Question : comment construire ma méthode d’écriture ? (1/2)

Toujours dans les questions qui me sont arrivées et qui sont restées sans réponse depuis la première moitié du vingtième siècle (au moins), en voici une qui touche à un sujet qui m’intéresse particulièrement, celle de la méthode d’écriture. En préambule, il me faut dire que je considère toute « méthode » comme un échafaudage à la pratique de l’art, quel qu’il soit, et que cette pratique relève toujours d’un mélange de technique et d’inspiration, de métier et de folie, de préoccupation d’accessibilité et de plaisir personnel. C’est un exercice de funambule : le métier donne un cadre à l’envie brute, et il me semble qu’une oeuvre de qualité résulte de la juste application de l’un, comme de l’autre, ensemble. La technique seule entraîne une oeuvre fadasse, aseptisée, vite oubliée. L’inspiration seule donne une oeuvre anarchique, peu accessible, confuse, où, dans les cas extrêmes, le lecteur n’est pas respecté dans ses attentes.

Il arrive fréquemment que prôner l’usage de la technique fasse pousser des hauts cris aux jeunes auteurs qui ne jurent que par leur plume et le respect ultime de l’Art. Okay, le respect ultime de l’Art, c’est cool, mais si l’on veut faire de l’écriture un métier, il faut considérer qu’au bout du livre, il y a un type qui le lit, et qu’à un moment, il faut le prendre en compte. Non pas le prendre par la main, mais pas le prendre pour un abruti non plus. Les tiroirs sont pleins de manuscrits respectant ultimement l’Art, dont l’auteur refuse de toucher une virgule. Ce n’est pas un jugement de ma part sur leur valeur. En revanche, il me semble que le Graal de tout artiste consiste à faire passer son message, à respecter son Art, tout en le rendant accessible, à lui-même comme aux autres, autant qu’il est possible. Mais c’est autrement plus difficile. Et c’est là que la technique intervient, d’une part pour s’aider soi-même à construire cette oeuvre, dans les phases d’élaboration, d’autre part pour atteindre cet objectif, dans les phases de réalisation. (Nous avons déjà discuté de cette problématique autour des diplômes d’écriture.)

La question posée est si vaste que je vais la séparer en deux parties, la première aujourd’hui, qui me concerne plus directement. Bien sûr, ma réponse ne regarde que moi, et encore, en ce moment ; il n’est pas dit qu’elle n’évoluera pas, comme elle l’a déjà fait pour le passé. Néanmoins, pour ma part, je tire toujours du profit de discuter de méthode avec mes camarades, et de lire celle des autres, alors autant apporter ma pierre à l’édifice collectif.

La seconde partie de la réponse viendra dans le courant de la semaine prochaine.

Vous dites vous imposer d’écrire vite le premier jet, pour ne pas écouter les doutes, mais quelle est la part de réflexion préalable ? Combien de temps passez-vous à réfléchir au synospis, aux personnages, à la trame en général ? Dans ce laps de temps peut également s’insinuer le doute.

Effectivement, je m’impose d’écrire rapidement, d’une part pour ne pas écouter les doutes, mais surtout pour court-circuiter, autant que possible, la part intellectualisante et clinique qui va observer une scène, un personnage, de l’extérieur au lieu de les vivre de l’intérieur – ce qui m’est pourtant nécessaire pour me les montrer d’une façon cohérente, et me permettra de les écrire d’une manière qui va impliquer le lecteur autant que possible. Cependant, cela se couple en effet à une phase de réflexion antérieure, au cours de laquelle je vais construire ma matière, m’en imprégner.

Cette période peut être extrêmement longue. J’ai jeté les toutes premières briques de Léviathan vers la fin des années 90, et celles d’Évanégyre au début des années 2000. Les premiers textes publiés dans l’univers datent respectivement de 2007 et 2009. Après, j’ai aussi fait tout un travail d’entraînement, de recherche de ma propre méthode, qui a aussi nécessité un temps d’apprentissage. Le cycle est à présent plus court, mais j’estimerais en moyenne que le travail « actif » de préparation d’un livre me prend au grand minimum six mois à temps plein d’étude pure, de recherches, de construction de scénario, etc. Je ne parle pas de la construction d’un univers, qui est insondable.

