La boîte à outils de l’écrivain (mais pas que) : dompter son courrier électronique, les techniques (1/2)

help-emailBon. Très franchement, auguste lectorat, je ne pensais pas un jour me retrouver à proposer un article se proposant de donner un petit coup de main pour l’organisation du courrier électronique, parce que c’est, pour tout dire, un peu risible. Je suis en effet sujet depuis des années à une sorte de syndrome de Sisyphe – une boîte de réception qui se remplit sans cesse et ne se vide jamais, avec des retards parfois surréalistes (terme châtié pour dire : honteux) dans la correspondance. Je ne me plains pas, après tout, c’est le signe qu’on juge potentiellement sympa de m’envoyer des trucs, et que, même après ces années, on ne m’en veut pas (trop) de ma lenteur.

Mais je n’ai pas la fatuité de me croire seul sujet à ce mal qui est pour ainsi dire le nôtre à tous ; l’expression « email overload » (surcharge de courriels) génère quelque 120 000 résultats à l’heure où j’écris et des flopées de logiciels, livres, cours se targuent tous de vous aider à régler ce problème pour seulement 99,99 hors taxes. Une statistique récente annonce que l’Américain moyen passe 6,3 heures (6,3 heures, fichtrefoutre !) par jour dans sa boîte de réception. Remplacez « boîte de réception » par « au téléphone » : y aurait pas comme un truc qui coince ?

Que peut-on donc faire ? 

Je n’ai pas de réponse mais je lutte contre le problème depuis à peu près quinze ans et j’ai développé une sorte de système dont la qualification scientifique est « pas trop dégueu » – j’ai à présent rarement plus de trente mails dans ma boîte, et ce de façon stable. Je vois chez d’autres proches et amis 150, 500, voire plusieurs milliers… Et ces mêmes proches et amis, voyant mon fonctionnement, m’ont exhorté à rédiger cet article : « je voudrais lire ça ! ». Tout ce long caveau pour dire : non, je ne suis pas parfait dans le traitement de mon courriel (mais qui l’est ?), cela dit, j’ai peut-être un ou deux trucs que je peux partager, et que voici. En toute humilité. Sans garantie de succès.

Bon.

De mon humble expérience, contrôler son courrier électronique relève de deux pans :

  • Les bonnes techniques
  • Les bons outils.

Aujourd’hui, nous parlerons de techniques. Lundi, j’aurai deux outils complémentaires à proposer.

Email-fu : quelques pistes pour des techniques

drowned-in-mailJe suis passé proche du burn-out fin 2014. Ce jour-là, j’ai pris une résolution : me déconnecter totalement pendant deux semaines, laisser les courriels tomber dans les abysses et ne les reprendre qu’à la rentrée. Cela m’a fait un bien fou, d’une part au moral, mais surtout, je me suis rendu compte d’une évidence : mon travail ne s’était pas écroulé bien que je n’aie pas consulté frénétiquement ma boîte de réception. Il en est venu une autre évidence encore plus… évidente, et qui, je gage, s’applique à 80% d’entre nous (ceux qui ne travaillent pas dans le support technique, en gros) :

Notre travail ne consiste pas à répondre à des courriers électroniques

Une grande part de la communication professionnelle passe par le courriel, oui, et il ne faut pas le laisser à la dérive, bien sûr, mais, dans une large mesure, répondre au courriel ne relève pas du travail de production. Soit, selon votre métier : écrire, composer, boucler un bilan, rédiger une proposition commerciale, rédiger un article scientifique, conduire une expérience, appeler un client, corriger des copies, moderniser un cours, etc. Dans le cadre professionnel, le courriel relève de la logistique et de l’organisation. Dans le cadre personnel, il relève de la correspondance

Lui donner davantage d’importance ouvre une porte dangereuse. Le courriel est un jeu immédiatement gratifiant : j’ai traité ce message, j’ai répondu, un de moins sur une liste immédiatement visible. J’ai donc la sensation d’être productif, de m’affairer – mais je ne le suis pas, c’est la brutale vérité ; je le serais si je produisais au lieu d’organiser. Bien entendu, il faut organiser son travail, mais si l’on reprend la statistique énoncée plus haut, doit-on réellement passer 6 heures sur 8 d’une journée de travail standard en organisation ? Ce serait plutôt l’inverse.

D’où la première technique : encadrer le courriel dans des plages horaires déterminées et claires. Il n’y a que 24 heures dans une journée et un nombre fini de choses faisables. Pour ma part, j’ai relégué le principal de cette activité à une demi-journée dans la semaine, et je m’affaire à ramener mon délai de réponse standard pour la correspondance à « quelques semaines » (au lieu, parfois, de « quelques mois »). Le reste du temps, se contraindre à un nombre de consultations raisonnable dans la journée (j’en suis à deux ou trois, et c’est une sacrée victoire sur moi-même, je peux vous dire).

La boîte de réception n’est pas un dossier d’archive

Mon humble expérience – et largement partagée, à ce que j’en sais – m’a également fait tomber dans un piège classique : laisser les messages dans la boîte de réception quand il faut en faire quelque chose. Voire, les y laisser pour ne pas les oublier. Voire, les y laisser parce que je ne sais pas quoi en faire / ne veux pas décider quoi en faire. Ils pourrissent là, une sensation de culpabilité croissante m’habite chaque fois que je les vois, je ne veux plus les ouvrir, mais je ne veux pas les jeter non plus – car ils sont utiles. Je n’ai juste pas clarifié en quoi. Du coup, je fredonne LALALALALA en regardant plutôt les nouveaux messages tout neufs qui viennent d’arriver avec plein de choses nouvelles dedans, comme un singe appuyant sur la pédale dispensant des récompenses. Je n’ose pas faire défiler ma boîte de peur de ce qui va m’exploser au visage. Honnêtement, je ne suis pas le seul, hein ? (Enfin, étais – comme je le disais plus haut, je n’ai plus qu’une trentaine de messages en souffrance de façon régulière.)

