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What else ?

What else ?
Ansset posait en commentaire la question suivante :
Le fait de lire / traduire de l’anglais apporte-t-il un plus à l’auteur que vous êtes (ou « vous a-t-il apporté beaucoup au début ? »)
C’est une question qui revient assez souvent, aussi mérite-t-elle peut-être un billet à elle seule.
Oui, lire l’anglais est un gros plus. En-dehors de la réponse un peu classique sur l’ouverture au monde et à des cultures différentes que constitue l’apprentissage d’une autre langue, c’est bêtement très utile pour les recherches académiques (on trouve plus de choses en anglais en accès libre et même des ouvrages plus pointus). D’autre part, cela aide beaucoup pour l’étude de la technique de l’écriture (laquelle est bien plus documentée en langue anglaise). Mais c’est la partie émergée de l’iceberg.
La traduction est une excellente école d’écriture (même si je ne recommanderais pas de passer spécifiquement par là pour écrire, comme me le demandait Galactic Sud : cela ressemblerait à s’entraîner au saut en hauteur dans le but de pratiquer un marathon – certes, cela muscle les jambes, ce n’est pas vain, mais autant attaquer directement par la course à pied). En effet, elle exige de travailler tous les domaines purement techniques de la rédaction de fiction, à savoir ceux qui relèvent de la langue : rythme, registre, exactitude, concision, style, etc. Et même, contrairement aux idées reçues, la part de création n’est pas absente de l’exercice comme dans le cas des recherches de néologismes ou la traduction de poésies : toute traduction est nécessairement une adaptation qu’on veut la plus fidèle possible, mais le texte est obligatoirement présenté à travers le filtre de la sensibilité du traducteur. C’est cela qui fait de la traduction littéraire une pratique nécessairement humaine et impossible à automatiser.
La traduction entraîne  à avoir une attitude professionnelle vis-à -vis de l’écrit : c’est un matériau qu’il faut plier à sa volonté et cela contribue à désacraliser sa propre production. Il faut couler dans le style de l’original, sa pensée, ses intentions, et les retranscrire fidèlement en tirant parti de tout l’éventail d’expression de sa propre langue, mais en communiquant l’effet de l’original – changer de registre en conservant la même force. À ce titre, cela permet aussi de sortir de sa propre zone de confort en défrichant d’autres modes d’expression, en adoptant d’autres genres, d’autres modes de traitement, en les voyant en action. Mais la traduction représente aussi la lecture la plus profonde que l’on peut faire d’un texte puisqu’il s’agit de se l’approprier pour le restituer en réussissant un perpétuel numéro d’équilibriste entre fidélité et naturel : on réalise presque inconsciemment une analyse permanente du texte et l’on décortique par conséquent les techniques employées par les meilleurs, qu’il s’agisse de construction d’intrigue ou de personnages. C’est évidemment très instructif et nourrissant pour sa propre plume.
En un mot, la traduction littéraire a pour effet secondaire d’associer analyse profonde de la fiction et pratique de l’écriture dans un but précis. C’est donc, pour moi en tout cas, un excellent exercice qui m’a beaucoup appris et j’ai nettement senti un saut dans mon aisance (et la qualité de la production ?) dès que je me suis mis à la pratiquer de façon professionnelle.
Pour compléter, quelques entretiens extérieurs où le sujet a été également abordé : sur IfIsDead ; par Lucie Chenu sur nooSFere (l’entretien date un peu, il remonte à 2003) ; le dossier traduction réalisé par ActuSF.
Illustration par Underdark, licence CC-BY-SA-3.0.

Twitter est d’un abord un peu fruste. Une longue litanie de statuts émaillée de caractères et d’abréviations bizarres genre @, RT, cc, il y a de quoi faire fuir tata Iphigénie, si, si, celle-là même qui vous hurle à longueur de page Facebook « JAY BESOIN DE PATATES DANS MA FARMVILLE OMG ». Enfin, peut-être pas en ces termes. Pourtant, Twitter est un média fascinant, instantané, qui permet une rapide dissémination de l’information1. Alors, qu’est-ce que c’est, comment ça marche et pourquoi c’est intéressant ?
