Toutes les interventions des auteurs seront rémunérées à Livre Paris (+ : c’est la journée internationale des femmes)

Splendide nouvelle, et merci à toutes les organisations et acteurs (avec la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, présidée par Samantha Bailly, en fer de lance) : Livre Paris a annoncé que toutes les interventions, ateliers ET tables rondes, seront bel et bien rémunérées. Merci également à l’événement d’avoir su réviser sa position et comprendre la situation ! Cela valait bien un petit mot. Voir le bilan d’Actualitté ici.

Ce qui vaut bien un mot aussi, c’est qu’aujourd’hui c’est la journée internationale des femmes. L’année dernière, je voulais profiter de l’occasion pour dire un mot de Delia Derbyshire, mais je suis arrivé trop tard – cette fois, c’est fait. Delia Derbyshire était l’une des figures majeures, mais injustement oubliée, de la musique électronique et concrète : l’arrangement du thème célébrissime de Doctor Who, c’est elle. Je vous en dis quelques mots sur le blog Wildphinn.

2018-03-08T07:22:16+01:00jeudi 8 mars 2018|Alias Wildphinn, Le monde du livre|5 Commentaires

Je serai à Livre Paris, MAIS et PARCE QUE : (#payetonauteur)

Commençons déjà par le plus simple : je serai à Livre Paris le week-end du 17 et 18mars, sur le stand des éditions Critic, pour vous présenter enfin Le Verrou du Fleuve !

Mais cette annonce nécessite absolument une explication et un peu de contexte.

EDIT DU 8 MARS – Livre Paris est revenu sur ses positions et annoncé que toutes les interventions seront rémunérées. Ce qui suit a donc valeur d’archive. 

Un soulèvement d’envergure se produit actuellement de la part des auteurs contre l’événement au titre de l’absence de rémunération. Des discussions que j’imagine absolument héroïques ont été lancées par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (big up à Samantha Bailly qui fait un boulot de dingue) pour obtenir la rémunération des conférences et des activités des auteurs qui viennent contribuer à faire le succès de l’événement, lequel est, disons-le tout de suite, de nature commerciale. Pour commencer à s’informer, voir cet article d’Actualitté et le hashtag (mot-dièse, pardon) #payetonauteur.

Je te renvoie, auguste lectorat, sur les ressources sus-citées, mais pour faire simple, à Livre Paris, les éditeurs louent leur stand ET les visiteurs paient leur entrée. À qui va l’argent ? À tout : la salle, la technique (dont les plantes vertes), mais pas aux auteurs – qui représentent quand même la raison principale pour laquelle le public se déplace ; la force d’un événement comme Livre Paris est dans le nombre et la variété. Les auteurs présents ne sont même pas défrayés par l’événement. 

Sandrine Bonini

Ce qui m’amène, dans le cas de Livre Paris et de manière plus générale, aux deux points suivants. À noter que c’est ma position et que je la partage, chacun est libre de penser ce qu’il désire et de gérer ses affaires autrement, et il y a aucune animosité dans mes paroles – je fonctionne comme ça, et vous pouvez ne pas être d’accord. C’est mon truc. Donc :

1. Prise en charge

Auteur forcé d’improviser pour se rendre à un salon qui ne défraie pas (allégorie)

J’ai clarifié plusieurs fois ma position sur les événements littéraires et ce que je considère comme étant le minimum. Et c’est le défraiement, voir ici. En résumé : je ne viens pas dans un événement à mes frais – je demande au minimum la prise en charge du trajet, de l’hébergement et des repas – protip : je suis facile à nourrir en saucisson.

C’est là que se trouve la raison de ma présence à Livre Paris : celui qui défraie, ici, c’est mon éditeur. Mais ça vous montre tout de suite le problème : Critic loue un stand (payé à Livre Paris) ET fait venir ses auteurs à SES frais (c’est Critic qui me paie mon train, me nourrit en saucisson et me donne la possibilité de venir vous voir – gloire leur soit rendue). Quand vous, lecteurs, payez dix balles votre entrée, sachez que derrière les stands, tout le monde a payé aussi, comme vous, quoique de manière différente.

Donc, de mon point de vue, je ne rends pas de comptes à Livre Paris, ce ne sont pas mes interlocuteurs, mes interlocuteurs, c’est Critic, mon libraire et éditeur. C’est envers Critic que j’ai des engagements, c’est Critic qui endosse le risque financier, et ça n’est qu’à cette condition que je me pointe à Livre Paris, ou dans tout autre salon qui pratique les mêmes conditions (et il y en a, et des gros). Critic engage des frais et ma parole est donnée à Critic. Je n’ai même jamais eu de contact avec Livre Paris.

Je serai présent à Livre Paris, non pas parce que je cautionne la politique de l’événement, mais parce que je suis solidaire des frais engagés par mon éditeur et que, de mon point de vue, c’est lui l’organisateur de ma venue. Ça serait la même avec l’association de pétanque libertine de Plan-de-Cuques.

2. Rémunérer les interventions

On entre dans l’autre bât (techniquement, on entre dans des bas, mais bon) qui blesse : la rémunération des activités (au sens large) relatives à la présence sur un salon. Celles-ci sont (liste non exhaustive, par ordre croissant de difficulté personnelle perçue et de préparation nécessaire) :

  • Dédicaces
  • Tables rondes et débats
  • Rencontres avec les lecteurs (concerne souvent les auteurs jeunesse, qui interviennent auprès d’une classe)
  • Conférences et ateliers

Évacuons tout de suite ce qui devrait tenir de l’évidence : toute intervention nécessitant une préparation en amont – typiquement une conférence ou un atelier – requiert une rémunération supplémentaire spécifique1. Je suis tombé des nues en apprenant qu’à la base, Livre Paris ne rémunérait pas celles-ci – mais, grâce à la Charte (re-big up à Samantha et son équipe), c’est censé changer cette année.