Maintenant, analogie largement répandue chez les auteurs de méthodes de productivité outre-Atlantique. Combien d’entre nous laissent leurs factures d’électricité impayées dans notre boîte aux lettres physique afin de « penser à les régler » ? Absurde, hein ? C’est pourtant ce que nous faisons avec nos courriers électroniques.

Bien des auteurs militent pour le principe du « touch it once » (n’y toucher qu’une fois). Cela ne veut pas dire qu’il faut répondre à chaque message immédiatement dès réception ; mais décider ce qu’est ce message dès ouverture, le diriger aussitôt vers un système fiable, et l’y parquer, avec les actions attenantes si nécessaire. Pour cela, la méthode Getting Things Done offre une aide précieuse. Ce message :

  • N’apporte-t-il rien ? L’effacer.
  • Peut-il être traité en moins de deux minutes ? Le faire tout de suite.
  • Contient-il des informations utiles pour référence ultérieure ? L’archiver.
  • Nécessite-t-il une action en retour ? La noter dans un système fiable et archiver.

Donc, seconde technique : se contraindre dès l’ouverture d’un message à décider clairement ce qu’il nécessite comme action à suivre. Archiver ces actions en sécurité. S’assurer d’y revenir. Et passer à autre chose.

Et maintenant ?

Quels sont les outils qui peuvent nous aider rapidement et facilement à étayer ce flux de travail ? La suite lundi.

2016-04-05T18:59:37+02:00jeudi 7 avril 2016|Lifehacking, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur La boîte à outils de l’écrivain (mais pas que) : dompter son courrier électronique, les techniques (1/2)

Les inscriptions à la Masterclass des Imaginales sont ouvertes

Affiche Hélène Larbaigt

Affiche Hélène Larbaigt

Ce n’était pas encore en ligne la semaine dernière quand l’entretien sur ActuSF à propos de cette journée de formation sur la correction des manuscrits a été publié, mais à présent, les inscriptions sont ouvertes :

Vous aider à franchir l’échelon professionnel dans l’écriture

Cette journée d’échanges et d’enseignement (mercredi 25 mai 2016) vise à armer les jeunes auteurs pour la transition de l’écriture vers la publication : comment passe-t-on de l’envie d’écrire au métier d’écrivain ?

Au cours des dix dernières années, sites, livres et forums d’aide à l’écriture se sont multipliés. Il est aujourd’hui plus facile que jamais de travailler sur un livre. Mais comment l’achever, puis l’amener au meilleur niveau de qualité possible ? Comment se corriger, s’améliorer ? Comment et pourquoi le présenter à un éditeur ? Quels sont les rouages de la fameuse « économie du livre » ?

Passer du statut d’amateur passionné à celui de jeune professionnel de l’écriture, voilà l’ambition de cette journée de formation, à travers des thèmes tels que :

  • approcher l’écriture en songeant au public, sans sacrifier le cœur de son histoire ;
  • savoir se lire avec recul pour parfaire son manuscrit ;
  • les relations avec le monde éditorial ;
  • la rémunération des auteurs…

Cette journée de formation est destinée à ceux qui se sont lancés dans la rédaction d’un livre, voire l’ont terminé, et pensent à l’étape suivante, la publication professionnelle ; mais aussi à ceux qui ont envie d’écrire des histoires et désirent acquérir une vision panoramique du monde de l’édition.

La journée s’articule autour de présentations sur un sujet donné (l’attitude professionnelle, les corrections, les relations avec le monde éditorial…), suivies de temps de discussion et de débats autour des difficultés rencontrées par les stagiaires dans leur propre travail.

Inscrivez-vous au plus vite à cette journée de formation aux places limitées : une chance unique proposée par les Imaginales de propulser votre envie de raconter à un niveau supérieur !

Inscriptions (50€) et renseignements ici

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2016-04-05T13:47:19+02:00mercredi 6 avril 2016|À ne pas manquer, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Les inscriptions à la Masterclass des Imaginales sont ouvertes

Evernote contre OneNote : le grand duel

Par Kupo707 (source)
Par Kupo707 (source)

Dans la boîte à outils de l’écrivain, nous avons mentionné Evernote et OneNote séparément, avec leurs forces et leurs faiblesses. Le test d’Evernote le recommandait davantage comme un outil de capture, celui de OneNote comme un outil d’organisation. Maintenant, il peut être inutilement complexe de conserver deux outils différents quand tant de points les rapprochent. Mais sur quoi fonder son choix en fonction de ses besoins ?

Mettons-les donc face à face, comme dans un bon vieux match de Street Fighter, et voyons qui est le plus fort.

Ergonomie

Sur ordinateur, Evernote conserve depuis des années la même interface qui a, il faut le dire, un peu vieilli, quand OneNote se rafraîchit à chaque nouvelle version de Windows, suivant les paradigmes des langages graphiques. L’attrait des formes représente un aspect probablement un peu secondaire, mais Evernote paraît plutôt rigide, surtout avec le format de ses notes qui se rapproche du traitement de texte ou de l’HTML – on a parfois l’impression de manipuler un bloc-notes évolué. En revanche, OneNote offre une toile sans limite où organiser ses idées, et c’est un net avantage quand on réfléchit et qu’on cherche à structurer sa pensée (comme votre futur roman lauréat du Goncourt).

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C’est choupinet.
C'est un peu soviétique.
C’est un peu soviétique.

Vainqueur : OneNote, de loin. 

Organisation des idées

Evernote et OneNote proposent sur ce plan des paradigmes à la limite du diamétralement opposé : OneNote veut émuler le comportement d’un classeur à anneaux, Evernote est une machine à capturer où l’on peut ensuite effectuer des recherches. Du coup, les forces et les faiblesses sont mutuellement exclusives (c’est pourquoi on peut recommander leur usage conjoint). Là encore, OneNote mise sur la structure et l’émulation d’un paradigme tiré du réel, avec des feuilles que l’on manipule et ordonne. Evernote n’est pas vraiment fait pour organiser, mais pour chercher. Donc, la réponse est un peu contenue dans la question.

