Comment écrire de la fiction ? Ouvrage à paraître aux éditions Argyll au printemps

Okayyyy on arrête le teasing et… 

… voilààààà. Le fameux projet de non-fiction, c’est ça. Avec une splendide couverture de Xavier Collette !

De la non-fiction, mais avec quand même un peu de la fiction dedans, forcément, en tout cas, en théorie. Un livre donc avec des italiques pour mettre l’accent, du gras pour vraiment marteler les trucs, des schémas avec des flèches, des émojis (gasp), de multiples citations de prénoms francs, un soupçon d’Alain-Robbe-Grillet-bashing et surtout, surtout, beaucoup (enfin, j’espère) de densité et de méthode sur l’écriture d’histoires.

Comment écrire de la fiction ?, c’est le bouquin que j’aurais voulu lire quand j’ai commencé ce métier. J’en ai lu plein d’autres qui m’ont appris des tas de choses et dont j’ai dit du bien ici, je continue à me nourrir régulièrement parce que l’écriture, c’est comme la mécanique quantique, ça s’étudie sans fin, mais je n’ai jamais vraiment trouvé un ouvrage qui me démonte, précisément, ce qui fait le tissu d’une histoire et comment ça peut se construire d’une manière fiable, mais qui laisse une vraie latitude à la créativité de s’exprimer. Cela, je l’ai appris à la dure depuis bientôt vingt ans, en tâtonnant à la recherche de ce que je voulais vraiment comprendre, en commettant des erreurs, des maladresses, et en saisissant pourquoi c’en étaient. (Et on en commet toujours.) Il y a dedans de la méthode, mais pas une méthode ; il y a de grands principes, mais pas de cadre définitif qui vous promette amour, gloire et beauté. Écrire, c’est un sacré boulot, mais si l’on pouvait appréhender ce sacré boulot avec des bases théoriques saines et une direction productive au lieu de ramer dans le désert (et essayez donc de ramer dans le désert ; c’est pas fait pour), ça serait pas plus mal.

C’est un livre étonnamment court par rapport à ce que je fais d’habitude (320 000 signes) mais il n’avait pas besoin d’être plus long pour couvrir ces grands principes qui sont en définitive assez simples. Il est nourri évidemment de mon expérience, de nos échanges dans Procrastination, de plus de dix ans (fichtre) de blogging ici, mais aussi des stagiaires qui sont passés par mes ateliers et que je remercie, grâce à qui j’ai pu cerner et voir les difficultés les plus fréquentes rencontrées par les jeunes auteurs.

Le plan est très simple, il suit les trois étapes mentionnées en couverture, plus une :

  • Rêver (le processus d’idéation, notamment à travers l’émergence et la gestion de l’incertitude)
  • Les techniques fondamentales (le socle minimal de codes littéraires à travailler)
  • Construire (qu’est-ce qu’une histoire, comment ça marche vraiment et comment ça se nourrit)
  • Terminer (de la discipline aux corrections)

Tout cela avec cet humour consternant et irrévérencieux dont vous avez l’habitude ici, parce qu’écrire des histoires, cela a une valeur fondamentale de plaisir, et surtout de cheminement personnel : mon but, avec ce bouquin, c’est de donner des briques théoriques solides, que l’on est ensuite appelé·e à démonter, manipuler, revisiter pour nourrir sa propre approche artistique.

À mesure que la date précise de publication approche, je pense qu’on partagera quelques petits bouts et une table des matières détaillée.

J’espère que cet ouvrage stimulera réflexion et envies, et que, si vous appréciez les diverses initiatives réalisées ici, cela vous donnera envie de les retrouver sous une forme synthétique et aboutie (du moins… à l’heure actuelle).

➡️ Les éditions Argyll sur Twitter

2021-05-21T16:39:53+02:00lundi 21 décembre 2020|À ne pas manquer|18 Commentaires

Bravo à Présences d’Esprits pour le numéro 100 de sa revue

Le club Présences d’Esprits est une institution, et l’une des (si ce n’est la) plus anciennes associations de l’imaginaire français : fondé en 1992, il se forme d’abord autour des lecteurs de la regrettée collection Présence du Futur chez Denoël, mais prend son indépendance trois ans plus tard. Depuis 25 ans, le club regroupe les amateurs d’imaginaire de tous horizons, sur tous médias, organise diverses activités (comme les matches d’écriture aux Imaginales et autres festivals) et publie deux revues : AOC et Présences d’Esprits.