Restent les tables rondes et dédicaces, qui ne sont pas rémunérées. Il y a trois ans, j’ai exprimé en ces lieux une virulente opposition à ce principe, considérant que c’était une partie du boulot. Trois ans plus tard, force est de constater que a) de plus en plus d’événements les rémunèrent (donc c’est possible) et b) c’est le cas assez souvent dans le monde anglophone (mais le marché est plus vaste).

Je n’ai pas / plus d’avis aussi tranché sur la question. Les craintes que j’exprimais dans l’article de 2015 restent : a) voir les auteurs bankable prendre l’ascendant sur les plus jeunes parce que la rémunération de leur présence sera justifiable financièrement au lieu de parier sur un inconnu et b) voir le ticket d’entrée des festivals augmenter en conséquence, réduisant potentiellement l’accès à la culture (car nous travaillons dans ces domaines ardus où la mission culturelle doit côtoyer la viabilité économique). Mais ma réflexion évolue clairement, surtout en comparaison avec la musique. Avec la mutation des modèles économiques (piratage, streaming) et la réduction des revenus afférents, on avance toujours que les musiciens (et le spectacle vivant de manière générale) s’en tirent mieux parce qu’ils auront toujours les représentations. Mais pour un auteur, une dédicace ou une table ronde n’en sont-ils pas l’équivalent ? Dès lors, l’économie ne devrait-elle pas suivre ? Je n’ai pas de réponse absolue, juste ces éléments-là, et c’est le travail des syndicats et associations de démêler la chose (ce qu’elles font très bien, comme les derniers jours l’ont montré).

Cependant – et la boucle est bouclée – dans le cas qui nous intéresse, Livre Paris est un événement commercial. Que Livre Paris fasse payer tout le monde – éditeurs ET visiteurs – et ne rémunère pas les acteurs centraux de la manifestation pointe un des innombrables dysfonctionnements de notre secteur, et il est fantastique que tout le mouvement #payetonauteur porte enfin cet élément à la connaissance du public.

J’espère que cela se propagera aux autres grandes manifestations qui pratiquent la même chose, en silence, depuis des années.

  1. Hormis cas particuliers comme les conventions sur le modèle américain comme la Worldcon, où tout le monde est bénévole et où même G. R. R. Martin paie son billet et son hébergement.
2018-03-13T16:19:33+01:00mardi 6 mars 2018|À ne pas manquer, Le monde du livre|13 Commentaires

Procrastination podcast S02E12 : « Conseils de survie pour les corrections »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Conseils de survie pour les corrections« .

La correction d’un manuscrit est l’une des étapes les plus angoissantes pour les jeunes auteurs : comment acquérir le recul désiré sur son propre travail ? Voici quelques pistes fondamentales pour commencer sur ce sujet, sur lequel il sera assurément nécessaire de revenir. Laurent met en avant la différence entre l’inspiration et la technique de la correction, qui relève bien plus d’un « métier » que l’on peut maîtriser. Mélanie abonde, en mettant l’accent sur l’importance des coupes dans le premier jet. Et Lionel abonde aussi, avec un bref détour par la psychologie de la création et l’aspect anxiogène du processus. Les trois auteurs décrivent également en détail leur propre méthode de correction.

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

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2019-05-04T18:47:09+02:00jeudi 1 mars 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Procrastination podcast S02E12 : « Conseils de survie pour les corrections »

Une boule de cristal pour lire l’avenir du livre, (1) : le prix de l’intangible

Oyez, oyez, braves gens. (Ça marche mieux que ois, ois, auguste lectorat.) Oyez mes aventures fantastiques, car en vérité je vous le dis : je suis passé de l’autre côté du miroir. J’ai vu l’avenir du futur, et j’ai la réponse à toutes les questions que vous vous posez. Que deviendra le marché du livre ? J’ai mis un pied dans les terres qui s’étendent par-delà le présent, et je le sais.

Car il existe, auguste lectorat, brave gen, une réalité qui coexiste avec la nôtre, dont le développement fulgurant allié à une maîtrise technologique nécessaire nous révèle Ce Qui Sera. Ce domaine, c’est le jeu vidéo. Je la côtoie un peu de l’intérieur, et il est fascinant de constater combien il constitue, oui, tout à fait, une boule de cristal nous montrant ce qui peut se passer quand une industrie culturelle expérimente avec toutes les techniques de diffusion, distribution et expression sans grande régulation. Il est toujours périlleux de comparer les pommes et les oranges, c’est juste, mais si l’on s’interroge sur le sort des fruits, ça n’est pas complètement dénué de sens. Et l’industrie du jeu vidéo a moult leçons pour nous, tenants du prestigieux et antique domaine du mot écrit, héritage de Joe Gutenberg.

Ainsi, quelles sont les tendances qui se brossent dans le jeu vidéo qui ressemblent curieusement à une prédiction de l’avenir littéraire ? 

Plusieurs articles dans une série de longueur variable, pour mieux découper les choses et traiter des sujets convenablement un à un (ou deux à deux si le périmètre est plus réduit). Aujourd’hui, I give you…

Les soldes à outrance entraînent un vrai problème de perception des prix

C’est probablement le problème principal et, pour moi, le plus inquiétant. Que ce soit dans le jeu vidéo ou même dans celui des applications mobiles, la course à la baisse des tarifs a formé les utilisateurs à considérer qu’un produit dématérialisé valait une poignée d’euros. Dans le domaine du jeu, les soldes régulières et les bundles ont créé une véritable culture de l’accumulation à vil prix, au point que rares sont les jeux qui peuvent encore se vendre durablement à plusieurs dizaines d’euros. Car les joueurs sont nombreux à empiler des jeux récupérés pour trois fois rien auxquels ils n’ont pas le temps de jouer, donc pourquoi acheter une nouveauté au prix fort ?