Voici pour mettre le pied à l’étrier aux débutants.
Twitter s’apparente aux statuts Facebook ou MSN : il s’agit, en substance, de raconter ses pensées du moment, ses activités, de partager une trouvaille. « Hou là là , pensez-vous déjà , je suis déjà inondé des status ineptes d’une tonne d’amis Facebook entre ceux qui vont manger une pomme et les autres qui se sont cassés la gueule sur une plaque de verglas lol mdr, je ne vais pas m’ajouter cette pollution supplémentaire. »
Oui, ça se comprend. Sauf que, dans les faits, Twitter fonctionne de manière extrêmement différente, ce qui permet d’améliorer le rapport signal / bruit au maximum.
Plusieurs raisons à cela :
On a vu fleurir ainsi sur Twitter une forme de communication assez particulière, où écrivains, cinéastes, philosophes, amuseurs proposent de véritables historiettes, traits d’humour, instantanés, revues de presse en 140 caractères, aux antipodes des patates pourries de tata Iphigénie. C’est très drôle, ça ne bouffe pas la journée comme un Facebook carnivore, et c’est très détendu comme usage.
C’est assez évident, comme pour tous ces services :
Bien sûr, Twitter n’est pas un monde de solipsistes – c’est un réseau social. Les discussions s’installent, les rencontres se font mais, de par la brieveté nécessaire des mises à jour (140 caractères), tout est très rapide, très immédiat.
En un mot, tout est très simple.
140 caractères, c’est peu pour communiquer le fond de sa pensée. De fait, Twitter échappe pas mal aux psychodrames qui finissent toujours par pourrir les forums et même Facebook, parce qu’on a plutôt tendance à s’accorder le bénéfice du doute. Évidemment, ce n’est pas l’endroit pour une discussion philosophique profonde, mais c’est génial pour un échange rapide de vues et d’informations.
Par commodité, le service a vu naître un certain nombre d’abréviations et de coutumes qu’il est utile de connaître pour comprendre un peu ce qui se passe :
Il suffit d’aller créer un compte sur le site : Twitter.com. Mon propre profil est donc @lioneldavoust et je serais ravi de vous y rerouver. Quasiment tous les grands sites d’info, éditeurs dynamiques, écrivains créatifs, blogs motivés ont des comptes Twitter. Je n’ose proposer de liste par peur d’oublier quelqu’un, mais n’hésitez pas à faire votre propre marché dans mes abonnements, qui constituent un point de départ probablement pas plus mauvais qu’un autre pour qui s’intéresse à l’imaginaire et aux trucs improbables.
Petit message en mode vrac pour signaler deux liens, l’un que j’avais fortement recommandé et guettais de pied ferme, l’autre en rapport avec le festival du week-end dernier :
J’avais mentionné à mon retour des Utopiales un entretien passionnant réalisé par Fantasy.fr et que j’avais eu le plaisir de traduire ; il y est question de ses livres et de sa carrière, bien entendu, mais il dévoile aussi beaucoup sur sa motivation inébranlable pour écrire, la quantité proprement ahurissante de livres qu’il a écrits (13 !) – bref, une véritable leçon. Cela se visionne ici et je le recommande fortement aux auteurs jeunes (et moins jeunes !) qui rencontrent des problèmes de procrastination. J’avoue sans honte que, sur ce point-là , Sanderson est devenu pour moi un modèle à suivre.
ActuSF vient de poster tout un dossier relatif au Salon du Roman Populaire où je me trouvais dimanche dernier, et notamment plein de photos ici. Les conférences sont également disponibles pour ceux qui s’intéressent à Fantômas (ici, là et encore là ). (L’affiche du festival dont j’ai utilisé l’aperçu était réalisée par Jeam Tag.)
Pour terminer, encore un truc qui n’a rien à voir, le morceau de musique qui m’obsède en ce moment, Time tiré de la B.O. d’Inception par Hans Zimmer, parce que j’ai envie et que rhâ ça tue.
