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Présence au salon Blogs et Livres, Paris, 11-12 oct. 08

J’ai le plaisir de vous annoncer que je serai présent ce week-end (11 et 12 octobre) au salon Blogs et Livres de Paris. L’événement s’efforce de jeter des passerelles entre écrit électronique, comme ici, et l’objet livre. Vaste programme à l’heure où l’e-book s’apprête à se démocratiser!

Le site du salon est ici; l’événement se déroulera Mairie du XIe arrondissement, 12 place Léon Blum, 75011 Paris.


Par ailleurs, comme j’avais reçu quelques demandes en ce sens, je devrais avoir avec moi une poignée d’exemplaires de Galaxies n°34 où apparaît Tuning Jack, au cas où.

J’espère vous y retrouver! 🙂

2011-01-30T19:43:05+01:00mercredi 8 octobre 2008|Actu|4 Commentaires

L’Île close nominée au Grand Prix de l’Imaginaire 2009

Il est, comme ce matin, des semaines qui commencent particulièrement bien: je viens d’apprendre que L’Île close, publiée dans l’anthologie De Brocéliande en Avalon, dirigée par Lucie Chenu (éd. Terre de Brume) a été nominée pour le Grand Prix de l’Imaginaire 2009!

Je suis absolument ravi! C’est un texte auquel je suis extrêmement attaché, qui fut à la fois assez difficile (visiter le mythe arthurien était un défi particulièrement intimidant) et très jouissif à écrire. L’écriture est un métier solitaire; voir L’Île close ainsi remarquée est pour moi un merveilleux encouragement à persévérer, à ne pas craindre l’expérimentation, l’aventure et la prise de risques. Surtout ces temps de pilotage supertankeresques!

Voici la liste complète des finalistes:

1) Roman Francophone
– Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD : L’Autre rive (GRASSET)
– Philippe CURVAL : Lothar Blues (ROBERT LAFFONT)
– Norbert MERJAGNAN : Les Tours de Samarante (DENOËL)
– Jérôme NOIREZ :  Leçons du monde fluctuant (DENOËL)
– Elisabeth VONARBURG : Reine de mémoire (pentalogie) (ALIRE)

2) Roman Etranger
– William GIBSON : Code source (AU DIABLE VAUVERT)
– Scott LYNCH : Des horizons rouge sang (BRAGELONNE)
– Cormac McCARTHY : La Route (L’OLIVIER)
– Patrick O’LEARY : L’Oiseau impossible (CALMANN-LÉVY)
– Theodore ROSZAK : L’Enfant de cristal (LE CHERCHE-MIDI)

3) Nouvelle francophone
– Lionel DAVOUST : L’Île close (in De Brocéliande en Avalon) (TERRE DE BRUME)
– Jeanne-A DEBATS : La Vieille Anglaise et le continent (GRIFFE D’ENCRE)
– Pierre DUBOIS : Comptines assassines (recueil) (HOEBEKE)
– Mélanie FAZI : Notre-Dame-aux-Écailles (recueil) (BRAGELONNE)
– Gabriel KOPP : Au Nord-Nord-Ouest d’Éden (GRIFFE D’ENCRE)
– Bernard QUIRINY : Contes carnivores (recueil) (SEUIL)

4) Nouvelle étrangère
– Cesare BATTISTI : La Morsure (in Lunatique 78-79) (EONS)
– Greg EGAN : Radieux (recueil) (BÉLIAL)
– Kelly LINK : La Jeune détective et autres histoires étranges (recueil) (DENOËL)
– Michael MARSHALL : L’Homme qui dessinait des chats (recueil) (BRAGELONNE)
– Robert Charles WILSON : Le Théâtre cartésien (in Mysterium) (DENOËL)

5) Roman jeunesse
– Fabien CLAVEL : La Dernière odyssée (MANGO Jeunesse)
– Fabrice COLIN : La Malédiction d’Old Haven (ALBIN MICHEL Jeunesse)
– Gemma MALLEY : La Déclaration. L’Histoire d’Anna (NAÏVE)
– Carina ROZENFELD Le Mystère Olphite (L’ATALANTE)
– Marc VASSART : Les Larmes étaient leur pardon (Le NAVIRE EN PLEINE VILLE)

