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De la technique artistique et des autodidactes prodiges

Autre serpent de mer assez régulier sur la pertinence de la technique artistique et de son apprentissage, quand il existe (c’est vrai) des contre-exemples ponctuels qui ont tout appris tout seuls (l’exemple du guitariste qui apprend tout dans sa chambre et revient avec une approche novatrice). L’existence de prodiges autodidactes prouve-t-elle l’inutilité de la technique, voire, comme on peut le lire, sa nocivité en dévoyant les instincts ?

Ces contre-exemples (évoqués à l’occasion d’une conversation sur Twitter) sont souvent brandis comme la preuve qu’en art, la théorie artistique est inutile, voire contreproductive.

C’est faux (et la conversation est tellement importante que j’en ai dit un mot dans Comment écrire de la fiction).

Tout d’abord, absolument, il existe des autodidactes géniaux en art. Dans la conversation sus-nommée, il était question de Martin Gore, on pourrait mentionner quantité de jazz people. Ce que l’on oublie très fréquemment quand on parle de ces cas particuliers, c’est le boulot qu’il faut pour en arriver là. Si vous pensez qu’il est difficile d’apprendre une langue étrangère, imaginez-vous le faire sans méthode ni prof. Est-ce possible ? Absolument. Est-ce que cela vous donnera une perception unique et personnelle ? Sans doute. Est-ce que c’est difficile sa mère ? Voyons ça comme ça : combien de fois êtes-vous passé.e devant un instrument de musique / un pinceau et n’avez-vous PAS décidé de vous y investir corps et âme au détriment de tout le reste ?

Pour un prodige autodidacte, il existe trois millions (estimation non contractuelle) de personnes qui avaient mieux à faire que prendre la guitare pour en faire leur mission. Je veux dire. Combien de fois n’avez-vous PAS pratiqué l’instrument pour lequel vous preniez pourtant des cours ?

Ensuite, et c’est beaucoup plus important, la technique et la théorie n’ont jamais fait des génies, mais elles expliquent comment les choses fonctionnent. Quand on sait comment elles fonctionnent, on peut y adhérer quand c’est indiqué, les déconstruire et/ou les pousser plus loin. (J’utilise génie comme raccourci, mais – comprenez « personne dont la pratique artistique qualitative entraîne des réalisations couronnées d’un succès marquant son époque ».) Aux prodiges autodidactes, j’oppose Picasso, à qui il a fallu « toute une vie [d’étude] pour apprendre à dessiner comme un enfant ». Ou Pierre Henry, figure de proue de la musique concrète (plus pionnier tu meurs) qui sortait du Conservatoire de Paris.

La bonne voie, c’est celle qui nous permet d’avancer et d’appréhender l’art que l’on veut faire. Ni plus, ni moins. Sauf que c’est un apprentissage bougrement difficile et qu’il est pertinent d’envisager de ne pas réinventer la roue, en profitant de millénaires de théorie.

Théorie qui ne fait pas des génies. Les génies se font autrement, par la passion, le feu et le dévouement. Théorie ou non, ce n’est pas le sujet : en revanche, la théorie peut souvent faciliter le processus et éviter de vraies maladresses dans les premiers temps du parcours.

Unpopular opinion : ce qui me gêne fondamentalement dans l’argument « la technique est facultative », c’est que cela devient souvent une justification pour ne pas bosser. Souvent, il y a de la peur derrière, une peur cent fois compréhensible devant l’envergure de la tâche. Mais on n’y échappe pas, que ce soit en bossant la guitare dans sa chambre ou en allant au Conservatoire. On peut avoir des facilités, mais comme disait Brassens, « sans travail, le talent n’est qu’une sale manie ». Seule la pratique (guidée ou non) améliore ce qu’on fait.

L’argument qu’on voit souvent, c’est : « Moi, je brise les codes, je fais différemment, c’est original, je suis à contre-courant ! » Hélas, 99 fois sur 100, ça ne fonctionne pas… parce que ça n’est pas abouti. Ça me fend le cœur chaque fois que je vois un jeune (ou moins jeune) auteur prometteur se paralyser dans sa fierté (en réalité sa peur) sans faire l’effort d’humilité nécessaire pour admettre que l’on peut, et doit apprendre toujours1.