Vainqueur : OneNote. 

Capture (dont web)

Ces outils visent également, avec la généralisation des terminaux mobiles, à remplacer le petit carnet de notes en veau de Kobe que l’auteur (et toute personne soucieuse de ses idées) transporte en permanence afin de s’assurer qu’aucune idée géniale ne lui échappe. Là, c’est clairement Evernote qui prend l’avantage, en raison de sa conception nettement tournée vers la capture constante et quasi-instantanée. Envoyer une idée, une citation, une vidéo à Evernote se fait en quelques clics sans même nécessiter de réflexion de classement poussée (dès lors qu’on a bien pensé son système). OneNote impose de classer le contenu et n’offre pas de fonctions immédiatement intuitives pour étendre les possibilités de rangement (comme créer un nouveau bloc-notes, quand Evernote crée des tags à la volée). Oui, on peut stocker les notes dans une zone « non classée » mais il faudra y revenir, ce qui est un peu contreproductif.

Pour la capture de sites web, nul ne rivalise avec Evernote, qui sait conserver, de manière éditable, une page web avec sa mise en page. OneNote fera, au mieux, une capture d’écran ou une capture du texte sans la mise en page. À fins d’archivage, c’est vraiment mal fichu.

Vainqueur : Evernote. 

Mobilité

Sacré bon dieu, que fume Microsoft avec ses applications mobiles, notamment Android, mais aussi Windows ?

Pourquoi l’appli desktop de OneNote n’autorise-t-elle pas l’emploi de l’appareil photo d’une tablette Surface – imposant pour ce faire  de passer par la version ModernUI qui est, comme toutes les applis ModernUI, moche à crever et évidemment limitée en fonctionnalités ? Pourquoi les applis Android ne proposent-elles qu’un support tellement basique du copier-coller qu’on se croirait revenu à Windows 3.1 ? Et je ne parle même pas de sélectionner et déplacer des annotations faites au stylet – c’est un peu la base, mais non, OneNote ne le permet pas, malgré toutes ses gargarisations sur le support de l’écriture manuscrite. Manque flagrant de cohérence et de vision de la part de la compagnie, qui propose bien toutes les fonctionnalités attendues, mais saupoudrées sur plusieurs systèmes, voire plusieurs applis sur le même système.

Avec Evernote, c’est simple : les applications mobiles offrent les mêmes fonctionnalités que les versions de bureau, quel que soit le système (à l’exception de la version ModernUI – mais, franchement, y a-t-il des gens qui emploient ModernUI) ?

Vainqueur : Evernote, de tellement loin que OneNote ne semble pas avoir compris que la course avait commencé. 

Synchronisation et cloud

Là aussi, on se demande ce que Microsoft a bu. À l’époque où OneDrive s’appelait SkyDrive, c’était encore pire, mais même à l’heure actuelle, cela reste guère utilisable. Capturer une note est quasiment impossible sans accès Internet mobile – la faute au paradigme d’organisation des notes cité plus haut. Pour placer une note dans un carnet, il faut que ce carnet soit ouvert sur le terminal en question depuis le cloud (ce qui prend des plombes dès qu’il est un peu lourd, sans parler de la mémoire du terminal qui se retrouve occupée) – vous avez trouvé une recette de cuisine mais, par malheur, vous n’avez pas synchronisé votre carnet « recettes » sur votre mobile ? Impossible de l’y mettre.

Evernote, en revanche, agit avec une grâce parfaite même hors-ligne. Il connaît vos carnets et vos tags sans avoir besoin de les ouvrir, il conserve vos nouvelles données gentiment en local et les synchronise en silence dès qu’il en a l’occasion – ce qui devrait être la base de toute application mobile en 2016. Le modèle de OneNote est absolument archaïque et d’une lourdeur horripilante.

Vainqueur : Evernote, qui tire la langue à Microsoft, qui réplique d’un air abruti : « s’est passé quoi, là ? »

En conclusion

Utiliser une appli particulièrement puissante quant à ses fonctionnalités de mise en page et d’organisation mais tellement mal organisée et si peu harmonisée qu’elle n’est quasiment pas utilisable en mobilité et que des fonctionnalités critiques risquent de se révéler manquantes au moment crucial ? => OneNote.

Ou bien une appli pensée dès le début pour la mobilité et aux fonctionnalités identiques sur toutes les plate-formes, mais dont l’usage se révèle peu adapté à l’organisation des idées ? => Evernote.

Personnellement… j’emploie les deux, dans leurs forces respectives. Mais qu’Evernote prenne garde : si Microsoft se met en devoir de corriger les biais absurdes de ses applications, OneNote a le potentiel pour devenir la nouvelle référence…

… mais comme c’est Microsoft, je ne retiendrais pas mon souffle avec trop d’angoisse non plus. D’ici à ce qu’ils réagissent…

2019-08-28T21:28:35+02:00mardi 22 mars 2016|Best Of, Technique d'écriture|19 Commentaires

GTD : j’ai vu la lumière (six erreurs idiotes à ne pas commettre)

gtd-fr-2015

Bon, il a déjà été question plusieurs fois de la méthode Getting Things Done – « S’organiser pour réussir » – en ces lieux de perdition, notamment pour le petit tour d’horizon sur la productivité de l’été 2013 et le court article sur la version 2015 du livre. Comme tous les aficionados des méthodes de productivité sans effort, j’ai tenté plusieurs fois d’installer un système GTD propre, d’observer son fonctionnement, pour tomber du train en marche à l’issue d’une durée plus ou moins variable, mais tenant chaque fois plus longtemps, et apprenant de ces échecs. Avec quantité de casquettes – écriture (plusieurs projets en cours), traduction (plus cours à la fac), conférences et ateliers, musique (ce qui entraîne une certaine maintenance), sans parler des aspects personnels – les chances d’oublier quelque chose augmentent exponentiellement et le besoin de rigueur se fait d’autant plus sentir.

