La Fureur de la Terre dans le top de la rédaction d’Elbakin.net !

Après La Messagère du Ciel lauréat du prix Elbakin.net, Le Verrou du Fleuve qui apparaissait dans le top 10 de l’année dernière, je suis vraiment enchanté de voir La Fureur de la Terre apparaître à nouveau dans le classement du site de référence français sur la fantasy, aux côtés de Steven Erickson, de mon camarade Christian Léourier ou encore – même – de la série Netflix The Witcher !

C’est un honneur et une grande joie, bien sûr, et j’aime à y voir tout spécialement le signe que la qualité de la série se maintient d’un tome à l’autre, ce qui est un objectif capital pour moi. Bien sûr, selon l’évolution de l’histoire, les volumes parleront plus ou moins aux différentes sensibilités, mais m’assurer de servir la saga au mieux, qu’elle tienne globalement ses promesses, me tient à cœur. (C’est aussi pour cela que je suis passé de trois à cinq tomes, pour m’assurer de boucler au mieux tous les fils en suspens.)

Merci, Elbakin.net, pour votre suivi et votre enthousiasme !

Le top 10 de la rédaction

Couv. Alain Brion
2020-02-13T01:14:14+01:00jeudi 13 février 2020|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur La Fureur de la Terre dans le top de la rédaction d’Elbakin.net !

Les éditions Critic ont 10 ans ! La Volonté du Dragon offert en éd. collector

Il y a dix ans, je faisais encore semblant d’avoir des cheveux en refusant d’accepter ce que la génétique me criait pourtant clairement ; j’avais publié dix ou quinze nouvelles en anthologies assez remarquées mais pas de volume seul (à part deux mémoires, l’un sur les échouages de mammifères marins en France, l’autre sur la réalisation d’un démonstrateur de modèle de calcul de propagation électromagnétique, c’était vachement bien, je vous assure, par contre niveau narration, ça manquait de personnages). À un festival (la 25e Heure du Livre ? Je ne sais plus), Éric Marcelin et Simon Pinel, alors mes libraires rennais de longue date, sont venus me parler de leur « petit projet » – monter une maison d’édition – en s’excusant presque : « ça promet d’être confidentiel, hein, on sortira deux à trois livres par an, on se fera diffuser par des libraires partenaires, mais bon, on aime bien ton travail en forme courte, tu aurais envie de faire une novella avec nous ? »

Faire mon premier livre ? Mais oui, grave ! Entamant une longue tradition personnelle, la novella que j’avais promise d’environ 80 000 signes s’est transformée en roman de 300 000 (erf…).

Dix ans plus tard, les éditions Critic se sont établies dans le paysage comme un acteur indépendant d’importance dans l’édition d’imaginaire en France, avec un catalogue multi-primé qui couvre de la fantasy à la SF et au thriller, mêlant jeunes auteurs et grands noms du patrimoine, atteignant près de 100 titres, et une diffusion sur toute la francophonie. Pour ma part, j’ai publié plus de dix bouquins avant tout chez Critic qui est devenu « ma » maison, non pas au sens premier de mon éditeur (même si oui, forcément), mais d’abord d’une famille, qui a accueilli avec enthousiasme mes projets dont cette entreprise complètement déraisonnable qu’est Évanégyre, avec ses récits indépendants mais quand même liés subtilement pour former une mosaïque plus vaste que la somme de ses parties, en me témoignant un soutien et une confiance inouïes lors des traversées forcément chaotiques des terrains broussailleux de la création. J’ai beaucoup de chance d’avoir pu grandir comme auteur aux côtés d’un éditeur fantastique, dans une aventure humaine (car l’édition est avant tout une aventure humaine) comme on n’en connaît qu’une seule fois dans une vie.

Ah, et puis j’ai fini par me faire la boule à Z, aussi.

Merci, Éric et Simon, merci, Cathy, Florence, Xavier, Étienne !

Pour en savoir plus sur la maison et son histoire, des tas d’entretiens commencent à être publiés autour des fondateurs et de l’aventure Critic :

Le catalogue des dix ans peut être feuilleté en ligne ici.