6) Traduction
– Michelle CHARRIER pour La Jeune détective et autres histoires étranges (de Kelly LINK) (DENOËL)
– Alain DEFOSSÉ pour Peste (de Chuck PALAHNIUK) (DENOËL)
– Laura DERAJINSKI pour Recettes intimes de grands chefs (de Irvine WELSH) (AU DIABLE VAUVERT)
– Elisabeth VONARBURG pour Gradisil (de Adam ROBERTS) (BRAGELONNE)

7) Graphisme
– Gilles FRANCESCANO pour Le Miroir aux éperluettes (de Sylvie LAINÉ) (ActuSF)
– Didier GRAFFET pour Mondes & Voyages (BRAGELONNE)
– Jean-Baptiste MONGE pour Comptines assassines (de Pierre DUBOIS) (HOEBEKE)

8) Essai
– Ugo BELLAGAMBA & Éric PICHOLLE : Solutions non satisfaisantes : une anatomie de Robert A. Heinlein (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES)
– Jean-Daniel BRÈQUE : Orphée aux étoiles : les voyages de Poul Anderson (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES)
– Jean-Claude HEUDIN : Les Créatures artificielles. Des automates aux mondes virtuels (ODILE JACOB)

9) Prix spécial
– Les éditions du BÉLIAL’ pour les inédits de Poul ANDERSON et Le Grand livre de Mars de Leigh BRACKETT
– Patrice LOUINET, pour les rééditions de Robert Howard chez BRAGELONNE
– UTOPOD http://www.utopod.com/
– Jean Luc RIVERA pour son action éditoriale (Gazette fortéenne, Oeil du sphinx) et événementielle (festival de Sèvres et de Bagneux) au service de l’imaginaire.

10) Prix européen
– Corinne FOURNIER KISS : La Ville européenne dans la littérature fantastique du tournant du siècle (1860-1915) (L’ÂGE D’HOMME)

2011-01-30T19:47:36+01:00lundi 29 septembre 2008|Actu|7 Commentaires

Demain, des liens (hypertexte)

Je me suis attelé à un vaste projet: repiquer mes vieilles VHS en DivX pour enfin me débarrasser de ces piles de plastique noir remplissant des bibliothèques qui seraient plus efficacement peuplées par des livres. J’ai déjà fait trois cartons et j’ai un beau spindle de 100 DVD qui trône sur mon bureau. Niveau place, tu peux pas test.

Tous ces bijoux de nullité filmographique ayant été enregistrés à la télé, je tombe régulièrement sur des pubs des années 80, et je me suis vu scotché dix minutes à un écran interminable de  La 5 avec une fascination perverse mêlée d’horreur. Je n’ai pu m’en détacher qu’une fois les yeux en sang, les tympans percés, plus de cheveux et l’envie compulsive de m’acheter un carré de Samos, Samos, la portion de lait des grands. Ce que j’ai vu ce soir-là ne figure même pas sur YouTube, mes amis, car, oui, certains abîmes méphitiques du marketing télévisuel doivent rester endormis, lovés sur mes bandes magnétiques où, du fond de ma cave, défuntes, elles rêvent et attendent. Ph’nglui. Pardon.

Quel commercial laitier d’il y a vingt ans aurait pu deviner l’évolution publicitaire de son produit? Jadis, d’innocents garçonnets sauvaient des lionceaux sur une chansonnette qui donnerait même des cauchemars à une boîte à musique savante. Aujourd’hui, ils ont été supplantés par des camps de jeunes gens au regard de braise dont la lèvre supérieure porte une douteuse moustache blanchâtre.
(Les garçonnets ont dû grandir, j’imagine.)

Tout ça pour justifier mon titre débile: c’est un truisme, mais le monde s’accélère et Internet bouleverse énormément de modèles acquis parfois depuis des siècles. La futurologie a toujours été un art hasardeux, mais il est encore plus difficile aujourd’hui de composer une image vraisemblable de notre monde dans une dizaine d’années.

Or, il se déroule actuellement un des procès les plus importants, peut-être, sur le sujet. Le genre de décision qui influencera peut-être notre façon de consommer à long terme, quel que soit le
jugement rendu. LVMH a récemment gagné en France contre eBay en première instance, condamnant le site d’enchères en ligne à verser la bagatelle de 39 millions d’euros et nous en sommes, si j’ai bien suivi, à l’appel.