Aujourd’hui, en vérité je te le dis, auguste lectorat, David Allen est descendu de son podcast éthéré pour me parler en vision chamanique, et j’ai vu Sa lumière.

J’ai compris1. J’ai installé un vrai système GTD comme il faut et je commence à en ressentir les effets comme jamais auparavant. Et je vais te parler, auguste lectorat, de ce qu’il faut faire, et ne pas faire, pour que ça marche, et enfin éviter de tomber du train. Si tu demandes de quoi je fichtreparle, l’article d’origine sur GTD se trouve ici. (C’est, en gros, la méthode de travail et d’organisation personnelle la plus universelle et la plus efficace, qui génère une sorte de culte outre-Atlantique.)

L’erreur principale, que tout le monde commet, consiste en général à croire que GTD se personnalise tout de suite. Qu’on peut en enlever ou en altérer des morceaux dès le début parce que certains volets semblent contre-intuitifs (« Quoi ? Une weekly review de deux heures ? J’ai autre chose à faire ! »), stressants (« Mon dieu, inventorier tous mes engagements ? ») ou inutiles (« T’es mignon avec la recommandation d’acheter une étiqueteuse, mais un bic et des vieilles étiquettes jaunies feront l’affaire »).

Sauf que non. Tout, dans GTD, est à la fois nécessaire et suffisant. À la relecture du livre pour la troisième ou quatrième fois depuis quinze ans, pour avoir tenté plusieurs fois d’en tirer les bénéfices, je me rends compte combien David Allen a mûri sa réflexion et n’a rien incorporé dans son livre qui soit superflu. GTD fonctionne comme un tout, c’est ce qui le rend difficile à adopter, mais c’est aussi ce qui le rend particulièrement efficace et cohérent une fois le pas franchi. Mais on ne peut se passer de rien. Voici, auguste lectorat, les erreurs que j’ai testées et désapprouvées :

Ne pas se procurer un panier d’entrants (« in-basket« ). Sous prétexte qu’on est « tout numérique », on s’imagine pouvoir se passer de cette directive. Sauf que nul n’est encore tout numérique – on continue à recevoir du courrier papier, des colis, des tickets de carte bleue et des cartes de visite. Parquer ces informations dans un espace physique réservé à cet effet, où l’on sait qu’elles sont destinées à être traitées, procure une sérénité absolue, et c’est pourtant tout bête.

Ne pas inventorier tous les engagements en cours. En général, on l’évite parce que c’est anxiogène ; nous avons tous quantité d’engagements, dont une bonne partie est informe, ou non reconnue, ou non acceptée. Se forcer à les regarder en face, à décider qu’il faut faire quelque chose à leur sujet (ou laisser tomber) met à jour quantité de stress qu’on refuse d’affronter – la poussière sous le tapis est inoffensive, n’est-ce pas ? Faux. Ces engagements informes pèsent sur la psyché et, en plus, on tend à les ignorer dans l’estimation de la charge de travail, ce qui peut générer davantage de stress encore quand des obligations surgissent. Au minimum dans le domaine professionnel et pour toutes les obligations envers autrui, cet inventaire est capital.

Ne pas consacrer deux heures à sa récapitulation hebdomadaire (« weekly review »). On ne le dira jamais assez, la weekly review est un pilier fondamental de GTD, mais en plus, il faut la faire en profondeur. Deux heures paraissent interminables (« Je n’ai pas deux heures à y consacrer : j’y passerai déjà dix minutes et ce sera bien ») et perdues, mais c’est, absolument, tout le contraire. La weekly review m’a littéralement gonflé à chaque fois que j’ai tenté un processus GTD, jusqu’à tenter de le suivre à la lettre, et c’est là que son importance m’est apparue. Aujourd’hui, franchement, deux heures me semblent presque trop courtes pour le faire bien. Ces deux heures sont un investissement – réfléchir à son fonctionnement et à ses priorités pour la semaine à venir autorise à fonctionner en pilote semi-automatique, même quand on a peu d’énergie. On les récupère au double, voire au triple, par la paix mentale qu’elle procure ensuite.

Ne pas être un ayatollah du processus GTD. « Ouais, GTD c’est cool, mais franchement, c’est rigide. » Sauf qu’Allen le répète, quoique un peu trop discrètement : cette rigueur, cette assurance que les détails du quotidien sont gérés de façon systématique libèrent l’esprit pour une pensée de plus haut vol – générer des idées – et c’est absolument critique dans le cas d’un auteur ou d’un créateur de manière générale. Ce qui conduit à l’écueil suivant :

Croire que GTD vise à gagner du temps. Le mot productivité évoque souvent une vision tayloriste du travail, où il s’agit de produire davantage, plus vite. C’est la face émergée de l’iceberg : oui, GTD clarifie le travail et aide à mieux rentabiliser le temps (en fournissant à l’avance une liste de tâches possibles dans certaines circonstances limitées, par exemple), mais ce n’est pas là que réside son intérêt. Dans un de ses podcasts (car je suis converti au point d’écouter les podcasts, oui, j’en suis à ce stade de la religion), Allen explique que GTD ne vise pas à donner du temps en plus mais de l’espace mental. C’est-à-dire débarrasser l’esprit de toutes les tâches de gestion du quotidien et de rappels qu’il fait de toute façon très mal pour lui confier du mieux possible les tâches qu’il fait bien : réfléchir et créer – qu’il s’agisse d’un plan de roman ou d’une proposition industrielle. GTD ne rend pas tellement plus productif parce qu’il rend plus efficace – il rend plus productif parce qu’il libère l’esprit, et donc rend plus efficace.