Les doutes peuvent s’insérer à cette étape, mais je pense qu’ils ne sont pas délétères. À l’origine, il y a une idée, une envie d’écriture, un idéal et un projet, et je m’efforce de très soigneusement capturer cette intention dans les premières phases. Elle s’apparente à une forme de saveur, à une émotion brute, originelle, que j’ai envie de ressentir dans l’écriture et, autant que possible, de transmettre au lecteur. Elle constitue mon compas et ma direction. Si je m’embourbe, je prends un moment pour me poser et me dire : « OK, que voulais-je faire à l’origine ? Ce que je suis en train de faire va-t-il dans la bonne direction ? » Les doutes sont donc intéressants dans ce contexte, ils peuvent constituer un signal d’alarme exprimant un potentiel fourvoiement. Et cette réflexion peut conduire à un changement volontaire de cap, parce que l’idée a évolué. Dans les phases de préparation, il n’y a aucune « crainte » du résultat final à avoir. Cela s’apparente à tracer l’itinéraire d’une randonnée sur une carte. C’est sans risque, c’est le terrain des voeux, des désirs, de la volonté, de la vision. C’est sur le terrain lui-même qu’il faudra fournir l’effort réel.

Après, cette approche ne fonctionne pas pour tous – d’autres préfèrent se lancer tête baissée dans le récit, parce que cela leur convient mieux. C’est très bien aussi. Nous parlerons la semaine prochaine de la constitution d’une méthode, ou, de façon plus vaste, d’une approche personnelle de l’écriture, dans la deuxième partie de la question.

2014-08-05T15:18:28+02:00jeudi 18 avril 2013|Best Of, Technique d'écriture|7 Commentaires

Question : subir des influences stylistiques ?

oppa-gangnam-style-funny-frog-pictureJe continue à éplucher les questions sur l’écriture qui me sont arrivées depuis 1872, et auxquelles, pris par le terrible flux érosif de l’activité quotidienne, je ne pus convenablement répondre :

Est-ce que tu arrives à écrire d’une certaine façon, avec un certain style, et à rester imperméable à ce que tu peux lire à côté ? Je sais que moi, je suis une vraie éponge et quand je veux écrire un texte à la première personne, je ne peux que lire un livre écrit comme tel, sinon ça ne ressemblera à rien. Alors docteur, suis-je faible ? Ou est-ce normal ?

Il est évidemment meilleur d’apprendre à se cloisonner l’esprit, à se cuirasser tel le Bismarck, mais soyons honnêtes, nous ne sommes que des êtres de chair et de sang aspirant secrètement à des câlins le soir. Donc, tout en restant conscient qu’il vaut mieux travailler sa discipline mentale, ça n’est pas forcément la peine de se tirer une balle dans le pied. Écrire peut être assez épineux comme ça, et il n’y a rien de honteux à se sentir imprégné par ce qu’on lit, tant qu’on y prend garde. Un auteur a forcément un côté éponge, sinon comment pourrait-il se montrer sensible au réel et le rendre vivant à ses lecteurs ? 

J’ai lu il y a un sacré bail un entretien d’un grand auteur (je crois que c’était Kristine Kathryn Rusch), lequel oeuvrait dans moult domaines différents, et qui confiait toujours lire dans un genre très différent ce qu’il est en train d’écrire afin de minimiser les influences inconscientes. Je pense que c’est un bon conseil qui ne coûte pas cher, j’ai tendance à le suivre par prudence, et ne m’en porte pas plus mal.

Quoi qu’il arrive, je recommande aussi de toujours prendre un temps de réflexion avant de se mettre à écrire une scène, surtout si l’on reprend un projet en cours. Une sorte de mini-méditation qui évacue les influences extérieures, et laisse l’histoire réinvestir l’auteur. Respirer un grand coup, et laisser venir à nouveau les personnages à soi. Se demander activement : où sont-ils ? Qu’ont-ils récemment vécu ? Dans quel était d’esprit sont-ils ? Et que veulent-ils à l’instant ? Ces réponses et ce petit travail, visant à se rendre à nouveau disponible à son histoire, permettent souvent de changer une séance d’écriture laborieuse en une randonnée au long cours, guidée par ses voix internes.

Pour mémoire, vous pouvez toujours m’envoyer vos questions sur le métier, l’écriture, via cette page. 

