L’impact du Trône de Fer sur la fantasy, depuis 20 ans ou presque [Entetien]

L’œuvre de Martin a-t-elle eu un impact sur votre manière d’écrire ? Sur les thématiques que vous abordez dans vos livres de manière plus générale ?

J’ai eu la chance d’interviewer Martin en 2003 (si ma mémoire est bonne) pour un dossier spécial dans la revue Asphodale, que je dirigeais à l’époque, et il m’a expliqué – ce qui est largement connu aujourd’hui – ses influences principales, notamment Maurice Druon avec Les Rois maudits.

La Garde de Nuit est l’un des plus grands sites et associations français consacré à l’univers célébrissime de « Game of Thrones ».

Dans le contexte des dernières Imaginales, l’association a établi un panorama de l’influence de l’œuvre de G. R. R. Martin sur la fantasy à travers des entretiens réalisés avec des auteurs français : j’ai eu le plaisir de me prêter à l’exercice. On y parle de construction de saga, de leur lenteur d’écriture, de la série télé et de sa conclusion : c’est à découvrir ici. Merci à la Garde de Nuit !

2019-07-11T09:20:22+02:00mardi 16 juillet 2019|Entretiens|3 Commentaires

Un festival de jeu vidéo majeur en grave danger car les jeux ne seraient pas des « œuvres de l’esprit »

Aaaah, France, je t’aime, mais parfois, qu’est-ce que tu restes bloquée dans les années 60. L’association 3Hit Combo est porteuse du Stunfest, un festival de jeux vidéo centré sur la compétition mais qui propose aussi quantité de moments dédiés au jeu vidéo comme outil de narration – conférences, débats, promotion de studios indépendants et de leurs jeux parfois expérimentaux, sans parler de la portée professionnelle d’un tel événement (comme l’est tout rassemblement d’un domaine). Le Stunfest a rassemblé 12 000 visiteurs cette année. Or, le Stunfest se trouve à présent avec un trou dans les caisses de 70 000 euros en partie parce que les pouvoirs publics n’ont pas accompagné la croissance du Stunfest ni ne lui ont accordé les facilités financières liées à la tenue d’un événement culturel. La raison ? Tenez-vous bien :
« Le caractère culturel ne peut être reconnu à l’association 3 Hit combo puisque son activité n’est pas consacrée à la création, à la diffusion, ou à la protection d’œuvres de l’art et de l’esprit tel que défini par la doctrine administrative, qui exclut les activités ludiques et de loisir. » – Réponse de la Direction Régionale des Finances Publiques faite à 3 Hit Combo quant à une demande pour percevoir des dons et faire bénéficier de rescrits fiscaux ; 15 mars 2016.
Id est : un jeu vidéo n’est pas une œuvre d’art et de l’esprit. Il faut être complètement ignare pour ne pas reconnaître au jeu vidéo la valeur d’une œuvre de l’esprit au sens initialement voulu par le droit d’auteur. Et il faut être aveugle pour ne pas constater le poids immense du jeu vidéo comme composante culturelle majeure au XXIe siècle. Alors certes, le jeu est une industrie (probablement la plus grosse à l’heure actuelle) et il comporte sa part de « produits » formatés ; mais c’est le cas de tout domaine de création. On ne met pas sur le même pied d’égalité Éric Rohmer et Avengers, au même