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Les liens inter-applications (pourquoi j’aime le Mac)

LA MATRICE EST EN BÉTON
(photo Beasty)

La question revient de loin en loin : « non mais d’accord, tu nous as fait ta grosse crise de conversion pommesque il y a trois ans, et tu en causes encore comme un gros illuminé alors qu’avant t’étais le premier à taper sur la firme à Jobs, sérieusement. Sérieusement. C’est vraiment mieux que ça ? C’est un ordinateur, non ? Pourquoi ? POURQUOI, et où as-tu mis l’argent des microfilms ? »

Un ordinateur, c’est un ordinateur, bon. En principe. On est en 2019, on cause de contrôler des interfaces par la pensée, on n’est plus à l’ère du CONFIG.SYS et de l’écran bleu (parce que Microsoft en changé la couleur). Si je veux faire des trucs, le système, on s’en tape, non ?

NON HÉRÉTIQUE ET JE VAIS TE DIRE POURQUOI

Ahem

Donc

Non, on ne s’en tape pas, du moins, et c’est un important « du moins », si l’on a envie d’optimiser ses flux de travail, de faire chanter sa machine au bout des doigts tel un chef d’orchestre avec un orchestre composé d’une machine toute seule OH ÇA VA BON VOUS AVEZ COMPRIS L’IDÉE.

Le Mac est utile pour deux types de populations, à mon avis : les gens qui n’y connaissent rien, et les gens qui s’y connaissent beaucoup. Et aujourd’hui, je vais vous parler d’un truc absolument magique sous Mac (et qui marche aussi sur iPhone et iPad), souvent mal connu : les liens inter-applications (ou URL schemes).

C’est extrêmement simple, auguste lectorat.

Tu vois comme sur Internet, tu cliques de lien en lien, ce qui t’amène à une page, une image, un film ? Eh bien, imagine le même principe, mais concernant n’importe quelle ressource dans tes applications (pourvu qu’elles implémentent le système, mais c’est très courant sur les plate-formes Apple). D’un clic, tu peux accéder à n’importe quel document, bout de base de données, message, dont tu as besoin pour référence ultérieure.

Par exemple, imagine :

Pour ta demande de subvention d’oisiveté pleinière, tu dois remplir le formulaire bleu et le questionnaire A-38 qu’on t’a envoyé en PDF séparément et que tu as archivé, mettons, dans Evernote. Tu peux simplement récupérer le lien de ces documents pour les placer dans une liste de choses à faire créée dans n’importe quelle autre application, et cliquer dessus ouvrira les fichiers archivés dans Evernote, quand tu seras prêt à t’en occuper.

Ou alors, tous les jours à heure fixe, tu dois effectuer une série d’opérations qui vise à la bonne marche de… heu… tes opérations. Tu as créé un projet récurrent dans OmniFocus parce que tu es une personne de goût, et copié le lien de ce projet dans l’événement de ton calendrier. À l’heure dite, quand l’événement t’est rappelé, il te suffit de cliquer sur le lien pour qu’OmniFocus s’ouvre pour te montrer ton projet avec la liste de tâches à accomplir.

Ou encore, pour la gestion d’un projet, douze collaborateurs te posent chacun une question dans quinze fils de courriers différents. Tu peux collecter le lien de chaque conversation pour répondre à chaque personne dans une seule session sans avoir à fouiller les 13472 mails qui attendent que tu t’en occupes dans ta boîte de réception et, forcément, en oublier un :

Ok, pour être juste, ça, ça demande un peu d’AppleScript, mais c’est vraiment pas compliqué.

Le plus magique, c’est que cela fonctionne quelle que soit la plate-forme. Tu peux traiter un mail sur ton iPhone, en récupérer le lien que tu mets de côté, et sur ton gros iMac de 27 pouces, le lien sera tout aussi valide. Tu peux collecter des liens de documents dans des applications sur ton Mac et les ouvrir sur ton iPad tout pareil (pourvu que l’application existe dans les trois écosystèmes). Les liens interapplications permettent de collecter, au niveau du système, toutes les ressources d’un projet donné sans se préoccuper outre mesure de leur application ou du type de fichier dont on parle. En gros, tu penses davantage en concepts, en ressources, et non en « ah bordel c’est du .docx et j’ai qu’une vieille version d’OpenOffice je sais pas si ça va passer ».

La méthode GTD exige que l’on sépare clairement les listes d’actions à accomplir du contenu de référence et d’archive, et c’est une manière simple et élégante d’y parvenir : dans une tâche à accomplir, il suffit de coller le lien des ressources nécessaires pour son accomplissement. C’est une manière virtuelle de se préparer un espace de travail ultérieur, immédiatement disponible.

Et tu veux savoir le plus beau, auguste lectorat ? Grâce à ces liens, on peut accomplir des actions. D’un seul clic, créer ou modifier des documents, le tout de manière automatique… mais on entre là sur le territoire du scripting ou de la programmation légère et cela dépasse de très loin le cadre de ce petit article.

2019-08-10T22:58:00+02:00mardi 13 août 2019|Best Of, Geekeries|4 Comments

Gris, le jeu vidéo rejoint la poésie

Ma vie est ainsi faite qu’en ce moment, les seuls jeux vidéo que j’ai le temps de faire doivent durer une poignée d’heures tout au plus, mais ne partez pas, parce que Gris, même court, vous donnera plus de sens et d’émotion que bien des triple-A en mode games as a service avec ses loot boxes à la con.

Qu’est-ce que Gris ? Et sans vouloir reprendre une formule devenue cliché à force sur certains jeux indé : comment parler de Gris sans déflorer l’expérience ?