2014-08-05T15:18:28+02:00mercredi 10 avril 2013|Best Of, Technique d'écriture|11 Commentaires

Résultats du prix Masterton 2013

Les lauréats de ce prix, dont le jury composé de critiques, éditeurs, essayistes, récompense les textes d’horreur ou de fantastique, viennent d’être annoncés :

Romans francophones

Jérôme Noirez : 120 journées, Calmann-Levy

Étaient finalistes :  

  • Li Cam : La Chimère aux ailes de feu, Griffe d’Encre
  • Morgane Caussarieu : Dans les veines, Mnémos
  • Sire Cédric : Le premier sang, Le pré aux clercs
  • Céline Guillaume : La Baronne des Monts Noirs, Terre de Brume
  • Frédéric Livyns : Le souffle des ténèbres, Val Sombre
  • Frédéric Merchadou : Ange Maudit, Malpertuis

Romans traduits

Michelle Paver : 40 jours de nuit, Hachette (traduit par Blandine Longre)

Étaient finalistes : 

  • Ben Aaronovitch : Les Rivières de Londres, J’ai Lu (traduit par Benoit Domis)
  • Darynda Jones : Charley Davidson, Première tombe sur la droite, Milady (traduit par Isabelle Pernot)
  • Robert Kirkman & Jay Bonansinga : L’ascension du gouverneur (The Walking dead T1), Le livre de poche (traduit par Pascal Loubet)
  • Ari Marmell : Darksiders, le caveau des abominations, Milady (traduit par Cédric Degottex)

Nouvelles

Claude Ecken : Au réveil il était midi, L’Atalante

Étaient finalistes : 

  • Mélanie Fazi : « Les soeurs de la Tarasque », in Reines et Dragons, Mnémos
  • Anthelme Hauchecorne : Baroque’n’roll, Midgard
  • Jean Carlo Lavoie : « Les Adorateurs de sorcières », Solaris 181
  • Emilie Witwicki-Barbet : « Au nom de la lune », in Ils ne devaient pas s’aimer, Val Sombre

[Source]

2013-04-03T18:16:18+02:00lundi 8 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Résultats du prix Masterton 2013

Prix Bob Morane 2013, les lauréats

Les résultats sont tombés ce 27 mars. Félicitations à tous les lauréats !

Roman francophone

Laurence Suhner pour Vestiges, L’Atalante

Roman traduit

Paolo Bacigalupi pour La fille automate, Au diable Vauvert (traduit par Sara Doke)

Nouvelle

Roland C. Wagner pour Le train de la réalité, L’Atalante

Coup de coeur

L’intégrale Omale, de Laurent Genefort, aux éditions Denoël.

2013-04-02T10:32:38+02:00jeudi 4 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Prix Bob Morane 2013, les lauréats

Mélanie Fazi expose ses photographies à Rennes

Salutations, peuple breton ! Mélanie Fazi, que tu connais pour ses écrits, ses traductions, sa présence dans l’imaginaire, est également photographe. Elle a rapporté de ses pérégrinations en salons littéraires, concerts, répétitions, quantité de portraits dynamiques, intimistes ou insolites d’artistes, musiciens, écrivains.

Elle exposera au Dahlia Noir, à Rennes. Cela commence ce week-end (samedi) et c’est pour un petit mois.

expo-fazi-rennes

2013-04-03T09:37:51+02:00mercredi 3 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Mélanie Fazi expose ses photographies à Rennes

L’État légalise le piratage, mais que le sien, faut pas déconner

Hélas non, ce n’est pas un poisson d’avril ; l’information est tellement saumâtre, tellement absurde, que le monde littéraire s’insurge devant cet abus de pouvoir scandaleux.

Voici le topo. Imaginez que demain, le ministre de l’agriculture vote une loi qui lui permette d’entrer chez vous et de se servir dans votre frigo. Votre seul recours ? Dire « non » quand il aura ouvert la porte et posé la main sur le jambon. Et si vous étiez parti en vacances, ou tout simplement sorti à ce moment-là ? Dommage. Vous êtes fucké (à moins de sauter dans de nouveaux cerceaux administratifs pour récupérer votre bien). Et, en attendant, le frigo est vide.

Cela vous semble dingue ? C’est pourtant ce que vient de voter le gouvernement français avec la loi sur les indisponibles au XXIe siècle, dite ReLIRE. En substance : vous êtes auteur d’un livre devenu indisponible. L’État peut décider de le ressortir, sous forme numérique, de lui-même. On vous rémunère, quand même, mais là n’est pas la question : les conditions sont les mêmes pour tout le monde, pas de négociation possible. Surtout, c’est 50/50 – pour l’auteur… et l’éditeur original, qui a justement laissé le livre devenir indisponible – donc qui s’est désintéressé de son exploitation !