Couv. Pascal Quidault

Félicitations à toute l’équipe pour ce jalon majeur qui permet de revenir sur l’histoire du club, propose deux nouvelles inédites, l’une de Camille Leboulanger et l’autre d’Élodie Serrano, un dossier sur Cyrano de Bergerac ainsi que quantité d’entretiens avec des auteurs ayant côtoyé le club au fil des ans comme Mélanie Fazi, Estelle Faye, Laurent Genefort, Elisabeth Vonarburg, Aurélie Wellenstein, Jeanne-A Debats, Kriss Vila, Jean-Pierre Fontana et votre humble serviteur (j’espère n’avoir oublié personne).

Pour commander le numéro, c’est ici !

2020-07-09T11:00:16+02:00jeudi 2 juillet 2020|Entretiens, Le monde du livre|Commentaires fermés sur Bravo à Présences d’Esprits pour le numéro 100 de sa revue

La conscience de l’ambiguïté

Je continue à rattraper vos questions… encore mes excuses pour la lenteur de réponse (… mais si vous m’avez envoyé un jour un mail, vous savez que… enfin… bref. J’essaie de faire mieux, cependant !)

Je viens de réécouter l’épisode 4 de la saison de Procrastination en cours et une de tes phrases m’a interpellé.
Tu dis à un moment que tu cherches toujours à faire véhiculer des choses qui fassent progresser le monde dans un sens positif.

Je trouve pourtant que ton Empire d’Asreth véhicule quelque chose de beaucoup moins consensuel que ça. La façon dont il croît permet des évaluations multiples en positif et négatif, comme l’empire romain qui, je le vois sur Babelio, continue à générer des commentaires parfois admiratifs et parfois dédaigneux et critiques. Et je trouve que cela participe à la richesse et à la vraisemblance de ton univers.

Comment considères-tu cet Empire d’un point de vue « portage de valeurs »?

Déjà, merci beaucoup pour ces compliments sur la richesse d’Évanégyre !

L’histoire est un sujet complexe et rares sont les questions qui connaissent des réponses uniques. Il y en a, bien sûr ; il existe certains cas où le jugement des siècles est (heureusement) sans appel. Mais l’humanité échappe dans nombre de cas à des jugements binaires ; bien ou mal ; positif ou négatif. Dans les faits, bien de longues périodes ont amené les deux (à mesure que les forces de l’histoire prenaient leur propre vie).

Tu parles d’Asreth, qui renvoie aux impérialismes de l’histoire (à commencer effectivement par Rome). Est-ce que Rome est positif ou négatif ? En Europe, nous héritons, au sens large, de Rome ; nous utilisons son alphabet ; la Renaissance, sur laquelle se fonde notre modernité, remonte directement aux classiques. Pour Rome, il fait bon être romain, et en plus, on t’installe des aqueducs.

Alors, Rome, positif ou négatif ?

Pose maintenant la question à Vercingétorix.

De mémoire, je ne crois pas avoir dit dans Procrastination qu’il fallait « toujours » être « positif », ou si je l’ai exprimé en ces termes, je m’y suis mal pris. Je pense cependant résolument que, quand on a la chance de disposer d’une parole publique (y compris dans le cadre de la fiction), il convient d’en faire un usage responsable ; c’est-à-dire qu’il faut avoir conscience des valeurs qu’on véhicule, et qu’il faut s’efforcer de faire progresser la conversation littéraire de manière constructive.

Pour moi, cela commence par prendre garde à toute forme de complaisance envers ce que l’univers relate. Il ne s’agit pas de se censurer ; il ne s’agit pas non plus de nier l’aspect potentiellement fantasmatique, pour reprendre l’exemple dans le cas d’Asreth d’un soldat mécanisé disposant d’une puissance considérable – après tout, la fiction est aussi le domaine de l’exploration du fantasme, et le fantasme, par définition, est un jeu qui n’est pas destiné à la concrétisation.