Les raisons du différend: évidemment la vente de contrefaçons sur eBay. Mais le noeud du problème est plus fondamental à mon sens: il s’agit la violation du réseau de distribution sélective. En deux mots, LVMH ne vend ses produits qu’à travers des distributeurs agréés (parce qu’ils ont prouvé leur efficacité, parce que leur identité correspond à l’image luxueuse que recherche LVMH, etc.).
Evidemment, eBay n’est pas dans la liste.

On pourrait brandir tout de suite la dialectique « économie classique » contre « économie du Net », mais tout cela cache surtout de profondes implications sur l’avenir de la distribution des biens de consommation. À l’heure où Internet franchit les frontières dans la plus totale transparence (à moins de s’appeller la Chine ou l’Arabie Saoudite), peut-on raisonnablement conserver un « réseau de distribution sélective »? Sera-t-il d’ailleurs possible de conserver un réseau de distribution tout court autre que « le » réseau?

Mais j’y vois surtout un retour par la bande les questions du droit d’auteur et du copyright.

On se rappellera la violente controverse portant sur la licence globale au moment de l’étude de la loi DADVSI. Un des arguments des opposants à la licence était le suivant: le fait pour l’artiste ou le producteur d’abandonner, dans les faits, tout contrôle sur la diffusion d’une oeuvre (puisque copié à l’infini en p2p) était jugé inacceptable.

Et sur ce point, le procès qui oppose LVMH à eBay n’est justement pas si éloigné, au moins dans l’esprit. Je doute franchement qu’eBay gagne, parce qu’un tel jugement casserait justement le statut sélectif des réseaux de distribution, ce qui aurait d’énormes répercussions qui dépasseraient très largement le cadre du procès. Et, dans la culture, cela irait à l’encontre de l’argument précédent des opposants à la licence globale.

Mais c’est bien là toute la question fondamentale de la diffusion aujourd’hui et toute la dialectique d’Internet. Faut-il s’efforcer de conserver le contrôle de la distribution ou l’abandonner pour
toujours?

Au-delà de l’économie, les implications éthiques et philosophiques de chaque possibilité ne sont absolument pas neutres.

Oh, et puis tiens, puisqu’il est question d’avenir, en passant, le chef de la recherche d’Intel place la singularité technologique à l’horizon 2050. Dans 42 ans (tiens), nous serons tous obsolètes. Ca va être déprimant, de perdre tout le temps aux jeux vidéo.

2011-01-30T19:52:33+01:00mardi 23 septembre 2008|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Demain, des liens (hypertexte)

Des profondeurs de R’lyeh je bousille ton cap compas

Je me trouve toujours à la barre de mon supertanker, commençant à reconnaître de mieux en mieux les réactions de l’engin, mais confronté simultanément à un phénomène non-euclidien qu’aucun véritable capitaine de navire n’a jamais rencontré (sauf, peut-être, ceux qui croisent au-dessus de R’lyeh): l’océan s’allonge. Un récit n’est pas une masse achevée et finalisée une fois le synopsis écrit: certains détours s’imposent, d’autres (plus rarement) restent sur le carreau de la salle de montage. Le plus angoissant est probablement de savoir que je dois atteindre New York à la barre de ce foutu navire dans un temps limité, mais si l’océan ne coopère pas, je fais comment, moi?

Je fus donc assez rassuré de tomber sur cette nouvelle courte de Megan Lindholm (alias Robin Hobb) sur son site officiel, intitulée How I Became a Famous Writer (a True Story). En anglais dans le texte, évidemment. Extrêmement rassurante et éminemment intéressante pour tous les auteurs, jeunes, moins jeunes, en herbe.

Si les plus grands sont confrontés au maëlstrom à géométrie variable de leurs efforts jetés sur la page blanche, l’espoir m’est permis…

All I ask is a tall ship

And a very, very big fish hook.

2014-08-05T15:27:07+02:00jeudi 18 septembre 2008|Technique d'écriture|2 Commentaires

Salut à toi, le président du monde

Dans un discours à l’université de Wesleyan, Barack Obama eut la petite phrase suivante:

« Our individual salvation depends on collective salvation »
(Le salut individuel dépend du salut collectif.)

