Important rappel à moi-même

Auguste lectorat, fuis ! Ceci est un article de blog

Il y a un petit nouveau cette semaine, sur le mur derrière l’ordinateur de travail :

(Noter l’ajout de ma main – enfin, de mon étiqueteuse – en-dessous.)

ReLIRE et la confiscation que le registre implique nous a – à commencer par moi – choqués en grand nombre , mais plus choquantes encore sont les exultations de certains, outrés par le fait que l’on puisse éventuellement exiger une rémunération de son travail – ou, pire, que celui-ci soit respecté. Il est profondément écœurant, je le dis, de lire que le travail d’un créateur pourrait ne plus lui appartenir dès publication (j’ai répondu à cela lundi) et qu’il serait censé, au nom du bien commun, abdiquer toute prétention dessus. Il est également profondément agaçant, et provocateur d’aigreurs, de recevoir des leçons sur le droit, la culture, de gens qui ne sont même pas capables de connaître le sens des mots qu’ils emploient ou de présenter une argumentation logique cohérente, laquelle s’effondre dès qu’on souffle dessus.

Je confesse être sorti de ma bonhomie naturelle cette semaine sur les réseaux, un peu partout, parce que fatigue, parce que merde, parce que je ne viens pas donner à des menuisiers des leçons de menuiserisation, à des codeurs des leçons de codeurisation, alors j’apprécierais qu’on ne vienne pas m’en donner d’écrivaillage ni qu’on présume de me réformer la tronche, en prétendant que c’est pour mon bien, en plus, quand on n’est pas – toujours pas – capable de produire des modèles économiques viables et que la logique fondamentale ne semble pas encore acquise. 

Est-ce à dire qu’il faut se mettre la tête dans le sable – là là, non les usages n’ont pas changé, oui il faut réprimer et verrouiller ? Certainement pas (une recherche basique sur le site vous montrera combien je m’y oppose, ne serait-ce qu’en raison de l’inutilité des mesures). Mais il y a une différence entre questionner, expérimenter, et répliquer « t’façon c’est comme ça, deal with it, pis ranafout’ ». Internet est merveilleux : il met les humains en contact. Internet est atroce : il met les humains en contact. C’est bien facile, derrière l’écran, de faire fuser la petite remarque qui va bien, qui donne l’impression qu’on a de la hauteur, de se sentir intelligent et tellement fort, quand on n’est pas partie prenante dans le sujet, et que le mec en face se trouve de toute façon à des centaines de kilomètres et qu’il est incapable de vous coller une baffe à fins thérapeutiques. (On peut même lancer des partis politiques fantoches, dites.) En ce qui me concerne, je suis en ligne comme en vrai : ce que je dis en ligne, je le dirais aussi en face à face. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

Malheureusement, cette célèbre prière n’est pas encore exaucée (mais que fait Google, bordel ?) :

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Il faut donc faire avec. Même si, quand on manie les mots, qu’on (s’)est formé à en faire son métier, ils peuvent produire le même effet ; et le problème, avec les mots, c’est qu’ils sont des Kalachnikov : une fois qu’on a appris à tirer avec, on a envie de tirer sur quelque chose. Et quand on vous en donne l’occasion, hé ben…

La véhémence dont il m’arrive de faire preuve n’est que le reflet de la violence de l’état de fait que nous subissons vis-à-vis de nos droits. Toutefois, j’ai sorti un jour à un ami exaspéré par la bêtise de collaborateurs : « Tu ne peux pas expliquer à quelqu’un que c’est un gros con dans l’espoir qu’il soit d’accord avec toi. » Ainsi en va-t-il aussi du Net, et je ferais bien de méditer ma propre phrase. Coller des baffes soulage, et j’ai toujours dit que j’étais un bouledogue, parce qu’il en faut, parce que l’angélisme m’insupporte, parce que je ne m’abuse nullement sur les tristes travers de la nature humaine (sinon, je serais anarchiste), mais, hélas, on ne dit plus « merci monsieur » à une claque depuis 2000 ans – tout se perd, bon sang, l’UMP a raison !