titre qu’on ne mettra pas Life is Strange et Call of Duty Trente-Douze dans le même sac. Le jeu vidéo est porteur d’un discours, d’une dialectique, d’une narration. Il est d’une immense diversité, et le réduire uniquement à un tournoi de belote montre à quel point il est mal connu – le jeu n’est pas un média, c’est un ensemble de grammaires nouvelles et différentes avec lesquelles on peut assurément créer de l’art. Au même titre qu’avec des mots, on peut rédiger une petite annonce ou bien écrire À la recherche du temps perdu. On ne soutient pas le premier, le second oui. Je n’ai pas spécialement de fibre patriotique mais je trouve que c’est rageant et inquiétant pour la place de la France sur le plan mondial. On se gargarise d’innovation et de découpages de rubans rouges dans des incubateurs de start-ups mais il y a tout une frange des hautes instances de ce pays qui me semble ignorer totalement ce qui s’est passé depuis grosso modo vingt ans sur le terrain technologique (lequel représente l’outil prépondérant de notre époque) et qui est totalement larguée (témoin par exemple l’absurdité Hadopi). Ici, comme dans des tas de petites choses, il y a des virages à prendre, dans lesquels on pourrait s’engager avec nos spécificités et notre dynamisme, mais j’ai l’impression croissante qu’on reste sur le bord de la route figés comme des lapins dans des phares, étouffés par l’inertie administrative. Je discutais l’autre jour avec un copain de l’Arche de la Défense ; qu’on la trouve moche ou impressionnante, ça reste un projet d’envergure, et je me disais : quand avons-nous lancé pour la dernière fois une entreprise symbolique de cette importance ? Comme le TGV ? Le Concorde ? La fusée Ariane ? Même le Minitel, bon sang, qui a été dépassé rapidement mais qui restait assez singulier ? L’Éducation Nationale continue à former aveuglément des chauffeurs routiers sans réfléchir un seul instant à l’arrivée des véhicules autonomes… Je dérive sauvage, mais tout ça me semble symptomatique de problèmes plus vastes à l’heure actuelle. Et, pour être juste, il faudrait aussi dire que le jeu a besoin de s’organiser encore comme secteur, de se définir lui-même pour savoir comprendre et, le cas échéant, mettre en avant sa propre grammaire artistique et les œuvres qui la portent afin de mieux se défendre – mais l’industrie est tellement jeune ! Disons cinquante ans – ce qui pose des difficultés encore accrues par le fait que c’est un mode d’expression terriblement inféodé à la technologie (à mettre en regard avec le cinéma dont la dernière innovation réellement majeure était la couleur, lui donnant l’intégralité de ses outils modernes – on pourrait ajouter, admettons, la généralisation des images de synthèse à prix abordable1). J’arrête de divaguer, le communiqué de 3Hit Combo est là, détaille la situation et les moyens de soutien.
  1. Je sais qu’il a existé d’autres innovations technologiques dans l’intervalle, mais aucune n’a eu l’envergure des révolutions successives que le jeu vidéo traverse à l’échelle d’une décennie.
2018-05-30T18:55:59+02:00mercredi 30 mai 2018|Le monde du livre|3 Commentaires

