouve illustré ci-contre en partie (il y en a eu deux fois plus avant que je pense à faire la photo…), et c’est détruire mon tirage papier annoté pour les corrections. C’est pour moi libératoire, mais cela suscite à chaque fois des réactions assez stupéfaites (voire inquiètes), ce que je trouve très intéressant (et flatteur, d’ailleurs), aussi me disais-je que je pourrais développer pourquoi je fais ce truc qui paraît sacrilège à certains yeux.

Déjà, je travaille presque exclusivement de manière numérique : je réfléchis de manière manuscrite sur iPad Pro, je rédige avec Scrivener, épaulé par quelques logiciels annexes comme Aeon Timeline. Quand le premier jet est terminé, j’en réalise un tirage pour effectuer mes corrections et c’est à peu près la seule étape du travail pour laquelle je passe délibérément sur le papier, pour me donner un regard complètement différent et extérieur sur le livre. Ce tirage, je l’annote sauvagement (il y a quelques photos marrantes sur Instagram), parfois avec une violence, euh, exigence envers moi-même que je ne peux montrer à personne (je réalise des comparaisons peu flatteuses et péremptoires qu’on n’ose faire qu’avec ses amis proches et 2g de sang par litre de whisky). C’est un document de travail pur, éminemment personnel, destiné par nature à être transitoire pour amener le livre à être soumis à l’éditeur (et aux bêta-lecteurs), à partir de quoi les corrections éditoriales pourront être réalisées.

C’est une chrysalide, en un sens, un échafaudage, voire, plus exactement, un slip sale. C’est destiné à disparaître (ou à être lavé dans le cas du slip, heiiiin) – ce qui compte est l’édifice final, le livre publié.

Je suis, de manière générale, extrêmement méfiant envers le fétichisme de l’auteur ou de son processus de travail. On m’oppose souvent que des bibliothèques aimeraient collecter ce genre de documents. Non. C’est un slip sale. Y a des limites. Un livre achevé est derrière moi, et ce qui compte est le suivant, avec les leçons apprises, comment aller ailleurs, autrement, plus loin. Et la postérité, me propose-t-on ? Écoute-moi bien, auguste lectorat : je m’en tape ou, plus exactement, j’ai résolu cette question depuis longtemps – je ne me fais aucune illusion sur une éventuelle postérité ; c’est l’histoire qui choisit, pas soi-même, de toute façon ; alors ? Je ne travaille pas pour elle, je travaille pour le vivant, l’expérience du parcours, et le partage du parcours de mon vivant avec toi. La littérature, c’est un truc qui vit, bordel, c’est pas un portrait de Victor Hugo poussiéreux et une édition qui sent le moisi ; c’est – est-ce que ça me parle ? Non ? Eh bah, pas grave, va lire un truc qui te parle ! Cf les droits du lecteur de Pennac.

https://www.instagram.com/p/BZLMsFBFEXI/?taken-by=wildphinn

Est-ce à dire que je m’en fiche d’être oublié, alors ? Non, mais la question est rhétorique de toute manière, et donc autant lâcher-prise tranquillou bilou : soit il n’y a rien après la fin et donc, ça n’aura guère d’importance, à part pour mes proches, mais leur influence là-dessus sera assez limitée aussi donc bon ; soit je serai devenu énergie pure, et l’idée même de postérité me suscitera un sourire ultraviolet sur mes lèvres supernova de grand gluon de Bételgeuse. Pour quoi travaille-t-on ? La postérité m’a toujours paru une idée mortifère ; ce n’est pas ce qui vient après qui compte, c’est la célébration du vivant, ce que l’on apporte, ce que l’on ouvre, ce que l’on suscite et, idéalement, ce que l’on suscite en soi en le faisant, comment l’on avance, le partage, le rapporte aux siens ; comme disait l’autre, le changement, c’est maintenant. L’écriture a un côté chamanisme (ça fait classe en cocktail). De plus, glorifier le processus de l’auteur, comme je l’ai dit régulièrement ici et là, me paraît terriblement dangereux pour une profession qui montre déjà des egos surdimensionnés (ça fait partie du descriptif de poste) donc ce n’est pas une faveur que de le nourrir davantage.

En tout cas, ce sont mes réponses, elles n’engagent que moi, bien entendu. J’ai des camarades que j’estime beaucoup qui ont donné des carnets, des notes aux bibliothèques et j’avoue que j’ai adoré les découvrir en exposition et j’en ai rempli chaque pixel de mes yeux avec avidité.