La Volonté du Dragon en édition collector, offert pour deux achats

Et chez les librairies partenaires (et dans la limite des stocks disponibles), pour deux romans des éditions Critic achetés, une réédition limitée et collector de La Volonté du Dragon vous sera offerte !

Avec une nouvelle couverture, nouvelle mise en page et des illustrations réalisées par Fred Navez qui n’avaient pu apparaître dans la première édition faute de place :

Couv. Fred Navez

Par ailleurs, pour mémoire, l’opération spéciale continue aussi en numérique, avec quatorze titres à seulement 3,99 € (dont La Messagère du Ciel).

Joyeux anniversaire, Critic, et encore merci. La route pour devenir centenaire a bien commencé !

2020-05-04T09:14:37+02:00lundi 21 octobre 2019|À ne pas manquer|5 Commentaires

73% de réduction sur La Messagère du Ciel en numérique ! (et plein de livres Critic)

Arrêtez tout, mais posez quand même cette tasse de café, ça serait dommage de la casser : pour une durée limitée, La Messagère du Ciel (tome 1 de « Les Dieux sauvages ») est en promotion exceptionnelle à 3,99 € à l’occasion du mois de l’imaginaire. Si vous hésitiez à vous lancer dans la saga, c’est l’occasion !

Il y a aussi plein d’autres superbes livres des éditions Critic à ce petit prix : le premier tome de « Dominium Mundi » (François Baranger), de « Lasser, détective des dieux » (Sylvie Miller et Philippe Ward), des « Chroniques de l’Étrange » (Romain d’Huissier), les excellents Seigneurs de Bohen (Estelle Faye) et PariZ (Rodolphe Casso, dont le nouveau roman vient de sortir), bref, c’est au total quatorze romans de grande qualité en fantasy, science-fiction, thriller à découvrir chez eMaginaire en promotion exceptionnelle.

2019-11-03T23:15:46+01:00lundi 7 octobre 2019|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur 73% de réduction sur La Messagère du Ciel en numérique ! (et plein de livres Critic)

Une liste de lecture musicale pour « Les Dieux sauvages »

Couv. Alain Brion

J’ai toujours le projet de proposer ici des portails un peu plus développés sur les univers, évidemment Évanégyre et La Voie de la Main Gauche (« Léviathan »), mais je n’ai pas encore trouvé la bonne forme. (Et puis, accessoirement, j’ai un gros bouquin à boucler, donc c’est pas trop le moment de me lancer là-dedans – mais en 2019, qui sait… ?)

Cependant, la musique est toujours importante pour moi ; autrefois, je proposais une petite sélection de morceaux d’inspiration (pompeusement appelée « bande originale », mais bon, faute d’avoir tous les orchestres symphoniques et groupes du monde à ma disposition, j’fais c’que j’peux madame) pour « Léviathan ». (Rappelons en passant que le compositeur Jérôme Marie a réalisé une vraie bande originale pour la série, disponible ici !)

Joie du nuage et des services de diffusion de musique en continu (ouais, le streaming, quoi), je me suis mis à ressusciter cette chouette pratique pour constituer au fur et à mesure une liste de lecture / playlist / bande originale / sélection de morceaux d’inspiration / appelez ça comme vous voulez pour « Les Dieux sauvages ». Il s’agit de morceaux qui m’inspirent dans l’écriture, qui évoquent pour moi des ambiances particulières collant particulièrement bien à certains passages des livres. Cela reflète simplement ma façon de voir – ou d’entendre – les choses ; évidemment, il ne s’agit aucunement d’une appropriation de ma part et les compositeurs en question n’ont rien à voir avec cette proposition.

Mais pour moi, par exemple, Beyond the Veil et Black Hole pourraient coller aux pérégrinations de Mériane en zone instable dans le premier chapitre de La Messagère du Ciel ; Republic, de Ninja Tracks, pourrait représenter la conquête d’un ciel pur par l’Éternel Crépuscule ; Beautiful Lie de Hans Zimmer refléterait musicalement toute l’implacabilité inhumaine de Ganner…

Mais je préfère ne pas trop en dire et vous laisser faire, si le jeu vous amuse, vos propres images. La liste de lecture est disponible sur Apple Music ; vous pouvez l’ajouter à votre bibliothèque ci-dessous. Elle sera mise à jour au fur et à mesure de l’écriture de la série jusqu’à sa forme finale.

