À propos de LD

Cet auteur n'a pas encore renseigné de détails.
Jusqu'à présent LD a créé 3290 entrées de blog.

Lettre à toi

Cher auguste lectorat,

Je ne t’abandonne pas, comme certains esprits chagrins ont eu tendance à le croire. Non, je suis juste très, très occupé, à un point que j’imaginais pas que c’était possible mais en fait si. Je voulais te donner des nouvelles de la cellule monacale qui est devenue mon seul horizon, mais tout cela pour l’amour de l’art – l’amour de l’histoire et du travail bien fait.

Je travaille donc toujours sur Léviathan : la Chute. Je suis toujours en phase de corrections, de réécriture, d’ajustements, dans l’espoir que ce livre soit le meilleur possible. J’ai la chance d’avoir une éditrice extrêmement exigeante qui va chercher ce que j’ai de meilleur en moi, puis qui va encore plus loin et me fait découvrir des ressources dont j’ignorais l’existence. C’est un drôle de processus, à la fois assez douloureux, mais aussi très satisfaisant une fois qu’il donne des résultats. Je n’aurais jamais cru dire ça un jour mais je commence à comprendre le parallèle que font certains entre l’écriture et l’accouchement.

Note bien, auguste lectorat, que cela ne signifie pas que ce livre sera forcément bon ni qu’il te plaira automatiquement. Cela implique seulement que j’aurai fait de mon mieux pour mettre les tripes sur la table, mais on ne peut faire qu’avec les tripes que l’on possède à un instant donné. Je peux au moins m’engager à ce qu’il soit bien ficelé, à faire mon boulot de conteur, et prier pour le reste.

Oui, j’ai dit prier. Il est 0h31, j’écoute Time to Burn, et j’ai l’impression que les guitares de Nayeli me grattent agréablement le cerveau comme une râpe à fromage. Il est des moments dans la vie, dans ce flottement qui sépare un long travail mental du bienheureux oubli du sommeil, où les frontières s’écroulent et où les différentes significations qui composent l’existence convergent en une espèce de magma à la fraise.

J’ai vu la couverture de La Chute aujourd’hui, du moins un projet très avancé, et elle déchire sa race. Le montage est impressionnant et le style de l’illustration me plaît beaucoup. Je verrai quand je pourrai te la montrer. Il y a écrit « Thriller » dessus. Si j’avais su ça en écoutant Michael Jackson.

J’ai réussi à extraire l’audio des rencontres de Limoges. Maintenant, il faut que j’en fasse un MP3 et que je colle ça quelque part ici, ou par là.

Le programme des Imaginales est en ligne. J’y parlerai notamment de guerriers dimanche à 17h en compagnie de Julien Delval et Xavier Mauméjean. Il reste aussi peut-être quelques places pour l’atelier d’écriture.

Je continue à réfléchir de temps en temps à la v4 de cet endroit de perdition. Je sais assez bien ce que je veux, maintenant il faut que j’arrive à le faire comprendre à WordPress. Ça devrait être bon pour cet été… Sachant que je m’attellerai alors à l’écriture de la suite de La Chute, puisque c’est une trilogie, et que j’espère pouvoir la rendre aussi vite que possible après la sortie du volume I.

Dans l’intervalle, auguste lectorat, je pense à toi et je te prépare des choses en coulisses. Ne prends pas mon silence pour de l’ignorance. Oh non, surtout pas. De grandes choses se trament.

Bien à toi,

KW

PS : Si tu te demandes ce que fait Time to Burn, c’est ça.

2012-04-27T22:28:13+02:00mercredi 27 avril 2011|Journal|4 Commentaires

Inquiring minds want to know

Bah alors ? Qu’est-ce qu’il fout, Davoust ? Six jours sans une entrée, sans une page, sans même un pauvre lolcat paumé dans le désert de Gobi ?