Mais pour ma part, j’ai choisi de documenter mon processus de travail ici, sur le blog et en conférence, et ces archives, plus les billets d’humeur, plus mes notes privées sur les univers et l’ensemble fourniront amplement de quoi s’éclater à des bibliothécaires et largement assez de sources de honte à mon incarnation de grand gluon de Bételgeuse quand on ressortira mes posts naïfs sur SFFranco datant de 1998. Mais je tiens à faire cela de manière vivante, à travers une conversation, non pas pour documenter la postérité, encore une fois (et sérieusement, faut arrêter ; si un auteur de fantasy français accède un jour à la postérité… eh bah je serai dégoûté d’être mort, parce que le monde sera vraiment devenu trop cool, et j’aurai trop la rage d’avoir canné). Pour parler à des gens, tendre la main aux auteurs moins expérimentés que moi, pour être éventuellement remis en cause, d’ailleurs ! Tout cela est un processus constant ! Et le blog montre bien que parfois, je me plante. Travailler pour la postérité, c’est pratique, parce que l’avenir lointain ne peut pas vous demander de comptes. Les carnets et notes ci-dessus mentionnés, c’est bien qu’un bibliothécaire ait pensé à les sortir ; gloire lui soit rendu.e ; mais du coup ici, c’est open bar et pourquoi pas ? Comme le disait Dave Calvo il y a des années à propos de son flux Twitter : « Je creuse ma tombe. »

https://www.instagram.com/p/Bbwu_WzD0OY/?taken-by=wildphinn

Donc, voilà pourquoi je déchiquète mes manuscrits. C’est une manière pour moi de laisser le livre prendre son envol, de clore ce volet de ma vie, de laisser les lecteurs se l’approprier à présent, et de conserver le résultat final, ainsi que les intentions d’origine, clairement séparés dans ma tête et dans mon cœur, pour aborder le prochain projet renouvelé. Et si l’on veut, dans deux cents ans, documenter mon processus de travail, ce billet me paraîtra bien plus intéressant qu’un kilo de feuilles raturées avec des vannes cryptiques et de toute façon, biographe putatif de dans deux siècles, j’ai un truc à te dire : tu te trompes. Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais je te regarde depuis l’espace infini des trames innombrables et je le sais. Lol.

2018-01-05T23:06:30+01:00mardi 9 janvier 2018|Technique d'écriture|26 Commentaires

Procrastination podcast S02E08 : « Musique de l’écriture »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Musique de l’écriture« .

La musique et l’écriture entretiennent des liens anciens, étroits et complexes, y compris sous l’angle de la création littéraire, ce que les trois auteurs explorent dans cet épisode. Mélanie explique comment pour elle, elle représente une inspiration capitale, Laurent établit des liens avec la poésie et le rythme, et Lionel explore timidement en quoi, sur le plan neurologique, elle peut faciliter la transe créative.

Références citées
– Alain Damasio, La Horde du Contrevent
– Focus@Will, http://lioneldavoust.com/2015/la-boite-a-outils-de-lecrivain-focuswill-larme-secrete-de-la-concentration/
– Jérôme Marie, compositeur, https://jmariecompositeur.wixsite.com/wanuprod
– Stefan Wul, Nôô

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2019-05-04T18:47:10+02:00vendredi 5 janvier 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Procrastination podcast S02E08 : « Musique de l’écriture »

Rencontre de podcasts sur la narration : jeu de rôle et écriture

Je turbine actuellement sur beaucoup de choses, mais ma priorité absolue est Le Verrou du Fleuve (il arrive, il arrive, et les barres de progrès sont redevenues fiables, pour info, mises à jour au moins une fois par semaine). Cela signifie que je suis en retard sur la répercussion d’un certain nombre de choses et notamment d’entretiens et de chouettes discussions : je me suis rendu compte que si j’avais annoncé notre podcast croisé avec l’excellente émission rôliste Les Voix d’Altaride, je n’avais pas posté ce que ça avait donné.

Dont acte (et j’avoue que vous proposer ça aujourd’hui me permet de continuer à carburer sur le roman…). Plein de choses sur l’écriture, la narration, et les approches croisées avec le jeu de rôle ! Merci à Julien Pouard, Eugénie et à la librairie Charybde pour l’organisation et l’accueil.