Elle se trouve également sur mon profil Apple Music, où j’ajouterai peu à peu d’autres listes de lecture relatives aux autres romans et univers. (N’hésitez pas à me suivre si ce genre de chose vous amuse, ici.)

2018-12-10T18:46:24+01:00jeudi 6 décembre 2018|Dernières nouvelles|1 Comment

Découvrir Évanégyre, écrire « Les Dieux sauvages » et s’organiser pour écrire [entretien sur eMaginarock]

Après sa chronique sensible (merci !) de Port d’Âmes et sa lecture splendide des premières pages (merci également !), c’est l’occasion de faire le point avec Anouchka sur La Messagère du Ciel, trois ans après la publication du parcours initiatique et sentimental de Rhuys ap Kaledán dans la ville tortueuse d’Aniagrad. Nous parlons de la meilleure manière d’aborder l’univers d’Évanégyre, de son ordre de lecture (astuce : il n’y en a pas), d’organisation et bien sûr d’écriture autour de « Les Dieux sauvages » et de ce qui a changé (ou non) depuis Port d’Âmes.

Tu es un auteur prolifique : pas moins de 9 parutions en moins de 10 ans, dont un recueil de nouvelles et la création de l’univers d’Évanégyre (sans compter les nouvelles publiées dans des anthologies diverses et variées). Peux-tu nous parler de cet univers, ses règles, ses systèmes de magie ?

Je crois qu’Évanégyre s’inscrit pile entre la fantasy et la science-fiction. À bien des titres, son esthétique se rapproche de la fantasy (on y parle de magie, il y a des époques médiévales claires), mais il est développé comme un planet opera, avec un vaste ensemble de récits tous indépendants les uns des autres, qui permettent toutefois au lecteur intéressé d’approfondir davantage l’histoire et les événements.

C’est à lire sur eMaginarock : encore merci, Anouchka, pour tes lectures attentives et ton intérêt pour Évanégyre !

2018-11-20T17:18:32+01:00mercredi 21 novembre 2018|Entretiens|5 Commentaires

Lancelot, « Le Meilleur d’entre eux », « Les Dieux sauvages » et la mythologie chrétienne [entretien]

Couv. Ryohei Hase

Elsa Capdevila réalise son mémoire de Master de lettres sur l’anthologie Lancelot, anthologie publiée par ActuSF en 2014 pour l’hélas défunt festival Zone Franche. Pour ma part, y figurait « Le Meilleur d’entre eux », texte repris par la suite dans l’anthologie Dimension Brocéliande, anthologie dirigée par Claudine Glot et Chantal Robillard.

C’est donc de ce texte qu’on discute avec Elsa, ce qui est l’occasion de lever un peu le voile sur la manière dont ces ouvrages collectifs se construisent, sur les possibles inspirations (et hasards) qui conduisent jusqu’à un texte fini, et sur le parallèle qu’on peut établir entre ce texte, « L’Île close » et « Les Dieux sauvages » quant à leur rapport aux mythologies chrétiennes. Merci à elle pour son intérêt pour mon travail ! L’entretien qui suit représente une des bases qui servira (ou pas) son travail final.

Pourquoi avoir accepté de travailler dans ce recueil ? Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?

Mon métier et mon plaisir sont d’écrire des histoires donc, globalement, quand on me demande un texte pour un projet, ma réponse est plutôt favorable d’emblée (si le temps le permet, bien sûr, et que les conditions de rémunération et de délai sont professionnelles – c’était évidemment le cas). Je vois les thèmes imposés non pas comme des contraintes mais comme des occasions de sortir de ma zone de confort, de m’aventurer sur des territoires que je n’aurais peut-être pas abordés. En l’occurrence, l’anthologie se faisait dans le cadre d’un festival que j’appréciais beaucoup (Zone Franche) et revisiter le mythe arthurien après déjà écrit « L’Île close » (dont la genèse a été mouvementée) représentait pour moi un défi personnel.

Comment avez-vous été contactés et réunis, comment le projet est né ?