Cette course à la ruine entraîne une conséquence délétère pour le marché et l’industrie : la dévaluation du produit aux yeux du public. Un livre ou jeu vidéo prend du temps et de l’argent à être conçu, produit, diffusé – mais c’est invisible. Les soldes à outrance brouillent la réelle valeur de ces produits qui sont, en plus, dématérialisés, ce qui rend d’autant plus difficile l’estimation de leur valeur réelle. Pourquoi paierais-je au prix fort un produit qui sera à -50% (ou encore moins) dans six mois ? Baladez-vous sur n’importe quel forum de Steam et frémissez du nombre de plaintes de joueurs qui trouvent que « 10$, c’est trop cher » (pour un jeu qui peut proposer des dizaines d’heures de divertissement, sur une machine qui a coûté un millier desdits dollars, à la louche – pour une machine de joueur). À force de se dévaluer systématiquement pour réaliser des ventes à court terme et recevoir un influx de cash, l’industrie du jeu s’est tiré une balle dans le pied ; c’est pourquoi de plus en plus de titres se sont tournés vers le free to play, les achats in-app (loot boxes, etc.) et que les applications de productivité se tournent vers l’abonnement – parce que l’achat ne suffit plus.

Les soldes monstres (plus de -50%) s’effectuent aussi, à présent, dans le domaine du livre électronique et je crains de voir le même motif se reproduire. Pour beaucoup de lecteurs, une nouveauté en numérique à plus de 10 euros reste une abomination, parce qu’il n’y a pas d’objet physique et que d’autres sont vendus à 1 euro – dès lors, comment justifier cette différence de prix ?

Le jeu vidéo souffre d’un gros problème d’affectation de sa valeur, et je vois le livre le suivre. 

C’est un problème pour deux raisons :

Déjà, il y a bien sûr la viabilité économique des acteurs ; comment faire vivre auteurs, éditeurs, libraires dans un domaine où les marges se compriment de plus en plus ? Et tous ces acteurs sont nécessaires ; l’éditeur prend en charge risque économique, fabrication, promotion, retravail du texte (voir l’épisode idoine de Procrastination) etc. ; le libraire connaît son public et sait promouvoir une œuvre auprès de ceux qu’elle peut intéresser, l’aidant à trouver son public et à vivre, etc. Il est difficile de justifier la vente d’une nouveauté en livre électronique à 10, 12, 15 euros – et pourtant, c’est fréquemment le prix nécessaire. 

Et au-delà, c’est la diversité culturelle qui est en jeu. Mécaniquement, dans une diffusion de masse, c’est le plus gros vendeur qui survit ; le plus gros vendeur est fréquemment le choix le moins risqué (faut-il brandir Hollywood comme exemple ?) et celui qui dispose du plus gros budget de communication. C’est celui qui peut s’en sortir avec les soldes, dont le chiffre d’affaires sera suffisant pour surnager avec la masse ; mais le jeu indépendant souffre énormément de ces pratiques (une des causes possibles du phénomène nommé Indiepocalypse). Les littératures de l’imaginaire avec leur réseau d’éditeurs et de librairies indépendants ont elles aussi beaucoup à perdre dans cette course au moins cher, et au final, les lecteurs aussi – car, plus encore dans le domaine des genres un peu expérimentaux que sont SF, fantasy et fantastique, c’est dans la prise de risque que se trouve la vivacité, et donc l’intérêt du marché. Un marché qui ne permet qu’aux grands vendeurs de vivre, c’est la mort de la créativité, de la prise de risque, et donc de l’intérêt. 

[…] je suis inquiète de la politique d’Amazon quant à l’affichage des livres qui tend à favoriser le prix le plus bas du marché. Je note auprès de cette enseigne un affaiblissement de nos ventes ; or c’est un canal de vente non-négligeable, compte tenu du public technophile des littératures de l’imaginaire. – Mireille Rivalland (L’Atalante), sur Elbakin.net

2018-02-27T09:23:15+01:00mardi 27 février 2018|Le monde du livre|12 Commentaires

Faire un site, faire un blog, réponse : WordPress (la boîte à outils de l’écrivain, mais pas que)

Autre question que je vois tout le temps passer, qu’on me pose de loin en loin, que je vois agiter les réseaux sociaux comme la grand-mère du pote de mon oncle qui veut poster ses récits de vacances à Malibu : quel outil utilisé-je, que diantre, pour construire mon propre petit coin de paradis sur Internet ? 

Tu veux faire un blog pour raconter ton semestre d’études à l’étranger à tes copains et ta famille ? WordPress.

Tu es prof et tu veux mettre en ligne des récits collaboratifs autour de projets scolaires avec tes élèves ? WordPress.

Tu veux construire un portfolio photo pour montrer un peu ton travail sur les natures mortes à travers trente clichés de pneus ? WordPress.

Tu as une petite (ou grosse) entreprise et tu veux établir un site un peu chiadé qui puisse même faire de la vente en ligne ? WordPress.

Tu es auteur et tu veux construire ton point d’eau pour garder contact avec tes lecteurs et parler de tes livres ? (Toute ressemblance avec des personnages ayant existé serait purement fortuite.) WordPress.

Ce qu’est WordPress

WordPress est né à la base comme un moteur de création de blogs, mais au fil du temps, il est devenu bien, bien plus, au point que l’outil fait aujourd’hui tourner plus du quart du web mondial (en toute simplicité).  Il est devenu ce que l’on appelle aujourd’hui un CMS, Content Management System, système de gestion de contenu. En gros, c’est un atelier de publication pour le web ; un moteur pour faire tourner des sites. L’intérêt, c’est qu’un CMS propose un canevas de publication qui évite d’avoir à taper la moindre ligne de code. On gagne donc beaucoup en efficacité, en convivialité, donc en simplicité et en rapidité.

Un CMS fonctionne selon un principe très simple : c’est un site web dynamique dont les pages sont construites à la volée selon un ensemble de personnalisations extrêmement poussées. En clair, ça veut dire que :

  • Le contenu (articles, photos…) est stocké dans une base de données en ligne sur le serveur web. Cette base dit en substance : ceci est le texte de l’article de mercredi dernier, ceci est les photos qui vont avec, tout ça de manière « brute ».
  • Quand l’utilisateur vient sur le site et requiert une page web (je veux voir l’article de mercredi dernier), le logiciel (WordPress, donc) construit la page à la volée, de manière transparente, en allant piocher les bons morceaux où il faut dans la base de données (voilà le texte, voilà les images, elles vont, ici, là et là), compose l’ensemble et le fournit au visiteur avec un délai d’attente minimal.