Eh bien, je suis dans mes corrections. Pour être exact, je suis dans mes corrections jusqu’au cou. Je travaille toujours sur Léviathan : la Chute, dont j’ai parlé à Wake-Up Call et seulement là pour l’instant, je prévois une entrée en bonne et due forme expliquant enfin ce qu’est ce thriller mâtiné d’aventure mâtiné d’ésotérisme, mais je suis un petit superstitieux, j’avoue que je préfère voir ces corrections progresser sereinement plutôt que de prendre ce temps pour parler du livre pour l’heure. Ce projet est le plus gros défi que je me sois fixé jusqu’ici, c’est une longue histoire (une trilogie), ça se passe de nos jours (donc avec toutes les agaçantes contraintes du monde réel), avec plusieurs points de vue principaux, bref, c’est diablement complexe.

Et, comme toujours quand je m’enterre pour écrire, ma seule (rare) distraction prend la forme d’un peu de webmastering çà et là. Tu auras peut-être remarqué, auguste et perceptif lectorat, que cette entrée est la première d’une catégorie « Journal », alias « j’assume finalement que c’est aussi un blog et que parfois, c’est mieux de dire clairement de quoi il s’agit plutôt que de classer l’article n’importe où ». Surtout, avec La Chute qui se profile à l’horizon, je me sens un peu à l’étroit dans la mouture actuelle du site, malgré tout le merveilleux travail accompli par Victor en début d’année, qui m’ a appris et apporté beaucoup. C’est en partie de nos réflexions communes qu’une v4 du site va émerger à moyen terme. Au programme : un espace mieux délimité et plus clair pour le blog, des actus plus lisibles et plus faciles à retrouver et, si j’y arrive, un emballage trop méga wiz niveau graphique.

Dans l’intervalle, je retourne en Antarctique et à Los Angeles. Ce blog va donc peut-être ralentir un peu dans les jours qui viennent, mais je reste perpétuellement ici et .

Soyez pas sages !

2012-04-27T22:28:14+02:00mardi 19 avril 2011|Journal|5 Commentaires

Revue de presse

Hop, c’est le moment d’une nouvelle petite compilation des critiques parues en ligne. Merci à tous les chroniqueurs !

La Volonté du Dragon

  • Coup de coeur pour Tortoise, avec un article qui fait extrêmement plaisir (et trop de compliments pour ma pomme pour que je rentre dans mes chaussures jusqu’en juillet 2018) !
  • Article très sympa également sur UNABCD.

Contes de Villes et de Fusées

Couv. Eric Scala

Snow Bubble a beaucoup apprécié l’anthologie (merci pour l’appréciation sur « Le Sang du large » !)

De Brocéliande en Avalon

Tiens, un revenant ! L’anthologie (où était parue « L’Île close« ) est chroniquée par Caelina ici.

Note de service

(Non, c’est pas le titre d’une antho, arf.) La mouture actuelle du blog, à l’usage, me semble effectivement avoir perdu un peu de réactivité et même de spontanéité à cause de la présentation un peu « officielle » des articles en page d’accueil. Cela donne à ces revues de presse un côté un poil « catalogue » qui ne me satisfait pas (et le compteur de visites montre que ça ne passionne pas les foules). Je suis en train de jeter les premières bases de réflexion pour une v4 du site inspirée des leçons de cette mouture, qui me semble, quand même, de très loin la plus utilisable et la mieux fichue jusqu’ici. Je ne vois cependant pas ça avant la fin de l’année 2011.

Je continuerai quand même à faire ces revues de presse car il me semble normal, et même nécessaire, de vous aiguiller vers les chroniqueurs qui prennent leur temps pour rédiger leurs articles sur les livres et les anthos. Mais, idéalement, une brève dès leur sortie, ce serait préférable… Sauf que ça ne ressemblerait à rien avec cette version. Bref, affaire à suivre (et suggestions bienvenues comme toujours !).

2011-04-28T18:31:08+02:00jeudi 14 avril 2011|Actu|6 Commentaires

Kawaiiiii

J’adore les chats. J’adore les dauphins. Vous aurez donc une vidéo d’un chat avec un dauphin.

C’est peut-être bidonné, mais je n’en ai pas vraiment l’impression, même si, de toute évidence, ces dauphins ont l’habitude des interactions humaines. Ou alors, je veux juste y croire. En tout cas, ces deux-là semblent s’apprécier. Le chat donne des coups de patte, non pas pour taper ce truc bizarre qui sent vaguement le poisson, mais vraiment pour ramener son copain vers lui. Quant au dauphin, je suis surpris par sa délicatesse : j’en ai connu des, euh, plus chahuteurs.

