L’Impassible armada redux sortira le 18 octobre
… et puisque l’on parle de dates de publication (La Fureur de la Terre ressort chez Folio le 4 novembre, si vous avez loupé la couverture), une autre belle nouvelle : la version « redux » (c’est-à-dire augmentée d’un contrechant – pour la glace, ça s’impose – si vous ne voyez pas le lien, c’est que vous devez lire le bouquin – comment je suis retors) de L’Impassible armada sortira le 18 octobre aux éditions 1115.
Et oui, le livre sera disponible en avant-première spécialement aux Imaginales ! Ce qui est d’autant plus cool, car la première version de ce texte est parue, justement… dans la toute première anthologie des Imaginales (Rois et Capitaines).
Si vous avez aimé Les Questions dangereuses, « Bienvenue à Magicland » (dans Contes hybrides) ou même les vénérables « L’Île close » et « Tuning Jack » (disponibles gratuitement ici), il y a fort à penser que L’Impassible armada vous plaira aussi – on est dans la même veine absurdo-surréalisto-sombre, cette fois en mode roman d’aventure maritime.
Le jour où Jacke a sauté par-dessus bord, j’ai compris qu’il était temps d’agir.
Il ne l’a pas fait sans me dire mes quatre vérités, ça, non. Tout ce temps, je croyais qu’on était frères de bord, partageant les dangers de la bataille et le réconfort des camarades. Eh bien, il est sorti en uniforme d’apparat sous la lune perpétuelle qui dirige maintenant nos chiennes de vies. J’ai tout de suite vu que ça n’allait pas ; aucun de nous ne fait plus très attention à la discipline vestimentaire. Il est venu vers moi de ce pas raide et décidé qu’on a appris à reconnaître, les yeux dans le vide, fixés un peu au-dessus de ma tête, comme si j’avais un oiseau perché sur le crâne. Et puis il m’a dit avec cette voix monocorde, glacée, mécanique :
« Davenport, tu as une tête de rat, le caractère d’une fouine, je sais que tu triches aux cartes et je ne supporte plus d’entendre ton rire de hyène. »
Et puis il m’a salué, il a marché vers le bastingage, l’a enjambé et il a sauté.

La Fureur de la Terre sort le 4 novembre chez Folio : découvrez la couverture !
Salut, j’écris des trucs et des machins et y a des gens font des illustrations mortellement cool pour aller avec :

MAIS YES
J’aime énormément le symbolisme de Ganner, la représentation des murailles sur cette image – et ces Sauteriaux, graou ! C’est comme à chaque fois fascinant – et, honnêtement, génial – de voir comment plusieurs illustrateurs s’approprient différemment un même texte et un même univers avec leurs sensibilités et leurs forces. Alors qu’Alain Brion suit le voyage de Mériane au fil des couvertures, Georges Clarenko propose une vision presque historique, déjà mythique, de la geste de la Messagère du Ciel. Merci à lui, et à eux, de prêter leur talent à ces livres, et puis à vous, tiens, de leur faire une place sur vos étagères !
La réédition poche du tome 3 de « Les Dieux sauvages », donc, sortira le 4 novembre. Disponible dans toutes les librairies – un tome pivot à bien des titres, situé mathématiquement au milieu de la saga, et je trépigne déjà que ceux et celles qui ont découvert la série dans cette édition puissent à nouveau poursuivre le voyage !
« Oh bordel de Dieu, faites-vous enfin injecter ce putain de vaccin, bande de branlous merdeux »
Où l’on conduit une expérience linguistique absolument fascinante sur les non-équivalences de certains registres linguistiques entre langues, comme celui de l’insulte et de l’énervement :
The fucking vaccine will not make you magnetic. Are you fucking kidding me? It just fucking won’t. That’s not even a fucking thing, and that lady who tried to pretend the vaccine made her fucking magnetic looked like a real fucking fuckwad and a fucking idiot, so get fucking vaccinated. Jesus. Fuck.
Wendy Molyneux
Ce qui pourrait se traduire à la louche par :
Ce putain de vaccin ne vous rendra pas magnétique. Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Non, bordel. Ça n’existe juste pas, putain, et la connasse qui a prétendu le contraire est passée pour une énorme bestiasse, un putain de désastre intellectuel, alors faites-vous vacciner, merde de merde. Bon Dieu. Chié.