Epic_Facepalm_by_RJTH[1]

Il est normal qu’un livre vive son existence commerciale, puis s’éteigne. Mais le Code la Propriété Intellectuelle dicte justement que les droits peuvent revenir au créateur au bout d’un temps de non-exploitation… pour qu’il décide quoi en faire, justement. On ne les lui vole pas, et on n’en fait pas profiter un partenaire précédent !

Pour s’opposer à cette édition, il faut déterminer – en consultant une base de données qui fait honneur à la longue histoire de l’informatique d’État à la française, c’est-à-dire : au design soviétique tout en pastels administratifs et stable comme la tour de Pise – que votre oeuvre figure au registre, puis remplir un beau formulaire Cerfa pour dire en substance : « mon cher gouvernement chéri, t’es sympa, mais tu peux aller te faire fleurir avec des chardons ».

La manoeuvre est d’une énormité qui confine à la gifle. Il s’agit ni plus ni moins d’une expropriation et même de piratage, puisque nous sommes pieds et poings liés devant cette initiative.

Rappelons que l’auteur est souverain sur son oeuvre ; si on veut l’exploiter, on lui demande son avis. Pas l’inverse. Cette loi crée une exception grave, dont même les Américains, avec le régime du copyright, n’osent pas rêver. Enfin si, Google a bien essayé, mais s’est cassé les dents. Pour ajouter l’outrage au dommage, le même gouvernement français s’est élevé à corps et à cris contre la numérisation de Google Books, justement, prétextant le non-respect du droit d’auteur… pour faire la même chose deux ans plus tard.

Cerise sur le gâteau, la base, probablement vérifiée par des lolcats équipés de moufles, présente des incohérences totales par rapport à la loi. Citons par exemple

Maester_numerisation_oeuvres_indisponibles_snac_BD

Que faire ?

Pour aller plus loin :

Cette vidéo de Mediapart où Benoît Peeters qui résume simplement la situation en quelques minutes

Revolución.

2014-03-05T10:47:43+01:00vendredi 29 mars 2013|Le monde du livre|27 Commentaires

Finalistes du Grand Prix de l’Imaginaire

gpiLe 21 mars, le jury du Grand Prix de l’Imaginaire a annoncé la liste de ses finalistes. Les lauréats seront annoncés comme tous les ans au festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, qui se déroulera cette année du 18 au 20 mai. Félicitations à tous et bonne chance !

Roman francophone

  • Les Derniers parfaits de Paul Béorn (Mnémos)
  • Oniromaque de Jacques Boireau (Armada)
  • Elliot du Néant de David Calvo (La Volte)
  • Du sel sous les paupières de Thomas Day (Folio SF)
  • Le Premier sang de Sire Cédric (Le Pré aux Clercs)

Roman étranger

  • La Fille automate de Paolo Bacigalupi (Au diable vauvert)
  • Enig Marcheur de Russell Hoban (Monsieur Toussaint Louverture)
  • Descendre en marche de Jeff Noon (La Volte)
  • Black-out de Connie Willis (Bragelonne)

Nouvelle francophone

  • Women in chains (recueil) de Thomas Day (ActuSF)
  • « J’atteindrai le pôle nord » de Gulzar Joby (in Galaxies n°18)
  • Des nouvelles de Ta-Shima (recueil) de Adriana Lorusso (Ad Astra)
  • Une collection très particulière (recueil) de Bernard Quiriny (Seuil)
  • Le prophète et le vizir (recueil) de Yves et Ada Rémy (Dystopia)

Nouvelle étrangère

  • « Les Mains de son mari » de Adam-Troy Castro (in Angle mort n°6)
  • Les Dames de Grâce Adieu (recueil) de Susanna Clarke (Laffont)
  • Manhattan à l’envers (recueil) de Peter F. Hamilton (Bragelonne)
  • « La Petite déesse » de Ian McDonald (in Bifrost n°68)

