Le dernier arrivant
Les autres postent bien des photos de chats et d’enfants, alors :
Ouep, j’ai perdu vingt ans d’avancée technologique, comme ça, d’un coup, en troquant ma vieille souris faiblissante contre un… trackball. Tandis que les souris occupent des rayonnages entiers, entre le modèle à deux boutons, le modèle à trois boutons, le modèle à quatre boutons, le modèle à cinquante-six boutons programmables, le modèle rose spécial fille qui n’ose pas dire qu’elle fait de l’ordinateur olol mdr, le modèle réduit mais pas tant que ça genre ça rentrera dans la sacoche de ton portable, mais j’y rentre déjà des bouquins monsieur, je peux prendre une souris classique, si si je t’assure, prends celle-là c’est plus petit et elle est plus chère, le modèle à néons, le modèle spécial gamer avec capteur à 56 000 dpi poolé toutes les nanosecondes, fiche USB en or, driver certifié par Cray Industries et compartiment à poids ajustable au microgramme – ensemble à multiplier par deux entre les modèles avec et sans fil – tout en ayant l’étrange et tenace certitude de ne jamais arriver à trouver son bonheur parmi tout ce bordel avant de se dire « bon, tant pis, je vais reprendre une G5, comme d’hab » – tandis que les souris occupent des rayonnages entiers, donc, les modèles de trackball se battent en duel (un duel à trois pour être exact, ce qui fait quoi… une truelle ?).
Je n’ai pas plus trouvé le modèle de mes rêves (il n’avait pas de fil, and real men use wire), mais celui-ci convient.
Je n’utilise pas ce dispositif de pointage préhistorique pour le plaisir de me faire du mal, mais justement, pour le plaisir, a priori, de ne pas m’en faire. À force de manier la souris à longueur de journée (sur le poste de travail), j’ai senti naître une douleur articulaire dans l’épaule, ma position étant optimisée pour la frappe au clavier et la souris me plaçant en porte-à-faux à cause d’un accoudoir de fauteuil mal placé. Un type normal aurait changé de chaise ; un geek change de dispositif de pointage. Trackball égale mouvement minimum. Et puis ça oblige mon cerveau à changer d’habitudes, ce qui est toujours cognitivement intéressant. (Nan, en fait, je déconne, je prépare clandestinement ma formation d’opérateur sonar en sous-marin nucléaire. Chut.)
Je m’y suis fait en deux jours, sans trop jurer. Je l’ai fait quand même tomber une fois (acte manqué, je suppose) et la boule s’est délogée, ce qui m’a permis de constater, ô surprise, que ces engins n’étaient pas restés inactifs alors que le XXIe siècle était occupé à exister : les mouvements du dispositif sont recueillis, non pas par des rouleaux comme jadis, mais par… un capteur optique, comme les souris modernes. Nous avons mis vingt ans à nous affranchir de la boule chez celles-ci, et voilà que même chez le trackball, elle devient purement cosmétique. Décidément, l’interface des machines est de plus en plus découplée de leur réel mode opératoire.
Quelque part, ça me rend triste.





Encore un film dont la bande-annonce, l’affiche et le titre (sérieux, Dragons, moins original c’est pas possible) ne me faisaient absolument pas envie. Un village de gros bourrins vikings qui chassent le dragon, un ado malingre mais forcément plus malin que les autres, une jolie blonde qui méprise le héros, et puis une amitié inattendue se tisse entre l’homme et l’animal, ça sentait le téléphoné, le vu mille fois, le prétexte à cascades à coups d’images de synthèse bien léchées, le petit message gentillet à la fin.
Je regarde avec la plus grande suspicion les albums de guitaristes soli ; leur virtuosité les fait souvent sombrer dans des démonstrations certes ahurissantes, mais d’une platitude et d’un ennui achevés.