Bref: il n’existe encore et toujours qu’une seule chose à notre portée en art, c’est notre travail (par des cours, de la recherche, de la pratique, en proportions variables et personnelles). Il existe des génies, comme le talent existe peut-être, mais je pense toujours plus sûr de ne pas considérer qu’on en fait partie ni qu’on en a.

Que nous reste-t-il quoi qu’il arrive ? Faire notre art, le lire / écouter / voir, s’en imprégner, le bosser. Le travail ne vous trahira jamais. C’est même la seule chose sur laquelle on puisse compter.

Je répète : le seul chemin valable, c’est celui qui vous permet de faire ce que vous souhaitez. Que cela passe par la théorie (c’est recommandé) ou pas (OK, si vous avez une volonté en béton armé). Ce dont vous ne ferez pas l’économie, c’est le travail (motivé par la passion).

Comprendre le fonctionnement des choses n’abîme pas une vision. Cela la renforce, la précise. Et j’arguerais qu’un.e artiste solide ne peut être abîmé.e par un peu de théorie. Sa vision est assez forte pour être transmutée et la transmuter.

Sinon, il y a un autre problème.

  1. Le travail devrait d’ailleurs former sa propre récompense. Ce qui compte, c’est le processus avant le résultat, car on ne pratique QUE le processus, et se concentrer sur le résultat, l’accueil, la publication, c’est se tromper fondamentalement de jeu. C’est un autre débat.
2023-01-10T05:33:00+01:00jeudi 12 janvier 2023|Best Of, Technique d'écriture|0 commentaire

Procrastination podcast s07e08 – Captiver l’attention du lecteur

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Binary contents unsupported.

Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s07e08 – Captiver l’attention du lecteur« .

Sept saisons pour en arriver là ? N’est-ce pas le cœur du métier de l’écriture romanesque ? Cette quinzaine, conversation sur l’intérêt du récit et les techniques, peut-être, pour le captiver. Mélanie le définit comme la curiosité : l’envie de tourner les pages d’un livre, ce qui implique de poser des questions auxquelles le lecteur ou lectrice souhaite des réponses… et donc en donner avec un juste dosage.
Estelle prend une approche beaucoup plus technique : l’enchaînement causal dans le scénario, les motivations et enjeux des personnages, le suspense et sa maîtrise. Mais elle pose une question plus vaste : dans quel type de récit opère-t-on, et quel intérêt veut-on susciter ?
Lionel aborde enfin l’illusion de liberté romanesque dans le cadre des personnages, en faisant la différence entre libre-arbitre et agentivité, et argue que seul le second est porteur d’enjeux et de conséquences scénaristiques.

Références citées

  • Hostel, film d’Eli Roth
  • Game of Thrones, série TV, basée sur les romans de G. R. R. Martin
  • Princesse Sarah, série animée de Ryūzō Nakanishi
  • En Thérapie, saison 2, série télévisée d’Éric Toledano et Olivier Nakache

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2023-01-17T22:54:39+01:00mardi 10 janvier 2023|Procrastination podcast|0 commentaire

2023

Le monde est devenu suffisamment déconstruit pour qu’on ne sache plus très bien quoi souhaiter, mais trois choses à mon avis ne périmeront jamais : volonté, cœur et clairvoyance. Prenez soin de vous !

(Je suis de retour de déconnexion annuelle, donc.)

2023-01-29T23:33:50+01:00lundi 9 janvier 2023|À ne pas manquer|0 commentaire

Déconnexion annuelle pour les fêtes

Je constate que c’est avec beaucoup plus de sérénité qu’il y a quelques années, quand j’étais beaucoup plus sur les réseaux, que je prends ces 2-3 semaines de déconnexion annuelle : pour être entièrement honnête, je n’en sens plus tant la nécessité. Si l’on cherche un signe que ces machins sont nocifs pour la paix intérieure, en voilà bien un.

Mais cela n’empêche pas que cette petite parenthèse hors ligne me semble une bonne pratique d’hygiène mentale – et une bonne manière pour moi de conserver du plaisir dans mes interactions en ligne en y revenant avec impatience. Donc : l’activité sur le site et les profils réseaux sera en pause jusqu’à début janvier.

Excellentes fêtes donc à toi, auguste lectorat ! Et on se retrouve de l’autre côté, avec peut-être un nouveau CEO pour Twitter et de nouvelles cartes à collectionner Donald Trump en NFT. Parce que c’est le XXIe siècle.