Roman jeunesse francophone

  • Nuit brûlée de Charlotte Bousquet (L’Archipel)
  • Black Rain – Saison 1 (tomes 1 et 2) de Chris Debien (Flammarion)
  • La Dernière lame de Estelle Faye (Le Pré aux clercs)
  • Ici-bas de Yves Grevet (Syros)
  • Magies secrètes de Hervé Jubert (Le Pré aux clercs)

Roman jeunesse étranger

  • Little Brother de Cory Doctorow (Pocket)
  • Jennifer Strange, dresseuse de Quarkons de Jasper Fforde (Fleuve Noir)
  • BZRK de Michael Grant (Gallimard)
  • Quelques minutes après minuit de Patrick Ness (Gallimard)
  • Sous le signe du scorpion de Maggie Stiefvater (Hachette)

Prix Jacques Chambon de la traduction

  • Florence Bury pour Princes de la pègre de Douglas Hulick (L’Atalante)
  • Camille Croqueloup pour Sous le signe du scorpion de Maggie Stiefvater (Hachette)
  • Sara Doke pour La Fille automate de Paolo Bacigalupi (Au diable vauvert)
  • Pierre-Paul Durastanti pour Zendegi de Greg Egan (Le Bélial’) & « Le Régime du singe » de George R.R. Martin (Bifrost n°67)
  • Nicolas Richard pour Enig Marcheur de Russell Hoban (Monsieur Toussaint Louverture)

Prix Wojtek Siudmak du graphisme

  •  Pascal Blanché pour Derelict Planet (CFSL Ink)
  • Stéphane Perger pour Tadjélé. Récits d’exil de Léo Henry, Laurent Kloetzer, Jacques Mucchielli & Stéphane Perger (Dystopia)
  • Aurélien Police pour Féérie pour les ténèbres (Intégrale 1 & 2) de Jérôme Noirez (Le Bélial’)
  • Shaun Tan pour La Chose perdue et L’Oiseau roi et autres dessins (Gallimard)

BD / Comics

  •  Azimut (tome 1) de Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andreae (Vents d’Ouest)
  • Les Contes de l’ère du Cobra (tomes 1 & 2) de Enrique Fernandez (Glénat)
  • Daytripper de Gabriel Bà et Fàbio Moon (Urban Comics)
  • Freaks’Squeele (tomes 1 à 5) de Florent Maudoux (Ankama)
  • Zaya (tomes 1 & 2) de Jean-David Morvan et Huangjiawei (Dargaud)

Manga

  • Black Paradox de Junji Ito (Tonkam)
  • Billy Bat (tomes 1 à 5) de Takashi Nagasaki et Naoko Urasawa (Pika)
  • Les Enfants de la mer (tomes 1 & 2) de Daisuke Igarashi (Sarbacane)
  • Sanctum (tomes 1 à 5) de Masao Yajima et Boichi (Glénat)
  • The Arms Peddler (tomes 1 à 5) de Kyoichi Nanatsuki et Night Owl (Ki-oon)
  • Thermae Romae (tomes 1 à 4) de Mari Yamazaki (Sakka)

Essai

  • L’Homme-machine et ses avatars sous la direction de Marc Atallah et Dominique Kunz Westerhoff (Vrin)
  • La Science-Fiction en France de Simon Bréan (Presses de l’Université de Paris-Sorbonne)
  • Rétro-futur ! de Raphaël Colson (Les Moutons électriques)
  • Petite philosophie du zombie de Maxime Coulombe (Presses Universitaires de France)
  • Bram Stoker. Dans l’ombre de Dracula de Alain Pozzuoli (Pascal Galodé)
  • Ces français qui ont écrit demain de Natacha Vas Deyres (Honoré Champion)

Prix spécial

  • Les éditions Ad Astra, pour la publication de l’intégrale du Cycle de Lanmeur (2 volumes) de Christian Léourier
  • Le label Délirium, pour la publication des anthologies Creepy et Eerie
  • Mes cheveux fous de Neil Gaiman et Dave McKean (Au diable vauvert)
  • Créatures fantastiques et monstres au cinéma de John Landis (Flammarion)
  • Féérie pour les ténèbres (Intégrale 1 & 2) de Jérôme Noirez (Le Bélial’)

Source (rappelant également la présélection)

2013-03-24T23:00:25+01:00lundi 25 mars 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Finalistes du Grand Prix de l’Imaginaire

O RLY

L’écriture ressemble à la prostitution. D’abord on écrit pour l’amour de la chose, puis pour quelques amis, et à la fin, pour de l’argent. – Molière

… mais est-ce mal, et cela signifie-t-il qu’on ne fasse pas ça bien, ou et même avec plaisir ?