2019-06-04T20:21:01+02:00mardi 19 décembre 2017|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Rencontre de podcasts sur la narration : jeu de rôle et écriture

Procrastination podcast S02E07 : « La nouvelle »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « La nouvelle« .

Si le roman est la forme la plus visible de littérature sur les étals, la nouvelle est considérée parfois comme la forme reine des littératures de l’imaginaire. Au-delà de la longueur, qu’est-ce qui la différencie, en termes d’effets, de finalité, d’atmosphère ? Mélanie nous livre en quoi la nouvelle s’apparente au TARDIS ; Laurent, qui est plutôt romancier, nous livre son approche de l’exercice ; et Lionel confesse adhérer à la définition d’Edgar Allan Poe, selon laquelle tout dans une nouvelle doit concourir à l’effet final.

Référence citées
– Procrastination s01e04, C’est pas la taille qui compte

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2019-05-04T18:47:11+02:00vendredi 15 décembre 2017|Procrastination podcast, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Procrastination podcast S02E07 : « La nouvelle »

Organisation et productivité dans l’écriture – invité du podcast officiel GTD en France

Quand je me suis lancé il y a des années, à travers la tendance du lifehacking, dans la quête de mieux organiser mon travail et mon quotidien, tout cela pour arriver à créer avec plus de plaisir et de détente, je n’imaginais absolument pas que je terminerais à parler sur l’antenne du podcast officiel de Getting Things Done en français. C’est pour un moi un immense plaisir (et une sacrée responsabilité !) d’avoir été invité à parler de la pratique de GTD dans les domaines de l’écriture de fiction ; merci à Romain Bisseret pour son invitation et son intérêt pour les retours d’expérience partagés sur ce blog.

L’épisode est disponible en écoute libre sur le site officiel, sur cette page.

2024-07-31T03:48:42+02:00mercredi 13 décembre 2017|Entretiens, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Organisation et productivité dans l’écriture – invité du podcast officiel GTD en France

Procrastination podcast S02E06 : « La rémunération des auteurs »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « La rémunération des auteurs« .

Vivez-vous de votre plume ? Avez-vous un « vrai » métier à côté ? Peut-on gagner sa vie en écrivant ? Pour apporter de premiers éléments de réponse à ces questions, il convient d’abord de comprendre les fondements du mode de rémunération de l’auteur. Laurent passe en revue le système des droits d’auteur, que Mélanie développe sur la nouvelle, Lionel sur le numérique, et, en abordant rapidement les différents acteurs de la chaîne du livre, nous effleurons ce que signifie être un auteur s« professionnel » en 2017.

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2019-05-04T18:47:11+02:00vendredi 1 décembre 2017|Procrastination podcast, Technique d'écriture|1 Commentaire

Une solution originale pour consigner son temps

J’ai financé certains projets Kickstarter qui ont abouti, si si, je vous assure. (Désolé, j’ai été un peu échaudé par une succession d’échecs, et David Sparks propose de très bonnes lignes directrices pour éviter ça.) Parmi celles-ci, le ZEI°, un petit machin marrant qui peut s’acheter à présent sur le site idoine.

Consigner l’usage qu’on fait de son temps est important pour toutes sortes de professions, tout particulièrement les indépendants, pour la facturation ou tout simplement pour s’assurer qu’on ne passe pas trop de temps à s’engueuler sur Twitter (version moderne des correspondances épiques de Flaubert, en moins long et avec plus de mèmes tirés de 9GAG). J’ai testé plusieurs applications, notamment Toggl, mais je n’ai pas besoin d’une solution ultra développée, juste d’un truc qui me permette de surveiller, grosso modo, le ratio entre l’écriture et l’administratif (à la louche).