Phrase qui fut aussitôt vilipendée par la presse et la blogosphère américaine. Car beaucoup y lisent une critique de l’American way of life, enjoignant les étudiants de ne pas se limiter à l’achat de la grosse voiture, de la grande maison et du joli costard qui forme le modèle de réussite de la classe moyenne. Car ce way of life, considéré par beaucoup comme un acquis de haute lutte – par une conquête de l’homme sur l’adversité des éléments et de la vieille Europe – est un principe fondateur de l’inconscient collectif américain.

Mais ce n’est pas son discours. Obama veut inciter son auditoire à prendre la mesure d’enjeux qui les dépassent; à servir leur pays du mieux qu’ils le peuvent – à agir en citoyens responsables. Et, dans le pays dont il risque d’hériter, enlisé en Irak, détesté par une bonne partie du monde, grignoté par un fondamentalisme arriéré, ce discours n’est nullement anodin.

La phrase n’est guère surprenante pour nous, Européens, plus encore Français, qui avons une riche histoire de solidarité et d’avancées sociales. D’ailleurs, en ces temps de mutations où notre pays refait certaines des plus graves erreurs américaines, il est probablement encourageant de la voir dans la bouche d’un présidentiable. Mais, une fois sorti de la légitimité que lui donne son contexte, le discours d’Obama tient-il encore?

Pas entièrement, je crois. Ce ne sera guère original – bien que fort vrai – d’affirmer que l’individu se nourrit de la collectivité autant que l’inverse. Mais nos systèmes politiques, nos modes de vie, nos inconscients gravitent à mon sens autour d’une mauvaise dualité: à savoir la collectivité oeuvrant pour soi, face à l’intérêt de soi, oubliant l’oeuvre de soi.

Il est évident que nous ne pouvons survivre que si le groupe prospère. Mais, simultanément, nous traversons une phase grave de désenchantement, qui conduit à un repli individualiste. Il y a dans l’inconscient collectif actuel un sentiment écrasant d’impuissance rageuse, doublé d’une peur (artificielle ou non), qui se traduit par un égoïsme ordinaire, qu’il s’agisse de se garer sur les places pour handicapés ou de piquer des post-it au boulot, motivé par un obscur sentiment de rétribution. Car si nous n’avons pas d’influence sur le monde, qu’importe notre mesquinerie?

La vérité, c’est que nous ne sommes pas des gouttes d’eau sans influence… Et que le groupe est aussi la somme de ses parties. Sans groupe, point de salut individuel. Mais l’être n’est pas impuissant, sur sa vie, sur le monde, sur les structures qui l’encadrent – c’est un mensonge. Si le salut collectif assure le salut individuel, le salut collectif repose avant tout sur l’action de l’individu… Même loin des caméras ou des yeux divins, comme l’espérait Kant.

C’est idéaliste. J’assume. Je suis un misanthrope optimiste, perpétuellement déçu par mes contemporains mais n’abandonnant jamais l’espoir d’être agréablement surpris. Je crois profondément à l’action individuelle et motivée, à l’inventaire personnel raisonné, à la victoire de chacun sur ses démons. A l’impeccabilité de la personne pour que notre monde franchisse une nouvelle étape, débarrassée de ses vieux oripeaux, de ses vieilles angoisses. Ce n’est probablement pas pour ce siècle, mais ce monde me fait quand même l’effet d’être en retard sur son changement de vie. Nous pouvons au moins commencer maintenant. A tout le moins, l’individu en lui-même vivra mieux, ce qui devrait constituer une incitation suffisante.

2011-02-01T18:30:02+01:00lundi 8 septembre 2008|Humeurs aqueuses|1 Commentaire

AOSphere (demain, la narration)

Un billet pour signaler l’existence d’AOSphere, un projet indépendant assez intrigant qui vise à mêler interactivité ludique (OK, jeu vidéo), profondeur du discours et narration épisodique. Le but avoué est d’impliquer le spectateur / joueur dans l’histoire au scénario travaillé au-delà d’un simple mécanisme de jeu.

On n’en sait pas beaucoup plus pour l’instant, si ce n’est que le produit sera en Flash, jouable depuis le navigateur (c’est la mode). Sur leur blog, les développeurs ont publié quelques screenshots, ce qui augure d’un environnement plutôt joli.