En revanche, il s’agit de prendre spécialement garde à ce que la narration, derrière cela, cautionne. Tu dis qu’Asreth entraîne des conséquences à la fois positives et négatives : c’est donc que mon but est atteint. Tu ne verras pas de jugement de valeur de ma part t’expliquant ce que tu dois penser parce que ce serait trop simple et l’humanité ne fonctionne pas de la sorte (… et que cela ne m’intéresse pas à écrire. Même à mes propres idées, j’aime trouver des contradictions.). Ce qui est fondamental, c’est que tu ne peux pas adhérer à Asreth sans réserve. Ce sont pour moi ces réserves qui, justement, font qu’Asreth est, d’une part une force historique crédible (merci encore !), d’autre part une invitation à s’interroger sur les faillibilités humaines dans le cadre relativement inoffensif de la fiction (et on peut le faire avec des dragons et des robots géants, au passage).

Pour aller plus loin, voir Compassion, mais prison et Pourquoi la fantasy est un genre moderne.

2020-06-21T22:48:25+02:00lundi 22 juin 2020|Best Of, Entretiens|Commentaires fermés sur La conscience de l’ambiguïté

Non, Mediapart n’a rien découvert sur le triage des patients

En ces temps bizarres de confinement, quand on a la chance de pouvoir le faire, je pense qu’il nous faut conserver ce que l’on sauver de normalité, car la normalité, c’est bien : elle nous aide à prendre de la hauteur, à ne pas catastropher sur l’évolution de la situation, à prendre conscience que même l’épidémie de grippe espagnole – à une époque où l’on ne disposait pas des moyens actuels – a reflué, non sans laisser un terrible bilan derrière elle bien sûr. (C’est pour cela qu’il faut rester chez nous ; démonstration supplémentaire à suivre.)

Donc, je m’étais dit que j’éviterais de trop parler de l’épidémie, d’essayer de proposer des choses différentes, c’est-à-dire les mêmes choses que d’habitude. Mais là, j’ai la sensation qu’il faut prendre du temps pour pointer du doigt ce qui me paraît du sensationnalisme irresponsable.

Disclaimer : je ne suis pas médecin, évidemment (si des médecins me lisent et repèrent une bêtise, je les invite à me corriger avec joie). Cependant, il se trouve que pour écrire de la fantasy, on plonge beaucoup dans l’histoire, et elle nous apprend des tas de trucs utiles. Pour écrire « Les Dieux sauvages », notamment Le Verrou du Fleuve et La Fureur de la Terre, j’ai passé un temps un peu trop déprimant à étudier les mécaniques des populations assiégées à diverses échelles (Leningrad, Alamo), ainsi que les conséquences des armes biologiques et radioactives.

Cela ne m’a pas rendu pas expert, on est d’accord – mais cela m’a un peu éduqué, or c’est fou ce que l’on peut éviter de dire comme conneries quand on se constitue un brin de culture. Alors accompagne-moi donc, auguste lectorat, tel un intrépide journaliste d’investigation, dans les méandres de sources secrètes, obscures et internes :

Wikipédia !

Qu’est-ce que le triage médical ?

Le triage médical est une notion qui intervient lorsque l’on a de nombreux patients, notamment en cas de guerre, d’accident de grande ampleur, ou de catastrophe […] Les degrés de priorité déterminent l’ordre dans lequel les patients vont être traités et évacués. Le but du triage est de sauver le maximum de victimes.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Triage_médical (Graissage de mon fait)

Je n’ai pas retrouvé la source, mais je crois avoir lu à un moment que le triage a été mis au point par les médecins de Napoléon. On ne parle donc pas exactement d’un truc qu’on a découvert hier dans des sources qu’on ! vous ! cache ! (Ce bouquin en parle même sous l’angle historique – c’est donc bien qu’il y a… un fucking angle historique.)