Une question qu’on m’a présenté de visu lors d’un atelier d’écriture, cette fois ; j’avoue que je ne me l’étais jamais posée en ces termes, mais comme toujours, si une personne s’y trouve confronté, j’imagine qu’elle n’est pas la seule :
Je me demandais comment on choisit le nom d’un personnage. Est-ce qu’il y a des règles ? Comment y arrive-t-on ?
Comme pour tout en art, il n’y a pas de règles gravées dans le marbre. En revanche, il y a un certain nombre de lignes directrices qui peuvent rendre la vie plus facile, à l’auteur comme au lecteur.
Je pense que la première et la plus importante – et là , oui, cela s’apparente peut-être à une règle – c’est d’avoir un nom qui « sonne » juste pour toi, l’auteur. Certains personnages se présentent à soi déjà complets, et ils ont fréquemment le nom qui leur va ; ou même, certains patronymes peuvent obséder l’esprit, exigeant qu’on raconte l’histoire de la personne qui va derrière. J’aurais tendance à recommander fermement de ne pas modifier ces noms-là  : ils portent une charge émotionnelle inconsciente et une envie qu’il serait dommage d’assécher. Les noms sont, il me semble, quelque chose d’éminemment personnel en écriture ; leur sonorité et peut-être, même, le passé qui s’y trouve attaché porte des résonances insondables, même pour l’auteur (si, par exemple, tu as été harcelé en maternelle par un sale garnement appelé Innocent, cela ne t’évoquera pas un pape). Elizabeth George parle d’un cas où elle n’est arrivée à cerner l’un de ses personnages qu’après l’avoir changé de nom.
Néanmoins, il existe un certain nombre de critères plus objectifs. Si les noms portent des connotations pour l’auteur, il en est de même pour le lecteur – et avec les connotations viennent des attentes. Par exemple, un homme nommé Wilston Herbertshire Ruperford IV ne vient manifestement pas du même milieu social que Bob Lalose. Note ce que je viens de faire : ces noms sont visiblement outranciers et n’existent pas (on l’espère). Si je mets en scène Bob Lalose, on se doute aussitôt que l’on a affaire à une satire ou à une comédie. Mais je pourrais parfaitement faire de Bob Lalose un playboy avocat pilote de F1 à qui tout réussit parce que, obsédé par son ridicule état-civil, il ne supporte pas l’échec. Voilà qu’on pourrait basculer dans la chronique sociale. Si je présente un clochard nommé Wilston Herbertshire Ruperford IV (alors qu’on s’attendrait à un chevalier d’industrie), une foule de questions surgit : s’agit-il d’un riche héritier qui a tout perdu ? Est-ce un nom qu’il s’est donné tout seul – et est-il alors un peu cinglé ? Le nom peut évidemment être pris à contrepied pour surprendre le lecteur – comme dans l’exemple du sale garnement appelé Innocent. Bref, dans tous les cas, le nom n’est pas neutre : même s’il est quelconque, il révèle quelque chose au sujet de son porteur – un type a priori quelconque (mais peut-être appelé à un grand destin).
Le nom révèle beaucoup d’autres indices : l’origine culturelle (Jean-Alfred Mastard contre Daisuke Takashi), l’âge (en France, on imagine Jennifer plus jeune que Gertrude), même le caractère (Ophélia sonne plus romantique que Marcel). Ce n’est évidemment pas une science exacte et il ne faut surtout pas en faire un code (ce qui se verra tout de suite), mais, employés correctement, ces indices peuvent parachever l’image du personnage auprès du lecteur en lui fournissant une ancre cohérente.
Pour parvenir à ce résultat, je ne connais guère d’autre méthode que celle de l’essai / erreur : réfléchir à l’origine sociale et culturelle et jongler avec les prénoms et patronymes courants ; prendre une grande feuille blanche et isoler les syllabes qui séduisent l’oreille, puis tenter une myriade de variations autour jusqu’à parvenir au résultat qui « sonne » juste. Et, évidemment, s’autoriser à changer en cours de route si l’on perd cette « connexion » avec le personnage que l’on construit. Le lecteur ne verra peut-être pas quelle différence cela peut bien faire que l’héroïne s’applle Cailtyn ou Kathleen mais, dans l’écriture, cela peut bien signifier la différence entre une identification réussie et poussive.