Eh bien, d’abord, Gris est beau. Beau à l’image : ne vous fiez pas aux captures d’écran qui ne rendent pas réellement justice au travail de Conrad Roset, artiste autour duquel le jeu s’est construit ; il n’est pas rare de s’arrêter à plusieurs reprises, pad en main, pour dire « Bon dieu, mais c’est beau, pour de vrai ». De faire des captures d’écran. Qui ne serviront à rien, car il faut vivre cet univers, le voir en mouvement, s’y impliquer, pour le ressentir – au-delà du moment, il ne restera que des photos figées qui ne racontent rien. Beau au son : la bande-originale réalisée par Berlinist, merveilleusement mélodique et mélancolique, sublime l’image, et le sound-design est impressionnant d’efficacité, malgré son minimalisme.

Qu’est-ce que Gris ? Je peux dire que Gris est un jeu de plate-forme réflexion, mais je n’aurais rien dit. Je peux dire, comme le font beaucoup de sites, que Gris commence par l’histoire d’une jeune femme (laquelle donne son nom au jeu), qui perd sa capacité de chanter dans un monde privé de ses couleurs. Mais Gris est avant tout un voyage, une expérience qui – ne vous y trompez pas – est un vrai jeu, et non une installation virtuelle. Il faudra réfléchir par moments pour avancer, regarder autour de soi pour comprendre la logique de ce monde étrange et intemporel, où reposent pourtant des vestiges qui semblent surgis des millénaires. Le level design, à ce titre, est exemplaire – une réelle leçon. J’ai rarement vu un jeu autant réussir à guider le joueur presque sans une ligne de texte, à lui faire passer des émotions seulement à travers des mécaniques de gameplay, comme ces toutes premières séquences où, loin de réaliser une action, la moindre pression sur un bouton fait au contraire s’effondrer Gris de désespoir.

Cette même transmission du sens transpire à travers le moindre élément du jeu. Depuis ces statues dispersées à travers les niveaux, jusqu’à la symbolique fondamentale de ce voyage – rendre la vie à ce monde –, Gris n’explique rien, mais invite à ressentir, à imaginer, à recevoir le sens de ce qui est montré à travers certaines images d’une force incroyable, que je ne veux pas dévoiler. Mais ce silence ne désigne nullement, comme certains jeux moins aboutis, un manque d’inspiration ou une paresse de la part des concepteurs. C’est le silence de l’œuvre d’art aboutie, qui offre au lecteur, joueur, spectateur, l’espace de l’habiter, et de la vivre, pour la faire sienne.

Gris n’est pas un jeu difficile, Gris n’est pas un jeu dangereux ; mais Gris est un jeu qui sait susciter des émotions et faire battre le cœur d’émotion, de mélancolie souvent, mais de joie aussi. Gris sait faire naître des sourires et serrer les tripes. Gris est fait pour être savouré, lentement, au fil des cinq petites heures qu’il dure, mais dont chacune est plus riche de sens et de beauté qu’un énième shooter stéroïdé ou que cinq épisodes d’une série TV débitée à la chaîne. J’ai été exaspéré par Braid (et surtout par la hype branchouille qui s’est fédérée autour). Pour moi, Gris est Braid en réussi, accessible, profond, beau et, surtout, en muet.

Je fais tout ce que je peux pour éviter d’en parler dans le détail car il est si court qu’il serait dommage d’en dire davantage. Mais Gris est pour moi une œuvre splendide, une preuve supplémentaire que le jeu vidéo n’est jamais aussi réussi que quand il arpente des terres artistiques, en termes d’émotions, qui s’appuient réellement sur sa grammaire narrative propre (tout comme le film, la littérature, la musique ont les leurs). Si vous avez un cœur, jouez à Gris. Et surtout, prenez le temps de le vivre, et de vous laisser gagner par lui. Le voyage vous accompagnera longtemps.

2019-06-24T11:16:00+02:00lundi 24 juin 2019|Geekeries|9 Comments

Un petit service tout simple pour arrêter de se perdre sur YouTube

MAIS OUI.

Il y a quand même un truc chouette dans l’économie numérique (PAS DIGITALE, digitale c’est les doigts, ou bien une plante toxique, si vous parlez d’économie digitale, que vous le vouliez ou non, dans un cas comme dans l’autre, vous avez une optique très particulière pour vos clients), c’est que de petites boîtes se créent sans cesse pour répondre à des besoins tout simples, dont tu te dis : « COMMENT AI-JE FAIT SANS ». C’est un peu le chausse-pied ou le gratteur de dos du XXIe siècle, quoi.

Le problème : tu te perds sur YouTube sans cesse parce que son terrifiant, diabolique algorithme de recommandation te montre plein de vidéos chouettes dans la barre latérale qui attirent ton cerveau reptilien (c’est-à-dire, celui qui conspire contre toi, c’est écrit dessus, c’est reptilien. Demain, on parlera du cerveau Illuminati). Dans le meilleur des cas, tu termines avec trouze bazillions d’onglets Internet ouverts avec des vidéos que tu ne regarderas jamais PARCE QUE TU N’AS PAS LE TEMPS EN FAIT et tu te sens coupable, coupable, shame.

La solution : collationner toutes ces vidéos dans un trou noir, euh, dans un service fait exprès pour les collecter et te les rendre disponibles plus tard. Un jour. Peut-être. Genre, comme Instapaper ou Pocket, mais pour les vidéos. Tu peux dorénavant cliquer comme un taré sur toutes ces vidéos que tu ne regarderas jamais mais, tu le fais avec bonne conscience.

OK, en fait, inventer le chausse-pied était peut-être un peu plus haut sur la liste des priorités de la civilisation.