Donc, dans un CMS, et dans WordPress en particulier, le contenu est entièrement séparé de l’apparence du contenu (de la mise en page). En quoi c’est intéressant ? Trois intérêts principaux :

  • Une fois que l’on a décidé de l’apparence de son site, il suffit de rentrer simplement le contenu qui va aux bons endroits sans se taper toute la mise en page (et donc le code qui irait avec). C’est donc très simple d’emploi.
  • Faire évoluer un site au fil des besoins est très facile ; on peut bouger les cases, en rajouter d’autres (c’est de cette manière que le présent site, arrivé à sa version 7, propose toujours des entrées de blog âgées de dix ans)
  • WordPress étant bien pensé, il est extrêmement flexible et extensible à l’infini, à l’aide de plug-ins allant du très simple (intégrer un bouton allant vers sa page Facebook) au très complexe (proposer tout une boutique en ligne avec système de commande, de gestion de stocks et de facturation1). Dans les faits, on peut tout faire avec WordPress, un site ultra-simple comme une plate-forme professionnelle puissante avec espace client privé – tout dépend du temps qu’on y investit et de la quantité de modules supplémentaires qu’on lui rajoute.
Le présent site aux alentours de 2010 – déjà du WordPress.

OK, mais pourquoi utiliser WordPress ?

Parce que c’est celui que j’utilise et que c’est moi qui rédige ce site, donc j’ai raison.

Okayyyy plus sérieusement. Il existe pas mal de concurrents : Drupal, Joomla, Spip et autres, mais il se trouve que WordPress est le plus populaire et donc, les chances de trouver un module ou un thème qui correspondent à vos envies sont plus importantes. D’autre part, WordPress est très, très utilisé, ce qui veut dire une forte communauté, donc de meilleures chances de se faire dépanner. Et WordPress est open source : même si toute l’équipe responsable devait laisser tomber le projet d’un coup, il est très improbable que ses utilisateurs se retrouvent abandonnés le bec dans l’eau.

Enfin, WordPress a très bien réfléchi son écosystème, le rendant accessible aux clients les plus occasionnels comme aux professionnels ayant de lourds besoins – j’y reviendrai.

D’accord, comment on fait un site avec WordPress ?

Rappelons-nous la distinction, plus haut, entre contenu et apparence. Dans les faits, « faire un site WordPress », ça ne veut pas dire mettre le contenu dedans (encore que c’est évidemment important), ça signifie commencer par expliquer à WordPress où il doit mettre les trucs et selon quelle forme.

Ça veut donc dire réfléchir à ce qu’on veut faire avec son site au lieu de commencer à bricoler direct. On peut, mais l’expérience prouve que c’est une façon idéale de tourner en rond en perdant son temps. Toute ma vie, mes profs d’informatique m’ont ordonné de lâcher le clavier et de réfléchir d’abord avec un papier et un crayon avant d’agir sur la machine, alors si c’est bon quand on programme, ça l’est d’autant plus quand on n’est pas très à l’aise avec les outils informatiques.

En termes techniques, dans WordPress, il y a :

  • La base (de données), qui contient tout le… contenu (textes, photos…)
  • Le thème, qui est, disons, une sorte de module enfichable (plug-in) particulier. Il contient une longue série d’instructions (du code) dictant dans le détail à WordPress où il doit mettre quoi où (le texte a cette apparence, il va là sur la page, les photos d’illustration ont cette taille, les menus de navigation vont ici, les mentions légales là, etc.)

Ceci explique la grande flexibilité (et le succès) de WordPress : avec un même moteur, on peut créer une infinité de sites (avec autant de thèmes convenant à autant d’usages).

Commencer simple, aller au compliqué

WordPress se décline en deux offres, selon le niveau de compétence et les besoins de l’utilisateur :

Sur WordPress.com2, la compagnie qui porte le projet (Automattic) propose des hébergements clé en main avec un WordPress entièrement fonctionnel, maintenu et mis à jour, dans l’esprit de ce que font Blogger, Over-blog et autres. C’est entièrement gratuit (et financé par la publicité sur les sites à grosse fréquentation). Il est impossible d’aller bricoler dans le code à proprement parler et les options de personnalisation ne sont pas toutes disponibles mais on peut arguer que c’est un avantage : il est impossible de casser quoi que ce soit et l’on se concentre sur la production à proprement parler. Des paliers payants permettent de lier un nom de domaine à son site, pour donner totalement l’illusion d’un site commercial pro si on le souhaite. Recommandé pour les débutants et les utilisateurs aux besoins simples et/ou modestes. 

Sur WordPress.org, c’est le grand bain. On télécharge le logiciel, on l’installe sur son propre serveur web (chez un hébergeur tiers qu’on paie, donc), on configure sa base de données (ce qui reste simple à faire) et là, l’univers entier s’ouvre à soi. Aucune limite dans les personnalisations, les plug-ins – aucun filet non plus si on casse quelque chose, évidemment. C’est la solution la plus puissante, mais qui exige déjà un petit niveau de compétence – et un niveau bien supérieur si on commence à trafiquer des trucs précis en vue d’un résultat non-standard. Ce qui est tout à fait possible, mais prend du temps. Recommandé pour les geeks, spécialistes, passionnés et professionnels. (Le présent site tourne sur un WordPress auto-hébergé et maintenu par mes blanches mains, ce qui explique pourquoi de temps en temps y a quand même un peu des trucs qui grincent.)

Le pied à l’étrier

Dans les faits, quand on entre dans l’administration de WordPress, on voit ça :

Cliquez pour agrandir

Tous les sites WordPress ressemblent à ça « en coulisses ». Là, on intervient sur la base de données directement ; la présentation du contenu, côté visiteur, est prise en charge par le thème. Construire un thème est encore quelque chose qui nécessite des connaissances en code (mais ça promet de changer, et il y a déjà des astuces pour pousser très loin la customisation sans écrire une ligne de code3).