Le triage est une technique de zone de guerre. Elle applique une arithmétique terrible et douloureuse, mais nécessaire, pour, comme dit plus haut, sauver le maximum de victimes :

  • Un afflux de blessés ou de malades arrive, engorgeant la capacité de soin (lits et/ou attention du personnel soignant)
  • Tout le monde ne pourra pas recevoir des soins, parce que ce n’est mathématiquement pas possible (supposons un médecin pour cinquante blessés graves)
  • Le triage applique des critères distanciés, établis à l’avance, permettant de garder la tête froide dans le chaos, dont la logique est la suivante : comme les ressources sont limitées, on ne va pas les dépenser sur quelqu’un dont les chances de survie sont très faibles voire nulles. On maximise les chances de ceux qui en ont.

C’est horrible ? Un peu, mon neveu. C’est horrible pour les victimes comme pour le personnel soignant qui se retrouve à devoir faire ces choix. Mais c’est, comme dit plus haut, une technique de zone de guerre. Son application dans les hôpitaux de la Première guerre mondiale est célèbre.

Non, ça ne débarque pas d’hier et ça n’est certainement pas secret !

Comment fait-on pour sauver un maximum de gens quand on sait – parce qu’il n’y a pas assez de capacité, comme dit plus haut – qu’on ne pourra pas sauver tout le monde ? On trie qui on peut sauver. Parce que : on n’a pas le choix. (Voir plus haut : « la notion intervient lorsque l’on a de nombreux patients ») Ce n’est pas faire des sacrifices pour le fun.

Et c’est aussi la manière dont les systèmes d’urgence fonctionnent déjà à travers le monde, même en temps normal (sauf que là, on te fait attendre). Quand j’ai été admis en Australie, malgré la gravité de ma situation (nerf digital sectionné), j’ai eu un bracelet blanc, signifiant : prognostic vital non engagé. Donc j’ai attendu la journée entière, parce que je n’étais pas prioritaire, parce que des gens qui se sont cartonnés en bagnole ou des malades sévères l’étaient plus que moi. T’as mal, peur, tu te demandes un peu ce qui se passe, mais dans ce cas-là, tu te dis la chose suivante : j’ai de la chance de ne pas avoir un bracelet de couleur qui signifierait que je serais urgent. C’est que, au bout du compte, malgré tout, ça pourrait être pire.

Il est extrêmement dommage qu’un organe qui a notre confiance comme Mediapart s’égare dans ce sensationnalisme digne de The Sun. L’article caché derrière le paywall est peut-être tout à fait raisonné et pédagogique, mais tout ce que les gens vont voir, c’est le tweet ci-dessus, et c’est cela qui circulera, qui causera bruit et peur. Cela me rend furieux parce qu’il est irresponsable d’agiter des craintes dans un moment où l’on n’a vraiment pas besoin de ça, face à une population qui souvent, ne sait pas ; furieux parce que si c’est de bonne foi, alors c’est la preuve d’une ignorance crasse et d’une incompétence surréaliste quand l’information et le contexte se trouvent en clair sur Wikifuckingpédia. Quand on a un tel écho, on doit faire un usage responsable de sa parole, plus encore en ce moment.

Je veux dire, FFS, il y avait déjà une quête dans World of Warcraft classic qui portait exactement ce nom ! C’est dans WoW, bon dieu !

Alors, comment fait-on pour que personne – ni les malades, ni les personnels soignants – ne se retrouvent dans cette situation ?

Toujours la même chose, c’est l’importance de flatten the curve :

(Si vous voulez voir avec de jolies animations comment marchent exactement social distancing, confinement et évolutions numériques avec des simulations claires, allez vite voir ici.)

Si on n’engorge pas les capacités d’accueil des hôpitaux, on évite de les déborder et de se retrouver en situation de guerre. On évite de devoir faire des choix terribles pour sauver le maximum de monde, parce que le « maximum » implique qu’on ne peut pas sauver tout le monde.

On évite de se trouver en situation désespérée de triage.

Restez chez vous.