Non mais sérieusement, en fait : les concepteurs de Vookmark (parce que c’est ainsi que ça s’appelle) sont des malins. Ils ont compris qu’ils traitaient de vidéo, et ont donc des applications disponibles sur à peu près toutes les plate-formes reliées à un écran, soit, pas spécialement l’ordinateur, mais plutôt la télé. Tu as une télé Android (désolé) ou une Apple TV (bravo), tu as une application Vookmark dessus, et la prochaine fois, plutôt que d’ouvrir YouTube ou Netflix, tu pourras te plonger dans ce didacticiel de moldovalaque ou cette retransmission de l’Assemblée Nationale que tu voulais absolument regarder pour t’éduquer.

NAAAAAN on sait bien que tu vas regarder des comparatifs de l’Enterprise au fil des âges et l’intégrale de Message à caractère informatif, mais je comprends, vois-tu, je comprends.

Ça marche super simplement. Tu ouvres un compte, tu installes l’extension pour ton navigateur, l’application pour ton appareil mobile, et zou. Dès que tu vois une vidéo, tu la balances à Vookmark (ça fonctionne avec YouTube, Reddit, Facebook, Vimeo, Dailymotion HAHAHA pardon HAHA Dailymotion), comme tu le ferais avec Instapaper et Pocket, et la prochaine fois que tu poses ton sympathique postérieur sur ton canapé moelleux (tu peux inverser les adjectifs si tu le souhaites), toutes tes vidéos de dressage de chats et le Star Wars Christmas Special seront là à t’attendre.

Vookmark est gratuit et financé par la pub, mais on peut payer un abonnement d’une dizaine d’euros par an pour soutenir le développement, virer la pub et gagner quelques fonctionnalités supplémentaires. J’ai vite craché au bassinet, parce qu’en l’espace de quelques semaines, le service est devenu aussi indispensable à ma veille et à ma vie sur Internet que Pocket ou les flux RSS.

2019-05-05T03:11:22+02:00mercredi 13 mars 2019|Best Of, Geekeries|Commentaires fermés sur Un petit service tout simple pour arrêter de se perdre sur YouTube

Allez quoi, c’est pas si mal, Iron Fist

Best moment de la série ever.

Attention divulgâchage, on va potentiellement basher, donc ne pas lire si vous n’avez pas vu au moins jusqu’à la saison 1 de The Defenders.

Je suis ultra déçu, auguste lectorat. Je boude, je te fais la tête. Quand on a discuté des séries Marvel sur Netflix, tu m’as promis tes grands dieux qu’Iron Fist était une bouse sans nom, une purge aussi ridicule qu’insupportable. Étant lancé dans le projet insolite de me taper toutes ces séries dans l’ordre avant leur possible retrait de Netflix au service du nouveau service (heu, répétition, pardon aux Antidotes) de streaming créé par Disney, je devais forcément y arriver, après m’être enfilé (métaphoriquement, hein, ça va quoi) Daredevil (pas mal), Jessica Jones (brillant) et Luke Cage (WTF sur les bords), venait, oui, le fatidique Iron Fist et, bordel, j’avais hâte ! J’aiguisais déjà mes popcorns en me réjouissant d’un séance nanardesque en riant cruellement, car je suis comme ça, quand je suis tout seul et que personne ne me regarde.

Eh bah je suis ultra déçu, parce que j’ai pas trouvé ça aussi mauvais qu’on me l’avait promis. Alors oui, c’est sûr, la série présente beaucoup de problèmes d’écriture, de caractérisation et de thèmes. Oui, c’est assurément la plus faible des quatre. Oui, on va dire ce qui ne va pas, ne partez pas, je vous sais méchants.

Mais commençons par nous opposer (parce que je dis « nous » parce que je suis royal, c’est comme ça) à la critique la plus fréquente adressée à cette série : le personnage de Danny Rand, supposément débile comme un clou, insupportable et mal campé. Objection, Votre Honneur, disait Matt Murdock un soir qu’il remplaçait Phoenix Wright parti chez son coiffeur. Danny Rand est certes totalement inadapté au monde moderne, mais le personnage tient (à peu près) debout narrativement, en tout cas dans les premiers épisodes de la série. Il débarque d’un monastère avec un iPod première génération (THE HORROR) en étant resté figé à dix ans d’âge et un syndrome de l’abandon gros comme le complexe de Midland Circle. On peut trouver ça gonflant en fonction de ses goûts personnels, mais moi je dis : ça tient debout, ou du moins, c’est pas plus mal écrit que Mariah ou surtout Diamondback (bordel, Diamondback) dans Luke Cage, et si on a toléré les deux premiers, moi je dis, car je dis beaucoup : tu dois pouvoir accepter Danny Rand comme il est, c’est-à-dire tout bancal dedans.

Alors par contre, oui, Iron Fist (j’ai l’esprit mal tourné de ne pas pouvoir écrire ce titre ce série sans grimacer à l’intérieur ?) a trois problèmes principaux, mais bon, si tu sais ce que tu achètes, une série basée sur un comics très grand public, donc avec les ressorts du média d’origine, tu ne peux pas décemment grogner pour deux d’entre eux, ou alors uniquement si tu veux lancer une manif’ pour que tout soit du niveau de Jessica Jones (brillant, superbement écrit, intelligemment symbolique, mais on en parlera peut-être un autre jour) et là je suis d’accord avec toi, mec ou nana, mais en même temps c’est pas la même dialectique, en fait. Bref : on est dans la tradition hollywoodienne très grand public.

Donc, les ressorts : l’écriture, le scénario, le traitement (les thèmes).