Dans la base, côté administration, il y a trois « types » de données importantes à connaître :

  • Les articles sont du contenu censément dynamique – typiquement, du contenu lié à un moment dans le temps ; dans les faits, c’est un blog, ou des nouvelles au sens large. (Sur le présent site, c’est le blog proprement dit – je vais prendre des exemples tirés de ce lieu de perdition, non pas par pour me la raconter mais parce que je sais évidemment ce qui s’y trouve et comment ça marche)
  • Les pages sont du contenu statique, qui évolue peu ou pas. (Par exemple, la biographie ou la page sur Procrastination.)
  • Les extensions ne sont pas du contenu à proprement parler mais, justement, les plug-ins. WordPress est incroyablement extensible – c’est sa force. (Exemples ici : l’agenda est entièrement piloté par une grosse extension, les colonnes en bas de la page d’accueil, avec les réseaux sociaux, sont à chaque fois gérés par une extension – une pour Facebook, une pour Twitter, etc.)

Aller plus loin pour les feignants

Avec sa popularité, WordPress a généré tout un écosystème de développeurs qui programment des thèmes et des extensions pour gagner leur vie (le plus grand marché étant probablement Envato4). On trouve des tacs de trucs en gratuit, bien sûr, mais on peut aussi acheter des thèmes et des extensions de qualité professionnelle, dans des tarifs qui restent abordables – ça dépasse rarement 50$ pour un thème, 15$ pour une extension. Ceci donne à un site une apparence unique, des fonctionnalités puissantes allant au-delà du jeu de base et, surtout, promet une forme de support technique (c’est évidemment réservé aux sites auto-hébergés). Tout cela est un mélange, évidemment ; chacun construit sa sauce à la carte en fonction de ses désirs.

La marche à suivre

Construire un site web simple est aujourd’hui à la portée de tout le monde. Mais pour cela, m’est avis qu’il faut réfléchir un peu, je le rappelle :

  • D’abord établir ses ambitions / envies sur son projet, y réfléchir énormément à l’avance. Que me faut-il absolument ? Qu’est-ce qui serait chouette, mais dont je peux me passer ? Se lancer la fleur au fusil sans savoir ce qu’on veut est une manière royale de perdre son temps à errer sans but sur les sites et à bidouiller en vain.
  • Une fois que c’est fait, choisir la formule gratuite en ligne gérée par WordPress (wordpress.com) ou bien sauter dans le grand bain et s’installer la version auto-hébergée (wordpress.org). Et là, aller éplucher les vendeurs de thème et plugins commerciaux pour voir ce qui pourrait correspondre à ses envies. Dans beaucoup de cas (notamment chez Envato), on peut voir les thèmes en démo, discuter avec les développeurs avant d’acheter pour savoir si ce qu’on envisage fait bien ce qu’on veut.

Ne pas sous-estimer la phase de réflexion… Si ce site en est à sa v7, c’est aussi parce que j’en ai un peu trop fait l’économie il y a quelques années. C’est très amusant de construire un site web… mais il ne faut pas oublier que c’est un outil, et non une fin en soi !

Et maintenant, vous savez quoi répondre à la question « avec quoi faire un site ? » Question suivante : la faim dans le monde, d’ici vendredi. (Ou pas.)

  1. Oui, je parle de Woocommerce.
  2. Lien affilié, voir ici.
  3. Page builders type Visual Composer ou Divi. Je sais, Visual Composer est une abomination, mais qu’est-ce que c’est pratique quand ça marche.
  4. Lien affilié, voir ici.
2024-03-19T02:07:53+01:00mardi 20 février 2018|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Faire un site, faire un blog, réponse : WordPress (la boîte à outils de l’écrivain, mais pas que)

Procrastination podcast S02E11 : « C’est la fin »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « C’est la fin« .

Savoir terminer un récit est un des aspects fondamentaux de la narration ; qu’est-ce qui dénote une « bonne fin » ? Laurent met l’accent sur la notion même de dénouement, quant à la conclusion du destin des personnages, et signale la différence avec la clausule. Mélanie met en avant les particularités des fins de roman, de nouvelle et de volume de série ; les éventuelles ouvertures ne sont pas de même nature. Et Lionel revient sur la notion de promesse narrative, et le paiement de celle-ci, et comment cela interagit avec les surprises et coups de théâtre.

Références citées
– J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux
– Stephen King, Misery

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

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2019-05-04T18:47:09+02:00jeudi 15 février 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Procrastination podcast S02E11 : « C’est la fin »

Question : comment apprendre à se corriger ?

Classique, mais toujours de circonstance.

Entre le présent site et Procrastination, il semble que la correction des textes achevés soit l’un des sujets qui pose le plus de problèmes : c’est la question qui revient le plus fréquemment. Comme celle-ci :

Je me demandais si tu avais élaboré quelque part l’acquisition des techniques de correction, au-delà du powerpoint et de ta magistrale MasterClass1 ? Comment recommandes-tu de s’y prendre ? D’abord sur des nouvelles, des petits textes ? En atelier ? … Il me semble que pour apprendre mieux, au début, il est essentiel d’avoir un regard expérimenté qui « corrige la correction » si tu vois ce que je veux dire. Cela me semble essentiel comme « feedback » pour s’améliorer.

Alors, avant toute chose, nous avons un premier épisode de Procrastination qui arrive bientôt là-dessus, et c’est évidemment une question sur laquelle nous reviendrons en détail par la suite. Du coup, ce que je vais dire ici est un peu moins technique, mais me semble tout aussi important (sinon je ne le dirais pas) (j’espère).