Si c’est la vérité, alors je m’emploierai à être une geisha (et là, des images mentales d’horreur vous assaillent, qui vous accompagneront toute la journée. De rien).

2014-08-30T16:34:14+02:00jeudi 21 mars 2013|Technique d'écriture|9 Commentaires

Question : vaincre le doute… et ceux qui nous précèdent

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L’écriture d’un roman est toujours une période particulière, une parenthèse faite autant d’exaltation que d’abattement à vaincre, et je commence à me rendre compte que mes promesses pour le blog mettent toujours du temps à se concrétiser. J’en suis navré, d’autant plus qu’il y en a une qui me tient à coeur, celle de répondre aux questions sur le métier. En voici donc une qui m’est arrivée depuis à peu près deux ou trois éternités, avec mes plates excuses pour ma lenteur, et mon fervent désir d’être plus à jour.

J’ai bien trouvé deux trois choses pour m’orienter dans l’écriture d’un roman. Mais je crois que le plus gros travail reste d’ordre psychologique et prendre suffisamment de confiance en soi pour ne pas jeter l’éponge quand une voix me sussurre : « Laisse tomber, d’autres ont déjà écrit ça mieux que tu ne le feras jamais. » J’envie tous ceux qui n’entendent jamais cette voix et qui peuvent écrire avec leurs tripes sans se soucier de savoir que tout a déjà été écrit. Y a-t-il une méthode pour franchir cette barrière ? Pour enfin faire s’écrouler ce Mur des lamentations ? A force d’y mettre des coups de têtes, peut-être…

Voilà bien une excellente question sur la confiance en soi pour écrire, ainsi qu’un résumé à mon sens très juste de l’essence de ce métier : un mélange d’humilité – pour savoir retravailler, s’améliorer tant qu’on peut, ce qui signifie, au fond, que rien n’est jamais terminé – et d’égocentrisme, car écrire avec une visée professionnelle revient à dire : « j’ai des choses à raconter, et cela va suffisamment intéresser quelqu’un pour qu’il l’achète ».

Eh bien, pas de problème. C’est tout le paradoxe de la chose. Dès qu’on en prend conscience, cela va même mieux, je dirais. Je ne crois pas qu’il y ait de méthode miracle pour vaincre cette ambivalence. Je pense même que le doute, à petites doses, est un aiguillon salutaire pour chercher la qualité et pour ne pas croire que tout ce que l’on fait est génial – un syndrome hélas assez fréquent chez certains jeunes auteurs, ce qui rend impossible tout apprentissage ou tout retravail… Mais, à trop hautes doses, il est paralysant, nous sommes bien d’accord.

Je crains hélas que la réponse – en tout cas celle que j’aie trouvée, pour ma part – soit contenue dans ta question. Prendre confiance en soi, et cela vient avec le travail, l’expérience, la conscience évanescente que l’on parvient de mieux en mieux à atteindre ce que l’on souhaite faire.

Mais au-delà de ça, il y a une réalité réconfortante : seul toi peux écrire ce que tu as à écrire, si tu prends le temps de chercher au fond de toi ta vérité et ce que tu veux vraiment dire. Non, d’autres n’ont pas déjà raconté mieux que toi ton histoire. D’autres ont peut-être déjà traité ce thème, oui – c’est même plus que probable – mais ce que tu peux en faire, ce que tu peux raconter dessus, vient de ta personnalité, de ton vécu, de l’être que tu es, de ton regard sur les choses. Et tout cela est unique, au même titre que tu es une personne unique. Les thèmes sont immensément nombreux mais, à terme, ils représentent l’expérience humaine, le socle de ce que nous sommes, et tu es presque assurément condamné à retomber sur quelque chose de commun. Mais c’est normal. Ce que tu as à dire dessus, par contre, n’appartient qu’à toi. Il faut par contre prendre le temps de le chercher… Et savoir le rendre accessible, le faire partager. C’est là le parcours à apprendre.

En d’autres termes, si l’on s’était arrêté de parler d’amour parce qu’après Tristan et Yseult, tout avait été dit, Shakespeare n’aurait jamais écrit Romeo et Juliette. Toute création se construit sur les épaules des géants qui viennent avant nous. C’est le processus. Nous sommes des créateurs, mais aussi des continuateurs, des explorateurs à avancer en terrain nouveau, le nôte, en permanence.