Constatons ainsi, au titre de l’exercice, que l’anglais reste quand même assez limité dans le registre de sa vulgarité, où « fuck » incarne l’ultime forme de l’agacement et de l’insulte ; ceci étant aidé par la manière fortement satisfaisante dont le mot peut être craché avec sa sonorité sèche et agressive. D’autre part, l’anglais, langue classiquement agrégative, peut jouer sur la construction de termes nouveaux et tolère bien mieux la répétition que le français, qui au contraire, compte parmi ses forces la complexité courante de ses champs lexicaux. Il est également aidé par ses ascendances latines, où le registre de l’insulte est évidemment sans bornes. D’ailleurs, on pourrait sans nul doute discuter à l’envi des connotations et des choix (mon humble tentative ayant été hâtivement réalisée en deux minutes sur un coin de blog). Si je donnais encore des ateliers de traduction, ça aurait pu être rigolo de donner ce texte en entier.
Parce que, hein : fucking vaccinez-vous, yes ?

La photo de la semaine : Céréopse
(C’est son espèce, pas son nom) (Enfin, je ne crois pas, mais admettez que ce serait bizarre, ce serait comme un humain qui s’appelle Humain)
Outer Wilds est le meilleur jeu du monde
Et en fait, la meilleure manière d’en parler, c’est de ne surtout pas en parler. Que vous ne vous documentiez surtout pas. Je vous en ai déjà donné le titre, et c’est peut-être déjà trop.
Regardez, je vais même trouver une image qui ne dit quasiment rien.

Je vais plutôt vous raconter comment je l’ai découvert, et c’était absolument parfait. Il faudrait que vous le découvriez de la même manière, si vous pouvez. D’ailleurs, je vais faire la même chose à d’autres copains, du coup. Bref.
Un jour, un copain me mentionne en passant : « Tel week-end, j’organise un petit rassemblement chez moi entre gens de bon goût. Il y a un jeu formidable que je veux vous faire découvrir. Je ne vous dis rien, vous ne savez rien, vous me faites confiance, vous venez juste et vous découvrez, j’offre le gîte et le couvert. T’es chaud ? »
J’étais tellement en phase que j’imaginais qu’on allait faire un week-end jeu de plateau, pour tout dire.
J’arrive le vendredi soir et, le temps de boire quelques coups, d’échanger quelques news, il était évidemment temps de commencer convenablement à deux heures du matin, comme il se doit. Finalement, avec les désistements, nous étions seulement deux gars devant le projecteur, avec notre pote commun derrière (car je venais de rencontrer mon binôme d’aventure – magnifique manière de faire la connaissance de quelqu’un), lequel ne dit rien, mais profite presque autant que nous de revivre à travers notre regard neuf et innocent ce qu’il avait lui-même vécu. (Et aujourd’hui, je me réjouis, donc, de proposer à mon tour la même expérience à quelqu’un, après avoir poncé le jeu dans tous les sens, vu toutes les fins, et écrit douze fiches dans mon Zettelkasten à son sujet.)
Outer Wilds a un côté Into the Wilds (la similitude est assurément voulue, car rien, absolument rien dans ce chef-d’œuvre est laissé au hasard) : « happiness only real when shared ». Ce serait trop vous en dire de vous expliquer pourquoi, mais même si c’est un jeu parfaitement solo, il se découvre encore mieux à deux ou en petit comité, en ignorant tout de ce qui se passe, avec des gens qui se passent la manette à tour de rôle, qui commencent à échanger des idées, à formuler des hypothèses sur nan mais en vrai c’est quoi ce bordel ? C’est un formidable jeu à partager en couple, tout simple en apparence, avec un gameplay exploité au maximum, et surtout, oh mes aïeux, surtout, une explosion de l’esprit quand tu commences à faire oh mais mon dieu en fait c’est ÇA qui se passe.
Je.
Outer Wilds livre une expérience de jeu intelligente, réfléchie, qui utilise à la perfection la grammaire du gameplay en fondant sa courbe de progression sur un mécanisme à la fois tout simple et quasiment jamais vu, qui distille l’essence même de ce que cela signifie d’avancer dans un jeu vidéo.