Bref. Article inhabituellement personnel (ça n’arrivera pas souvent) pour, d’une part, clore le sujet pour la semaine, d’autre part, me lier publiquement, par ton regard, auguste lectorat, à un meilleur usage de mon temps et de mon énergie que l’absurdité si justement pointée par XKCD sur mon nouveau compagnon mural. Je ne me retire pas des réseaux, des débats, mais je reprends de la hauteur. Je me conforme à nouveau à mon propre principe : je fais mon truc, et j’avance. Je ne fais pas ce métier pour être « constaté » par une époque, mais pour progresser, moi-même, et défricher ce que j’ignore encore.

Et, car je veux vraiment rendre hommage, je lance de gros high five à vous, auteurs bien sûr mais surtout lecteurs, bibliothécaires, blogueurs, (re)croisés sur les réseaux, qui comprenez tout ça, qui le vivez aussi, qui avez cette hauteur toute zarathoustrienne, et qui ressentez vous aussi ces agressions comme si c’était votre propre cœur que l’on désirait mettre à la disposition de tous – et c’est le cas, car c’est votre plaisir, votre lecture et donc votre intimité qu’on galvaude. Merci de vos partages, de vos réponses, de vos répliques, de votre compréhension et d’avoir joint vos voix aux nôtres, bien fatiguées et furieuses.

Je le dis très clairement : tant qu’il y aura des gens comme vous, je serai en mesure de considérer que ce que nous faisons n’est pas totalement vain, et même que l’humanité, dans son intégralité, ne l’est pas non plus. 

Difficile de dire à quel point, franchement, vous me donnez foi en l’avenir du monde. Pas le mien ; peu importe le mien ; je fais des trucs et on voit ce qui se passe ; ma place, on s’en fout, et puis nous ne sommes tous que des battements de cils à l’échelle des millénaires ; je parle de celui de la culture dans son ensemble, en tant qu’entité baignant l’humanité, meilleure arme dont l’on dispose pour résister à la bêtise, à l’obscurantisme, continuer à rêver et donc à progresser ; celle qui fera, on l’espère, que nous serons collectivement moins idiots dans cinq siècles qu’aujourd’hui.

La semaine prochaine, on parlera d’écriture, d’Évanégyre, et il fera beau.

Bon week-end !

2014-03-07T11:28:35+01:00vendredi 7 mars 2014|Journal|27 Commentaires

Pourquoi sommes-nous contre ReLIRE ?

On sait super bien compter, à la BNF.
Y a comme un souci

En voyant diverses réactions pas forcément bien informées ici et là, il me paraît important de rappeler, de façon très résumée, pourquoi les auteurs du SELF et du Droit du Serf (entre autres) s’opposent au registre ReLIRE.

Tout d’abord, qu’est-ce que ReLIRE ? Ce registre vise à numériser des œuvres littéraires publiées au XXe siècle et devenues indisponibles faute d’édition, puis à les diffuser de manière marchande.

Pourquoi y sommes-nous opposés ? 

Plusieurs raisons, mais la première et la plus simple : parce qu’on ne nous demande pas notre avis. L’État décide des œuvres qu’il veut ainsi diffuser, et c’est à l’auteur de signaler son refus, moyennant

  • La surveillance d’une base de données sur son propre temps (il n’est pas prévenu des intentions publiques) ;
  • Une procédure longue et infamante (il lui faut prouver qu’il est l’auteur de ses propres livres !)

C’est une expropriation pure et simple. Nous disposons des droits sur le fruit de notre travail, c’est à nous qu’on doit demander l’autorisation, pas l’inverse ; or l’État entend en disposer comme il le souhaite, dans le plus pur mépris de la personne. Dans le même genre, le registre Google Books, vivement combattu par l’édition française il y a quelques années, semblait plus civilisé… Mais à l’époque, ces lobbies qui aujourd’hui imposent ReLIRE brandissaient le droit d’auteur comme rempart, pour inverser totalement le discours à présent qu’ils ont la certitude que l’argent tombera dans leur poche et pas celle de Google.