Un petit retard, avec mes excuses

Bon, c’est un article difficile à écrire, le genre qu’on n’aimerait ne jamais devoir écrire – et c’est pourquoi, d’ailleurs, j’ai longtemps conservé un secret quasi-obsessionnel et maladif sur mes activités. Mais ce n’est pas jouable non plus. Or, malheureusement, je reste humain (trop humain) et il arrive, dans des domaines aussi chaotiques que la création, qu’on rencontre des difficultés. Alors j’espère arriver à faire amende honorable, et expliquer ce qui s’est passé, histoire que la mésaventure puisse au moins servir de leçon. D’abord, l’aveu désagréable : La Fureur de la Terre (« Les Dieux sauvages » volume 2) aura un peu de retard par rapport à la date prévue. (Et, par voie de conséquence, L’Héritage de l’Empire aussi.) Alors, rien de bien drastique :  ce sera quelques mois, mais le livre ne sortira pas à l’automne comme je l’espérais initialement. Ce sera néanmoins moins d’un an après la sortie de La Messagère du Ciel. Je me suis engagé à une sortie rapide des suites – je suis lecteur aussi, je râle aussi quand un auteur est en retard sur sa série – et je le ferai. Mais là, si je veux survivre à l’écriture, il faut que je lâche un peu de lest, notamment pour finir le volume 3 dans de bonnes conditions (lequel sortira donc un peu plus tard lui aussi, mais lui aussi moins d’un an après le volume 2, c’est promis juré). Je vous présente toutes mes excuses pour mon ambition un peu trop prononcée. Ce n’est pas que l’histoire n’est pas prévue, je sais parfaitement où cela va jusqu’à la fin, mais, justement, la série prend une ampleur que je n’avais pas forcément soupçonnée au début. Donc, parlons des raisons. La première, la plus évidente, donc, c’est que cette série ne cesse de prendre de l’envergure et de l’ampleurLa Messagère du Ciel fait 1,2 million de signes, je crains que La Fureur de la Terre ne soit encore plus gros pour me permettre de tout aborder, aller partout où il faut, enquêter sur les secrets de l’univers et dévoiler ce qui se trame en coulisses (mais on verra, c’est difficile à dire parce que j’ai des tas de notes mêlées au manuscrit). J’ai laissé la Rhovelle dans une situation pour le moins compliquée à la fin de La Messagère du Ciel et il y a beaucoup à faire. Or, même si j’écris raisonnablement vite, il y a un temps incompressible pour parcourir le chemin. La seconde, la plus retorse, c’est qu’il arrive qu’on parte sur les chapeaux de roue pour terminer dans un mur. J’ai traduit le deuxième volume de Magie Ex Libris – avec beaucoup de plaisir, notez – après le rendu de La Messagère du Ciel et j’ai sous-estimé le temps qu’il m’a fallu pour reprendre contact avec mon propre univers. J’ai écrit un certain nombre de chapitres, un gros Acte I complet, mais un fil narratif partait complètement de travers, avec une ambiance que j’en suis venu à détester, qui ne sonnait absolument pas juste et qui ne rendait pas justice aux personnages ni à ce qui me faisait justement plaisir dans le livre précédent. J’ai remis à plat ce fil, l’ai réécrit de fond en comble pour remettre le livre sur les rails, mais cela m’a pris du temps pour retrouver, à force, l’élan que je désirais. (C’est en partie de cette réflexion qu’est née mon habitude de toucher mon histoire tous les jours, même au milieu d’autres projets.) Ce n’était pas une question de scénario, mais d’attitude, d’ambiance, de volonté – de cœur, en un mot. Et réécrire, rajuster des passages déjà écrits, en soupesant chaque choix de mot pour s’assurer qu’il convienne bel et bien à ce qu’on souhaite est un travail à peu près aussi agréable que s’arracher de la plante des pieds les épines du chardon sur lequel on vient de marcher : ça prend un temps dingue, c’est moche, ça fait mal, mais qu’est-ce qu’on se sent mieux quand c’est fini. Et c’est le cas. Donc, l’élan du livre est reparti sur les rails, et je me remets à avancer avec la même résolution que j’avais pour La Messagère du Ciel, ce qui me fait bien plaisir (et me rassure, je peux vous le dire). Le prix à payer pour moi, hélas, et encore une fois, j’en suis sincèrement désolé, c’est que le livre soit retardé de quelques mois, soit une sortie prévue pour le printemps prochain. Même si nous pensons probablement tous qu’à tout prendre, il vaut mieux un livre dont on est satisfait qu’un livre qui sort à l’heure, je tire habituellement une grande fierté de mon respect des dates que je me fixe ; aussi ne vis-je pas très bien ce retard, pour être très honnête, et tenais-je donc à vous tenir au courant très clairement et à assumer la pleine responsabilité de cet incident de parcours. Je tiens aussi à dire un grand merci à toute l’équipe des éditions Critic pour sa compréhension. Je veux vraiment que ce volume 2 soit dans la continuité du 1, et cela va nécessiter davantage de travail que je ne l’estimais quand j’ai établi le planning initial voilà plus d’un an. Je vous remercie grandement pour votre enthousiasme sur La Messagère du Ciel, qui m’a vraiment beaucoup touché et donné énormément d’allant. J’aimerais donc vous demander, si vous le voulez bien, votre indulgence, et quelques mois supplémentaires de patience… Le volume 2 arrive, je vous le promets ! Il y aura juste un peu plus à attendre – mais pas beaucoup. Je n’ose dire je m’y engage, mais je travaille d’arrache-pied, croyez-moi, et je compte bien honorer votre confiance. Encore toutes mes excuses, et merci pour votre fidélité !
2017-06-20T15:25:26+02:00mercredi 21 juin 2017|Journal|17 Commentaires