Un des intérêts de l’imaginaire, c’est qu’on se trouve à défricher de nouveaux thèmes des décennies, voire des siècles, avant qu’ils ne fassent partie de l’expérience humaine. Mais c’est une autre histoire…

2014-08-05T15:18:28+02:00jeudi 7 mars 2013|Best Of, Technique d'écriture|12 Commentaires

Amazon entube la chaîne du livre : la vente d’ebooks d’occasion

fail_fish(Finalement, ma dent ne serait qu’un problème périphérique. Je suis donc en mesure de revêtir mon armure antiémeute et de lancer à un post à polémique.)

D’après cet article d’Actualitté, Amazon étudie la vente de livrels1 de seconde main. C’est-à-dire, la possibilité de transférer un livre acheté par un client à un autre contre un coût. Le fichier disparaît du compte du premier, pour arriver sur celui du second (avec une commission au passage pour Amazon). Magie, se dit le client content : enfin, on me permet de disposer de mon livre comme je l’entends, et de le revendre comme bon me semble. Justice !

Non, Amazon entube tout le monde. La chaîne du livre, l’éditeur en premier, et l’auteur avec. Mais le public – vous – aussi. Démonstration.

Ce qui scandalise les acteurs du livre

C’est simple : Amazon semble bien placé pour créer une économie parallèle du livre, où les fichiers s’échangeront hors du circuit traditionnel. Éditeurs et auteurs veulent une part de ces échanges, si Amazon prélève sa commission. Cela scandalise en retour le public, qui ne voit pas pourquoi ceux-ci toucheraient quoi que ce soit sachant que le fichier a été déjà acheté. Et le marché de l’occasion traditionnel fonctionne sans. Alors, qu’est-ce qu’ils veulent, ces vilains auteurs et éditeurs déjà pleins aux as ? (HINT : pour la majorité, ils ne le sont pas.)

Le problème, c’est que nous parlons de dématérialisé, et non de biens physiques.

Le dématérialisé pose un problème de propriété et de consommation

adam_appleLes activistes du dématérialisé répètent à l’envi que ce marché obéit à des règles différentes du marché physique (d’accord) et que donc, pour les plus extrémistes d’entre eux, les gens qui voudraient gagner de l’argent de leur travail n’ont qu’à fermer leur gueule (pas d’accord). Les questions et les problèmes nouveaux que posent ces marchés ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique (pour les activistes) ni par la transposition d’un modèle existant (pour les conservateurs). Nous sommes face à de vrais dilemmes dont il convient d’étudier les fondements si l’on veut pouvoir construire une réflexion.

Quel est le principe de l’idée de consommation ? La destruction du bien. Consommer, c’est détruire. À plus ou moins long terme, et en fonction de l’usure susceptible du bien. Une pomme s’use plus vite qu’une voiture, mais l’idée est la même : au bout d’un moment, elle ne sera plus (ou plus utilisable), j’en aurai retiré toute la jouissance potentielle.

C’est l’idée fondatrice du marché de l’occasion. Un bien dont un tiers a déjà joui sera usé, donc perdra de sa valeur, et un acheteur de seconde main peut accepter ce compromis contre un prix réduit. C’est le cas avec le livre : un livre qui a tourné entre de nombreuses mains est défraîchi, il a peut-être été abîmé, et le deuxième acheteur accepte cette perte de valeur au profit de l’oeuvre qui s’y trouve. Additionnellement, le nombre fini d’exemplaires physiques crée une rareté artificielle qui va donner, ou non, une valeur à l’oeuvre imprimée.

Mais dans le cas du dématérialisé, cette clause de destruction, d’obsolescence, fondamentale au principe de consommation disparaît. (J’aimerais d’ailleurs bien que les Benjamin Bayart et consorts, qui exposent très bien le mécanisme, poussent un peu leur réflexion sur le bouleversement économique fondamental que cela implique – c’est rien moins que toute la théorie économique, fondée sur la notion d’usure, qui fout le camp.) Si je copie un livre, de la musique, rien de tout cela ne s’use. Je consomme mes produits culturels autant de fois que je le souhaite, ils ne s’usent pas. Le matériel employé pour ce faire s’use, lui, mais le support physique devient découplé du contenu (et avec la généralisation du cloud, on n’aura bientôt même plus à se soucier d’espace de stockage, juste d’un terminal léger). Si vous voulez faire fortune aujourd’hui, ne fondez pas les Beatles : fabriquez des iPhone.