Deuxième raison : l’éditeur d’origine est rémunéré par les ventes à parts égales avec l’auteur, ce qui est un comble, puisque si l’oeuvre est indisponible, c’est justement que l’éditeur d’origine a laissé l’oeuvre s’épuiser – donc qu’il a abandonné toute exploitation commerciale. Ce qui est parfaitement compréhensible – mais dans ce cas, pourquoi est-il à nouveau rémunéré ? Il a choisi d’abdiquer son travail d’exploitation. D’autre part, l’auteur n’a pas son mot à dire sur le prix d’exploitation de sa propre oeuvre par l’État !

Troisième raison : la loi méconnaît (et piétine) la nature de la culture et de l’art, contrevenant de manière flagrante à la convention internationale de Berne, dont la France est pourtant signataire. Une oeuvre de l’esprit est par nature immatérielle ; elle ne peut pas être inféodée à une fixation sur un support matériel (cela signifie, en substance, qu’on ne fait pas de différence entre le fait que j’imprime un livre sur du papier, produis un fichier, ou fais une lecture publique : c’est la même oeuvre, ce qui relève du bon sens). Or, ReLIRE se focalise sur la première édition papier (et se trompe tout le temps sur le périmètre, voir l’image en illustration), ce qui est totalement opposé à un principe que la France a signé depuis… 1886 (date de la convention de Berne). Cela a pour conséquence fâcheuse de nuire très sévèrement à une reprise commerciale par un éditeur équitable, ou même à la diffusion libre par l’auteur lui-même. C’est un véritable hold-up public, qui ne va pas dans votre intérêt, les lecteurs.

Quatrième raison, qui vous concerne encore plus directement, amis lecteurs : les exigences de correction des fichiers numérisés sont ridicules (on va se retrouver avec des bouquins truffés de coquilles) et il est plus que probable qu’ils seront verrouillés par DRM (pour une initiative publique, c’est gonflé).

Je passe sur les détails, comme les limites chronologiques non respectées, le financement ubuesque, la concurrence déloyale, le caviardage des pages Wikipédia dédiées au projet… Il s’agit seulement d’un rapide résumé pour ceux qui découvrent le dossier. Pour en savoir plus : voir les sites du SELF et du Droit du Serf.

(J’aurais bien fait une BD, mais c’est à peine si je sais dessiner un bonhomme bâton.)

2020-01-20T01:15:50+01:00jeudi 6 mars 2014|Le monde du livre|7 Commentaires

Offre légale et téléchargement : question statistique

smokers_dieSoit l’affirmation suivante, largement relayée et établie par des études a priori solides :

Ceux qui téléchargent le plus sont aussi les plus gros consommateurs de l’offre légale.

Considérons, en premier approche, cette affirmation comme vraie.

Il en vient très fréquemment la conclusion : « Le téléchargement est bon pour l’offre légale. »

Mais j’ai quelques questions :

  • Quelle est la proportion absolue d’offre légale dans ces habitudes de consommation ? Si un gros téléchargeur achète 1% de sa consommation quand un petit n’en achète que 0.90%, 1) nul ne saurait gagner sa vie ainsi 2) la différence est négligeable en volume, donc cela invalide la conclusion précédente.
  • Combien sont les plus gros téléchargeurs ? S’ils achètent au contraire 90% de leur consommation mais ne représentent que 2% de la population, cela invalide la conclusion précédente.
  • A-t-on étudié l’aisance vis–à-vis de la technologie ? Si un gros téléchargeur, de par son aisance vis-à-vis de l’informatique, achète quatre fois sur cinq le contenu qui l’intéresse, mais qu’un petit n’achète qu’une fois sur vingt, cela peut invalider la conclusion précédente.
  • Quid du manque à gagner ? Un créateur (ou une industrie culturelle) peut-il s’installer, apprendre de son public, s’il lui faut produire d’abord à perte avant de dégager le seuil de rentabilité qui lui permettra de vivre ? Cela peut là aussi invalider la conclusion précédente.

Ces questions n’étant pas (forcément) posées dans le but d’obtenir des réponses mais pour marteler la vérité suivante :

Une statistique n’est pas une conclusion : c’est une observation quantifiée.