Plus sérieusement : n’oublions pas que la guerre continue en Ukraine littéralement à un jet de pierre de la France, et si vous en avez la possibilité, cette page du développeur Readdle est une bonne ressource pour savoir où envoyer vos dons.

Prenez soin de vous, buvez juste ce qu’il faut pour avoir de bons souvenirs, santé, bonheur, et croissants au beurre.

2023-01-09T08:17:37+01:00jeudi 22 décembre 2022|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Déconnexion annuelle pour les fêtes

Un point rapide sur quelques séries d’imaginaire dans le coup (Arcane, Severance, Dragon Prince, For All Mankind)

Pour ne rien vous cacher, j’ai eu un petit coup de mou avec la fiction sous toutes ses formes depuis un an – ne pas voir la mienne parvenir à son terme avant le siècle prochain m’a un peu démoralisé, mais ô surprise, une fois les horizons un peu éclaircis, la dynamique de l’élan final qui se dessine, ben ça va mieux. Alors j’ai vu des trucs, et c’était vachement bien :

Arcane

De quoi ça cause : Les évolutions de deux sœurs laissées pour compte dans les bas-fonds d’une ville à l’aube d’un faisceau de révolutions. Animation pour grands adolescents / adultes. Fantasy / steampunk.

Cette série n’a absolument pas le droit d’être aussi bien en étant l’adaptation de, MAIS GENRE, League of Legends. Le jeu où l’on termine en pleurant dans son coin sous le feu des insultes de ses ex-amis parce qu’on n’a pas su ratisser le bon corridor de cette map assommante a donné un bon Dieu de chef-d’œuvre d’animation et de mise en scène, avec une histoire peut-être un peu classique mais entièrement portée par toute une galerie de personnages costauds et intéressants, et OH MON DIEU est-ce que je vous ai déjà parlé de l’animation et de la mise en scène ? Comme quoi : quand on a de bons auteurs, peu importe la minceur du matériau d’origine. (Non, je ne suis pas du tout amer envers LoL parce que je suis nul)

Est-ce qu’on y va : Oui, absolument, c’est un ordre, merci. À voir sur Neftlix.

Severance

De quoi ça cause : Des employés peuvent choisir de voir leur mémoire et identité compartimentées pour travailler sur des projets sensibles en entreprise. Et ce qui se passe dans la dite entreprise est extrêmement chelou. Série live pour adultes. SF / thriller.

Okay, Severance est un chef-d’œuvre aussi (je sais, techniquement, on ne peut avoir plusieurs chefs-d’œuvre, c’est tout le sens du mot « chef », mais c’est pas du tout les mêmes gens à la base, suivez-moi plz). C’est bien simple : je n’ai rien vu d’aussi intelligent depuis les tous premiers épisodes de Black Mirror. Une vraie idée intrigante à la base, des mystères dans tous les sens et une ambiance à mi-chemin entre Brazil et Twin Peaks, j’ai avalé la saison 1 sans pouvoir m’arrêter (ce qui m’arrive très rarement maintenant que je suis quadragénaire, blasé et dans l’inexorable déclin de ma fugace existence). (Merci @Nimentrix de m’avoir tanné pour que je m’y mette.)

Est-ce qu’on y va : OUI, OUI, totalement plus vite que ça c’est un ordre, ça vaut un mois d’abonnement rien que pour cette seule série, c’est un des meilleurs trucs récents que je connaisse. À voir sur Apple TV+.

For All Mankind

De quoi ça cause : L’histoire de la conquête spatiale telle qu’elle aurait pu se dérouler si elle ne s’était jamais arrêtée avec l’alunissage américain de 1969. Série live pour adultes. SF / uchronie.

J’avais déjà dit tout le bien que je pense de For All Mankind dans le tour d’horizon initial des séries TV+, et nous en sommes maintenant à la fin de la saison 3. Est-ce que ça tient sur la durée ? Plutôt bien, oui. Avec quelques énormes morceaux de bravoure et une belle écriture, la série flatte parfaitement le fantasme de l’exploration spatiale, d’autant plus qu’elle est très proche de nous en termes techniques et temporels. La série prend également le parti de montrer l’entourage des pionniers de l’aventure spatiale et qui, parfois, souffre de l’angoisse, de l’éloignement, de l’absence ; la plupart du temps, c’est bien écrit et intéressant, mais à quelques occasions, ça bascule hélas dans la lenteur et le prévisible. Néanmoins, c’est une très belle aventure, unique en son genre, à condition de tolérer un ou deux personnages têtes à claques dans le décor. Personnellement, j’attends de pied ferme la saison 4 et je me jetterai dessus dès sa sortie.