Un seul amendement possible à mon sens consiste à collecter d’un seul coup tout ce qui traîne dès l’implémentation. Pour beaucoup – dont moi – c’est trop. Ma vie, mon appartement sont littéralement des in-baskets. Dans ce cas, je crois qu’on peut récupérer tout ce qui est en souffrance, mais n’est pas urgent, au fur et à mesure. Par défaut, tout ce qui a été repoussé sine die peut attendre encore. Là où il faut faire attention, c’est bien collecter ce qui est en cours, urgent ou limité dans le temps. Une fois qu’on a appris à gérer cela, on peut se rajouter de la complexité en ajoutant, en plus, les pièces qu’on a laissé traîner depuis parfois des années.

J’en suis là de mon parcours. Mais, depuis que je l’ai vraiment implémenté, et que je continue à raffiner mon implémentation, je commence à sentir cet « espace mental » promis – il y avait longtemps que je n’avais bouillonné d’idées à ce point, honnêtement – et surtout, je mesure combien il est indispensable de systématiser le travail au quotidien, pour cesser de penser à ce que l’on doit faire, pour penser, simplement à ce que l’on fait.

  1.  Jusqu’à ma prochaine chute du train, à vrai dire, mais, pour l’instant, je crois bien que c’est la bonne.
2019-08-28T21:28:48+02:00lundi 29 février 2016|Best Of, Technique d'écriture|3 Commentaires

Si Neil Gaiman doute aussi…

ray-bradbury-ray-bradbury-you-fail-only-if-you-stopAnecdote qui nous rassurera tous, entendue dans l’excellent podcast Writing Excuses (retranscrite de mémoire et traduite librement) :

Neil Gaiman est en train d’écrire un roman (probablement American Gods) et, un jour, appelle son agent.

« C’est nul, dit Gaiman. Je n’y arrive pas, j’ai franchi les deux tiers de l’écriture, mais franchement, je ne le sens pas, ce n’est pas bon, je rame, je crois que ça ne vaut rien. Je suis vraiment désolé, je crois que je ne vais pas pouvoir finir, je sais qu’on a un accord, mais…

— Neil, Neil, Neil, répond l’agent. Chut. Du calme. Respire un bon coup, reprendre ton livre, et continue. Tu rencontres peut-être des difficultés, mais je t’assure que ça ne peut pas être aussi mauvais que tu ne le penses. Ça ira. Tu vas finir ton livre, tu vas me le rendre, et il sera très bon. C’est certain.

— Comment peux-tu le savoir, tu n’en as pas lu une ligne ?

— Parce que, Neil, visiblement tu ne t’en souviens pas, mais, chaque fois tu écris un livre, tu arrives aux deux tiers, tu m’appelles, et nous avons cette conversation. Et tu finis le livre quand même, et il est très bien. Donc, je te le dis : retourne au boulot, et ton bouquin sera très bien. »

Cela me parle d’autant plus que cela vient de m’arriver avec la nouvelle que j’ai terminée tout récemment sur l’univers d’Évanégyre : l’écriture en a été ardue, et je l’ai néanmoins terminée satisfait. Quelle est cette mystérieuse propriété de certains manuscrits à incarner les pires doutes et difficultés lors de la rédaction, pour devenir miraculeusement au moins convenables (en tout cas à retravailler), voire subjectivement bons dès l’instant où le point final est apposé ? Sorte d’alchimie, je suppose, qui fait en un instant basculer le travail incertain en cours, le défrichage à la force du poignet, vers un tout achevé et fondamentalement extérieur, sur lequel il devient possible de se faire un avis objectif.

Avant, c’est de la sueur et des doutes ; mais ensuite, ça n’est plus que du texte.

2016-02-17T15:50:21+01:00mardi 23 février 2016|Technique d'écriture|12 Commentaires

La boîte à outils de l’écrivain : OneNote, l’idéal pour organiser ses idées

onenote-logoEDIT du 27 septembre 2016 : OneNote est retiré de la boîte à outils de l’écrivain en raison d’une politique de vie privée inacceptable de la part de Microsoft. L’outil n’est pas mauvais en soi, mais il ne fait plus partie de la trousse à outils que je recommande sans hésitation.

Après avoir mentionné Evernote, pour la capture des idées, et Scrivener, pour l’organisation du plan d’un récit et son écriture, il est grand temps de parler du potentiel chaînon manquant entre ces deux étapes, Microsoft OneNote.

Qu’est-ce que OneNote ?

OneNote se veut un carnet numérique, facile d’emploi et destiné à servir d’assistant personnel autant que de remplacement du petit bloc qu’on a dans la poche pour noter les idées au vol. Fourni dans la suite Microsoft Office, OneNote est récemment devenu entièrement gratuit et se trouve disponible sur toutes les grandes plate-formes (avec un succès inégal, on y reviendra).

Les forces de OneNote

ON (de son petit nom) propose à l’utilisateur de mélanger sur chacune de ses pages tous les contenus qu’il souhaite avec une aisance proprement inégalée. Images, son, tableaux, texte, entrées au stylet pour peu qu’on dispose du matériel compatible, et ce n’importe où sur la page : il suffit de cliquer. C’est assurément la grande force du logiciel, qui approche de très près l’analogie d’une feuille où l’on griffonne à loisir.

Trois images collées à loisir un coup de stylet sur une page OneNote

Trois images collées à loisir un coup de stylet sur une page OneNote

D’autre part, ON structure ses pages de manière hiérarchique en sections, sous-pages, etc. avec un degré de profondeur bien suffisant pour la plupart des usages, ce qui est l’exact inverse d’Evernote qui ne propose que des mots-clés. OneNote est donc idéal pour conserver une base de connaissances structurée sur un sujet donné (comme un univers fictif) ou pour réfléchir en plusieurs étapes à un problème vaste (comme un roman). Là où Scrivener conserve parfaitement les données relatives à un livre, OneNote organise le savoir à l’échelon supérieur (idées, construction d’univers).

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On construit très facilement un plan d’ouvrage avec OneNote

Bien sûr, OneNote se synchronise dans le cloud via un service type Dropbox, ou même via le service de synchronisation de Microsoft, OneDrive (celui-ci étant à préférer dans le cas présent pour ses performances avec les classeurs OneNote).