On a parlé la semaine dernière d’une hypothèse (intensément débattue en commentaires) sur les difficultés de l’apprentissage de l’écriture, qui peut déjà apporter un élément de réponse, mais au cœur de l’apprentissage de la correction, je pense que réside finalement un jugement esthétique intensément personnel. Écrire et de manière générale créer, c’est trouver le meilleur équilibre possible entre désir personnel et accessibilité – c’est-à-dire, exprimer ce que je souhaite, d’une façon qui puisse être comprise. On voit donc bien que c’est là que les ennuis commencent : « meilleur » devient intensément subjectif, entre l’expression et celui ou celle qui me recevra. À qui m’adressé-je ?

Eh bien, c’est en cela que la réponse, à mon sens, relève d’un jugement esthétique. À savoir : il ne s’agit pas de s’adresser à quelque lecteur idéalisé ou défini précisément selon classe socio-professionnelle et signe astrologique, mais de se fonder en priorité, avec sévérité, sur ses propres exigences. Tout auteur est (on l’espère) un lecteur et il ou elle a des goûts, des sensations littéraires, un parcours (de vie) dans son rapport à la narration qui définit ce qu’il ou elle cherche à faire et qui se trouve appelé, de toute façon, à évoluer. Toute la difficulté, dès lors et dans les premières étapes, consiste à intérioriser ces aspirations de manière à pouvoir juger d’un potentiel écart entre elles (l’idéal, ce que j’ai voulu faire) et le travail réalisé (le manuscrit que je viens de terminer). Je crois qu’il est plus difficile dans l’apprentissage de la correction de cerner et découvrir les problèmes que de les résoudre : en gros, comme souvent dans le domaine créatif, il est plus difficile de comprendre quelle est la question qu’on s’efforce de poser que de la résoudre.

Tout ça c’est bien beau, Davoust, tu mets des mots compliqués et des tas de subordonnées relatives, mais on fait comment ?

En gros, il s’agit d’arriver à creuser suffisamment de distance avec son texte pour se lire soi-même avec un regard neuf capable d’aimer ou pas ce qu’il découvre avec le meilleur recul.

Fort bien, mais justement, ça, on fait comment ?

Aaah, c’est difficile à dire car chaque auteur a un parcours différent. Mais j’ai quelques pistes à proposer et à évaluer (et si ça ne vous plaît pas, pas la peine de venir râler en commentaires, considérez que c’est une leçon intéressante et un point de départ pour trouver ce qui pourra vous plaire, et ça, par contre, venez le partager en commentaires pour les copains qui fonctionnent comme vous).

Laisser travailler le temps. Écrire s’inscrit dans la durée, je le répète tellement ici qu’on pourrait me croire impatient (et on n’aurait pas tellement tort), et donc il me paraît vital de respecter et intégrer la dimension temporelle. À savoir : laisser reposer un travail fini pour arriver à le reprendre avec un regard neuf ne peut se faire qu’en l’oubliant un peu. Mais aussi : accepter qu’un regard d’auteur-lecteur, cela se construit à l’usage, avec le temps, tandis qu’on le forge et qu’on continue à lire avec un éclairage différent, informé par sa propre pratique de l’écriture et son rapport avec elle. En d’autres termes : la correction est une technique qui s’apprend, comme beaucoup de choses dans ce domaine, avec de la persévérance.

Faire des retours sur le travail d’autrui. Le travail de correction, en son cœur, consiste à 1) amener à la conscience un ressenti positif ou négatif sur sa production et 2) verbaliser et en rationaliser la nature de manière à identifier un problème à résoudre. En d’autres termes, se dire : « cette scène est naze parce qu’elle manque de tension narrative ». (À noter, ça n’est pas « je vais corriger le manque de tension narrative de cette scène en rajoutant une attaque de ninjas », car il s’agit d’un troisième temps, de la réponse à la question « que faire pour régler le problème que j’ai identifié » – et probablement le moins intéressant du processus, car le moins difficile au final.) Si le problème consiste à acquérir le recul nécessaire sur sa propre production pour en comprendre les forces et les faiblesses, il vient qu’on peut s’y entraîner plus facilement sur les textes des autres. D’où l’intérêt des cercles de bêta-lecture, par exemple, et la recommandation systématique (mais rarement suivie, tristitude) aux participants d’un atelier d’écriture de conserver le contact et de s’entraider. En apprenant à verbaliser le ressenti sur le texte de quelqu’un d’autre et à le faire avec bienveillance, on peut acquérir du recul pour le faire chez soi. Bien des auteurs ont ainsi occupé des fonctions éditoriales plus ou moins poussées (ne serait-ce que dans le fanzinat) qui, je pense, ne peut qu’avoir servi leur travail de création, même si ça n’était pas du tout le but. (En même temps, tout dans la vie sert le travail de création. Sauf Facebook.)

Trouver un ange gardien qui aide à vous dessiller les yeux. Pour répondre précisément à une formule de la question posée, « corriger la correction » ne me paraît pas nécessairement pertinent (on corrige ce qu’on sent, et on sent tous des choses différentes), cependant, avoir un (ou plusieurs) bêta-lecteurs, peut-être des auteurs un peu plus expérimentés que soi2, prêts à entrer dans le détail de la mécanique d’un paragraphe, d’une intrigue, et surtout, surtout à expliquer en détail les raisons de leur ressenti, sont des alliés précieux pour acquérir ce recul soi-même. En pointant des problèmes, ils indiquent – c’est capital – là où il y a un écart entre l’intention et la réalisation. Peu importent, en général, les solutions qu’ils proposent : ce que l’on veut, c’est comprendre là où l’on n’a pas été compris, où l’on s’est montré maladroit, ennuyeux, etc. Il me faut mettre l’accent sur le fait qu’un regard extérieur n’a pas nécessairement raison, et c’est pour cela qu’il est vital au bêta-lecteur de détailler le pourquoi de son ressenti, et de le ou la connaître pour juger de la validité du retour proposé. Si un lecteur féru d’action s’ennuie en lisant une scène sentimentale, ce n’est pas forcément qu’elle est ratée, ce peut être ses goûts ; en revanche, le même lecteur qui se trouverait happé par le même passage représente un indicateur assez certain qu’on a réussi son coup.