Toujours penser aux effets voisins, à la sous-représentation, aux conjonctions, d’effets, etc. C’est seulement quand on les a évacués, scientifiquement, que l’on peut alors formuler une conclusion, laquelle n’est pas quantifiée, mais devient toujours qualitative (« en approche raisonnable, je peux probablement – à 95% de confiance, par exemple – considérer que… »).

J’ai une petite histoire édifiante à ce sujet : soit l’article suivant, « Le piratage nuit à l’économie : la preuve en chiffres » publié ici-même en 2010. J’y avançais la conclusion suivante (édifiante, bien sûr) :

L’augmentation phénoménale et terrifiante du stock d’armes nucléaires cumulé sur les États-Unis et l’URSS coïncide avec le développement d’Internet – et donc, des capacités de stockage et du piratage. Comme par hasard, le pic d’armement correspond au moment où l’espace de stockage moyen avoisinait les 650 Mo – soit la taille d’un CD audio ou d’un film en DivX. J’ignore quelle preuve supplémentaire il faut au monde : Internet a non seulement creusé la dette nationale des États-Unis, mais les disques durs sont directement responsables de l’instabilité politique de notre époque.

Une conclusion tout à fait convenable pour un 1er avril. (Pour ceux que ça intéresse, l’article est tout entier basé sur une erreur logique classique, le biais de corrélation : deux phénomènes en évolution conjointe ne sont pas nécessairement reliés de façon causale.)

Quelle n’a pas été ma surprise (et mon effroi) en constatant que cet article a été cité très sérieusement, deux ans plus tard, dans des travaux d’étudiant post-bac en ligne.

Auguste lectorat, tu es fort et vaillant, alors : NE SOIS PAS CES MECS.

2017-01-24T10:53:55+01:00mardi 4 mars 2014|Best Of, Le monde du livre|24 Commentaires

Petite fatigue

fanficJe suis fatigué, ce matin.

Fatigué parce que le registre ReLIRE, le Google Books à la française, a été déclaré conforme à la Constitution :

Hervé de la Martinière, PDG du groupe qui avait porté le débat devant les tribunaux, commentait, en septembre 2009 : « Cette espèce d’arrogance qui fait qu’on vous prend vos livres et qu’on les numérise sans vous demander votre avis, ce n’est pas possible. » Qui ne ferait pas le parallèle, dans le cas présent, avec ReLIRE ? – Actualitté

Fatigué que des petits fonctionnaires d’État, jouissant de la sécurité d’être payés par celui-ci, s’improvisent experts de métiers qu’ils ne pratiquent pas, dont ils ne connaissent pas la précarité – mais aussi la grâce ; car sinon, ils ne seraient pas petits.

Fatigué qu’on m’explique que MON travail, MA création, devrait être libre, gratuit, diffusé sans contrepartie, sans droit, sans possibilité de construire davantage dessus, sans possibilité de me rétracter, parce qu’il appartient avant tout à la culture avant de m’appartenir à moi, moi qui lui ai donné forme, qui suis allé chercher dans les courants de l’éther, de mon coeur et du zeitgeist ce que je pouvais bien dire, par une alchimie que je ne m’explique pas moi-même, d’ailleurs, mais qui ai donné sang, eau et tripes pour qu’il existe – un travail que, navré, nul autre que moi n’aurait pu accomplir ; si un autre l’avait fait, une autre oeuvre serait née – différente ? meilleure ? Il ne me revient pas d’en juger ; c’est là que le public et les exégètes interviennent, et c’est à leur propre éther, coeur et alchimie de s’emparer de la scène.