Photo via le site de la ville de Saint Palais sur Mer.
Je suis toujours extrêmement prudent quand il s’agit de parler de projets futurs ou de publications à venir, pour une foule de raisons. Tout d’abord, la plus prudente : ce n’est pas parce que vous êtes un auteur publié que vous devenez subitement génial du jour au lendemain et que tous vos textes, tous vos projets, toutes vos idées (même ce comics à l’Américaine où une super-plinthe télépathe combat le crime en observant incognito des interrogatoires de police) se trouvent magiquement retenus quelque part. Donc, ce n’est pas parce que je travaille sur un truc qu’il verra forcément le jour, et je trouve qu’il vaut mieux parler de ce qui est susceptible de voir le jour, parce que, hé, sinon, on s’en fout un peu.
Mais aussi, le milieu de l’édition – surtout petite – est sujet à bien des changements : aléas économiques bien sûr, mais aussi fatigue des volontés (les structures reposent souvent sur une ou deux personnes, mal payées, qui font un peu acte de foi), soucis personnels, etc. Pour la petite histoire, il m’est arrivé d’avoir vendu une nouvelle, d’avoir signé le contrat, reçu le chèque… et le livre n’est jamais paru (chez cet éditeur en tout cas), alors qu’il est difficile de faire plus imminent, comme publication. J’ai aussi placé des textes dans des anthologies qui ont mis plus de six ans à voir le jour, d’autres qui n’ont jamais été publiées…
Bref, je préfère annoncer trop tard que trop tôt.
Cependant, il y a maintenant un certain nombre de choses qui se profilent à l’horizon et dont je crois pouvoir parler sans trop de risques en cette fin d’année !
Je compte évidemment retourner à l’univers d’Évanégyre, ce n’est pas comme si j’avais plusieurs millénaires d’histoire à raconter et dont je crève d’envie de révéler les secrets ! Sans compter que je m’engage fermement à ne pas laisser personne en plan, ni ce monde, ni vous, lecteurs qui avez apprécié La Volonté du Dragon et les nouvelles.
Une nouvelle inédite située dans ce monde devrait donc sortir en 2011 (j’en dirai plus dès que possible). Elle sera entièrement indépendante, comme tous les récits de l’univers. Cependant, ceux qui le connaissent bien retrouveront un événement qu’ils ont déjà approché, mais avec une perspective très, très différente.
J’ai envie de proposer des récits plus longs, évidemment, mais il me faut jongler avec tout le reste. Cela fait néanmoins partie de mes priorités.
Rivière Blanche (l’éditeur de L’Importance de ton regard) lance sous la direction d’Éric Boissau une série d’anthologies de fantasy historique appelée Dimension de capes et d’esprits ; il y est question d’hommages à la littérature populaire, au roman historique, le tout bien évidemment mâtiné d’imaginaire. Le premier volume sort ce mois-ci (avec au sommaire Lucie Chenu, Jess Kaan, David S. Khara…), et j’aurai le plaisir de figurer au sommaire du deuxième, avec une petite novella complètement barrée où des mousquetaires un peu spéciaux s’échinent à prouver que la plume (ou le boulier) est définitivement plus forte que l’épée, et révèlent un funeste secret que l’homme ne devrait pas connaître…
Je travaille toujours sur le premier volume d’une série de thrillers ésotériques pour les éditions Don Quichotte : il s’y mêlera aventure, initiation et guerre secrète à notre époque. C’est un projet que je mijote depuis très longtemps, j’espère que j’arriverai à lui donner la tournure que je souhaite – et qu’il saura vous plaire à son tour ! J’espère pouvoir en dire plus très bientôt.
Subtiles modifications et évolutions à prévoir de ce côté-là , grâce au talent de Victor, mon escl… euh, stagiaire, qui vient d’arriver, commettant la folie irréparable de voir à quoi le travail pouvait bien ressembler chez un indé. Petite présentation un peu plus digne de ce nom à venir, car il n’y a pas de raison qu’il n’ait pas un peu sa part des projecteurs, surtout vue l’aide qu’il va m’apporter dans les mois à venir !