Il y a quantité de solutions simples pour ce faire, mais j’avais commandé donc ce petit bidule mignon et j’avoue que je l’ai adopté sans effort à la réception :

Le principe est simple : un dé à huit faces lesté, gros comme mon poing, couplé en Bluetooth à une application sur mon Mac. À chaque instant, l’application surveille la face qui se trouve vers le haut, et sa signification est entièrement paramétrable avec un feutre effaçable ou des autocollants (le cas sur ma photo). L’application accomplit un peu le service minimum et n’a pas l’ergonomie la plus fouillée du monde, mais elle marche, et s’inscrit dans la démarche de simplicité de l’appareil, en proposant quand même des rapports et intégrations logicielles (notamment avec Toggl, justement). On est très loin de Timing, mais c’est un peu le but :

Cliquez pour agrandir

Ce que je trouve chouette avec le ZEI°, c’est d’avoir un objet physique plutôt rigolo à manipuler quand il s’agit d’attaquer une plage de travail, ou de changer de mode. Je me suis aperçu que j’ai pris l’habitude de le faire basculer avec un claquement sonore d’une face à l’autre, comme pour signifier à mon cerveau la clôture d’un projet au fil de la journée pour attaquer le suivant. Et puis, avoir une petite aide « matérielle », analogique, dans un monde de plus en plus dématérialisé ne fait pas de mal, je trouve, c’est ludique, c’est sympa.

Alors oui, c’est tout sauf indispensable, surtout si vous avez déjà une solution qui marche, mais pour moi, le ZEI° se trouve à la jonction idéale entre simplicité (huit faces, huit « modes » de travail sont largement suffisants pour garder trace de mon temps) et puissance (on peut personnaliser bien davantage le nom des projets et des clients, ce que je n’ai pas besoin de faire). Quand on travaille seul, je pense résolument qu’on peut bien s’offrir de petits jouets, et j’aime beaucoup mon ZEI°, qui donne un côté physique, tangible, à la gestion de mon temps (notre ressource la plus précieuse) tout en simplifiant grandement cette tâche rébarbative.

Timeular (les fabricants du ZEI°) proposent en ce moment une offre spéciale de Noël si vous vous sentez curieux.se.

2019-09-12T15:40:35+02:00mardi 28 novembre 2017|Best Of, Lifehacking|4 Commentaires

Ne faisons (surtout) pas une rentrée littéraire de l’imaginaire

Auguste lectorat, petit résumé rapide des épisodes précédents. Depuis une petite année, il y a un mouvement dans le milieu de littératures de l’imaginaire qui part d’un simple constat :

  • L’imaginaire est la culture populaire dominante de très, très loin (au cinéma et dans le jeu vidéo, notamment – Star WarsHarry Potter, Game of ThronesWarcraft…)
  • Mais nos littératures, tout spécialement d’expression française, luttent pour exister, par exemple dans les grands médias.

Donc, on fait quoi ? Comme l’a très justement exprimé Jérôme Vincent des éditions ActuSF, on commence par rassembler des chiffres afin d’obtenir une vision objective de la situation, pour déterminer, notamment, si ce « plafond de verre » est une réalité ou bien un ressenti.

Ce travail a été conduit pendant une grande part de l’année 2017 et des résultats préliminaires ont été proposés aux Utopiales lors d’une session appelée les États Généraux de l’Imaginaire.

Visuel par Zariel

Loin de moi l’idée de résumer ce qui s’est dit – les comptes-rendus seront accessibles bientôt ; on peut déjà tout réécouter ici – mais, en gros : oui, le plafond de verre n’est pas qu’un ressenti, il y a un déficit manifeste, par exemple, de la représentation de nos genres dans les médias généralistes. Dès lors, la question se pose : que faire ?

Et je voudrais revenir sur une idée que j’ai vu flotter dans les préparatifs, qui a été reprise pendant la matinée, et que je vois flotter encore dans la presse – et c’est l’idée de faire une rentrée littéraire de l’imaginaire sur le modèle de ce qui se fait en littérature générale, afin de faire un coup de communication et de donner une visibilité aux genres.

Et pour ma part, ça n’engage évidemment que moi, mais pour poursuivre le débat, j’aimerais dire, en substance, que : oh mon dieu, non, surtout pas1.

Pourquoi c’est une mauvaise idée

Mon expérience est nécessairement limitée, mais j’ai fait un détour hors collections d’imaginaire identifiées il y a quelques années avec la trilogie Léviathan (même si c’est de la fantasy urbaine déguisée en thriller, hein) et j’ai eu l’occasion de discuter avec quelques éditeurs de l’autre côté du plafond de verre. Et notamment de cette fameuse rentrée littéraire identifiée. Bien sûr, ce que j’en rapporte est nécessairement biaisé par mes interlocuteurs, mais quand on observe le fonctionnement de cette période, ce qu’on m’en a dit me paraît assez juste.

Et cette analyse est la suivante : la rentrée littéraire, c’est la roulette russe, c’est l’abattoir.