Une application bien pensée mais avec des limitations agaçantes

on-iphoneAvant que Scrivener ne propose dans un seul environnement atelier d’écriture et consignation des notes, OneNote remplissait plus ou moins le rôle de l’agencement des idées et de la construction, mais la question de son utilité peut se poser aujourd’hui. Le logiciel de Microsoft sera surtout utile bien avant l’écriture, comme dit précédemment, surtout que quantité de limitations aberrantes et de biais de conception agaçants viennent en limiter bêtement l’efficacité et l’empêchent de détrôner Evernote (en amont) et Scrivener (en aval) :

  • OneNote ne sait pas capturer le texte d’un site web. Il en fait une copie d’écran sous forme d’image ; on peut y rechercher du texte grâce à la reconnaissance de caractères, mais impossible de faire un copier-coller ultérieur.
  • Les applications OneNote Android sont stupidement limitées. Impossible, par exemple, de déplacer des éléments après collage, ou de déplacer du texte manuscrit – un standard, pourtant, à l’heure actuelle.
  • OneNote ne sait pas tirer profit de l’appareil photo d’une tablette Windows. Enfin, si, mais uniquement la version Metro ; la version complète desktop, elle, n’offre pas cette fonctionnalité. C’est pourtant fondamental pour capturer un tableau effaçable, une note papier, une carte de visite… Du coup, sur les appareils mobiles Windows (dont les Surface), il faut faire cohabiter deux versions de l’application… Du grand Microsoft.
  • La synchronisation cloud est d’une lourdeur invraisemblable. Pour capturer une information dans un carnet de notes cloud, il faut qu’il soit ouvert – ce qui signifie, sur un téléphone ou une tablette, qu’on doit se limiter à des carnets légers ET que la connexion Internet doit être de qualité. C’est antinomique avec la notion de capture en toute situation.

Pour quoi faire, alors ?

Après tout ça, pourquoi parler de OneNote ? Parce que ce qu’il fait, il le fait avec grâce et génie : mélanger texte et entrée manuscrite, réfléchir librement au fil d’une recherche web, structurer des sections d’un glisser-déposer. Pour l’auteur bien armé technologiquement, qui capture ses idées avec Evernote et qui structure ses manuscrits avec Scrivener, OneNote fournit l’étape intermédiaire pour se constituer un wiki hiérarchique qui mêle réflexion au fil de la plume et référence ultérieure. En revanche, sa lourdeur dans la capture des données et la puissance de Scrivener dans la construction d’un manuscrit le rendront globalement inutile pour un roman indépendant. En gros, OneNote servira surtout dans un cas de figure précis : garder la trace des éléments d’un univers fictif dans le cas d’une série ou même d’un univers partagé.

Néanmoins, un comparatif plus précis entre Evernote et OneNote va s’imposer, pour passer en revue les forces et faiblesses de chacun – et proposer un aiguillage plus précis en fonction des besoins.

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2016-09-24T15:45:58+02:00lundi 15 février 2016|Technique d'écriture|7 Commentaires

Getting Things Done, version 2015 : ça vaut le coup ?

Je... Wow. (effectivement)
Je… Wow. (effectivement)

Toujours à la recherche de la solution ultime de productivité moderne du XXIe siècle et prêt à tester toutes les expérimentations de lifehacking et les applications qui me passent sous le nez (la série « Productivété » de l’été de 2013 restant encore pas mal d’actualité), j’ai levé l’oreille tel le labrador en apprenant que la baïbeulle de la productivité personnelle, Getting Things Done (S’organiser pour réussir), ressortait dans une version mise à jour pour l’année 2015 adaptée à l’ère digitale numérique nuage objets connectés. Cédant à ma compulsionnite aiguë, je me suis jeté dessus car – ça tombe bien – je compte / dois / veux réorganiser un peu tout mon système personnel à l’occasion de cette nouvelle année.

Alors, cette version 2015 : vaut-elle l’achat pour qui possède la version d’origine 2002, pour le vieux briscard qui a déjà loupé quinze fois ses weekly reviews et se jure que la prochaine fois, il sera rigoureux ?

Honnêtement : non. Tout le barouf autour de cette ressortie d’un (certes) classique est un peu surfait, et la promesse d’une mise à jour adaptée aux outils modernes un peu abusive. Les modifications sont subtiles, ici et là, et correspondent davantage à un « lifting » qu’à une réelle transformation en profondeur (même si son auteur prétend avoir grandement réécrit le manuel). Mais c’est à porter au crédit de la méthodologie de Getting Things Done, qui s’est toujours voulue indépendante des outils, et qui reste valide malgré les années. Cette nouvelle mouture bénéficie du recul de son auteur, certes, et quelques commentaires plus orientés sur le numérique sont bienvenus, mais on peut regretter leur trop grande discrétion. On verrait en fait plutôt dans cette mouture l’influence de Making it all Work, l’essai sorti en 2009 qui répondait en filigrane aux critiques adressées à Getting Things Done et qui proposait de prendre un peu de hauteur sur le système.

Certes, GTD 2015 propose deux chapitres supplémentaires entièrement nouveaux, un sur les « preuves » apportées entre temps par les sciences de la cognition sur le bien-fondé de la méthode et un sur l’apprentissage progressif de celle-ci (laquelle implique un changement d’envergure qui peut impressionner ou inquiéter de prime abord), mais ils ne valent pas à eux seuls l’achat de cette nouvelle version, surtout si l’on a déjà expérimenté copieusement avec la méthode et rencontré ses propres difficultés dans son implémentation au quotidien.

En revanche, le novice aura bien évidemment grandement intérêt à privilégier la version 2015 à la première mouture, même s’il la trouve à un prix réduit. Sinon, l’habitué fera mieux d’investir plutôt dans Making it all Work, qui lui offrira davantage de pistes de réflexion. Voire de ne rien dépenser du tout et de se relire GTD en profondeur avec le recul – lequel reste, plus que jamais, l’un des meilleurs manuels de survie pour nos vies de dingues modernes.