… il y a encore d’autres choses, mais je ne peux rien en dire pour l’instant, haha.
FLASH INFO SPÉCIAL BREAKING NEWS ULTIMATE : Petit rappel pour dire que je serai en dédicace ce dimanche à Elven au Salon du Roman Populaire, avec Thomas Geha et David S. Khara. Venez nombreux me coller un bourre-pif pour l’article d’hier, youkaïdi youkaïda.
Diane laissait ce commentaire à propos de l’article d’hier :
Est-ce que tu pourrais développer un peu plus le dernier paragraphe s’il te plaît ? Notamment les propos sur les conventions, les catégorisations, la maîtrise du lien causal et de la cohérence.
Wow.
Bon, impossible de répondre correctement à ça sans y consacrer en article entier. Je vais m’efforcer de faire au mieux sans – caveat – m’emmêler les pinceaux dans la fatigue du vendredi, et en prenant soin de préciser que je ne suis ni sociologue ni psychologue, mais c’est mon avis et je le partage avec moi-même.
J’ai eu des discussions passionnantes avec des instit’ qui proposaient à leurs élèves de travailler l’imagination par l’invention d’histoires. Il ressort que les enfants n’ont que rarement le souci de la mesure ou de la plausibilité : par exemple, dans une situation désespérée, tout se résoud d’un coup de baguette magique par l’arrivée de la police qui débarque comme par magie (soit, techniquement, un deus ex machina). Cela ne leur pose aucun problème, comme de faire des sauts abracadabrants (la princesse devient un papillon puis un Canadair pour éteindre l’incendie de forêt). Encore une fois, écouter des enfants jouer à construire des histoires le prouve amplement.
Le lien cause à conséquence est ipso facto plus difficile à faire comprendre – je me rappelle au collège de certains rudiments de logique que mes profs ont dû rattraper chez certains élèves, la chaîne de causalité n’étant pas inuititivement saisie par tous (A implique B ne veut pas dire que B implique A). La distinction réel / virtuel est donc très claire, mais les structures logiques purement formelles sont plus difficiles à maîtriser.
Les parents opérant un véritable travail critique sur les a priori (j’ai placé quatre locutions latines, c’est bon, je me la pète officiellement) sociaux sont extrêmement rares et, pourvu qu’on y fasse attention, on le repère partout : il y a une ligne très fine entre propogation du savoir culturel et endoctrinement dû à une absence totale de remise en cause du savoir établi. Trois exemples (pas très subtils, j’avoue, mais indiscutables) au pif.
Évidemment, on est forcé, dans nos rapports à l’autre et plus particulièrement dans l’éducation, de transmettre ce qu’on est, ce qu’on pense, et c’est une richesse dès lors que c’est réfléchi et raisonné. Mais une quantité invraisemblable de présupposés foncièrement inutiles à la vie en groupe et à l’épanouissement de soi enrobent les identités et ne font que ligoter l’enfant et le jeune dans des attitudes considérée comme évidentes, alors qu’elles sont, à mon humble mais ferme avis, sclérosantes pour lui comme pour la société toute entière. Rares sont ceux qui y ont réfléchi deux secondes.
Quand les parents n’ont pas résolu tout le sédiment qu’il charrient dans les profondeurs de leur éducation, cela ne peut que se reporter sur la génération suivante ; plus grave, ces sédiments sont souvent confondus avec une forme de clairvoyance, et leur confusion vient brouiller les cartes de leur progéniture. Sérieusement, comment un enfant peut-il bien réagir quand il découvre que le père Noël n’existe pas et que ses parents lui mentent depuis des années comme un arracheur de dents (et dieu sait qu’on flippe du dentiste à cet âge-là ) ? Réflexion en amont sur les conséquences : nada. C’est « ce qui se fait », ça doit donc être bien.
Mais bon, c’est quand même le vieux fou qui en parle le mieux dans Ainsi parlait Zarathoustra, « De l’enfant et du mariage », et je vais me faire plaisir en le citant :
J’ai une question pour toi seul, mon frère. Je jette cette question comme une sonde dans ton âme, afin de connaître sa profondeur.