L’écriture. Bon, c’est pas compliqué, Danny Rand a visiblement trois phrases à son répertoire : « I’m fine », « We need to attack now », « We’re running out of time ». C’est presque risible quand on passe à The Defenders, ou au début, chaque personnage paraît directement découpé de son univers / série d’origine : Murdock, Cage et Jones sont égaux à eux-mêmes voire meilleurs, mais tu vois Danny Rand, et là tu ne peux que te dire : « wouah, mon pauvre, t’es toujours aussi mal écrit, toi ». Mais après, tu te rappelles ce que tu regardes : une série fondée sur un comics très grand public, et est-ce que tu peux en vouloir au média de s’exprimer ainsi ? Y a un méchant, faut aller le tataner, vite parce que New York est en danger. On est dans une situation finalement assez paradoxale et agréable : certaines productions dérivées de comics nous ont habitués à une vraie qualité dépassant les attentes (le premier Iron ManJessica Jones) et forcément, maintenant, on en veut davantage. Eeeeh ouais. C’est assurément une bonne chose. Mais quand l’écriture est « seulement » fidèle à des récits vieux de plusieurs décennies et originellement plutôt destinés à un public adolescent, du coup ça dépare un peu. Problème de narration ou de structure ? Je laisse le jury décider.

Le scénario. Manquerait pas grand-chose, mais les méchants de cet univers, Madame Gao et Bakuto en tête, paraissent un peu parachutés dans tous les sens juste pour donner l’opposition nécessaire au gentil du moment, et amener le coup de théâtre qui va bien pour sauver la situation / la retourner / donner l’information cruciale (rayez la mention inutile). Madame Gao n’aime pas Nobu. Nobu fait partie de The Hand. Attendez, Gao aussi. Ah bon ? Bakuto est chelou, mais bon, il a l’air sympa. Il emprisonne Gao. Donc c’est un copain. Attends, il est de The Hand aussi ? Et ils veulent quoi, en vrai ? Distribuer de la came ? Pour faire des sous ? DANS QUEL BUT ? Et tout ça passe sans rétribution autre que des menaces vagues (dans The Defenders, on apprend qu’ils passent leur vie à s’assassiner mutuellement, faut bien passer le temps quand on est immortel, j’imagine). Comment cette organisation a-t-elle tenu aussi longtemps avec tant de rivalités ? Mais là aussi, on est dans les règles du genre : les méchants sont tellement méchants qu’ils préfèrent céder à la méchanceté qu’à l’intelligence. Ça tient un peu du grand-guignolesque à la longue – une série comme Alias, qui jouait de ces ficelles PLUSIEURS FOIS par épisode, s’en moquait tellement à force que c’en était réjouissant et méta ; on pourrait arguer qu’il manque cette intelligence à cet univers, mais bon, encore une fois, c’est vouloir Jessica Jones à chaque fois, et pour ça je suis d’accord, dans l’absolu, hein, mais je trouve que nous ne pouvons pas être tellement plus royalistes que le roi, même en disant « nous ».

Traitement et thèmes. Là, par contre, c’est le vrai problème à mon sens en 2018. On ne peut pas faire grand-chose à l’histoire de Danny Rand, mais ça fleure quand même un peu l’appropriation culturelle : c’est l’histoire d’un blanc blondinet qui débarque dans un monastère tibétain et qui fait tout mieux que tout les locaux et obtient leur pouvoir suprême. Ça fait un peu « j’y arrive parce que je suis blanc et riche », et ça aurait pu être évité avec une écriture un peu plus maligne, en ne faisant peut-être pas tant reposer Danny le fait qu’il était juste plus têtu que les autres, ainsi que sur sa cosmoénergie et son septième sens qu’il déploie quand il est suffisamment colère (parce que ça fait vraiment ça, sérieux)… Ce n’est pas du tout le premier récit de l’histoire de la narration à faire ça, on est d’accord, mais on est en 2018, pas en 1988 où l’on commençait à se demander si l’idée d’avoir un blanc qui donne des leçons aux locaux ne rappellerait peut-être pas un chti peu le colonialisme.

On pourrait aussi parler du traitement des femmes désagréablement maladroit après Jessica Jones. Colleen Wing, une femme indépendante, une guerrière loyale et solide se transforme peu à peu en princesse Disney à mesure qu’elle côtoie Danny, à qui il donne d’ailleurs peu à peu des cours d’arts martiaux comme à une grosse noob alors que la relation partait au début sur un agréable terrain égalitaire. Joy Meachum, femme d’affaires solitaire et impitoyable, fond comme du sucre à la réapparition de Danny et si le vide psychologique de l’absence familiale est abordé, ça n’est jamais traité avec finesse ; les actes de compassion et de chaleur envers Danny sont plutôt mis sur le compte de son caractère, parce que c’est une gonzesse, tu comprends, et une gonzesse, c’est forcément fragile. (Dans le genre, Jeri Hogarth tient bien mieux debout.) Et Davos (qui n’a pas inventé les Daleks, pourtant), qui devient méchant alors qu’il n’a quand même pas l’air bien Américain comme il faut, on en parle ? (La série joue même clairement là-dessus à son apparition quand il fait des shurikens en papier d’alu – d’ailleurs pardon, mais un peu lol quand même – me dites pas qu’il ne fait pas tueur envoyé par Al-Qaïda, parce que ça me paraît clairement l’intention qu’on cherche à faire passer au spectateur.) Tout ça, c’est quand même pas très adroit.