2019-08-28T21:29:00+02:00mercredi 13 janvier 2016|Best Of, Technique d'écriture|6 Commentaires

La boîte à outils de l’écrivain : Sonar

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Tandis que nous évacuons tous lentement l’excellent champagne et le mauvais Paracétamol des fêtes (ou l’inverse si vous n’avez pas de chance), remettons-nous en selle lentement sur la boîte à outils de l’écrivain, non pas avec un logiciel intense et compliqué exigeant une maîtrise de physique nucléaire à maîtriser, mais un petit outil tout bête et pourtant bien utile : Sonar. (À titre personnel, j’ai la chance considérable de ne plus avoir besoin de m’en servir, mais c’est une question fréquemment posée, et la référence que je recommande à chaque fois.)

Sonar, tout simplement, sert à conserver la trace des manuscrits soumis, quand, et à qui. Ce qui présente l’immense intérêt de savoir quand il peut être pertinent de relancer, aide à ne pas envoyer le même texte deux fois au même support, ainsi qu’à conserver leurs coordonnées et leurs tarifs. Particulièrement utile quand on cherche à placer ses premiers manuscrits et qu’on défriche son marché. Alors oui, on peut très bien conserver ces informations sur un carnet Moleskine en cuir de jeune veau de Kobe, mais Sonar est gratuit, alors pourquoi se priver d’un outil spécifiquement conçu à cet effet ?

L’usage en est extrêmement simple ; il s’agit simplement d’une petit base de données légère.

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Au cœur, trois menus correspondant à trois aspects de la soumission :

  • Works représente vos travaux (ex. : romans, nouvelles, mashups Bouba x Patrick Sébastien) ;
  • Markets les supports susceptibles de les acheter (ex. : éditeurs, revues, foires au tuning des parkings Auchan) ;
  • Submissions croise les deux : qu’avez-vous envoyé à qui ? (ex. : mashup aux Presses Universitaires de France. Non. NON, NE FAITES PAS ÇA.)

Bien sûr, chaque élément s’édite et se détaille :

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De là, on sort simplement la liste des soumissions à un marché donné, par exemple…

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… et ce que l’on a vendu, ce qui attend une réponse, ce qui est prêt à partir :

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Certes, la taille du marché francophone entraîne forcément un nombre de supports moindre que dans le monde anglophone, et donc la nécessité d’un tel outil est moins prégnante, mais c’est néanmoins un élément utile dans l’arsenal, qui est, encore une fois, entièrement gratuit1.

Télécharger Sonar 3 (gratuit)

  1. Par le même créateur qu’yWriter comme remplacement de Scrivener, même si, pour ma part, je trouve que les deux logiciels ne jouent tout simplement pas dans la même catégorie
2019-08-28T21:29:15+02:00jeudi 7 janvier 2016|Best Of, Technique d'écriture|4 Commentaires

Comment organiser efficacement ses informations sous Evernote ?

Comme on l’a dit dans l’article introductif sur Evernote, l’application est le carnet de notes numérique ultime, mais il présente une difficulté majeure à la prise en main : pour classer efficacement ses informations personnelles, il implique de définir l’usage qu’on fera du logiciel et son propre travail pour arriver à faire le tri.

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En effet, Evernote est conçu de manière à ce qu’on y jette ses pensées et ses informations au vol, et non pour un classement pointu des données. Il est impossible de réordonner les notes au sein d’une section, ni de définir une hiérarchie poussée des carnets de notes. Cette non-hiérarchie agace les nouveaux utilisateurs, mais il faut comprendre qu’EN n’est pas conçu pour ça : ça, c’est le travail de OneNote. Evernote fonctionne comme un wiki, ou comme le web : on n’y ordonne pas les données, on les y range, et on définit des relations entre elles, ou bien l’on exécute une recherche, pour retrouver une information.

Evernote fournit en revanche des tags qui sont, eux, hiérarchiques, et qu’on peut attacher sans limite à chaque note.

Pour retrouver une information, le logiciel incite donc l’utilisateur à utiliser plutôt le moteur de recherche et les tags, à la manière d’une requête croisée multicritères. Ca a l’air technique mais ça ne l’est pas tellement ; cela revient à dire « montre-moi toutes les photos taggées Bob et La Baule prises en avril 2014 ».

En conséquence, classer une information dans Evernote nécessite de réfléchir un peu en amont à l’usage qu’on en fera, et au métier qu’on exerce. Mais comme c’est un peu nébuleux et qu’un dessin vaut mieux que deux longues peaux de l’ours, je te propose, auguste lectorat, une étude de cas : l’humble mien, et ma façon de classer mes infos par rapport au(x) métier(s) que j’exerce (ou auxquels je m’exerce, ça dépend du niveau d’expérience).

Les carnets

Comme dit précédemment, les carnets ne servent pas tellement à grand-chose ; en fait, beaucoup d’utilisateurs n’en utilisent qu’un seul et fonctionnent exclusivement par tags. Je pense quand même qu’on retire des bénéfices à en créer plusieurs, mais ils ont intérêt à concerner des usages différents plutôt que des thèmes ou zones de responsabilité différentes – cela, ce sera le boulot des tags.

J’ai seulement sept ou huit carnets réellement utiles, dont :

  • Inbox – Carnet par défaut. Toutes les notes enregistrées pêle-mêle au vol y finissent. Normalement, j’y trie les informations. Normalement.
  • Library – La bibliothèque. Un article m’intéresse, une coupure de journal, une info insolite, tout cela termine dans ce carnet, pour éventuelle référence.
  • Memory – Des archives, des souvenirs, des choses que j’ai envie de garder par valeur sentimentale mais qui n’ont strictement aucune utilité de référence ultérieure, et qui donc finissent parquées là en prenant la poussière.
  • Moleskine – Oui, Moleskine. C’est l’équivalent numérique du petit carnet en peau de requin rare aux feuilles de papyrus que Shakespeare et Homère utilisaient d’après la légende. Ici figurent toutes mes idées, mes notes éparses sur les projets en cours, des brouillons, etc.
  • Offline – Ce carnet est spécifiquement synchronisé pour être disponible hors-ligne sur tous mes appareils. Il est donc peu volumineux, et y figurent des informations vitales dont je pourrais avoir besoin d’urgence, mais aussi ma liste de courses, de choses à ne pas oublier lors de mon prochain passage à Plan-de-Cuques, etc.