Il faudrait probablement plutôt demander à ActuSF et au festival pour cela : ce sont les commanditaires du projet. Pour ma part, j’ai reçu par mail la proposition avec un petit descriptif quant à l’état d’esprit des textes recherchés. C’est ainsi que se composent la plupart des anthologies.

Vous a-t-on donné des consignes ? (fond, forme, format, délai)

C’est un peu loin donc je ne me souviens plus des détails, mais on reçoit toujours des consignes au minimum sur le calibrage (et l’on se trouve toujours un peu dans les mêmes eaux, puisque l’on cherche des nouvelles, c’est un format précis), ainsi qu’une date de remise pour que l’éditeur puisse viser une date de publication (en l’occurrence, à temps pour le festival). Je crois qu’il y avait un texte d’accompagnement rappelant les grandes facettes de Lancelot, mais cela tenait davantage de l’inspiration, en rappelant la polysémie de la figure, que de consignes strictes. C’était plutôt une invitation au voyage et justement à l’exploration libre.

Pourquoi choisir la Mort du roi Arthur de Thomas Malory comme base pour votre nouvelle ?

De mémoire, la base n’était pas Malory mais l’Évangile de Judas. Pour que mon propos et mon histoire fonctionnent, j’avais besoin d’un royaume arthurien en décrépitude, que j’ai composé en le voulant raisonnablement réaliste et en reprenant le motif de la quête vue comme salvatrice.

Tous vos personnages ont leur nom traditionnel, Lancelot, Arthur, Guenièvre, Mordred… Sauf Morgane, que vous nommez Morgause à la page 64. Dans les romans arthuriens, Morgane et Morgause peuvent être deux sœur ou le même personnage, pourquoi le choix de ce nom ?

Je voulais un Moyen-âge sombre et désenchanté, où justement la magie est perdue, où elle repose surtout sur la croyance des êtres humains ; je voulais donc éviter toute confusion possible avec la fée, et retirer au maximum toute évocation du merveilleux. Quant à l’usage des prénoms traditionnels, c’était pour établir des points de repère clairs dans l’esprit du lecteur.

Votre nouvelle exploite la mythologie chrétienne, pourquoi ce choix de comparer Lancelot à Judas ? (NDLD : attention, spoiler dans la réponse !)

Selon la lecture que l’on fait de l’Évangile de Judas, on peut imaginer que c’est la crucifixion qui a inscrit Jésus dans la postérité historique (« tu les surpasseras tous, car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle »). C’est exactement la lecture qu’en fait le Lancelot de la nouvelle afin d’inscrire le royaume d’Arthur dans la légende. Le titre (« Le Meilleur d’entre eux ») est d’ailleurs une référence oblique au passage de l’Évangile de Judas cité plus haut.

Vos genres de prédilection sont la fantasy et la science fiction, qu’est-ce qui vous attire, intéresse, dans ces genres ?

Trois aspects principalement. D’abord la liberté de création : les littératures de l’imaginaire sont les espaces de l’invention et de l’aventure et se permettent d’explorer des dimensions hors de portée de la littérature générale. Ce qui entraîne (c’est le deuxième aspect) la possibilité de mettre en scène des dimensions métaphoriques, symboliques, culturelles qui étaient d’ordinaire seulement accessibles aux mythes. Enfin, l’attention portée au récit : l’imaginaire, par ses racines populaires, veut raconter de bonnes histoires avant toute chose, et c’est pour moi la première mission de la littérature.

Pourriez-vous me parler de votre approche de Lancelot et de son évolution entre vos deux nouvelles, Île Close et Le meilleur d’entre eux ?

« L’Île close » était une variation ludique, un peu surréaliste et presque provocatrice sur le mythe arthurien ; du coup, avec « Le Meilleur d’entre eux », j’ai voulu au contraire dépeindre une réalité quasi-historique, âpre et désespérée. Dans « L’Île close », Lancelot est l’archétype du chevalier bellâtre tellement parfait qu’il en est presque insupportable ; dans « Le Meilleur d’entre eux », il atteint la perfection justement en incarnant la faille. Cela dit, il n’y a pas de lien évolutif très direct entre les deux textes, autre qu’une fois avoir tenté un éclairage, on a souvent envie d’en tenter un autre, très différent si possible, ce qui était mon cas.