Je suis en plein dans les corrections de Léviathan : la Chute, donc ce blog risque de connaître un certain ralentissement dans les jours qui viennent. Dans l’intervalle, en attendant un article digne de ce nom, les premières infos sont toujours écoutables dans le Wake Up Call de vendredi dernier. Ne zappez pas !

2011-04-13T10:45:43+02:00mercredi 13 avril 2011|Juste parce que c'est cool|3 Commentaires

La douceur angevine

Illus. Caza

Indépendamment du plaisir que l’on a à faire des rencontres, un déplacement conserve un aspect professionnel : on est là pour passer un bon moment avec des gens sympathiques – sinon, il ne faut pas sortir de chez soi -, mais il convient aussi d’être disponible à tout moment pour le public – sinon, il ne faut pas sortir de chez soi non plus. C’est donc toute la qualité d’un événement que de savoir vous mettre à l’aise ; et puis il y a les événements rares, ceux qui non seulement vous mettent à l’aise, mais vous font vous sentir en vacances – plus que ça : ceux qui vous donnent l’impression d’être reçu en famille, la totale, de la chaleur omniprésente de vos hôtes à l’odeur des petits gâteaux qui cuisent au matin.

ImaJ’nère fut de ceux-là. Installé dans une tour superbe et impressionnante, organisé par l’association du même nom et le bouquiniste Phénomène J qui est probablement la plus belle librairie d’occasion que j’aie jamais vue, avec non seulement des raretés en excellent état à prix abordable, mais tous les rayons du monde et au-delà, la convention fut un de ces événements où il se passe vraiment un truc. David Khara, Thomas Geha et moi avons passé un merveilleux moment, que ce soit pendant les journées ou la soirée mémorable qui a suivi. Merci à Jean-Hugues et Carmen pour leur accueil, leur humour et leur prévenance, à Sylvie, à Artikel, Justin, Patrice (j’espère n’oublier personne) pour leur accompagnement au fil de ces deux jours. Merci également à vous d’être venus ; ce fut l’occasion de revoir en chair et en os une foule de blogueurs et correspondants (salut à toi, Traqueur Stellaire).

En plus d’un chargement de vieux bouquins de SF improbables, je repars aussi avec un kit de base de Metal Adventures sous le bras, le jeu de rôle de pîrates de l’espace créé par Arnaud Cuidet et que j’ai enfin pu rencontrer en vrai alors que nous avions travaillé tous les deux sur les projets d’Extraordinary Worlds Studio (Arkeos). Ça a l’air bien fun et bien conçu, j’espère pouvoir le faire jouer avant 2099 (en me l’appropriant avec une sauce Albator complètement assumée).

C’était enfin pour moi l’occasion de découvrir un peu plus Angers et notamment son centre, vu que je n’en connais que le campus de l’université pour les trois jours de cours que j’y donne par an. C’est une très jolie ville, toute en blancheur, accueillante, aux nombreuses terrasses, et tout le monde est incroyablement sympa (et les filles sont magnifiques là aussi, mais je soupçonne que leur secret réside dans les compétences secrètes des coiffeurs angevins qui leur donne en permanence l’allure de pouvoir poser dans une pub pour l’Oréal, comme si elles avaient un ventilateur léger qui fait voler artistiquement leurs mèches même quand il n’y a pas un souffle de vent. Il y a de la magie – ou un usage créatif de l’antigravité – là-dessous). Il semble y faire vraiment bon vivre et ça donne envie de revenir s’y poser un peu.

2011-04-11T10:58:25+02:00lundi 11 avril 2011|Le monde du livre|5 Commentaires

Wake Up Call en ligne !

Plus efficace, tu meurs ! À peine rentré à la maison, l’émission de ce matin, Wake Up Call sur Canal B, est déjà en ligne !