On en reparlera dans l’épisode correspondant de Procrastination, mais je voudrais insister sur un point : la correction, bien davantage que l’écriture en soi, est une technique, un savoir-faire qui s’acquiert et que l’on cerne à peu près au bout d’un temps. La création, le débroussaillage de l’espace vierge de la page (ou de la partition, ou de la toile) comporte toujours une part d’aléatoire (c’est bien pour cela que c’est de la création), alors qu’un regard se forme et se renforce avec le temps (même s’il évolue). La correction représente peut-être une part impressionnante du travail, mais c’est une part qui se maîtrise bien plus aisément que le reste. Courage, donc : à force d’en faire, viendra un moment où la vision s’affinera, je le crois beaucoup.

  1. Je jure qu’évidemment ce n’est pas moi qui le dis – mais merci, et pour en juger, ledit PowerPoint est disponible ici.
  2. Avant que la question ne soit posée, je suis navré mais je dois rappeler que je ne peux pas occuper ce rôle.
2019-06-04T20:21:36+02:00mardi 13 février 2018|Best Of, Technique d'écriture|11 Commentaires

Pourquoi l’apprentissage de l’écriture est-il si long ?

Car quoi de mieux que travailler à flanc de rocher avec une torsion lombaire. (Par Matthew Payne)

Juste une petite réflexion aléatoire que je me suis faite lors d’un atelier d’écriture : l’apprentissage de l’écriture m’a toujours paru plus long, peut-être plus laborieux même, que celui d’autres arts – le dessin par exemple et, pour ce que je connais le mieux, la musique. Il est raisonnablement facile de mesurer les progrès dans la découverte d’un instrument, par exemple, des premiers pains à la compétence suffisante pour, mettons, jouer avec des copains dans un bar et que ça tienne la route (sans devenir Motörhead pour autant, on est d’accord). L’écriture n’a pas réellement, me semble-t-il, cette gradation facile à suivre – des premières envies aux premières publications professionnelles, qui conduiront à suffisamment de maîtrise pour publier régulièrement et devenir Motörhead. (Owi.)

Alors bien sûr, on ne peut comparer les grammaires narratives et quand on s’y risque, cela nécessite la plus grande prudence. Certaines difficultés ou lenteurs dans l’apprentissage de l’écriture sont liées tout bêtement à la forme de l’art : la pratique de l’écriture est davantage inscrite dans la durée que pour toute autre, dans ses dimension de création ou comme de réception. Mais, et c’est là où je voulais en venir, il me semble que les difficultés fondamentales inhérentes à l’écriture sont doubles :

Il est difficile d’acquérir le recul nécessaire à l’autocritique. Quand on apprend la musique, il est assez facile de s’entendre jouer faux ou hors rythme, ou de s’enregistrer pour s’en rendre compte a posteriori ; en d’autres termes, la différence entre la référence et l’exécution est assez transparente. (Peut-être moins pour la composition originale, mais il est a minima – c’est la journée des locutions latines – aisé d’évaluer la qualité de l’exécution.) Dans l’écriture, cela me paraît beaucoup plus difficile. Il y a ce que l’on veut dire, ce que l’on a dit, et juger d’un potentiel écart entre l’idéal et l’exécution est évidemment possible (c’est ce que font tous les pros quand ils se relisent), mais c’est l’apprentissage d’un recul et d’une critique d’un texte qui n’est pas nécessairement immédiate (alors qu’entendre un pain, ça fait tout de suite grimacer la majorité des gens, à commencer par l’exécutant). Mais surtout :

Il est difficile de découper en compétences distinctes la pratique de la narration, contrairement aux autres arts. Si je veux apprendre la musique, je peux travailler les gammes, l’harmonie, entraîner mon oreille, répéter un passage difficile jusqu’à la perfection, ce qui m’aidera pour d’autres passages difficiles, etc. De même pour un art pictural – je peux travailler l’architecture, l’anatomie, le paysage par croquis. Dans l’écriture, c’est beaucoup plus difficile. Parce qu’un récit narratif me semble un tel entremêlement de compétences difficiles séparables : une bonne scène va faire intervenir l’adéquation du style, le sens du rythme, les dialogues, l’inventivité scénaristique, la mise en scène des personnages, la description… Et que, si l’on peut dresser un croquis convaincant de monument à titre d’exercice, il me paraît plus difficile de travailler en isolation le dialogue sans personnages, le sens du rythme sans scène pour le porter, la description sans contexte narratif qui lui donne son utilité, etc. Je ne dis pas que c’est impossible, juste que c’est beaucoup moins intuitif d’y parvenir, et que cela me paraît bien plus artificiel que le travail des gammes ou des croquis qui sont, eux, des parts naturelles de la musique et du dessin.

C’est évidemment possible de parvenir à cet apprentissage, mais cela me semble nécessiter une patience et une introspection peut-être plus prononcées que dans les autres pratiques, et c’est aussi, peut-être, ce qui peut rendre cet apprentissage un peu ingrat, et expliquer pourquoi, pendant longtemps, on peut avoir la sensation de ne pas avancer – ou ne pas comprendre pourquoi les magazines et anthologies refusent les textes que l’on envoie les uns après les autres. Cela cache peut-être aussi pourquoi le conseil premier que donnent la plupart des écrivains revient à une variation sur la persévérance (voir la règle première de Robert Heinlein) ; et pourquoi certains, à l’extrémité du spectre, soutiennent qu’au fond, ça ne s’enseigne pas. Il y a indéniablement une part d’alchimie personnelle, comme dans toute pratique créatrice, qui consiste à ce que chacun unisse ces différentes compétences au service de son projet et de son sens de l’esthétique ; mais ces parts peuvent évidemment être enseignées. En revanche, leur intégration est beaucoup plus personnelle et moins facile à baliser qu’ailleurs, et je pense parfois que c’est cette capacité à intégrer ces parties d’une manière individuelle au service d’un projet et d’une vision que l’on appelle, faute de meilleur terme, le « talent ». Mais, si on le définit sous cette forme, on pourrait arguer qu’il s’enseigne aussi.