Je dois avouer que je suis à la fois très curieux et relativement méfiant vis-à-vis de ce genre de projet. Curieux parce que la façon dont nous recevons les contenus culturels, la narration, évolue. On a longtemps affirmé que le jeu vidéo et Internet, – le « multimédia » « interactif », termes qui font encore sourire les geeks d’aujoud’hui, allait conduire à la création de nouveaux types de contenus évolutifs et libres. On le voit maintenant un peu – ne serait-ce qu’avec les blogs – mais ce ne fut pas le raz-de-marée prévu.

Je pense humblement que l’interactivité n’est pas une composante nécessaire et suffisante à une évolution importante de la narration. Parce qu’un jeu, pour fonctionner, doit d’abord être… un jeu. Pong n’a pas d’histoire. Mario Kart n’a pas d’histoire. Doom n’a pas (vraiment) d’histoire. Et ce sont des classiques. (Il faudrait aussi parler de l’aspect social comme avec le jeu en ligne, mais ce sera pour une autre fois.)

S’il est vrai que tous les modes d’expression ont leurs limites, je crois celles du jeu vidéo plus fortes que toutes les autres. Dans un récit classique, qu’il s’agisse d’un film, d’un livre, même d’une chanson, la forme est au service du fond. David Lynch peut saccader le montage, Mark Z. Danielewski peut écrire dans tous les sens avec des polices différentes, le black metal peut employer des grognements pour évoquer les enfers.

Mais le jeu? Dans un jeu, le fond est soumis à la forme. Parce qu’on ne lance pas un jeu pour l’histoire, pour la « réception » d’un message distrayant ou profond, mais pour le plaisir ludique, ce qui est fondalentalement différent. Qui se préoccupe du destin des pions aux dames? De la cohérence des règles de déplacement aux échecs? Peu importe, tant que le jeu fonctionne.
Bioshock est un des rares bons titres à avoir réussi une forme de narration, mais du propre aveu de Ken Levine, le chef du projet, l’équipe a d’abord pensé à faire un bon jeu vidéo avant de raconter une histoire.

Les deux sphères peuvent évidemment se rencontrer: La maison des feuilles est ludique, en un sens, et j’ai vécu de véritables moments d’émerveillement sur Metroid Prime. Mais qui pourrait imaginer L’écume des jours en jeu vidéo et Super Mario en roman? Différents médias répondent à des attentes précises et les discours ne sont pas entièrement transposables, cela n’a rien de nouveau.

Mais le milieu vidéoludique semble aujourd’hui vouloir donner au jeu des airs de panacée narrative, et je suis très sceptique. Sans avoir l’air de prêcher pour ma paroisse, la littérature est probablement le mode narratif le plus transversal parce qu’il s’adresse directement à l’intellect du lecteur en s’appuyant sur ses représentations internes. En un sens, la littérature évoque, le lecteur construit ses images. C’est une de ses forces – et de ses difficultés d’accès comme de pratique. Le jeu vidéo… vous accroche par d’autres mécanismes, et c’est très rarement l’histoire.

Je reste néanmoins ouvert d’esprit et même impatient. C’est à la fois ce qui m’intrigue et m’intéresse dans des projets comme AOSphere. Je ne doute pas qu’un modèle économique fondé sur la série télé avec ses saisons puisse fonctionner – la nouvelle édition de Sam & Max l’a prouvé. Mais peut-on réussir la quadrature du cercle, expérience ludique et discours narratif? Les précédents essais se sont souvent cassé les dents, et le gameplay annoncé type « point and click » m’inquiète un peu. Pétard mouillé ou vraie réflexion de fond? J’ai reçu ma confirmation au beta-test. Si je ne suis pas tenu à une forme de confidentialité, je m’efforcerai de livrer mes impressions sur la chose.

Et sur le beta-test de Wrath of the Lich King, la nouvelle extension de World of Warcraft, aussi.

Ou pas?

Mais, au moins, avec la citation du titre, je suis sûr que je vais déjà multiplier mes visites par 250.

2011-02-01T18:45:18+01:00jeudi 28 août 2008|Geekeries|Commentaires fermés sur AOSphere (demain, la narration)

Ouvert d’esprit, mais dans le cadre (phone freaks vol.2)

Je ne sais pas ce qui se passe mais depuis que j’ai exposé sur la place publique mes aventures avec le démarchage téléphonique, les appels ont recommencé de plus belle. Encore un coup de la synchronicité. Enfin, ça met à l’épreuve mes capacités d’improvisation, disons.