Fatigué que, d’une main, on ne se risque pas à l’arène de la création (« Hou, je ne pourrais pas, c’est trop de boulot / pas d’imagination / ai piscine »), et que de l’autre, on s’empare du travail, hold-up communiste style, proclamant : camarade, tu as contribué à la communauté, maintenant c’est à nous tous, et plus à toi. Oui, c’est à vous, dans vos coeurs et vos esprits ; c’est d’ailleurs à vous d’une manière que je ne saurais mesurer, car intime, car c’est même fait pour ça ; cet amour, cette passion sont beaux, ils portent l’art plus haut ; mais ils ne me donnent pas le droit de rapporter Guernica à la maison parce qu’il était joli dans le musée ; ils ne me donnent pas le droit de peindre Guernica contre Godzilla et, d’un même mouvement, de prétendre que je suis moi aussi Picasso : comme le dit Léa Silhol, l’oeuvre appartient au coeur, mais pas aux mains.

Dans un monde où tout va très vite et où les satisfactions sont immédiates – commander sur Amazon Prime, bouffer chez McDo des bouchons à artères en cinq minutes, sauter à la hussarde quelqu’un rencontré une heure plus tôt sur un dancefloor trop bruyant pour saisir ne serait-ce que son prénom – on comprend de moins en moins que la création (la vie ?) a besoin de mûrissement, de silences, de durée, d’épanouissement. Une fleur ne pousse pas en une heure. Une oeuvre se nourrit de l’existence de son auteur, et, en tant que fruit de celle-ci, il dispose du droit d’en disposer comme il l’entend : et ça, ce n’est pas emmerder le monde, c’est la protéger.

Or, protéger le droit du créateur sur son travail, c’est protéger ce travail ; si l’on entend continuer à jouir convenablement de ce travail, il convient de respecter le créateur, ses temps de création, il convient de laisser au créateur la latitude d’en disposer comme il l’entend

Parce que c’est lui qui l’a fait, et pas vous. 

Créer est si facile ? Oh, mais peut-être. Fort bien : créez, allez-y. Le monde entier attend votre vision, votre avis, votre alchimie. Faites entendre votre voix. Parvenez au bout. Puis soumettez-vous, vous aussi, au public et aux exégètes.

Oui, ce sera peut-être facile.

Je vous le souhaite, très sincèrement.

[Edit : Lire aussi chez Lucie Chenu : L’art, la vie, la liberté…]

2014-03-03T15:04:29+01:00lundi 3 mars 2014|Humeurs aqueuses|28 Commentaires

Blague existentielle

Elle n’est pas de moi, mais je viens de la revoir passer, et j’aime toujours autant :

Jean-Paul Sartre est assis dans un café à corriger le manuscrit de L’Être et le Néant. Il commande à la serveuse: « un café sans sucre, s’il vous plaît. »

Elle répond: « Navrée, mais nous n’avons plus de sucre. Puis-je vous proposer de le prendre sans lait ? »

2014-02-24T20:01:23+01:00mardi 25 février 2014|Juste parce que c'est cool|2 Commentaires

La Science du Disque-monde : troisième acte à paraître

Couv. Paul Kidby

Couv. Paul Kidby

Il y a quelques semaines, je parlais d’une traduction en cours qui devrait faire plaisir aux amateurs… La sortie du livre étant annoncée chez l’Atalante, je suis heureux de m’en faire l’écho : avec Patrick Couton, traducteur talentueux de Terry Pratchett et des « Annales du Disque-monde », nous planchions depuis quelques mois sur le troisième volume de la série La Science du Disque-monde, co-écrit par Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen, qui se propose de mêler les aventures typiques du Disque à une vulgarisation scientifique à la fois claire et fouillée.

Comme le sous-titre de ce volume le laisse-entendre, L’Horloge de Darwin parle beaucoup d’évolution, de manière claire et didactique, démontant les idées reçues pour les remplacer par les dernières percées dans le domaine – et bien sûr, il n’évite pas le débat du créationnisme, en fournissant brillamment des arguments raisonnés et clairs pour aider le lecteur à forger son opinion. Mais ce n’est pas tout : on y parle aussi de culture, de collectivité, de machines à vapeur et même de voyage dans le temps.

Très humblement, à titre très personnel, je suis heureux d’apporter ma modeste participation à la dissémination de cette série d’ouvrages en langue française, qui me semblent fortement salutaires en cette époque où des fanatismes religieux absurdes voudraient s’emparer à nouveau de nos vies, de nos esprits, de notre morale. La réponse est simple : lisez, amis, et forgez-vous simplement votre propre opinion.