Entendons-nous bien, auguste lectorat : je ne suis pas en train de dire que l’histoire de Danny Rand ne peut plus être racontée en 2018 ; que Joy Meachum n’a pas la latitude pour avoir une psychologie faible ; mais que, quand on s’aventure sur ces terrains, de nos jours, c’est rendre hommage à son public comme à son époque d’essayer de faire spécialement gaffe au traitement. Colleen donne un peu l’impression de s’effondrer non pas parce que l’organisation qui l’a élevée et a construit sa vision du monde est finalement maléfique (vu son endoctrinement, à part la trahison de Bakuto, elle a finalement assez peu d’éléments pour se ranger pleinement du côté de Danny), mais parce que l’amûûûûr a frappé son petit cœur et que pfiou elle sait plus trop quoi penser et que mon chéri a forcément raison. Ça aurait été bien si ça avait été un peu plus subtil que ça, si les personnages avaient tenu debout par eux-mêmes, en explorant davantage leurs forces et faiblesses en tant qu’individus, au lieu de tous se rattacher à Danny (qui dérive déjà lui-même comme un radeau sans amarres, alors on est mal).

Ward Meachum à la rescousse. Quand soudain, un inconnu vous offre des fleurs. Je vais te confier, auguste lectorat, pourquoi j’ai finalement passé un agréable moment avec Iron Fist (non, sérieux, ce nom, y a que moi qui… ?) : Ward Meachum. Ce personnage de fils, pas brillant et cornaqué par un père abusif et immortel dans l’ombre m’a semblé, pour le coup, tout droit sorti de Jessica Jones pour sa finesse psychologique et son côté torturé. Trop moyen de partout pour se débrouiller tout seul, dissimulant sa terreur et son manque d’assurance sous une allure gominée presque plastifiée, même pas foutu d’être authentiquement salaud quand il essaie de repousser sa sœur pour son bien, cherchant désespérément à quitter tout ce qu’il a bâti et sombrant dans la came, jusqu’au parricide symbolique (et inutile), son trajet m’a absolument fasciné, et la paire avec le père (arf) fonctionne particulièrement bien. Tom Pelphrey, l’acteur, me semble assurément le meilleur de toute cette série, presque au niveau d’un David Tennant (de son côté presque sous-exploité, d’ailleurs) alors que c’est un rôle secondaire, et je n’ai vécu que pour suivre son parcours : même trois minutes du naufrage terriblement humain de Ward Meachum dans ce monde de cinglés, j’étais content. Et je regarderai la saison 2 d’Iron Fist rien que pour lui, et pour voir si des mèches se rebellent dans sa coupe impeccable. Mais je crains que son fil narratif, avec la mort du père, n’ait touché à sa fin.

Donc voilà, et maintenant j’attaque The Punisher, dont tout le monde m’a dit un bien suprême, et selon toute logique, je dois en déduire que je ne vais pas aimer et vous détester encore plus, hein ? (Maiiiis non, je sais que c’est bien.)

2018-09-23T22:47:52+02:00mercredi 26 septembre 2018|Fiction|14 Comments

Comment les métadonnées de vos photos vous trahissent en ligne (et comment y remédier)

Un petit truc aujourd’hui que j’ai envie de partager, avec surtout quelques informations sur les données privées, parfois sensibles, que l’on peut rendre publiques sans s’en rendre compte sur les réseaux sociaux, nos blogs, etc.

Vos photos contiennent votre emplacement géographique.

Tout le monde le sait à peu près de nos jours : quand l’on prend une photo avec un smartphone, celui-ci adjoint au fichier image tout un tas d’informations, notamment la position GPS de l’image (cela fait partie desdites « métadonnées », comme le modèle de l’appareil, les réglages de la photo, etc.). C’est drôlement pratique quand l’on veut retrouver une série prise à un endroit donné, ou que l’on veut se remémorer un voyage en particulier. Ci-dessous, par exemple, un résumé des photos prises par mon iPhone dans la péninsule de la Snæfellsnes, qui retranscrit notamment mon volontariat de cette année auprès d’Orca Guardians :

Cependant, ces informations ne regardent pas nécessairement le monde entier. Tout particulièrement, si l’on prend chez soi un selfie pour se composer un avatar, la photographie d’une couverture de livre pour rédiger une chronique sur son blog, on oublie que l’on peut très probablement, par inadvertance, partager dans l’image sa position – et potentiellement son adresse personnelle. Ce qui, en cette époque de sécurité en ligne et de harcèlement potentiel, peut représenter un risque assez gênant.

Quand et comment la position se trouve-t-elle partagée ?

Depuis quelques années, par bonheur, les réseaux sociaux majeurs (Facebook, Twitter, Instagram) suppriment systématiquement l’emplacement d’une photo au téléchargement. Ils vous proposent au moment de la mise en ligne de rendre le lieu public (lu dans l’image), mais c’est volontaire ; si l’on ne précise rien, en principe, la métadonnée est supprimée du fichier final.

Le risque principal concerne aujourd’hui blogueurs et webmasters indépendants qui mettent ligne leur propre contenu. Fréquemment, ceux-ci et celles-ci récupèrent les photos qu’ils et elles ont pris en branchant directement leur téléphone à leur ordinateur, par exemple, ou en le récupérant via récupérant via un service de sauvegarde automatique dans le nuage type Dropbox. Le problème, c’est que dans ce cas-là, on obtient le fichier brut, avec toutes ses métadonnées, et donc ses emplacements géographiques… ce qui peut, ou pas, représenter un problème.

Tous leurs systèmes ont leurs idiotes syncrasies et je ne saurais les couvrir toutes (j’ai piscine à 65°15’04.7″N x 23°15’00.0″W), mais voyons comment régler cela de manière très simple avec la bibliothèque de photos iCloud. Dans les préférences, il suffit de décocher l’option de partage de la position quand l’on exporte un fichier pour en faire usage sur les autoroutes de la désinformation :

On ne veut pas de cette option.