J’ai d’abord essayé la contre-réponse téléchargeable ici, mais le résultat ne fut pas assez marrant pour valoir la peine d’être raconté.

Je viens en revanche de recevoir un coup de fil qui n’est pas drôle en soi – pas de Station Spatiale Internationale – mais qui est assez surréaliste sur le rôle des genres dans la société.

 

(suite…)

2011-05-01T18:28:22+02:00lundi 25 août 2008|Best Of, Expériences en temps réel|3 Commentaires

L’indispensable minute de l’inutile

Je devrais être en train d’écrire mais j’ai bouclé deux chapitres aujourd’hui, alors c’est la pause. (Quoi, les chapitres étaient déjà rédigés, je leur ai juste passé un coup de polish? Tut tut, ça compte quand même.)

A mesure que j’avance dans le remaniement de mon super-tanker littéraire qui tient de plus en plus du satellite longue portée en orbite vers Pluton (avec moi dans le rôle de la NASA qui m’arrache le peu de cheveux qui me reste en grognant: « Mais corrigez-moi cette @#! de trajectoire, pourquoi il fait ça, ce naze?), je me heurte à tout un tas de questionnements qui se décantent, ce qui débouchera peut-être sur une entrée (ou douze) sur le boulot de l’auteur, mais pour l’heure, il est le temps de faire un bilan absurde, car la semaine fut riche en événements.

Tout d’abord, les divinités des générateurs aléatoires des régies publicitaires online m’ont encore une fois souri; j’adore mesurer la marche du progrès.

Cool, mais tant qu’on ne pourra pas se PACSer sur Amazon, la symétrie universelle de notre univers ne sera pas respectée, et ça, c’est moche.

Par ailleurs, la synchronicité m’envoie parfois d’amusants messages:

Bah, moi, la mémoire, ça va, mais LDLC, je ne sais pas.

Enfin, continuant ma croisade Facebook pour m’inscrire à des groupes-absurdes-mais-qui-n’ont-pas-totalement-tort-dans-le-fond,
me voilà membre de:
– 22h22
– Je refuse de m’inscrire sur Facebook
– Ceci n’est pas un groupe car ses membres n’ont pas d’inverse
– Je ne dis jamais « des fois, je vais au coiffeur »
– J’avais une idée de groupe parfaite, mais je l’ai oubliée
– Si ce groupe atteint 6 milliards de personnes, tout le monde sera dedans

J’ai en revanche quitté « Pour tous ceux qui rejoignent que des groupes inutiles sur Facebook », ayant perdu ma qualification puisque la très aimable et dynamique équipe d’ActuSF m’a gentiment proposé de rejoindre sa communauté – ce qui, pour le coup, n’est ni inutile, ni absurde! On est cohérent ou on ne l’est pas.

Et, sur cette merveilleuse réflexion d’une abyssale puissance méditative, je m’enfuis. Loin.

2011-02-01T19:06:19+01:00vendredi 22 août 2008|Expériences en temps réel|2 Commentaires

Vous avez demandé l’espace, ne quittez pas (phone freaks vol.1)

Où l’on respecte les règles du théâtre classique

Unité de lieu: Chez moi, où je travaille la plupart du temps.

Unité de temps: Une heure, plus ou moins.

Unité d’action: Ce qui suit. J’étais un temps inscrit en liste orange, ce qui interdit théoriquement tout démarchage téléphonique. Mais la plupart des entreprises ne respectent pas cette règle, ce qui est idiot car cela décuple l’irritation du correspondant, coupant à jamais la compagnie d’un client potentiel – qui ne supporte pas qu’on vienne le déranger chez lui quand il a expressément exigé la tranquillité.

La plupart des gens déchaînent alors leur agressivité, raccrochent au nez, passent leurs nerfs sur le pauvre anonyme qui a la malchance d’avoir pour ainsi dire tiré le mauvais numéro. Pour ma part, plutôt que de traumatiser mon démarcheur (qui ne fait que son boulot et qui n’est pas responsable de l’indélicatesse de son entreprise) je préfère… une autre tactique.