Quels sont les modèles qui ont nourri votre connaissance de la légende arthurienne, en dehors des romans médiévaux, films, romans, poésies, Bandes dessinées… ?

Je pense que ma lecture est surtout dérivée d’un modèle jungien (ce qui se retrouve de façon presque transparente dans « L’Île close »), où chaque personnage a été tellement revisité et réécrit qu’il en devient une figure symbolique qui peut incarner presque tous les lectures que l’on désire en faire. Dès lors, il devient surtout révélateur de celui qui lit (car il y plaque ce qu’il y voit) plutôt que du mythe lui-même. C’est cette dimension qui m’intéresse dans les mythes, dans les histoires que l’humanité se raconte, et dans la littérature : ce que l’on trouve de nous-mêmes dans le monde, tout en s’efforçant de ne pas être trop dupe du mécanisme.

Le niveau de connaissance pour chaque nouvelle est important, les rendant parfois cryptiques, pourquoi une telle érudition ?

Je n’ai pas l’impression que « Le Meilleur d’entre eux » nécessite tant d’érudition que ça… ? Si l’on sait à peu près qui est Lancelot, Arthur, Guenièvre, que l’on est vaguement courant de la mécanique de leur triangle amoureux, alors toutes les clés importantes sont dans le texte. Les petites pierres supplémentaires, les détails sont là pour faire plaisir au spécialiste et pour prêter une authenticité supplémentaire à l’univers fictif, ce qui assoit (je l’espère) l’histoire que je cherche à raconter. Mais on peut totalement passer à côté sans manquer la vraie substance de l’histoire, en tout cas c’était l’intention. « L’Île close » est un texte en effet beaucoup plus référentiel, mais j’espère que l’humour et la provocation qui s’y trouvent permettent à tous les lecteurs d’en tirer du plaisir.

Table ronde sur l’anthologie Lancelot à Zone Franche 2014. Photo (c) ActuSF

Ayant lu votre dernier roman, La Messagère du Ciel où vous actualisez le personnage de Jeanne D’arc. Qu’est ce qui vous attire dans la mythologie chrétienne ?

Merci pour votre lecture ! Ce n’était pas tant la mythologie chrétienne qui m’attirait (même si je la connais assez bien) que la figure de Jeanne d’Arc en l’occurrence. Nous avons là une jeune fille qui se déclare l’envoyée de Dieu, qui va pour sauver le monde, y parvient – et termine sur le bûcher condamnée par l’Église. Il y a là pour moi un paradoxe révoltant sur le fonctionnement des sociétés humaines, des religions, sur la place des femmes dans le monde, dont je voulais débattre depuis longtemps. Après, le cycle des « Dieux sauvages » reste un monde et un récit de fantasy ; je ne m’inspire pas tant de l’histoire proprement dite que des mythes générés par l’histoire – c’est la dimension qui m’intéresse ; qu’est-ce qui a stimulé l’imagination humaine ?

Vous aviez déjà écrit une nouvelle sur le roman Arthurien pour une autre anthologie avec Lucie Chenu. Les chevaliers sont piégés dans un cycle et continuellement obligés de revivre leur histoire. Dans cette nouvelle, « L’Île close », on trouve déjà des motifs que vous exploiterez plus tard dans le meilleur d’entre eux, la quête, le destin et le détournement de la mythologie chrétienne. Dans « Le Meilleur d’entre eux », il s’agit de mettre sur le même plan Judas et Lancelot, dans « L’Île close » c’est la présence de Lucifer sous la forme d’un serpent au près de la Dame du Lac. Qu’est ce qui vous intéresse dans ces motifs ? A-t-il été simple de réécrire une nouvelle sur le roman arthurien ?

Non, ça a été l’enfer, haha. Plus sérieusement : j’avais accepté avec enthousiasme la proposition de Lucie – comment résister à un thème aussi riche… ? Jusqu’à me trouver pris de panique en me disant que, justement, tout devait avoir déjà été écrit, depuis le temps. Du coup, j’ai transformé ma panique en élan (c’est peut-être bien l’essence du métier d’auteur !) en faisant de ce mécanisme la base de mon texte. Pour « Le Meilleur d’entre eux », j’avais davantage de recul. De manière générale, à titre personnel, j’aime questionner les présupposés, chercher d’autres angles d’approche dans les symboles particulièrement bien ancrés, m’interroger ce sur ce que les histoires officielles ne disent pas. Je pense qu’il peut en sortir de puissants enseignements pour l’individu (tant qu’il garde une assise saine… !). L’imaginaire me donne aussi l’occasion d’explorer ces dimensions.