Plus sympa, chaleureux, accueillant, tu meurs aussi : un énorme merci à Juliana et Marine pour leur accueil, leur incroyable énergie et leurs questions extrêmement pertinentes (j’ai dû dire à peu près 3267 fois : « oh la bonne question »).

Merci, enfin, pour m’avoir permis de donner les premières infos sur Léviathan : la Chute, à sortir en septembre aux éditions Don Quichotte.

Tout ça se télécharge ici.

WAAAKE UUUP REEEEEENNES !!!1

2011-04-08T10:28:00+02:00vendredi 8 avril 2011|Actu|4 Commentaires

À la radio demain

Stoppez les rotatives à électrons !

Je n’ai pas mentionné que je serai présent demain matin (vendredi 8 avril) dans l’émission Wake-Up Call, sur Canal B, écoutable en région rennaise sur 94 MHz ou en ligne sur cette page (avec le petit bouton en haut).

C’est de 8h à 9h, parfait pour prendre le petit-déjeuner, et en direct, parfait pour avoir peur de bégayer.

Si l’occasion s’y prête, je donnerai les toutes premières informations sur le livre à sortir à la rentrée. C’est pas un teasing de malade, ça ? Ça vous donne pas envie de vous lever ? Moi si, je m’entendais donner une telle annonce, j’en serais tout fébrile et même, je dormirais pas de la nuit histoire de pas rater l’heure, tiens.

2011-04-07T12:24:23+02:00jeudi 7 avril 2011|Actu|2 Commentaires

Zénitude d’un monde dématerialisé

Palahniuk mentionne dans Fight Club « ce que tu possèdes finit par te posséder à son tour1 » – une réflexion qui, j’en suis quasiment sûr, remonte au bouddhisme ou au zen2. Pour un bibliophile, un mordu de culture, vidéo, jeu, aspirant une vie plus nomade – mettons, au hasard le plus total, hein, un auteur porté sur le voyage – se déplacer entraîne quelques lourdeurs logistiques tandis que la simple idée d’un déménagement tient du cauchemar absolu.

Je me méfie un peu des idéaux de dépouillement, de contentement, qui me semblent souvent cacher une rationalisation du renoncement. Cependant, la tendance actuelle à la sur-consommation, la sur-accumulation me semble porter un poids bien lourd sur l’agilité de notre esprit, non pas parce que posséder, c’est mal, mais parce qu’occuper l’espace mental de tâches trop nombreuses à accomplir, remplir l’espace visuel, entraver notre mobilité, tout cela accapare nos facultés et tend à les isoler de nos aspirations profondes et véritables. Mais, même en résistant à l’achat de trucs et machins inutiles, le plus cultivé des sages trimballe une bibliothèque qui ferait pâlir un libraire.

Mais cela est-il appelé à rester vrai sous 5, 10 ans ? Je me réjouissais de la possibilité de stocker ses données dans le cloud pour connaître une vie professionnelle mobile – une habitude qui ne touche pas que les créateurs et qui appelée à se répandre si l’on en croit le développement du télétravail et les bénéfices que certaines entreprises peuvent en tirer. À l’heure où la dernière barrière de la dématérialisation culturelle est en train de tomber, celle du livre ; où l’on marque des avancées vers la réduction de nos ordinateurs à de simples terminaux accédant aux données comme aux applications en ligne (exemple de Google Docs ou du service OnLive) ; on peut concevoir la numérisation totale de nos données, musique, films, livres. On peut imaginer que le smartphone ou la tablette commercialisée en 2020 accéderont à l’ensemble de notre vie culturelle dématerialisée sans qu’existe aucun support physique.

Dans ce contexte, que devient la « possession » au sens de Palahniuk et du bouddhisme ? Posséde-t-on des connaissances de la même façon que le livre sur lequel elles sont écrites ? Si, pour les consulter, il suffit d’un simple appareil miniature qui les rappelle de n’importe où, d’une paire login / mot de passe, peut-on encore vraiment parler d’alourdissement de l’esprit, d’entrave à l’agilité, d’accaparation ? La mémoire et l’éventuelle sagesse qui en découle suivent son détenteur partout où il va ; que penser s’il a l’équivalent de la BNF entière dans sa poche et qu’il peut la consulter comme il le souhaite d’un coup de requête SQL ?