Cela va sans dire, mais ce qui suit, ainsi que les autres expériences à venir du même genre, bien que restituées de mémoire, sont totalement authentiques.

iphone_bakelite

Le téléphone sonne. La présentation du numéro affiche: « Indisponible ».
LD: Allô?
Démarcheur: Oui, bonjour monsieur, je suis bien chez monsieur Davoust?
LD, sentant venir le coup: Oui, tout à fait.
Démarcheur: Bonjour monsieur, je suis [Oublié le nom], je représente Bouygues Télécom et j’ai une excellente nouvelle à vous annoncer, les tarifs des forfaits internationaux ont baissé et nous
proposons actuellement une offre limitée dans le temps réservée à un nombre réduit de personnes.
LD, d’un ton enjoué et captivé: Ah bon?!? Comment ça?!!
Démarcheur, prenant confiance: Eh bien, en ce moment, nous vous proposons [Oublié les détails de l’offre, j’écoutais à moitié, mais il s’agissait d’un forfait international à prix
prétendument plancher].
LD: Cela semble extrêmement intéressant, pourriez-vous m’en dire un peu plus?
Démarcheur: [Continue son laïus commercial, Bouygues c’est trop de la balle, confiance, fidélité, qualité de service, cent balles, un Mars.]
LD, toujours très intéressé: Effectivement, c’est vraiment une offre étonnante. Mais… je me demandais…
Démarcheur: Oui, monsieur? Auriez-vous des questions?
LD, gêné: Oui, à propos de la couverture.
Démarcheur: Eh bien, [liste interminable de pays du monde]…
LD: Non, attendez, ce n’est pas ça. J’aurais voulu savoir, jusqu’à quelle altitude tient la couverture?
Démarcheur, surpris: Cela fonctionne en région montagneuse, mais…
LD: En fait, ce que j’aimerais vous demander, c’est si la couverture s’étend jusqu’à l’espace.

(Silence stupéfait au bout du fil.)

LD: Parce qu’en fait, je vous explique, mon frère est cosmonaute et travaille sur la Station Spatiale Internationale. Or, vous voyez, pour nous parler, ce n’est vraiment pas évident, alors votre
offre m’intéresse beaucoup. Je pense qu’on pourrait prendre un forfait chacun, avec le portable qui avec, cela va sans dire, mais votre offre couvre-t-elle la Station Spatiale Internationale?
Démarcheur, après un nouveau blanc: Heu, écoutez, je crois que je vais vous passer mon supérieur, si vous ça ne vous ennuie pas.
LD, toujours enjoué: Mais je vous en prie.

(Petite musique d’attente. Je commence à sourire tout seul.)

Supérieur: Allô? Vous êtes monsieur Davoust?
LD, amusé en plus d’être enjoué: Mais tout à fait.
Supérieur: Oui, je suis navré de cette attente, je vous remercie de votre patience! On m’a signalé que vous étiez intéressé par nos forfaits internationaux mais que vous aviez des questions?
LD: Ah mais oui, je trouve l’offre excellente, je pense très sérieusement à en prendre un et je suis sûr que mon frère en prendra un aussi. Seulement,mon frère est cosmonaute, il travaille sur la
Station Spatiale Internationale, et, pour communiquer tous les deux, c’est vraiment très compliqué. Alors votre offre serait vraiment idéale pour nous deux, vous comprenez, il voyage beaucoup.
J’avais donc une question sur la couverture: est-ce que cela porte jusqu’à la Station Spatiale Internationale?

(Blanc gêné au bout du fil.)

Supérieur: La… Station Spatiale Internationale? Dans l’espace, vous dites?
LD: Oui, tout à fait. Parce que mon frère y travaille toute l’année et c’est vraiment pas commode.
Supérieur: Ecoutez, monsieur Davoust… (Rire gêné.) Je dois vous avouer que cela fait six ans que je travaille dans les télécoms et j’avoue que c’est la première fois qu’on me pose la
question.
LD: Oh mais je comprends, il y a vraiment peu de cosmonautes sur la station, j’imagine bien que ce n’est pas un problème courant.
Supérieur: Je suis vraiment très gêné, je n’ai jamais été confronté à cela et j’avoue que je ne sais pas très quoi vous répondre. Est-ce que vous verriez un inconvénient à ce que j’aille voir mes
techniciens pour leur poser la question, et je vous rappelle ensuite d’ici une quinzaine de minutes?
LD, manquant de pouffer: Aucun problème, bien sûr, n’hésitez pas.
Supérieur: Alors c’est parfait, je vous rappelle.