Que pensez-vous du choix de la nouvelle comme forme pour ces textes, sachant que les romans médiévaux étaient particulièrement longs et qu’aujourd’hui les sagas de fantasy le sont aussi ?

Il n’y a pas de forme idéale pour un thème ou un genre. Une histoire (et l’approche de son auteur) dictent sa longueur ; par conséquent, on peut tout à fait écrire une nouvelle sur n’importe quel thème ou approche – il convient simplement de choisir une histoire et un traitement compatibles.

Que pensez-vous de la fantasy française ?

La fantasy française c’est bien, lisez-en !

Je trouve qu’elle s’est détachée des influences anglo-américaines depuis vingt à trente ans, en s’appuyant sur ses propres forces, inspirations et particularités historiques. Un genre comme la fantasy, qui établit souvent un dialogue avec l’histoire ancienne, est amené à prospérer sur un continent comme l’Europe. Et le public la soutient, de plus en plus nombreux (merci !), en appréciant son approche culturelle distincte des sagas américaines (qui ont de nombreuses qualités, bien sûr, mais qui ont simplement un autre parfum que le nôtre). Aujourd’hui, la fantasy française peut fièrement proclamer sa propre unité et propose des mondes dont la richesse, la complexité et l’ambition n’ont rien à envier à la langue anglaise.

2018-10-17T17:39:21+02:00mardi 23 octobre 2018|Non classé|Commentaires fermés sur Lancelot, « Le Meilleur d’entre eux », « Les Dieux sauvages » et la mythologie chrétienne [entretien]

Des réponses à vos questions sur La Messagère du Ciel et « Les Dieux sauvages »

Couv. Alain Brion

Hey ! Il y a quelques semaines (je suis en retard, un peu comme toujours, pardon…) j’ai reçu un message très sympa autour de La Messagère du Ciel (me faisant part de son plaisir de lecture : merci !) avec quelques questions attenantes. Suivant toujours l’adage, quel que soit le domaine – si une personne ose poser une question, trois de plus se les posent peut-être en silence – et puis pour discuter davantage publiquement autour de la série, parce que c’est sympa, quoi, je pensais y répondre publiquement. Si d’aventure vous en avez d’autres, des questions, et si ce format d’échange vous plaît, n’hésitez pas à les poser en commentaires, c’est tout à fait une formule que je pourrais revisiter, et sinon, j’ai plein d’articles sur l’écriture et la productivité en stock, donc pas de problème.

Une lecture bien agréable ! Aux personnages bien posés. J’ai surtout apprécié le « duo » Mériane/Dieu, le caractère bouillant de celle-ci et la patience parfois exaspérée de Wer, ainsi que ses nombreux moments de sagesse (mais c’est Dieu, après tout !). Je lirai la suite avec plaisir. Si tu permets, j’ai quelques questions :

1) Concernant les Enfants d’Aska, je ne serais pas particulièrement surpris si tu me disais que ton inspiration est à chercher du côté de Warhammer ? ???? En lisant certains passages, j’avais l’impression de revivre quelques moments sur Warhammer online avec mon gros Élu de Tzeentch.