Des centaines de productions débarquent d’un coup sur les étals des libraires. C’est la lutte pour se faire une place au soleil – à commencer… par l’espace en rayonnages. Une des difficultés de la librairie, il faut le savoir, c’est que la place en linéaire n’est pas extensible – elle est souvent très limitée, au contraire, et un livre a très peu de temps pour être vu en rayon avant de disparaître dans les étagères, puis de sortir du stock. La rentrée littéraire ne fait qu’aggraver le problème. Sans parler, évidemment, de l’espace disponible dans les médias pour en parler, et, bien sûr, du temps des gens – qui n’ont pas la possibilité de lire 200 bouquins en un mois…

En conséquence, une proportion alarmante de ces livres fait de gros échecs commerciaux (quelques centaines de ventes), par rapport aux moyens employés. Ceux-là sont écartés, oubliés ; en revanche, dès que quelque chose frémit, les départements de communication misent dessus, s’efforcent d’avoir les meilleurs relais de presse (télés et radios nationales, par exemple). C’est donc un jeu puissamment risqué, où l’on accepte de perdre gros pour gagner gros sur les succès de la rentrée. (Bien sûr, je ne suggère pas que c’est entièrement incontrôlé de la part des éditeurs – il y a des stratégies réfléchies – mais si les stratégies marchaient à tous les coups dans cette industrie, on ne ferait que des best-sellers ; l’aspect risque de la pratique est indéniable.)

Cette analyse a été confirmée le matin même aux États Généraux par, si ma mémoire est bonne, une libraire – pour eux, c’est un cauchemar de manutention, de gestion de stocks, de promotion…

Maintenant, considérons l’imaginaire, dont le paysage est composé d’une part non négligeable de petites structures indépendantes totalisant au maximum une dizaine d’employés. Gallimard, Grasset, Le Seuil ont les reins assez solides pour s’affronter lors de la rentrée littéraire, mais nous ? Sachant que les premières années d’une telle pratique, en plus, peineront à porter de quelconques fruits puisque nous affrontons ce plafond de verre et que rien n’assure déjà une place en relais médiatiques à un livre de littérature générale – alors, d’imaginaire ?

Mon humble avis est le suivant : c’est du suicide.

Bâtissons sur nos forces

On fait quoi, du coup ?

On est malins : voilà ce qu’on fait. On réfléchit à ce que nous sommes, ce que nous apportons à notre public, pourquoi il nous suit, ce qui nous différencie dans ce que nous avons de meilleur, et nous bâtissons sur nos forces. « Nos » comme dans « nous tous », peuple de la SF2 ou de l’imaginaire, auteurs, traducteurs, éditeurs, diffuseurs, libraires, lecteurs, blogueurs, etc.

Et ce que nous avons qui me semble assez unique, et c’est une littérature vivante. J’entends par là qu’il y a un tissu d’événements, de rencontres, d’animations qui, à mon sens, est sans commune mesure avec ce qui se fait ailleurs en littérature (ce qui a d’ailleurs posé problème avec la rémunération imposée par le CNL en festivals). En général, les auteurs d’imaginaire sont proches de leur public, de la communauté. Les librairies spécialisées s’en sortent plutôt bien dans le paysage du métier, car elles font vivre leur activité en organisant des rencontres, en fédérant du public, en organisant autant des lieux de rencontre, presque de communauté, qu’elles font tourner des commerces.

Or nous, en tant que genres, qu’aimerions-nous faire ? Être mieux connus du public. Être traités d’une manière qui reflète notre poids économique réel (qui n’est pas négligeable si l’on considère l’édition française, qui devient ridiculement écrasant quand on parle « d’imaginaire » toutes catégories confondues) et réussir à vaincre les a priori résultant de l’ignorance dont nos genres souffrent. Casser le plafond de verre, quoi. Bien sûr, les médias, les relais d’opinion sont des alliés de premier plan dans cette quête, mais nous voulons, in fine, parler aux gens.

Pourquoi, donc, ne pas parler… aux gens ?

J’ai régulièrement eu des expériences similaires quand j’ai commencé à faire des interventions : les gens m’ont parlé de notre étonnante accessibilité, à nous, les auteurs d’imaginaire. Pourquoi ne le serions-nous pas ? Eh bien, parce qu’un auteur, c’est dans sa tour d’ivoire, c’est une personnalité intellectuelle distante, ou encore, c’est mort depuis des siècles (on m’a vraiment dit ça) (remarquez, c’est une excellente raison d’être inaccessible).