Toutes les autres métadonnées seront sauvegardées à l’export, mais nul ne saura pour vos vacances à Plan-de-Cuques.

Rattraper le coup après le (coup)

Et si j’ai déjà mis en ligne quinze ans de photos depuis l’époque où je bloguais sur Mygale avec mon adresse Caramail ? Suis-je condamné à voir débarquer des hordes de témoins de Jéhovah à ma porte parce que j’aurais confondu un jour la Grande Babylone avec la station de métro Sèvres-Babylone ? Que puis-je faire ?

C’est un peu technique, mais pas tellement difficile. En gros, il faut rapatrier ses images (typiquement par FTP), leur appliquer un nettoyage de masse, puis renvoyer les versions purgées de ces fichiers à leur place. Quel outil ? Je suis bien content que vous me posiez la question, parce que l’outil fantastique du moment, à mon goût, est Retrobatch. Ce logiciel récemment sorti (sous Mac) est un extraordinaire couteau suisse de l’image : convertir, changer, mélanger, ajouter des bordures, altérer les métadonnées, il sait tout faire à l’aide d’une interface en briques Lego d’une merveilleuse simplicité :

On adjoint les modules de traitement comme une simple chaîne. Dans notre cas présent, il suffira de lire les images, appliquer l’action « Remove GPS », sauvegarder le résultat, et presto. J’ai ainsi nettoyé toutes les images du présent site – presque 25 000, quand même – eh ouais, le temps passe, et puis on en poste en une année, des conneries – il y a quelques semaines en moins d’une demi-heure (le gros du travail ayant constitué à télécharger les fichiers et contrôler le résultat, parce que je suis comme ça).

Cela en vaut la peine ; c’est un peu barbant d’avoir à se taper cette tâche de maintenance, mais si vous êtes blogueur ou blogueuse, que vous divaguez gentiment sur Internet dans votre petit coin de paradis, alors faites-vous une faveur, nettoyez vos images. Et contrôlez vos prochains fichiers en paramétrant leur export. Ça permet d’avoir l’esprit libre, et puis ça vous évitera une énième discussion sur le bienfait des transfusions sanguines.

2019-06-01T14:41:09+02:00lundi 6 août 2018|Best Of, Geekeries|2 Comments

Axiom Verge – le meilleur Metroid depuis Metroid

Ces temps-ci, j’ai à peu près l’occasion de finir un jeu vidéo tous les trois ans (véridique : le précédent était – si l’on exclut le temps passé à tester Psycho Starship Rampage, bien sûr – Sleeping Dogs). Je crois que je paye encore ma dette en vitamine D à World of Warcraft – ooooh, c’est joli à l’extérieur de la maison, le moteur graphique est vachement poussé et y a plus de 16 millions de couleurs. Cherchant un truc rapide pour me poser devant ma PS4, j’ai donc lancé Axiom Verge, et si le jeu est sorti en 2015 (2017 sur Switch), j’ai envie d’en dire un mot, parce qu’il me semble relativement unique à plein d’aspects.

Qu’est Axiom Verge ? Un Metroid, dans sa plus pure expression : c’est assurément le fils spirituel des versions d’origine sur NES et Super NES dans son expression distillée avec amour, recréant les sensations à l’époque des consoles 4k. Je veux dire, suffit de regarder une capture d’écran pour comprendre direct :

Mais Axiom Verge est aussi bien davantage que cela : il reprend ce gameplay éprouvé et millimétré et y ajoute ses propres variations, l’amène à notre époque, et parvient avec brio à se détacher de son modèle pour devenir sa propre œuvre. Le jeu est le fruit du travail d’un seul homme, Thomas Happ, pendant cinq ans (dont une partie financée par Sony, qui sentait le potentiel du titre) : code, graphisme, musique (du chiptune étrange, débordant sur le glitch, du plus bel effet) et histoire. Et cela se sent. Ce que je retiendrai assurément d’Axiom Verge, c’est son ambiance qui va clairement lorgner du côté de chez Gyger et son scénario très sombre, dont on ne donne au joueur que les éléments absolument nécessaires, l’encourageant à aller interpréter la moindre parcelle d’information, à se poser ses questions, à réfléchir, à la fin du jeu, sur ce qui s’est vraiment passé. Ça commence traîtreusement comme Another World – un scientifique se trouve propulsé dans un monde parallèle à l’issue d’un accident d’accélérateur de particules – mais celui-ci se retrouve à la surface d’un monde mourant, face à des entités entre la divinité et la machine, qui ont désespérément besoin de réparations. Et très vite, les questions commencent et les mensonges suivent, jusqu’à ce que le personnage, comme le joueur, s’aperçoive des énormes failles dans les renseignements qui lui sont donnés, et qu’il manque beaucoup.

On peut traverser Axiom Verge le plus rapidement possible, en mettant en avant la skill, la recherche des plus grosses armes (dont beaucoup sont optionnelles, Metroidvania oblige), mais le jeu n’est pas très long (je l’ai fini en un peu moins de 14h sans avoir tout trouvé, ce qui semble la moyenne d’après les forums). Le jeu a mis du sens et de l’amour dans ses références, dans son esthétique, et il serait vraiment dommage de le rusher de la sorte (on peut toujours le refaire ensuite en mode speedrun si on le souhaite). Axiom Verge s’efforce réellement d’amener à notre époque de satisfaction immédiate le plaisir et, oui, la frustration à l’ancienne d’être perdu, de mourir quinze fois devant un boss parce qu’on n’a pas compris la stratégie (sans aller vers la violence d’un Souls, bien entendu), mais à une dose humainement acceptable dans la seconde moitié des années 2010. Le jeu a toujours des solutions en stock, il ne prend jamais le joueur en défaut ; si quelque chose coince dans un combat de boss, ce n’est pas un bug, ce n’est pas un oubli, ce n’est pas (souvent) un problème de skill – c’est qu’il y a une combinaison d’objets que l’on possède à laquelle on n’a pas pensé.