Alors, je suis content que cette question revienne, parce qu’elle fait surface de loin en loin, souvent en salon autour de la couverture de La Route de la Conquête. Du coup, cela me permet de pouvoir dire qu’il n’en est rien. Je connais extrêmement mal l’univers de Warhammer Fantasy (même si j’ai eu une boîte quand j’étais ado, mais j’ai dû faire trois parties à tout casser – je n’avais pas la patience pour peindre les figurines) et j’ai encore plus longtemps tout ignoré de 40k. (À force qu’on m’en parle, je m’y suis intéressé, et j’avoue que le douzième degré bourrin m’amuse bien.) J’ignore précisément qui est Tzeentch, par exemple, à part que c’est un des dieux du chaos. Pour les enfants d’Aska, l’inspiration se trouve avant toute chose dans l’esthétique biomécanique (employée dans le tatouage, par exemple) mais en version cauchemardesque. Je me suis aussi énormément nourri de Lovecraft à un âge probablement trop tendre (je considère qu’il a capturé l’essence de la terreur existentielle de l’homme, teintée de sublime, d’une manière peut-être indépassable) et cela irrigue pas mal mon approche de la fascination et de l’inhumain, à travers « Les Dieux sauvages » mais aussi « Léviathan » (Andrew León le cite, d’ailleurs, à la fin de Léviathan : la Nuit). Je pense que beaucoup de visions de l’horreur modernes remontent à lui : du coup, j’ai peut-être cette inspiration là en commun avec d’autres.

2) Est-ce que tu prévois d’en dire plus au sujet du Vagabond ? À moins que ce ne soit un personnage qui se retrouve dans La Volonté du Dragon (que je n’ai pas encore lu) ? Voire dans La Route de la Conquête (que j’aurais oublié) ?

Je crois qu’on a à peu près tous les éléments dans La Messagère du Ciel pour suivre les enjeux du passage en question (en tout cas c’était l’intention), mais si l’on veut en savoir plus, l’histoire de Mandre et de la cause de la chute des Mortes-couronnes est traitée dans « Quelques grammes d’oubli sur la neige », le dernier texte de La Route de la Conquête. Mettre en rapport cette histoire et La Messagère du Ciel les éclaire en principe tous les deux d’une façon nouvelle (même si ça n’est pas nécessaire pour suivre l’un et l’autre !).

3) On te l’a sûrement déjà demandé, mais peut-on s’attendre à un bouquin qui concernera la chute de l’Empire ? J’imagine déjà connaître la réponse (un truc pareil doit être tellement fun à raconter !), mais je n’ai rien contre une confirmation, huhu.

Ouiiiiiiii ! (voix emplie de frustration et d’envie à parts égales) Mais c’est probablement le projet le plus ambitieux d’Évanégyre. Genre encore plus que « Les Dieux sauvages ». Il y a donc deux aspects à prendre en compte avant de se lancer là-dedans : d’une part, une question de compétence personnelle (que je dois encore développer, à mon sens, avant d’avoir la hauteur de vision pour aborder un truc aussi vaste), de l’autre, une question toute bête de viabilité économique. Si je me lance dans, mettons (ce n’est pas une promesse, c’est un chiffre en l’air) une série de 10 bouquins d’un million de signes pièce, il faut que l’éditeur comme moi nous assurions de pouvoir la conduire à son terme, et cela implique notamment d’avoir assez de lecteurs pour. Donc, il faut que l’univers continue à s’implanter, à fédérer l’intérêt, et cela se joue à la fois à mon niveau (en proposant les meilleurs récits possibles) et à celui du temps (avec un effort pour faire connaître l’univers et, espérons-le, susciter l’envie auprès de plus de monde, en montrant – c’est important – qu’on peut faire confiance : l’auteur ne va pas s’évaporer en laissant la série en plan). En tout cas ta question est un encouragement très net et très agréable à faire ce projet un jour : merci !

4) Concernant Chunsène, est-ce que ça t’a ennuyé de la désigner comme l' »adolescente » pour être à même de la distinguer de Nehyr aux yeux du lecteur ? Sachant que ton histoire est d’inspiration médiévale et qu’au Moyen Âge, on passait plus ou moins de l’enfance à l’âge adulte ? Ou bien t’en avais rien à cirer et cette question est débile ? ???? (Je la pose parce que je sais que, moi, ça m’aurait ennuyé).