Est-ce qu’on y va : Oui, puisque vous allez prendre un mois d’abonnement pour Severance, complétez votre mois d’abonnement en regardant For All Mankind. À voir sur Apple TV+.

The Dragon Prince

De quoi ça cause : L’épopée initiatique de deux jeunes frères et d’une elfe visant à préserver la paix de leur monde en protégeant l’œuf du roi des dragons. Série d’animation pour la jeunesse / les adolescents. Fantasy / médiéval-fantastique.

The Dragon Prince (également appelé dans certains territoires Sur les traces d’Aaravos) me semble tirer nettement son inspiration d’Avatar : Le Dernier maître de l’air pour les évolutions des personnages, son désir d’aborder certains sujets difficiles dans une œuvre pour la jeunesse, ainsi que son discours sur la positivité, l’amitié et l’inclusion. Malgré son univers extrêmement classique (elfes, humains, dragons, écoles de magie basées sur les éléments, monde divisé en deux) et son histoire qui ne l’est pas moins (voyage initiatique), même pour un vieil adulte quadragénaire blasé (cf supra), les auteurs réalisent le tour de force de présenter des personnages très attachants, quelques moments réellement surprenants et plusieurs twists bien sentis. La série souffre ponctuellement de quelques petites failles de scénario, lenteurs et contradictions de worldbuilding si on veut pinailler, mais on n’est pas là pour ça : on est là pour profiter d’un beau voyage avec une galerie de personnages très chouettes. Ça se savoure comme un chocolat chaud devant la télé sous la couverture alors qu’il pleut des cordes dehors, et on se retrouve à enfiler les saisons juste pour prolonger la compagnie des personnages – ce qui est pour moi un gage évident de qualité. Bon, ça n’est pas aussi bien qu’Avatar (c’est difficile d’être aussi bien qu’Avatar), mais j’y ai trouvé la même vibe positive (avec un soupçon de Lodoss War), et ça fait bigrement du bien.

Est-ce qu’on y va : Si vous avez perdu tout contact avec votre enfant ou ado intérieur capable de s’émerveiller devant une jolie histoire d’amitié et d’aventure, n’essayez pas, ça ne marchera pas. Dans le cas contraire, oui, avec le bonus que la gravité ponctuelle de l’histoire pourra ponctuellement surprendre l’adulte en vous. À voir sur Netflix.

2022-12-19T07:34:28+01:00mercredi 21 décembre 2022|Fiction|2 Commentaires

Procrastination podcast s07e07 – La quatrième de couverture

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s07e07 – La quatrième de couverture« .

La quatrième de couverture d’un livre est couramment appelée « résumé » mais n’en est pas un ; elle remplit des rôles un peu plus subtils dans la commercialisation d’un livre, et peut donc s’avérer un peu plus délicate à réaliser. Comment, pour qui ? Mélanie commence par en rappeler le rôle : présenter le positionnement du texte et de l’auteur à un lecteur putatif. Estelle traite de la question classique sur le sujet : qui doit l’écrire, l’auteur ou l’éditeur ? Lionel développe les aspects commerciaux de ce petit texte. Enfin, chacun et chacune propose des approches techniques pour s’efforcer de réaliser une « bonne » quatrième de couv’.

Références citées

  • Léa Silhol et les éditions de l’Oxymore
  • Roger Zelazny, la saga des « Princes d’Ambre », avec la quatrième de couverture un peu ésotérique des Fusils d’Avalon chez Présence du Futur : https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=-323602
  • Obi Wan Kenobi, Aldorande, nous n’oublierons jamais.

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2023-01-10T23:16:50+01:00jeudi 15 décembre 2022|Procrastination podcast|Commentaires fermés sur Procrastination podcast s07e07 – La quatrième de couverture

L’écriture, c’est comme la gastronomie

Je proposais la semaine dernière de comparer l’écriture à la musique pour répondre soi-même à une grande part des questions qu’on peut avoir sur le métier, mais Nicolas Lozzi a encore plus simple et parlant : la gastronomie. C’est mieux, faites plutôt ça, fil Twitter à découvrir : ⬇️

2022-12-12T07:48:18+01:00mercredi 14 décembre 2022|Technique d'écriture|2 Commentaires

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