L’occasion en dématérialisé équivaut à du neuf

Quand un éditeur de jeu vidéo, qui fournit un support physique, réclame sa part d’une vente en occasion ou s’efforce de la circonvenir par des mécanismes de clés à usage unique, on hurle au scandale, et à juste titre. Un support physique obéit aux principes de consommation énoncés ci-dessus, et la circulation du contenu (ainsi que son usage) connaîtra une fin plus ou moins proche en fonction du soin apporté au média. C’est le risque inhérent aux biens de seconde main.

Mais que l’on se mette à vendre d’occasion des fichiers numériques : c’est exactement la même chose que de vendre le contenu neuf. Il peut circuler dans un nombre infini de mains, dans un état identique à son premier jour. Le mot « occasion » devient par là même fallacieux. C’est la raison pour laquelle, si les contenus sont indistingables du neuf, les acteurs du livre – auteur et éditeur – réclament leur pourcentage, si Amazon – ici simple diffuseur et plate-forme d’échange – prélève sa commission.

Les droits du consommateur bafoués

boromir-handcuffs-meme-generator-one-does-not-simply-handcuff-superman-5be09aAmazon semble séduire le consommateur en lui proposant un service laissé pour compte jusqu’ici dans l’économie numérique : disposer de son fichier comme bon lui semble. C’est effectivement un problème : actuellement, un « bien » numérique (livre, jeu vidéo acheté sur Steam par exemple, même votre épée légendaire de Diablo III) n’est pas un bien réel, au titre d’un livre dont vous disposez souverainement, que vous pouvez prêter, donner, utiliser pour caler un meuble. C’est un accord de licence – le fournisseur de contenu vous octroie une licence d’utilisation révocable sur le contenu dont vous avez acheté, non pas la propriété, mais l’usage. Rien ne l’empêche d’effacer votre bibliothèque s’il considère que vous avez violé les termes de cette licence (voir cette affaire kafkaïenne).

Amazon n’offre que le mirage d’un marché de l’occasion et d’une liberté de transfert de vos biens (qui n’en sont pas). En effet, pour qu’un tel système fonctionne, cela implique

  1. L’usage de DRM (on en a parlé ici) pour recréer un simulacre de rareté (laquelle induit de la valeur)
  2. La création d’un marché clos de formats compatibles (l’écosystème Amazon)

Ce qui entraîne :

  1. Non, vous ne disposez pas de votre contenu comme bon vous semble (puisque restriction d’accès par DRM)
  2. Vous êtes enchaîné(e) à Amazon, puisque vous ne pouvez transférer le bien (ou accord de licence) qu’au sein de son écosystème.

Droits du consommateur, vraiment ?

I have a dream

Il semble juste de posséder ce que l’on paie. Qu’on puisse en disposer comme bon nous semble ; mais, dès lors que tout transfert de propriété numérique est impossible (comme les activistes ne manquent pas de le marteler, copier n’est pas voler), puisque je transmets à l’identique ce que je possède, on ne peut que donner. Il découle que tout marché de l’occasion, fondé sur l’idée d’obsolescence et de transfert, ne peut exister dans un monde numérique. Et que toute tentative de l’instaurer, comme semble vouloir le faire Amazon, nuit à tous, du créateur au consommateur – sauf à la plate-forme, qui bénéficie d’une source de revenus illégitime tout en enchaînant davantage les consommateurs à son écosystème. Il s’agit là d’une manoeuvre démagogique et grotesque.

Un tel marché, à tout le moins, ne pourrait s’imaginer qu’avec un système de DRM unique, fonctionnel, interopérable, de manière à le dégager de tout fabricant. Autant dire qu’on ne le verra jamais, et qu’il est probablement plus souhaitable de trouver de nouvelles manières de rémunérer et faire vivre la création en tirant avantage des fantastiques possibilités d’échange que permet le numérique plutôt que calquer les principes très mal adaptés de l’économie classique de la rareté et de l’obsolescence.

  1. Livres électroniques, pour se passer du disgracieux anglicisme « ebook ». ↩
2013-02-19T22:23:50+01:00mercredi 20 février 2013|Le monde du livre|14 Commentaires
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