Et rappelez-vous aussi que même si vous n’avez pas le Covid-19, s’il vous arrive quoi que ce soit d’autre lors de vos déplacements autorisés (genre un nerf digital sectionné dans un rayon de grand magasin – tout arrive, figurez-vous), vous serez bien contents aussi de trouver un lit pour vous.

Soutien et pensées aux personnels soignants en première ligne. Et merci.

2020-03-22T10:47:38+01:00lundi 23 mars 2020|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Non, Mediapart n’a rien découvert sur le triage des patients

Devinez quoi, la technologie, c’est maintenant

Tandis que l’homme politique de la semaine disait encore une connerie sur la technologie (je mets même pas de lien, y a qu’à se baisser pour en trouver), je me disais, bon dieu, ça m’agace, il serait temps que j’écrive un machin là-dessus. Je suis fasciné – au sens passif agressif de « oh comme c’est stupide, c’est fascinant » – par la dissonance cognitive de nos sociétés relativement à la technologie.

Le cloud est la fondation de nos sociétés développées ; le smartphone est considéré comme acquis pour tout le monde ; il est difficile de fonctionner sans Google et/ou Facebook ; allez n’importe où et regardez le nombre de gens à la tête baissée sur leur téléphone : oui, les devices régissent nos vies. (Savez-vous comment on appelle à Taïwan les gens absorbés dans leur téléphone qui emmerdent le monde en n’ayant aucune conscience de leur environnement ? « La tribu des gens la tête en bas ».)

Et pourtant, aux hauts échelons de décision, que ce soit dans le privé ou le public, on continue à gérer « cette histoire d’informatique » (ou de digital, si l’on tient vraiment à ne pas avoir l’air de savoir de quoi on parle1) comme dans les années 80. Genre, ah oui, c’est intéressant ce que ça permet de faire, le crayon optique de votre TO7/70 sur votre écran cathodique, c’est certainement l’avenir, ça devrait bien se populariser un jour et transformer la société, mais je vois quand même ça d’un peu loin parce que ça a l’air d’une affaire de spécialistes, on n’y est pas, hein.

Ça n’est fucking pas une affaire de spécialistes. C’est l’affaire de tout le monde, c’est notre présent, et c’est tellement notre présent depuis longtemps que ça en devient presque même le passé, eh oh, réveillez(ons)-v(n)ous.

Donc voilà ce que j’avais envie d’écrire mais ô stupeur, je me suis rendu compte que je m’étais déjà excité sur la question en 2017 : que l’histoire des technologies était complètement passée sous silence dans l’enseignement alors que c’est l’une des clés les plus importantes pour comprendre notre monde (et surtout où il va). Donc, j’ai pas de mémoire (vive).

Bref, il est grand temps que la société s’empare de deux axes :

  • Éduquer réellement les gens à l’usage de la technologie pour leur en rendre le contrôle, au même titre qu’on les forme à la syntaxe, à la grammaire, à l’expression, à l’histoire, au permis de conduire ;
  • Le moindre candidat à une fonction de décideur doit pouvoir démontrer qu’il n’est pas une buse totale sur ces sujets car, breaking news, nous sommes en DEUX MILLE VINGT.

Comment faire ça ? Houlà, je suis auteur, moi. Si j’avais le moindre soupçon d’esprit pratique, vous vous doutez bien que je ferais un vrai métier.

  1. In before les gens qui vont soutenir que si si c’est comme ça qu’on dit.
2020-01-23T01:43:37+01:00mardi 28 janvier 2020|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Devinez quoi, la technologie, c’est maintenant

Procrastination podcast S04e07 – Pitcher / faire un synopsis

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « S04e07 – Pitcher – faire un synopsis« .

Exercice difficile et souvent angoissant : vendre son travail à quelqu’un qui soit susceptible de l’acheter (comme un éditeur) consiste avant tout… à lui donner envie. C’est à cette fin que servent les outils pitch et synopsis. Estelle commence par les définir, à l’aide de son cursus, en mettant l’accent sur le destin des personnages. Lionel renchérit en donnant sa définition d’une histoire, où vont venir se refléter pitch et synopsis. Mais pour les réticent.es à l’exercice, pas de crainte : Mélanie est aussi l’exemple vivant qu’on peut construire une carrière d’autrice sans (presque) jamais avoir à en faire !