Est-ce une frontière supplémentaire qui est en train de tomber ? On peut arguer que les données que nous possédons, elles, ne nous possèdent pas, du moins pas au sens traditionnel du terme. On peut rêver que le citoyen formé à baigner dans ce flux de données continu apprenne à les apprivoiser, à les plier à ses désirs, cultive, pour reprendre les mots de Tim Ferriss dans La Semaine de quatre heures, une « ignorance sélective » de bon aloi.

Ou alors, la question se déplacera tout simplement sur le champ, bien connu lui aussi, de la mémoire et de l’histoire personnelle. Laquelle nous forge également, mais il est amusant de contempler que, peut-être, dans quelques années, nous aurons supprimé un intermédiaire dans la détermination de notre identité. Si les biens que nous possédons nous reflètent et cadrent, en un sens, notre propre histoire, avec le danger de nous y emprisonner, c’est justement parce qu’ils reflètent et cadrent la mémoire. Peut-être qu’avec la dématérialisation, nous passerons directement de l’achat à la construction du soi sans passer par l’intermédiaire du support physique.

  1. What you own ends up owning you.
  2. Si quelqu’un connaît la source exacte, je suis preneur.
2018-07-17T14:26:13+02:00mercredi 6 avril 2011|Humeurs aqueuses|2 Commentaires

Atelier d’écriture aux Imaginales : 25-26 mai 2011

J’ai le plaisir de vous annoncer que l’initiative lancée au festival Imaginales de l’année précédente, l’atelier d’écriture qui, semble-t-il, avait bien plu, est rééditée cette année ! Pour cette dixième édition de l’événement, la même équipe – le capitaine Elisabeth Vonarburg aux commandes, épaulée par Jean-Claude Dunyach à la salle des machines et votre humble serviteur à l’artillerie – reprend du service pour discuter de rythme, de construction de scénario, de personnages, de discipline et d’inspiration, d’envies et de canalisation de celle-ci.

Les informations sont présentes sur le site du festival ici et , mais comme, tel le biscuit chocolaté, je suis bon prince, les revoici :

  • Le stage se déroule mercredi 25 et jeudi 26 mai 2011.
  • Les places sont limitées : 20 maximum.
  • Le prix est de 50 € pour les deux jours.

Il est très vivement recommandé de lire les présentations de l’année dernière, téléchargeables ici : ce qui s’y trouve ne sera probablement pas revu cette année. Notre but est de faire évoluer la formule et nous aimerions proposer davantage de pratique cette fois. Cependant, bien sûr, il n’est nullement nécessaire d’avoir assisté à l’édition 2010 pour s’inscrire cette année, et tous les auteurs en herbe ou même moins en herbe, du plus débutant au plus éclairé, sont les bienvenus.

Remisez votre angoisse dans votre tiroir à la place des manuscrits qui s’y trouvent et venez. L’ambiance est conviviale, sympathique, on boit du café (normal), mais on bosse aussi, beaucoup – c’est le but.

2011-04-05T10:54:41+02:00mardi 5 avril 2011|Actu|7 Commentaires

Sucker Punch : coup de poing dans l’eau

Un Sucker Punch, c’est, disons, un « coup retors ». Un coup de bâtard. Le film se veut, de l’aveu de Zack Snyder, réalisateur qui a pourtant convaincu sur 300 et Watchmen, un « sucker punch » pour son public avec une fin en forme de coup de théâtre. Mais le film, pourtant fondé sur un postulat intéressant – l’évasion de plusieurs jeunes filles dans leur imagination justifiant toutes les cascades et effets les plus ahurissants – peine à convaincre.

Pour goûter ce que veut être Sucker Punch, il faut commencer par en voir la bande-annonce.

Okay.