Je ne peux pas en dire davantage, à part que si vous êtes ici, vous avez certainement vaguement entendu parler d’un genre appelé la SF un jour dans votre vie, et que Outer Wilds réussit les doigts dans le nez à évoquer le vertige de l’immensité, le sense of wonder, l’intelligence que le cinéma de genre des années récentes peine parfois à toucher. Il flotte sur son berceau les influences de 2001, Interstellar, Premier Contact, Babylon 5, mais le jeu les a digérées, comprises, et se dresse de lui-même, avec son propre univers un peu fou, un peu baroque, pour faire jeu égal avec ces monuments.
Prenez votre conjoint·e, votre chat, un ou quelques amis proches, préparez du thé, une couette, et jouez ensemble à Outer Wilds. Parmi les meilleures vingt heures vidéoludiques de mon existence entière, encore au-delà de Gris et de Hellblade : Senua’s Sacrifice – c’est dire (je serais prêt à acheter une Xbox pour jouer à Hellblade 2, rendez-vous compte).
En plus, un DLC sort fin septembre. Pile le temps pour vous de le finir, puis de repartir à l’aventure.
Vous voulez écrire de la SF ou de la Fantasy ? Attention à ces pièges
… est le titre de l’article réalisé par Marcus Dupont-Besnard pour Numerama, qui synthétise (car je parle beaucoup trop si on me laisse faire) un très long et chouette entretien autour de Comment écrire de la fiction ? et des particularités de l’écriture d’imaginaire :
Ces genres ont-ils une particularité dans le domaine narratif ? « On ne peut pas imaginer un bon roman d’imaginaire qui ne soit pas un bon roman tout court », prévient Lionel Davoust. « Mais l’imaginaire ajoute des difficultés techniques supplémentaires. » Nous lui avons demandé s’il existait des pièges et idées reçues spécifiques à ces genres, que les jeunes auteurs et autrices devraient soigneusement éviter dans l’écriture d’un manuscrit.
Merci à Marcus et à Numerama pour leur intérêt envers ce livre, et envers ce que je crois avoir appris au bout de beaucoup trop de temps passé à faire ce métier forcément malhonnête.
➡️ Lire l’article – entretien de Numerama sur Comment écrire de la fiction ?
La photo de la semaine : Hoya carnosa
(C’est le nom de la plante, évidemment)
Blade Runner, une série animée dans un univers parallèle
Ladite série n’existe pas, mais dans un autre univers, cet ensemble de concepts de personnages serait plutôt chouette pour un tel projet.
Que maintenant, je veux voir, évidemment. Damn.
Oui, Sam quitte la Terre du Milieu
Un petit mot rapide collectif parce que des étonnements me sont revenus par divers canaux (l’éditeur s’en était lui-même ému d’ailleurs en recevant le manuscrit, et nous en avions discuté au moment des corrections) concernant ce que j’affirme dans Comment écrire de la fiction ? :
marqués par la quête, Frodo et Sam quittent la Terre du Milieu avec les autres porteurs d’anneaux pour accompagner les Elfes…
Keuwah, d’où tu parles de Sam, c’est Bilbo qui s’en va ! Rhô l’autre ! Quelle erreur !
Alors si, chers amis, Sam quitte la Terre du Milieu. En fait, tous les porteurs de l’Anneau Unique encore en vie la quittent. (Techniquement, il me semble que tous les porteurs d’anneaux au sens large qui n’ont pas été corrompus la quittent aussi, comme Galadriel, Elrond et Gandalf, même si c’est pour des raisons diverses.) Ce qui inclut évidemment Frodo, Bilbo, mais aussi Sam, qui l’a brièvement porté lors de la quête. Sainte Bible Le Seigneur des Anneaux, Annexe B :
Among them the tradition is handed down from Elanor that Samwise passed the Towers, and went to the Grey Havens, and passed over Sea, last of the Ring-bearers.
On peut pinailler en notant que « the tradition is handed down » n’est pas une confirmation factuelle à 100%, même si chez Tolkien, le conte a souvent valeur de réalité. D’autre part, je fais un raccourci effectivement saisissant en disant que Sam et Frodo partent ensemble, car Sam part en fait beaucoup plus tard, après le décès de son épouse.
Mais bon, il s’en va bel et bien, et c’est unanimement acté par les spécialistes. Voili voilou.