Références citées
– J. R. R. Tolkien
– Scapple https://www.literatureandlatte.com/scapple/overview (https://www.literatureandlatte.com/scapple/overview)
– Parchemins et Traverses
– Jérôme Akkouche
– Olivier Laurel

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2020-10-19T11:35:21+02:00mercredi 15 janvier 2020|Procrastination podcast|Commentaires fermés sur Procrastination podcast S04e07 – Pitcher / faire un synopsis

Pourquoi la fantasy est un genre contemporain et non antique

Ce week-end, j’ai eu le plaisir de donner un de mes ateliers préférés à l’école parisienne Les Mots : comment écrire une histoire grâce au conflit. (Je pense résolument qu’histoire et conflit narratif sont indissociables. Mais c’est une autre… histoire. Ou un autre conflit) Un moment très agréable (merci aux stagiaires qui se sont prêtés sans broncher à mes consignes rudes !), et qui a donné naissance à plusieurs débats passionnants et enjoués, dont, forcément, les définitions de l’imaginaire. Et parmi celles-ci, celle de la fantasy et surtout, son ascendance.

Couv. Jean-Jacques Chaubin

Or il y a un argument qui revient souvent et qu’il me paraît intéressant de traiter. On le retrouve notamment, de mémoire, dans la postface de l’anthologie Fantasy parue en 1998 chez Fleuve Noir dirigée par Alain Névant et Henri Lœvenbruck : la fantasy met en jeu une pensée magique héritée du conte et du mythe, un réenchantement du monde. La fantasy est une continuation directe de ces œuvres fondamentales de l’humanité, dont la tradition remonte jusqu’à Gilgamesh. En conclusion, Gilgamesh et les légendes, c’est de la fantasy.

Sauf qu’en fait, non. Tout va bien dans ce raisonnement jusqu’à la dernière étape. Pendant des années, j’ai adhéré au raisonnement sus-cité : après tout, pour un genre longtemps décrié et ignoré par l’establishment, aller englober Gilgamesh et les contes dans le corpus, ça le fait. Ha, que me parlez-vous du Nouveau Roman : moi, j’écris dans le même genre que Dante, bitch.

Sauf que toute l’expression est là : « une continuation directe ». Implication n’est pas équivalence. J’ai mis un temps à comprendre (peut-être surtout à accepter) que la fantasy est un genre résolument moderne, qui naît au tournant du XXe siècle. Et que c’est anachronique de qualifier L’Odyssée de fantasy.

Pourquoi ? Si la fantasy descend du conte et du mythe, pourquoi le conte et le mythe ne sont pas de la fantasy ?

Parce que, pour réenchanter quelque chose, il faut que la chose en question ait été désenchantée, n’est-ce pas ? (Mylène Farmer approuve ce message.)

La fantasy moderne apparaît un peu dans un état d’esprit semblable à celui qui fait naître la science-fiction : face au développement d’une société industrielle, le désir de questionner le cours que suit le monde, et surtout d’y retrouver une forme de poésie et d’émerveillement. Mode de pensée voisin du préraphaélisme.

Par conséquent, la fantasy ne peut s’envisager, comme genre littéraire, que sur la base d’un dialogue, d’une dialectique entre la sensibilité moderne, post-moderne, contemporaine, et l’univers magique présenté. « Game of Thrones » ne peut exister qu’à la fin du XXe siècle par le décalage qu’il présente entre ce Moyen-Âge âpre et notre société technologique, par, pourtant, le voisinage des thèmes sociaux et politiques entre l’univers imaginaire et le nôtre, par, aussi, la persistance de craintes ancestrales (« The night is dark and full of terrors ») et l’émerveillement ancien, presque atavique, suscité par des figures mythiques comme le dragon. Clément VII aurait offert sans sourciller une « corne de licorne » à François Ier parce que, eh bien, la créature était considérée comme bel et bien réelle. La distance entre le mythe et le quotidien ne peut s’opérer que si distance il y a (duh) et c’est de celle-ci que naît le vertige et l’émerveillement suscités par la fantasy, qui sont d’un nature distincte de ceux éprouvés par un roi du XVIe siècle recevant la corne d’un animal fabuleux présentée comme vraie.