Pour moi, une initiative bien plus prometteuse, qui se fonde sur nos forces, qui fait vivre la littérature et la porte chez les gens avec d’excellents messagers – ceux qui la font, auteurs, éditeurs, etc. – c’est le mois de l’imaginaire.

Il ne s’agit pas prioritairement de vendre des bouquins (même si on n’est jamais contre, allez). Il s’agit de susciter un élan, un engouement, un enthousiasme, ouais, à travers des rencontres, des événements, des animations, des formations. D’aller vers les gens, d’ouvrir le plus grand possible les portes de la maison. C’était la première édition cette année, et donc il reste des choses à affiner, on n’a pas encore de grand recul sur l’opération, mais en Bretagne, à Rennes, de ce que j’en ai vu, ça a plutôt bien marché. Nous avons rencontré des acteurs nouveaux, qui avaient envie de partenariats, mais avec qui il manquait les contacts, par exemple. Le public a montré son enthousiasme. Ça a été un boulot de dingue pour toutes les forces motrices de l’événement3 mais cela me semble un modèle bien plus pertinent que d’envoyer des centaines de productions sur les étals dans l’espoir que certaines s’enracinent et d’avoir de la promotion. La dynamique économique ne fonctionne pas comme ça pour nous (et nous n’avons pas les finances pour nous risquer à ce jeu-là). Nos best-sellers fonctionnent sur des plans différents, assez souvent liés à des adaptations à succès, par exemple.

Notre littérature montre sa vigueur et sa vie à travers ses événements, sa proximité, l’humanisme qu’elle prêche, l’évasion qu’elle procure et les réflexions qu’elle ouvre. Nous sommes une communauté investie et passionnée. Capitalisons là-dessus en donnant envie de lire et de voyager, et en prenant notre bâton de pèlerin et en allant le montrer, et en travaillant tous ensemble, professionnels et publics, à accueillir de nouveaux invités dans la maison, par nos recommandations judicieuses de livres, notre implication, notre pédagogie, nos événements, et, très important, notre accessibilité, sociale bien sûr, mais intellectuelle aussi (on se moque de savoir si Harry Potter est de la fantasy ou du fantastique : c’est une discussion d’initiés, et il faut accepter de lâcher prise sur nos cultures d’initiés dès qu’on sort un tant soit peu du domaine).

Pour moi, l’imaginaire, c’est comme le jazz. Il y a de fantastiques caves où des musiciens incroyables jouent pour trente personnes. Il faut les connaître, et ce plaisir de connaisseur fait partie, pour beaucoup, de l’itinéraire. On adore se demander si ce saxophoniste sino-norvégien fait du metal acid Detroit jazz ou du blue trippy batcave jazz. Pas de problème ! En même temps, paradoxalement, tout le monde connaît Miles Davis (= Game of Thrones), peut-être sans l’avoir jamais écouté. Si l’on veut faire connaître le jazz, on explique aux gens par où continuer après Miles Davis, en fonction de ce qu’ils veulent trouver, on défriche le terrain, on organise des événements agréables et accessibles autour du genre pour montrer, faire plaisir, donner envie, et on reste prudent avec les finesses de spécialiste (qui peuvent s’exprimer dans d’autres espaces). On va vers les gens, on les guide – on les invite. Même si cela nous conduit à répéter cent fois par an les définitions de base. Être blasé est interdit, car chaque interlocuteur qui découvre les entend pour la première fois, et nous voulons partager la passion, non ?

Une chose est sûre, en revanche : ce qu’on ne fait pas pour promouvoir le jazz, c’est sortir cinquante disques d’un coup en période de Star Academy.

Donc, ne faisons pas une rentrée littéraire, s’il vous plaît.

  1. Si vous étiez à la matinée, cet article ne fait que reprendre ce que j’y ai dit quand je suis intervenu ; mais comme il semble que l’idée circule encore, il me paraît important de le répéter.
  2. Salut, Roland.
  3. Dont je n’ai pas fait partie, je ne m’arroge pas le mérite, mais j’ai pu le voir.
2017-11-20T06:41:26+01:00lundi 20 novembre 2017|Le monde du livre|20 Commentaires
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