(Nous raccrochons et j’explose de rire tout seul, certain qu’on ne me rappellera pas et que Bouygues fera enfin disparaître mes coordonnées de ses fichiers. Pourtant, une vingtaine de minutes
plus tard, le téléphone sonne à nouveau, affichant la fatidique mention « Indisponible ».)

LD: Allô?
Supérieur: Oui, monsieur Davoust?
LD, souriant déjà: Tout à fait.
Supérieur: Oui, c’est monsieur [Oublié aussi], de Bouygues Télécom. Je me permets de vous rappeler comme vous m’y aviez autorisé concernant votre question de couverture sur les forfaits
internationaux. Navré de vous avoir fait attendre.
LD: Ah oui! Merci beaucoup! Pas de problème!
Supérieur: Eh bien je suis allé voir mes techniciens pour leur demander si nos offres couvraient la Station Spatiale Internationale. Alors, je suis navré, ils m’ont répondu que non. Mais ils m’ont
bien confirmé que c’était l’avenir.

(Je manque d’exploser de rire une nouvelle fois. J’imagine la tête des techniciens, leurs regards entendus face au jeune winner gominé venu leur poser cette question débile. J’imagine
l’anecdote qui commence déjà à faire le tour de Bouygues Télécom. Je décide de pousser le jeu le plus loin possible, de raconter de plus en plus d’énormités pour voir jusqu’où mon commercial est
prêt à courir. Apparemment, c’est un marathonien.)

LD, déçu: Ah, c’est vraiment dommage! C’est vrai que c’est l’avenir, vous savez, les Américains et les Chinois projettent d’établir des bases lunaires permanentes d’ici dix ans,
je suis supris que Bouygues, qui s’est toujours montré à la pointe de la technologie – c’est vrai, avec le son HF, par exemple – ne s’en préoccupe pas davantage. C’était une offre tellement
intéressante! Mon frère et moi, on aurait été ravis.
Supérieur: Je suis vraiment navré, monsieur Davoust. Mais… (Cherche à poursuivre la discussion, plein de sollicitude) Tout de même, ce n’est pas banal! Puis-je vous demander comment vous
faites pour communiquer avec votre frère, actuellement?
LD, ravi: Eh bien, je suis obligé de passer par le réseau de la NASA, via Internet. Déjà, cela m’oblige à payer chez moi l’équivalent de la ligne d’un petit centre de recherches, ce qui
est coûteux. En plus, il y a toute une procédure à respecter pour se connecter sur le réseau de la NASA, c’est vraiment fastidieux! Je dois régulièrement faire renouveller mon accréditation auprès
du Pentagone! Avec Bouygues, je n’aurais pas ce problème, hein?

(Quelle que soit l’absurdité du bobard, toujours ramener l’attention du correspondant sur ce qui l’intéresse: sa firme et la vente de forfaits téléphoniques.)

Supérieur, fasciné: Je pense bien.
LD, qui noie son démarcheur sous un flot de paroles: En plus, la qualité de la ligne est déplorable! Vous n’imaginez pas! On a régulièrement des parasites à cause des taches solaires, qui
sont très fréquentes à cette époque de l’année. Heureusement, elles sont prévisibles, mais il faut calculer l’heure pour viser entre deux éruptions. Et vous imaginez, calculer le décalage horaire
avec l’espace, c’est pas facile, hein?
Supérieur, qui perd pied: Ah, euh, non, je n’y avais jamais réfléchi.
LD: C’est pour ça que le son HF de Bouygues Télécom serait tombé à point nommé, vous comprenez. La ligne aurait été super.
Supérieur, qui essaie de retrouver ses esprits: Euh, oui, et donc, je ne pourrais quand même pas vous intéresser à un forfait terrestre?
LD: Bah non, je suis navré, comme vos techniciens l’ont dit, l’espace, c’est l’avenir; quand les Américains établiront leur base, je déménagerai aussitôt, alors je prendrai un forfait lunaire. Il y
a bien assez de détails à régler quand on déménage sur la Lune, n’est-ce pas?
Supérieur, dépassé: Ah ben oui, je comprends. En tout cas, merci beaucoup de votre accueil, monsieur…
LD: Mais je vous en prie! Merci à vous de vous être renseigné!
Supérieur: Avec plaisir, monsieur!

2011-05-03T16:53:16+02:00lundi 18 août 2008|Best Of, Expériences en temps réel|7 Commentaires
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