Le jeu m’a cependant semblé souffrir d’une petite perte de rythme vers ses 2/3 où l’espace ouvert devient un peu vaste et exige beaucoup d’allers-retours parfois un peu frustrants dans des tableaux labyrinthiques, mais il faut admettre que cela fait partie du concept. Une fois les débuts franchis, il faut donc jouer à Axiom Verge avec au moins 2h devant soi à mon sens, pour se donner le loisir d’explorer, de se perdre, d’essayer de comprendre où est la suite, de tenter des choses, pour avoir la satisfaction d’enfin trouver la solution et avancer. Une énorme quantité d’informations sur le scénario se trouve dispersée sous forme de notes optionnelles à dénicher, très allusives, dont il faut élucider le sens.

Axiom Verge est une sorte d’œuvre totale, qui n’oublie pas qu’elle est avant tout un jeu vidéo, et qui irrigue son atmosphère, son expérience, de ses mécanismes mêmes, comme le font tous les bons jeux. Toutes les questions relatives à la nature même des événements de l’histoire, et leurs réponses, se nourrissent de cette errance, de cette atmosphère désespérée, oppressante, dérangeante, que le joueur se met à ressentir viscéralement (et tout ça sans moteur 3D dernier cri…). Metroid est à peu près la licence la plus sombre de l’univers Nintendo, mais on est clairement ici dans un discours beaucoup plus mature, qui pose des questions proprement dickiennes. Et Axiom se paye en plus le luxe de briser discrètement le quatrième mur en jouant avec la nature de son propre média (un outil principal du jeu est le disrupteur d’adresse, qui permet de créer des bugs dans le jeu comme on pouvait en voir autrefois sur NES), ou en faisant des références explicites à ses inspirations (comme le boss qu’on peut tuer très facilement en passant derrière lui – hommage à un exploit célèbre de Super Metroid). Et rien de tout cela n’est gratuit.

En définitive, si l’on aime un tant soit peu le jeu à l’ancienne, si l’on apprécie les frustrations ponctuelles propres aux Metroidvania, Axiom Verge est un indispensable, qu’il faudra siroter comme un bon whisky en résistant absolument à la tentation de regarder gameFAQs au moindre blocage (tout est à peu près trouvable avec de la persistance, en tout cas pour finir l’histoire) et qu’on envisagera (je ne dis pas ça souvent) de boucler à 100% pour avoir vraiment toutes les informations en main. Et se demander ensuite ce que l’annonce d’un Axiom Verge 2, toute récente, peut signifier…

2018-07-15T19:35:07+02:00mardi 17 juillet 2018|Geekeries|2 Comments

Un an avec une montre connectée

OK, auguste lectorat, j’assume, j’ai un seul vrai luxe dans la vie (au sens où j’achète des trucs parfois pas trop nécessaires, mais qui me font plaisir et dont je me sers et qui au final me rendent toujours un peu plus efficace), c’est la technologie. Est-ce que j’avais besoin d’une Apple Watch il y a un an et demi ? Pas vraiment (à part que je n’avais plus de montre et que, tout bien considéré, ça coûte vachement moins cher qu’une montre « bijou », un achat bizarrement bien plus accepté socialement). Mais ça fait maintenant un an et demi que je l’ai, je me rends compte que je m’en sers régulièrement, et je me disais : hé, essayons de faire le bilan et de voir si l’on peut répondre à la question :

Ça sert vraiment, ces trucs-là ? 

Poils de bras fournis en option.

Le matériel

Étant passé totalement dans l’écosystème Apple il y a près de trois ans, la logique voulait donc que je finisse de vendre en âme en achetant une Apple Watch : série 2 (donc sans connectivité cellulaire), en 42mm (la grande, parce que je suis grand, enfin presque), liée à mon iPhone. Les goûts et les couleurs jugeront de l’engin, mais au quotidien, je la trouve jolie et plutôt élégante : elle se remarque (ça reste une tocante, c’est censé être un peu sympa), mais pas trop. La qualité de fabrication est sans reproche – la mienne a voyagé en Islande, Australie et j’en passe (elle repart avec moi en fin de semaine) et ne montre aucun signe d’usage supérieur à une tocante classique.

Au début, je la portais résolument au quotidien pour en prendre l’habitude, et force est de constater que l’habitude a pris sans aucun effort. Même si je la recharge tous les soirs (quoique elle tiendrait deux jours sans problème), ça n’est pas plus compliqué que de recharger son téléphone, ce qu’on fait déjà de toute façon, et le geste supplémentaire ne coûte rien.

Ce que ça fait

À l’usage, l’Apple Watch (qui est leader du marché) fait principalement trois choses :

Déporter les notifications du téléphone au poignet. Ça paraît ultra gadget comme ça mais en fait, c’est drôlement utile, à condition évidemment d’être un peu un ninja de la notification. C’est-à-dire de trier drastiquement ce qui remonte au poignet pour ne pas être submergé dès le moindre spam qui débarque. C’est mon cas, et je sais donc que quand mon poignet vibre (elle peut sonner, mais je n’en vois absolument pas l’intérêt), c’est quelque chose dont je veux être au courant : messagerie instantanée (SMS ou autres), un appel (je ne perds plus d’appels importants parce que je n’ai pas entendu mon téléphone alors que je suis en vadrouille), le quai d’où partira mon train avec le rappel de ma place, etc. Cela rend un nombre étonnant de services au bon moment.