Le livre sortira le 25 avril 2014. Toutes les informations sur le site de l’Atalante.

2014-02-23T15:32:30+01:00lundi 24 février 2014|À ne pas manquer|21 Commentaires

Après les prothèses, demain la narration

De retour du colloque de Lyon « Prothèse, modularité, hybridité : entre réalité et fiction ». Un atelier dont le plus grande force a probablement résidé dans sa pluridisciplinarité, puisque des médecins, des sociologues prenaient la parole autour de l’image des personnes accidentées, de leur aide et de leur accompagnement, aux côtés des philosophes parlant de transhumanisme… et de Sylvie Lainé et moi-même, qui intervenions pour l’aspect prospectif et science-fiction du thème de la prothèse.

Deux présentations furent tout particulièrement marquantes pour moi : d’une part celle de Stéphane Mor, qui anime un FabLab – un atelier associatif de fabrication d’objets grâce aux nouvelles technologies, comme les imprimantes 3D. Il nous a ainsi été montré des prothèses rudimentaires, des objets d’assistance aux personnes comme un respirateur pour nouveau-né, chacun d’entre eux coûtant à fabriquer… une poignée d’euros. Après le film, la musique, la littérature, les objets physiques vont eux aussi se numériser, paradoxalement se dématérialiser ; cette révolution attendue depuis longtemps ne se trouve qu’à quelques années dans l’avenir à présent, et je suis profondément curieux de voir la société que cela donnera.

En espérant que l’espèce soit assez intelligente pour en tirer profit.

L’autre présentation, c’était celle de Selim Eskiizmirliler, sur les interfaces cerveau – machine. Le travail sur ce plan avance à pas de géant. On a notamment pu voir un singe contrôler un bras mécanique dans l’espace pour ramener une friandise à sa bouche avec une précision et une vivacité étonnantes. Bien sûr, on n’en est qu’aux balbutiements de cette technologie, mais l’on peut imaginer sans mal ce qu’elle donnera dans seulement vingt ans, et les transformations qu’elle entraînera dans l’aide aux personnes… et leur amélioration.

À ce titre, je voudrais répéter ce que j’ai essayé de dire pendant ces journées : l’arrivée, bien réelle, du transhumanisme pose quantité de questions philosophiques, sociales, technologiques. L’humanité semble dépassée, désarmée face à ces problématiques. Mais la science-fiction les étudie, les traite depuis 30, 40, 50 ans. Quelques dates ? Allez, quelques dates. Neuromancien – sur les interfaces homme-machine, par exemple – a été publié il y a tout juste 30 ans : en 1984. Le meilleur des mondes, sur l’eugénisme et l’amélioration génétique ? À votre avis ? Paru en 1950, 1960 ?

Non.

1932.

La science-fiction ne propose généralement pas de réponses, pas de discours. Elle interroge, sans cesse, le monde et ses avenirs possibles. À travers le jeu de la fiction, de la narration, elle propose un chemin possible, celui de l’histoire qu’elle raconte ; il n’est pas forcément (il est d’ailleurs rarement) le bon, il n’a pas non plus vertu futurologique. Il est, au plus, une étude de cas. Mais la lecture d’études de cas, la confrontation à des points de vue divergents, à des approches multiples, forment l’esprit à la réflexion prospective, aux risques possibles, aux bénéfices potentiels. La science-fiction ne fournit pas de réponses, mais elle construit chez son lecteur une grille d’analyse, un esprit critique. Elle est, je n’hésite pas, plus efficace à ce titre que la lecture d’essais sur le présent, qui deviennent, forcément, datés dès leur parution.

Il faut lire de la SF. Les questions qu’on se pose y sont déjà. Et elle forme l’esprit à trouver les réponses que l’on souhaite.

(Et je remercie donc d’autant plus Jérôme Goffette, organisateur de ces journées, pour avoir résolument inclus l’aspect SF dans ces journées et proposé une bibliographie sur le thème de la prothèse ainsi que pour son invitation à venir parler de « Tuning Jack » et de modifications corporelles.)