Les tags

C’est là que cela devient intéressant. Parce qu’au moment où j’écris ces mots, Library et Moleskine contiennent chacun plus de 200 notes, et il devient impossible de tout passer en revue, surtout en quête d’une idée que je pourrais avoir eu il y a six mois.

Mon système de tags personnel est orienté selon deux axes : 1. Mes métiers et 2. Le genre de données que je conserve et que je veux retrouver facilement. Il ne s’agit pas de faire un classement joli, mais un classement opérationnel, qui soit rapide à mettre en place lors de l’enregistrement d’une note, et immédiat à utiliser pour les retrouver.

Du coup, la première question à se poser devient : « Qu’est- ce que j’enregistre dans Evernote ? » Pour ma part, c’est principalement :

  • Des notes sur les projets en cours
  • Des idées en vrac
  • Des articles intéressants
  • Des infos pratiques (listes de courses, idées cadeaux etc.)

Il vient : « Qu’est-ce qui est signifiant là-dedans ?« 

  • De quel projet s’agit-il ?
  • A quoi cette idée peut-elle servir ?
  • De quoi ce contenu parle-t-il ?
  • A quoi cette information pratique me servira-t-elle ?

Cela me définit, en gros, quatre aires importantes :

  • Projets
  • Idées
  • Thèmes
  • Type de note

Qui forment des tags de haut niveau. Ensuite, pour des raisons d’ordre et de praticité dans le classement au moment de la saisie d’une note, chaque tag de niveau inférieur est préfixé par une courte abréviation qui rappelle ce dont il s’agit. Par exemple :

Maintenant, supposons que je sois dans un train, écrivant un article pour le blog sur Evernote. Je me rends compte qu’il faudrait consacrer un article entier sur le classement des informations dans ce logiciel… Je prends mon smartphone, et j’ouvre une nouvelle note « Faire un article sur les tags sous Evernote » avec un plan basique en trois lignes. Je tagge ça « id article » et « prj blog » et c’est plié, réglé, oublié. C’est le plus important : Evernote se plie merveilleusement bien à l’axiome de la méthode GTD qui dicte de collecter ses idées en sûreté puis de les mettre de côté. La prochaine fois que je chercherai du matériel pour un article ou pour le blog, il me suffira de sortir toutes les notes « id article », par exemple, que j’aurai balancées dans ce panier-là sans y réfléchir. Et évidemment, je peux toujours créer de nouveaux tags à la volée, par exemple « prj bob » pour cette idée d’univers de super-héros où Bob, l’homme-tag obsédé par le classement de données, lutte pour l’application raisonnée de la Classification décimale de Dewey à travers les bibliothèques du monde entier.

C’est bien sûr mon système à l’heure où j’écris et il se raffine constamment, mais il offre l’immense avantage d’être à la fois flexible, évolutif et peu contraignant (comme le dit David Allen dans Getting Things Done, si l’on a besoin de beaucoup temps pour classer quelque chose, on ne le fait jamais) et je m’en sers depuis deux ou trois ans maintenant. N’hésite pas, auguste lectorat, à partager avec la communauté ton propre système en commentaires, histoire qu’on s’inspire tous les uns les autres (et je n’entends pas par là se respirer le parfum, c’est chaleureux par ici mais on n’est quand même intimes à ce point, huhu).

Pour mémoire : pour tester Evernote avec un mois gratuit d’abonnement premium, passez par ce lien.

2019-08-28T21:31:22+02:00jeudi 17 décembre 2015|Best Of, Technique d'écriture|2 Commentaires

Une formation payante sur Scrivener, ça vaut le coup ?

write_novelComme la question est revenue plusieurs fois (et que je me fais évangéliste de Scrivener depuis quelque temps), ça vaut un bref article. Plus en détail :

On me propose une formation de base pour 200 € environ. Étalée sur six semaines, cette formation sur internet est consultable durant un an, me paraît sérieuse et utile, pour me permettre de progresser dans l’écriture. Qu’en pensez-vous ?

Je ne mets pas le lien de ladite formation parce que je pense que c’est parfaitement inutile (et hors de prix).

Le didacticiel de Scrivener est extrêmement bien fait et couvre toutes les fonctionnalités du logiciel. Si l’on a un tant soit peu l’habitude de l’informatique, il suffit de consacrer quelques heures à le creuser pour appréhender ses fonctionnalités, puis, surtout, à développer sa propre méthode en s’en servant pour un projet grandeur nature.

Scrivener est un excellent outil, mais il ne fait pas l’écrivain ; je crois fermement qu’on apprendra davantage, au bout du compte, à travailler sa propre technique narrative et à plier Scriv à ses désirs plutôt qu’à apprendre dans le détail le moindre de ses secrets. Il est complexe, d’accord, et nécessite un apprentissage, mais on n’en est quand même pas au stade de Photoshop ou d’Ableton Live, où une formation peut se justifier… Et où l’on en trouve pour la moitié de ce prix-là, en plus. J’avoue qu’à moins de n’avoir jamais touché d’ordinateur et de traitement de texte de sa vie, je peine très sérieusement à comprendre ce qui peut justifier une telle somme.

Si vous avez 200 € à dépenser pour votre écriture, achetez et lisez quelques manuels de technique (certains sont chroniqués ici dans les archives), inscrivez-vous à un atelier, des cours ou une masterclass, mais consacrez-les à la narration elle-même, à mon humble avis.

2015-12-11T09:08:20+01:00mardi 15 décembre 2015|Technique d'écriture|4 Commentaires
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