Tracker de santé. C’est le gros argument mis en avant par Apple, et en tant que sédentaire qui bouge (si, si, ça existe – j’écris assis sur mon steak – comme on dit au Québec – dans des endroits très variés), je pensais la chose parfaitement superflue, et, aaaah, ils m’ont eu ces enfoirés. Oui, j’ai envie de fermer mes trois anneaux tous les jours : dépenser des calories, faire 30′ d’exercice, me lever au moins une fois par heure (utile pour un sédentaire qui bouge). Je me rends compte à l’usage que ça ne coûte finalement pas si cher de remuer un peu et si ça ne fait pas de moi un athlète de haut niveau, ça pourrait peut-être me permettre de, pour reprendre l’expression de ma chère maman il y a des années, « mourir en bonne santé ». C’est rigolo, ça donne bonne conscience, et pour la marche rapide, le capteur d’activité cardiaque est bien pratique pour rester dans la bonne zone qui fait travailler le cardio au bon niveau. Bref, même pour quelqu’un qui n’est pas un foudre de guerre du sport, l’Apple Watch m’a sensibilisé à faire un peu attention à moi parce que c’est marrant à utiliser, et là, c’est quand même une grosse victoire.

Déporter des informations importantes au poignet (applications). Une montre connectée, c’est comme un petit smartphone, évidemment, donc il y a des applications, forcément simplifiées et encore très inféodées au téléphone (mais ça évoluera forcément). Utiliser une application sur un écran de 42 mm n’est pas la joie, donc beaucoup de choses passent par des commandes vocales et je me surprends à utiliser Siri de plus en plus, et, truc de dingue, ça marche globalement bien. Faire ma valise pour partir en salon (ou à l’autre bout de la Terre) et demander à Siri le temps qu’il fait là-bas ; penser à un truc et demander à Siri de me le rappeler ; consulter ma liste de courses les mains libres chez Carouf ; dire à Siri d’envoyer un SMS prévenant que j’aurai cinq minutes de retard à ma destination ; présenter le QR code de mon billet de train au contrôle alors que j’ai les mains chargées de bagages et que mon téléphone est rangé ; consulter mon OmniFocus ; minuter un pomodoro ; être guidé vers ma destination à l’étranger sans loucher sur mon téléphone comme un gros touriste, etc.

Et l’usage le plus génial qui soit, payer.

Payer sans contact avec sa montre, en toute sécurité, est un vrai geste de science-fiction qui est aussi drôlement pratique (plus de monnaie à se trimballer) – et, get that, ça marche à l’étranger de manière totalement transparente. Tellement de science-fiction que ça fait un an et demi que je l’ai, donc, et ça ne loupe encore jamais, à chaque fois, les commerçants me regardent d’un air halluciné comme si je venais de leur révéler le secret de la fusion froide. (Soit dit en passant, quand je constate le nombre de Watches à l’étranger, je me dis que notre pays est parfois un peu en retard sur le présent.)

Bon, et c’est indispensable, alors ?

Franchement ? Ça dépend du mode de vie. Le mien est celui d’un indépendant qui passe plus de la moitié de son temps hors de chez soi, en salon littéraire, en conférence, en volontariat et j’en passe. Le travail mobile permis par la technologie a été une vraie bouée de sauvetage pour moi, me permettant de bosser à peu près normalement à peu près n’importe où (et étant à peu près n’importe où à peu près n’importe quand, c’était bienvenu). Dans ces conditions, la Watch me rend quantité de petits services extrêmement appréciables, et me pousse en plus à prendre soin de moi, ce qui est toujours une bonne chose. Avoir mes billets de train, ma carte bancaire, les informations importantes du moment accessibles rien qu’en levant le poignet est extrêmement agréable. Si vous êtes du même genre, un peu technophile et/ou vaguement sportif (quelqu’un de très sportif possédant déjà sans doute une montre connectée dédiée à la performance et plus précise), eh bien, la Watch, c’est chouette. Je ne vois pas comment dire autrement : c’est chouette, vachement chouette.

Maintenant, soyons clairs : je ne trouve pas ça transformatif comme l’est un smartphone. Sans smartphone, je suis vraiment embêté : je peux évidemment fonctionner, mais des tas de frictions qui avaient disparu refont surface et me compliquent drôlement la vie. L’absence de la Watch ne génère pas ce niveau de complication1, mais je m’y suis suffisamment attaché pour maintenant regretter son absence quand le cas échée. Tout en considérant que c’est juste « vachement pratique » et non « quand même pas mal nécessaire » comme l’est le téléphone.

Mais n’en doutons pas, l’avenir est aux wearables – la technologie qui se porte sur soi. La Watch me montre tous les jours ce que ce produit est appelé à devenir et tout le potentiel qu’il représente. On n’en est qu’aux balbutiements, mais aussi, on est actuellement en train de sortir du public d’early adopters comme l’est ton humble serviteur, auguste lectorat, pour arriver au grand public. Ça tombe bien, la technologie commence à être mature (la Watch série 4 devrait sortir cette année avec la cinquième itération du système d’exploitation, watchOS) et je crois que l’informatique personnelle (informatique, quel mot étrangement daté dans ce contexte) en passera, lentement mais sûrement, par là, et qu’un jour, le smartphone semblera aussi curieusement daté que le moniteur cathodique.

Mais on n’y pas encore, et dans l’intervalle, c’est chouette.

  1. Si vous en avez une, vous apprécierez ce jeu de mot puissamment rigolo.
2018-04-05T07:58:10+02:00jeudi 5 avril 2018|Geekeries|17 Comments