Bonne question. Alors, déjà, je triche un peu : « Les Dieux sauvages » est certes d’inspiration médiévale, mais pas entièrement. L’Empire d’Asreth/ia était bien plus proche de nos sociétés, il y a donc un passé moderne à ce monde médiéval, comme on a pu le voir dans La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête. Certains termes employés le trahissent : on parle par exemple de « citoyens » des royaumes, ce qui est anachronique, en fait (mais volontaire de ma part). Mais ça, c’est la réponse facile : de manière plus intéressante, ta question pose le rapport dialectique de la fantasy avec la contemporanéité du lecteur. Même si l’on admettait que « Les Dieux sauvages » se déroulaient dans un monde purement médiéval, la fantasy dépeint rarement un Moyen-âge entièrement authentique, et fait toujours quelques petites entorses de bon aloi pour rendre l’histoire plus intéressante et/ou digeste (c’est aussi pour cela qu’on écrit de la fantasy et pas du roman historique – lequel, d’ailleurs, triche aussi : c’est du roman). Quand je parle d’adolescente dans le cas de Chunsène, clairement, je me place dans le référentiel du lecteur au XXIe siècle ; c’est à lui/elle que ma narration s’adresse. Mon devoir d’auteur (et le devoir de la littérature en général) consiste à créer une illusion de réalité, quelque chose auquel on puisse croire et qu’on vive avec plaisir, d’accès aussi aisé que possible. Parler de Chunsène comme d’une adolescente est une entorse en toute rigueur, mais elle rend la narration suffisamment efficace à mon sens pour valoir le coup, et de toute façon, son comportement rend tout ambiguïté impossible : elle est clairement plus adulte que quelques adultes de l’histoire. Et on pourrait même dire que même aujourd’hui, y a plus de jeunesse, mon bon monsieur, alors…

5) Que penses-tu de l’Église de Wer ? (dans sa forme actuelle en tout cas, quelque chose me dit qu’elle est appelée à évoluer) Est-ce que tout est à jeter selon toi, ou est-ce qu’il y a des éléments que tu apprécies ?

Je pourrais te dire que ma voix n’a aucun intérêt, que ce qui compte, c’est ce que l’histoire raconte (et je le pense), mais je ne vais pas esquiver ta question : dans la réalité, je ne pourrais absolument pas cautionner quoi que ce soit dedans à cause de son traitement des femmes. Mais c’est aussi pour ça que je l’explore : pour chercher et essayer de comprendre où peut bien se trouver l’humanité, malgré l’hostilité viscérale que me cause ce genre d’intégrisme, lequel existe et a existé hélas (dans la fiction comme dans le réel ; mes années de catéchisme m’ont bien servi pour « Les Dieux sauvages »…). Et ce qu’on peut « sauver » de cette humanité au-delà des ravages du patriarcat. Les morales dogmatiques et leur rôle social sont des questions d’une immense complexité qu’il est impossible de dissocier du contexte qui leur a donné naissance. J’espère m’approcher un peu de ces questions à travers « Les Dieux sauvages », et ce que je peux dire, c’est que je vais m’attacher à refléter cette complexité, justement, à travers les différents points de vue (ne serait-ce qu’entre Leopol et Maragal, on a deux conceptions assez différentes du werisme). Pour partager avec le lecteur toutes les questions que ces sujets m’évoquent, et non des réponses (ce qui n’est pas le rôle de la fiction). Bref, j’espère donc que les facettes du récit traiteront de la complexité du sujet mieux que moi en tant qu’individu limité.

6) Au sujet de la ponctuation des dialogues. L’utilisation des guillemets est plus avantageuse selon toi (et pourquoi), ou c’est uniquement par goût esthétique ?

Je crois résolument que les guillemets offrent infiniment plus de flexibilité dans la gestion du rythme, oui, au point que j’aurais du mal à travailler avec un éditeur qui m’impose les tirets seuls. Tu peux faire des incises claires dans ta narration sans introduire de confusion, par exemple :

« Vous êtes très belle ce soir, Anita », dit Bob. Il s’accouda au piano. « Martini ? »

Avec des tirets, tu es obligé de rajouter une précision, sinon on ne sait plus qui cause, ça casse le flux, et sinon tu colles tes didascalies entre parenthèses, bref, c’est super moche à mon goût et vachement plus contraignant alors que les guillemets résolvent tous ces problèmes avec élégance. J’en ai parlé en détail ici.

7) est-ce qu’on peut considérer que les Enfants d’Aska sont les vrais metalleux d’Evanégyre ?

Nan. Bien des métalleux sont en réalité de vrais gentils. :p

2018-07-05T21:03:37+02:00mercredi 11 juillet 2018|Entretiens|6 Commentaires