Établissons, comme on dit chez les gens qui réfléchissent pour de vrai, une typologie des tropes présentés :

  • Bombasses de l’espace : check
  • En tenue d’écolière ou d’amazone : check
  • Qui se battent avec un katana dans une main… : check
  • … et une arme à feu (si possible à répétition) dans l’autre : check
  • Bullet-time : check
  • Vieux mentor à la Kung-Fu ou Yoda : check
  • Zombies : check
  • Combats aériens avec des biplans et des zeppelins : check
  • Dragons : check
  • Méchas dont on comprend pas ce qu’ils fabriquent là mais à ce stade on s’en fout complet : check

Ce mélange absolument invraisemblable promettait une débauche de n’importe quoi, si possible en surenchère, un délire halluciné et ahurissant aussi réjouissant qu’il en serait débile.

Le problème, c’est que Sucker Punch essaie d’être un film intelligent.

Et, ce faisant, se ramasse la gueule.

Reprenons au scénario, puisqu’il en faut un (hélas – on verra pourquoi). Baby Doll, une jeune fille bien comme il faut, se voit privée de son héritage à la mort de sa mère par un beau-père tyrannique. Afin de l’empêcher de parler, celui-ci la fait interner dans un asile où elle sera lobotomisée dans cinq jours. Cinq jours, c’est le temps à sa disposition pour orchestrer son évasion avec quatre complices. Elle se met à s’imaginer (à métaphoriser) son statut comme celui d’une danseuse de cabaret-slash-bordel, d’où elle doit s’évader également (ça valait bien la peine de changer de niveau de réalité). Sa façon de danser hypnotique, véritable combat pour la vie, se métaphorise à nouveau, cette fois en combats complètement délirants où elle forme, avec ses quatre copines, un commando d’élite spécialisé dans les missions extrêmes (c’est là que film part en live avec ses combats au katana contre des zombies allemands propulsés à la vapeur sur fond de bataille aérienne entre des méchas et des biplans).

Sucker Punch se la joue donc ExistenZ et autres Avalon pour emboîter les niveaux de réalité, où chaque action réalisée en profondeur se répercute sur les niveaux supérieurs. Mais n’est pas Inception qui veut.

Le scénario s’efforce d’articuler une réflexion sur le rôle de l’imaginaire sur le monde, sur les ressources de notre psychisme, et s’en sert pour étayer le lien entre les différents niveaux de réalité avec lesquels joue Baby Doll. Hélas, cet argumentaire pousse le spectateur à s’interroger sur les mécanismes reliant ces différents niveaux, à comprendre le passage de l’un à l’autre, alors qu’il n’est jamais vraiment très clair et qu’en réalité, on est plutôt censé recevoir le film au premier degré. Pourquoi Baby Doll métaphorise-t-elle son séjour dans l’asile ? Pourquoi ses danses deviennent-elles des combats épiques qui repoussent les limites de l’invraisemblable ? On n’en sait rien et, d’ailleurs, on n’est clairement pas censé se poser vraiment la question. Ce ne serait pas un problème, sauf que l’attitude un peu prétentieuse, mode philosophie de comptoir, du film nous y pousse et, ce faisant, détruit la suspension d’incrédulité indispensable à profiter du divertissement. La réelle tentative d’explication (un peu faible) arrive en fin de film… soit, trop tard.

Suspension d’incrédulité : l’expression est lancée. C’est là tout ce que le film peine à équilibrer. En plaçant le spectateur dans une attitude active et critique, il se vide un chargeur et se plante le katana dans le pied : comment recevoir, dés lors, ces scènes d’action complètement absurdes (et par ailleurs magnifiques) dès qu’on introduit dans son esprit la notion insidieuse d’enjeu ? Dès qu’on lui montre que toutes ces scènes, aussi invraisemblables soient-elles, ne comportent aucune part de risque ? Le spectateur de Hollywood se doute que l’histoire finit bien, la plupart du temps, mais il veut pouvoir faire, au moins, semblant d’avoir peur pour les protagonistes, dont, statistiquement, l’un d’eux reste toujours sur le carreau. Au moment où Sucker Punch montre que non, les héroïnes ne sont pas invincibles, il est trop tard : l’incrédulité du spectateur est retombée les deux pieds sur terre et l’énormité du film l’amuse, mais sans plus le transporter.