Ce qui entraîne bien trop loin pour un article qui devait à la base tenir plutôt de la réflexion notée sur un coin de table.

2019-06-04T20:21:28+02:00lundi 5 février 2018|Best Of, Technique d'écriture|23 Commentaires

Procrastination podcast S02E10 : « Motifs et reprises »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Motifs et reprises« .

La culture du « remix » concerne-t-elle la littérature alors que quantité de figures connues des genres (zombie, vampire…) se trouvent réutilisés sous des approches différentes ? Comment être original dans ce cas de figure ? Mélanie propose l’hypothèse que tout a peut-être été écrit, tandis que Laurent sépare à ce titre le contenu purement narratif du contenu mythique et psychologique. Lionel rapproche cela de la différence entre thème et traitement (et s’obstine aussi à employer dans cet épisode un mot qui n’existe pas en français, commonalité).

Références citées :
– Crash !, J. G. Ballard
– « Neige, verre et pommes », Neil Gaiman
– Kaamelott, série télévisée
– Les Cygnes sauvages, Hans Christian Andersen
– Ginger Snaps, film
– Dans les veines, Je suis ton ombre, Morgane Cassarieu

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

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Bonne écoute !

2019-05-04T18:47:10+02:00jeudi 1 février 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|8 Commentaires

Scrivener sur iOS : on vit quand même une époque chouette

Scrivener, c’est le pape des logiciels d’écriture, le (Lionel) messie systématiquement recommandé outre-Atlantique qui a changé la vie de plus d’un auteur, y compris ton humble serviteur, auguste lectorat ; si j’arrive à écrire « Les Dieux sauvages » à la vitesse où je le fais, c’est en grande partie parce que Scrivener me donne une vision de haut niveau sur mon travail et mes intentions, ce que je n’aurais pas en déroulant mon récit dans les tranchées de Microsoft Word. Si tu traînes depuis longtemps dans ce lieu de perdition, tu sais le bien que j’en pense, mais je n’ai pas parlé d’une de ses déclinaisons encore plus magique : son existence mobile, sur iOS (iPhone et iPad).

Pour faire simple, si, des années plus tôt, l’existence de Scrivener sur Mac uniquement valait pour beaucoup d’auteurs une fidélité inconditionnelle à la plate-forme d’Apple, à nouveau, son exclusivité actuelle au système mobile de celle-ci1 représente à mon sens pour un auteur un fort argument pour l’adoption de l’écosystème (et pas seulement pour aller frimer au Starbucks).

Scrivener sur iOS est, pour le dire simplement, un tour de force. J’avais quelques méfiances au début car la synchronisation avec le nuage ne me semblait pas fonctionner correctement mais les bugs ont été lissés depuis longtemps et je m’en sers aujourd’hui sans méfiance aucune sur l’ensemble de « Les Dieux sauvages » – soit un projet pesant un demi-Go à vue de nez. Et ce, sur mon téléphone et mon iPad, de manière transparente dès lors que j’ai eu une goutte de réseau à un moment pour faire une synchronisation (laquelle prend une ou deux minutes au maximum). Il y a quelque chose de vraiment magique, je trouve, à pouvoir sortir son terminal ultra-léger et retrouver l’ensemble de son épaisse série, sans avoir besoin de démarrer un ordinateur (même un petit MacBook léger) et d’avoir la place de le poser.

Scrivener sur iOS est un portage quasiment identique de la version bureau – et c’est ça qui est vraiment fort. L’interface a vraiment été pensée pour un terminal mobile et il est étonnamment facile de se déplacer dans un projet complexe, de naviguer dans ses notes, et bien sûr d’écrire – le cloisonnement entre apps sous iOS se prête particulièrement bien à l’écriture sans distraction. Ajoutez à cela l’existence d’Antidote sous iOS également et un iPad, même un iPhone, devient un véritable studio d’écriture professionnel disponible à tout moment. J’ai expliqué que je touche mon manuscrit tous les jours – il m’est arrivé, lors d’un festival particulièrement intense, de le faire dans un trajet d’ascenseur, qui m’a suffi à noter une phrase : l’objectif que je m’étais fixé était rempli. Pour ce qui est des outils, je trouve que c’est quand même une époque de rêve pour être auteur.

C’est simple, la seule fonctionnalité que j’emploie beaucoup de la version de bureau qui me manque est les instantanés (snapshots) – je n’ai rien vu d’autre qui manque réellement à l’appel. Bien sûr, le support de TextExpander me manque aussi, et le Smart Keyboard de l’iPad Pro ne vaut pas un bon clavier de bureau (ni même celui des nouveaux MacBook Pro, faisant partie des rares cinglés à adorer ce clavier), on ne peut pas avoir deux documents côte à côte mais Literature and Latte – les éditeurs – ont pris beaucoup de temps pour sortir cette version et on peut être certain qu’ils suivront l’application et continueront à la développer. Surtout avec la sortie récente de Scrivener 3, que je n’ai honnêtement pas encore eu le temps de fouiller en profondeur.

Bref, si vous avez un mode de vie un peu mobile (et par là, j’entends plus de 30 minutes de transports quotidiens ou des déplacements réguliers), un terminal iOS et la volonté de rentabiliser ce temps potentiellement perdu, je pense que cette version peut déverrouiller la créativité et des fenêtres d’écriture au moment où l’envie frappe. Et si vous êtes un auteur assidu qui passez votre temps en déplacement ou entre plusieurs sites, cela peut totalement valoir le coup de s’acheter un iPad (on peut synchroniser les projets entre iOS, Windows et macOS) pour écrire avec un maximum de liberté.

De manière générale, si l’envie d’acheter cet outil (ou l’un des autres présentés sur ce site) vous vient, n’oubliez pas de passer par les liens proposés ici – vous contribuez à financer le temps passé à rédiger ces articles gratuitement. Merci ! 

  1. Il existe toutefois des moyens de synchroniser Scrivener avec Android.
2019-06-04T20:21:15+02:00mardi 30 janvier 2018|Best Of, Technique d'écriture|1 Commentaire
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