C’est aussi de là que peut venir sa valeur métaphorique. À ce niveau, elle opère strictement sur le même plan que le conte ou le mythe. Mais elle s’adresse à une sensibilité différente qui la place résolument dans un paysage différent et, surtout, elle fait naître des réactions et sensations différentes par une confrontation presque méta avec l’univers narratif situé en décalage. Ce n’est pas à dire que ces sensations ne sont pas intemporelles – au contraire, peut-être que la fantasy, en s’adressant aux racines les plus profondes de l’humain, est le genre le plus intemporel de tous (voir cet excellent article de Léa Silhol sur sa force) – mais son existence est, donc, résolument contemporaine.

2019-12-16T16:25:29+01:00mardi 17 décembre 2019|Best Of, Le monde du livre|3 Commentaires

Le dynamisme d’un scénario expliqué en deux minutes

Je ne sais plus qui m’a recommandé cette vidéo apparemment assez connue (plus de 150 000 vues, je pense que ça va, c’est connu), mais en seulement deux minutes, elle va au cœur d’un principe fondamental de la narration et du dynamisme :

Trey Parker et Matt Stone, créateurs de South Park, expliquent en termes très simples (et en fucks bipés) que :

Euh, non. Enfin, si, mais pas là.

Si on regarde l’enchaînement des scènes de son scénario et qu’elles se relient par les mots « et ensuite », il y a un problème. Il se passe A, et ensuite B, et ensuite C → ce n’est pas une histoire. Où est l’unité ? La causation, les conséquences que l’on attend dans une histoire ? Si c’est une collection de scènes sans impact les unes sur les autres… ben ça court le risque que ce soit chiant, en fait.

À la place, deux mots sont autorisés :

  • Donc
  • Mais

Il se passe A, donc il se passe B, mais il se passe C… 

Voilà une histoire avec un cheminement, une énergie (coucou Aristote), et surtout une cohérence narrative qui conduit d’un point A à un point Z.

C’est une idée à la fois tellement simple et efficace que ce serait idiot de ne pas la garder en tête, surtout pour accroître la tension d’une histoire qui semblerait en manquer, ou pour aider à relancer une écriture qui s’enlise. Changer un « et ensuite » en un « donc » peut faire une immense différence.

2019-10-21T09:49:49+02:00jeudi 19 septembre 2019|Best Of, Technique d'écriture|8 Commentaires

Procrastination podcast S03E07 : « Introduire un univers imaginaire »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Introduire un univers imaginaire« .

L’univers imaginaire est la marque des littératures dites des « mondes » imaginaires ; que la divergence soit mince ou vaste avec la réalité courante, l’auteur de science-fiction / fantasy / fantastique doit introduire ces règles, ces spécificités, dans sa narration. Comment ? Laurent rappelle qu’un monde imaginaire, c’est une substance et des règles ; la difficulté réside dans les présenter tandis que l’histoire les déséquilibre. Lionel met l’accent sur l’histoire comme guide et comme véhicule, tant pour l’auteur que pour le lecteur, à travers les principes directeurs du récit. Mélanie propose deux grands versants, deux grandes méthodes de présentation d’un univers imaginaire constatées à travers sa pratique et ses lectures.

Références citées
– Les lois de Brandon Sanderson. 1 : https://brandonsanderson.com/sandersons-first-law/ (https://brandonsanderson.com/sandersons-first-law/) 2 : https://brandonsanderson.com/sandersons-second-law/ (https://brandonsanderson.com/sandersons-second-law/) 3 : https://brandonsanderson.com/sandersons-third-law-of-magic/ (https://brandonsanderson.com/sandersons-third-law-of-magic/)
– Frank Herbert, Dune
– Brandon Sanderson, La Voie des rois
– J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux (et son prologue)

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Bonne écoute !

2020-10-19T11:37:41+02:00lundi 17 décembre 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|6 Commentaires
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