Une énormité que le scénario et les effets, par ailleurs, ne savent pas gérer. Les deux véritables morceaux de bravoure du film – un combat au katana sur un lac gelé contre d’immenses statues et la bataille contre les zombies mentionnée plus haut – sont les deux premières incursions dans le délire total du film, qui, là, susciteront effectivement gloussements réjouis et un amusement véritable. Mais les suivantes peinent à les égaler, progressivement de moins en moins impressionnantes : en grillant toutes ses bonnes idées d’entrée, Sucker Punch s’essouffle, incapable de surenchérir sur les critères qu’il a lui-même fixés. Les effets sont-ils magnifiques ? Oui, absolument. Y a-t-il des cascades éblouissantes, des trouvailles de chorégraphie, des ralentis esthétiques ? Oui. Mais trop, au point de se noyer les uns dans les autres et de ne plus susciter la surprise1. Ces effets, à l’heure actuelle, ne suscitent plus à eux seuls l’émerveillement : il faut une dose de créativité, comme dans un Hero, un Inception, même un ExistenZ (du point de vue de l’esthétique), que le film perd au fur et à mesure. Pourtant, la fimographie de Snyder pouvait laisser croire à plus de finesse dans ce domaine.

On peut encore citer le manque total de cohérence de l’univers : alors que la « réalité » donne l’impression de se dérouler dans les années 1960, Baby Doll se retrouve armée d’un katana (un trope généralisé à partir des années 80), avec des armes à feu étrangement modernes, sans parler des méchas à interface SF ou de l’armée d’androïdes défendant un train piégé. Soit, peut-être Baby Doll lit-elle beaucoup de pulps, mais tout cela a une allure résolument moderne – trop – ce qui, encore une fois, nuit à l’immersion. Mais est-ce un paradoxe d’exiger de la cohérence d’un film tellement halluciné ? Non : il ne s’agit pas tant de la cohérence du monde présenté mais d’être cohérent avec l’attitude attendue du spectateur. Or, si l’on ne voulait pas qu’il réfléchisse, encore une fois, il ne fallait pas lui donner de demi-explications sur le fonctionnement du monde, rôle tenu ici par un long monologue artificiellement obscur en ouverture : ne rien dire (prends ça comme c’est et amuse-toi avec – ce que le cinéma asiatique fait souvent très bien) ou bien, sinon, tout expliquer (la voie choisie par Inception).

Pour terminer, même le coup de théâtre final, qui se veut le fameux « sucker punch » administré au spectateur, est gros comme une maison. Un twist si évident qu’il se devine dès que le mentor en fait la description, de manière bien appuyée pour qu’on se rappelle bien, oh oh oh, de quoi il s’agit le moment venu.

Que reste-t-il de Sucker Punch ? Principalement l’impression d’un film assis entre deux chaises, d’un divertissement qui aurait pu être absolument jouissif s’il n’avait voulu se donner un alibi d’intelligence, d’un traitement sur la perception de la réalité loupé à cause de tous ses chemins de traverse ; dans la même veine, il reste un scénario un peu globiboulbesque, tour à tour abscons et cousu de fil blanc. Une bande-originale excellente qui fait beaucoup pour porter un rythme imparfait (écoutable en ligne ici). Deux scènes de combat épiques, de véritables souvenirs grandioses, eux, mais qui, si elles auraient fait de géniaux courts-métrages, ne parviennent pas à tout sauver.

En résumé, un divertissement un peu vain, qui amuse et laisse perplexe, mais pour les mauvaises raisons. Un film qui, avec la progression régulière des effets spéciaux et des techniques de narration cinématographique, risque sévèrement d’être étiqueté comme nanar dans une quinzaine d’années. Et ça me fera de la peine, car Sucker Punch tente sincèrement de faire plaisir, mais, hélas, n’a pas les moyens de ses ambitions.

  1. On peut là encore admirer l’intelligence d’Inception où ces techniques, utilisées avec parcimonie, sont au contraire mises en valeur. Les combats à l’arme à feu, les poursuites automobiles sont filmées « normalement », ce qui donne tout leur impact aux effets numériques.
2011-04-04T14:45:30+02:00lundi 4 avril 2011|Fiction|12 Commentaires
Aller en haut