2014-02-18T11:01:25+01:00lundi 17 février 2014|Le monde du livre|11 Commentaires

Zone Franche à Bagneux : signatures, concert et nouvelle

bagneux-2014Les 4, 5 et 6 avril, c’est le festival Zone Franche, à Bagneux, et il faut en profiter, car il n’est pas si fréquent qu’un festival d’imaginaire se déroule en région parisienne ! Au programme : dédicaces, éditeurs indépendants, illustrateurs, un prix spécialement dédié aux jeunes créateurs (le Grand prix de la ville de Bagneux). J’y serai pour ma part le week-end :

Concert des Deep Ones

The Deep Ones est un collectif de musiciens et d’auteurs de l’imaginaire proposant des lectures de textes avec accompagnement musical semi improvisé. Avec Ophélie Bruneau, Nathalie Dau, LD, Patrick Eris, Mélanie Fazi, Laurent Kloetzer, Ghislain Morel, Shan Millan et Christophe Thill.

Cela se déroulera le samedi 5 avril à 20h30. Plus d’infos sur le site du festival (entrée gratuite, réservation nécessaire).

Dans l’anthologie du festival

lancelotLe festival publie également son anthologie, sobrement intitulée Lancelot et publiée par ActuSF.

Au sommaire :

  • Nathalie Dau
  • Karim Berrouka
  • Jeanne-A Debats
  • Fabien Clavel
  • Thomas Geha
  • Armand Cabasson
  • Franck Ferric
  • Anne Fakhouri
  • LD

Plus d’informations à venir sous peu !

Dédicaces

Et bien sûr, il y aura des dédicaces et rencontres ; programme précis à venir. On aura de toute façon le temps d’en reparler !

2014-02-11T23:00:58+01:00jeudi 13 février 2014|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Zone Franche à Bagneux : signatures, concert et nouvelle

Pensées aléatoires : les grands garçons

(Merci à Nico)

(Merci à Nico)

Toujours un peu charrette, alors je regarde dans ma boîte à malices ce que je pourrais bien sortir. Suis retombé sur cette réponse, qui date de juin 2008 (ça nous rajeunit pas), à l’invective suivante vue sur une liste de diffusion littéraire professionnelle :

Ceci étant, la fantasy est un milieu assez spécial, qui abonde en grands garçons post-estudiantins ayant appris l’anglais dans les règles de Donjons et Dragons et qui rêvent de gagner (passer ?) leur vie dans ce monde hors normes, alors pourquoi pas traduire ? (Je grossis un peu le trait bien sûr).

Grossir le trait, c’est rien de le dire.

D&D n’est pas une plus mauvaise source d’apprentissage de l’anglais que James Joyce, surtout pour un adolescent désoeuvré qui aura une motivation pour lire le premier peut-être absente – avant un âge plus mûr – pour le second. Cela le poussera à la meilleure pratique de la langue qui soit: lire, lire sans arrêt, inférer le sens des mots, etc.

De ma génération, je connais justement bon nombre de « garçons post-estudiantins » qui ont appris l’anglais à un âge précoce et qui font aujourd’hui d’excellents professionnels reconnus de la littérature et de la traduction, en indépendant ou en entreprise.

Je trouve ce genre d’image d’Épinal limite insultante; on a déjà assez droit aux clichés « la fantasy, la SF, c’est une littérature d’ados attardés » de la part d’un grand public aux belles intentions, j’avoue que j’espérais bien y échapper parmi cette assemblée éclairée. La fantasy, ce n’est pas que LanceDragon, c’est aussi Robin Hobb, GRR Martin, Jeffrey Ford et j’en passe des auteurs à la plume magnifique, de vrais conteurs avec une finesse psychologique et stylistique souvent inégalée.

Alors, oui, le trait est grossi, c’était dit, mais je pense que vous ne mesurez pas combien ce rabâchage est usant.

2014-02-04T20:01:22+01:00jeudi 6 février 2014|Humeurs aqueuses|26 Commentaires
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