La lose

Comme je le disais hier, le salon fantasy de la Chapelle de Guinchay était vraiment très agréable. Mais sais-tu, ô auguste lectorat – je sais que tu t’en doutes -, que tout festival a sa part de moments off, d’improbable et de bizarre ? Certaines anecdotes sont aussitôt racontables, d’autres un peu plus tard, d’autres enfin ne peuvent être relatées que des années après les faits, en changeant les prénoms et en s’assurant qu’aucun représentant de tabloïde ne traîne dans le coin. Bref. Ce qui s’est passé dimanche n’appartient en rien au festival, mais y est périphérique. D’autre part, c’est racontable (navré). Imagine-toi, auguste lectorat, Thomas Geha et moi-même, revenant de ce week-end de rencontres et de plaisir, encore portés par notre joie, investis par notre mission de popularisation des littératures de l’imaginaire, projetant de vastes initiatives comme la subvention d’une traduction de Tolkien en inuit ou la fondation d’un musée des boutons de manchette de la fantasy historique. Sauf que : Bon, ça arrive. Okay, c’est le seul vol des trois écrans écrits en corps 6 à être ainsi affligé, mais bon, ça arrive. Au moins, ça nous permet de repérer facilement la ligne correspondante sur les panneaux d’affichage. (Une sombre histoire de pilote qui n’a pas pu revenir de Pologne à temps. J’espère que ce n’était pas à cause d’une petite fête locale. Il n’y a pas d’alcootests en altitude.) Qu’à cela ne tienne ! Thomas et moi sommes allés vaillants dîner d’un roboratif sandwich Sodebo sous cellophane. Après tout, nous ne sommes pas que de purs esprits et nous savons apprécier la bonne chère, aussi haut planions-nous, le menton relevé, les cheveux dans le vent. Nous sommes alors passés devant cette machine, gloussant à moitié de l’infortuné client qui nous avait précédés : Ah ! Ah ! Quelle déception pour ce malheureux ! Nous imaginions sa frustration, les coups vains qu’il pouvait donner contre l’imperturbable plexi qui refusait de lui octroyer la boisson tant espérée ! Que diantre, nous sommes-nous dit, voilà notre chance : pour un investissement modique, nous pourrions profiter tous deux d’un peu de sucre à la vitamine. C’est donc le coeur léger et fier de notre machination que j’ai inséré mon obole dans le tronc. L’engin a desserré ses mâchoires, fait rouler ses boissons, projeté la première bouteille dans le vide, et puis la seconde… Ouais. La lose. On s’est retrouvé avec une bouteille dont on n’avait même pas envie. Mais ce n’était pas grave ! Nous sommes repartis d’un pas vaillant vers l’embarquement. Je passerai pudiquement sur le pauvre steward qui donnait l’impression d’avoir eu un bubble gum pour professeur d’anglais – j’aurais voulu pouvoir l’enregistrer et vous le faire partager, c’est impossible à raconter – pour terminer par ne pas remercier les services bagagerie de l’aéroport Lyon Saint Exupéry qui, en trois passages chez eux, m’ont quand même cassé deux sacs à dos. Il y a peut-être chez eux une secte d’étrangleurs de Lafuma, jugeant que seule la valise est conforme à l’idée que Dieu se fait du voyage. Autant j’avais laissé passer la première fois, autant là, même s’il s’agissait seulement d’un pauvre sac acheté 20 $ CAD au Québec, j’étais décidé à jouer les procéduriers et à leur faire perdre temps et énergie pour obtenir réparation. De retour en terres bretonnes, je me dirige donc vers la guérite idoine. J’explique à l’hôtesse d’accueil mon problème, que je vois alors pianoter sur son terminal, et je découvre avec stupéfaction qu’il existe une page entière de codes pour les bagages endommagés, afin de couvrir tous les cas de figure possibles, lesquels doivent aller, j’imagine, de LA pour « lanière arrachée » à EN pour « pris dans une explosion nucléaire » en passant par DP pour « déchiqueté par un pitbull ».  La dame fait alors glisser une enveloppe vers moi sur le comptoir. « Voilà monsieur. Vous devez aller faire constater l’incident par un maroquinier agréé. Celui-ci établira un justificatif circonstancié et évaluera le montant de la réparation, qu’il effectuera donc, et nous vous la rembourserons sur présentation du justificatif, d’un RIB et sur cession de l’âme de votre premier né. Ou bien, si ce n’est pas réparable, il vous proposera un modèle équivalent que vous achéterez bien entendu, et vous serez indemnisé sur la valeur Argus du sac à dos pourrave à condition de nous joindre un constat d’huissier, un contrat d’assurance lors de votre prochain vol vers Lyon et trois gouttes de sang frais apposé au bas du contrat. Avez-vous des questions ? — Ouais. Où est-ce qu’on trouve un maroquinier au XXIe siècle ? — Heu. Chez des boutiques qui vendent des sacs ? » Et voici comment, auguste lectorat, au détour d’un incident de voyage, on démontre, d’un doigt dans le nez et d’un coup de théorème de Gôdel, que le maroquinier et le vendeur de sacs sont indéfinissables en dehors de leur propre espace mutuel. Je crois maintenant qu’ils n’existent pas, en réalité. Apprends la vérité, auguste lectorat : les maroquiniers sont une création de notre esprit et une invention des bagagistes de Lyon Saint Exupéry. J’ignore cependant encore dans quel funeste but. Mais, si je disparais, tu connaîtras au moins les coupables.
2010-11-09T11:47:58+02:00mardi 9 novembre 2010|Expériences en temps réel|4 Commentaires

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