Tu es jeune et tu désires femme et enfant. Mais je te demande : es-tu un homme qui ait le droit de désirer un enfant ?
Es-tu le victorieux, vainqueur de lui-même, souverain des sens, maître de ses vertus ? C’est ce que je te demande.
Ou bien ton vœu est-il le cri de la bête et de l’indigence ? Ou la peur de la solitude ? Ou la discorde avec toi-même ?
Je veux que ta victoire et ta liberté aspirent à se perpétuer par l’enfant. Tu dois construire des monuments vivants à ta victoire et à ta délivrance.
Tu dois construire plus haut que toi-même. Mais il faut d’abord que tu sois construit toi-même, carré de la tête à la base. Tu ne dois pas seulement propager ta race plus loin, mais aussi plus haut. Que le jardin du mariage te serve à cela.
Tu dois créer un corps d’essence supérieure, un premier mouvement, une roue qui roule sur elle-même, – tu dois créer un créateur.
La suite (et tout le texte) ici.
Photo : Jouet Smoby Baby pécho sur Pixmania.
How how how, c’est le premier décembre, les petits amis, l’époque des fêtes, de la neige qui ne fond même pas, des sapins en plastique et des dreling dreling de vieux pervers barbus agitant leurs cloches dans les supermarchés en vous remettant des coupons d’économies parce que c’est bientôt Nowel, how how how ! C’est le moment parfaitement choisi pour se montrer désagréable. La nouvelle a un mois mais je n’en ai pas parlé avant, comprenez, j’étais occupé à dépecer les rennes du père Noël pour refaire les sièges de ma Lada :
L’article de Rue89 qui va avec et les réactions qui l’accompagnent laissent franchement les bras ballants :
La banque ne recule devant rien en s’attaquant aux rêves des enfants et en heurtant la sensibilité des plus jeunes d’entre eux !
WTFBBQ ??
Bon, d’une, y a vraiment pas plus fondamental comme sujet d’indignation ? « T’auras pas de taf, de santé, d’éducation, de retraite, d’environnement, de liberté d’expression, mon fils, mais au moins on t’a sauvé le père Noël : tu peux continuer à rêver. » C’est vrai, tant qu’on a l’inaccessible, ma foi, on est sauvé. C’était pas Nietzsche qui disait que l’espoir était la pire des malédictions parce qu’elle entraînait passivité et renoncement ? Sais pu.
Quoi qu’il en soit, il me semble qu’un certain nombre de personnes auraient bien besoin d’un cours de rattrapage éclair sur la différence entre fiction, rêve et mensonge. L’existence du père Noël n’a rien d’un rêve, c’est un mensonge éhonté, point barre. La « magie » se passe parfaitement bien de mensonges : cela s’appelle les rêves, justement, soit l’action de concrétiser son désir ; ou bien la fiction, qui est une forme de jeu et d’enseignement. Le lecteur – ou le spectateur – sait pertinemment que l’histoire à laquelle il assiste est fausse, mais cela l’empêche-t-il pour autant de la vivre avec intensité ? Non. Ce qui est marrant, c’est que les enfants parviennent encore mieux à maintenir cet état d’esprit dual entre réalité et fiction (suffit de regarder dix secondes une cour de récré pour s’en convaincre) ; ils sont même bien plus prêts à laisser leur imaginaire filer dans la direction qui leur plaît, hors des règles et des convenances, en toute liberté. Ne plus pouvoir être émerveillé que par un véritable mensonge, c’est bien là un triste travers d’adulte « mûr ».
Faudrait donc arrêter de prendre les gosses pour des cons, et plutôt les aider à maîtriser au plus tôt la différence entre réalité et imagination – ce pour quoi ils sont très bien armés ; ce sont les adultes qui souvent leur embrouillent l’esprit avec des conventions et des catégorisations qu’eux-mêmes maîtrisent mal. Ce qui manque souvent aux enfants, c’est la maîtrise du lien causal et de la cohérence, mais ils savent bien différencier le vrai du faux – et surtout, bordel, ils savent être émerveillés par le faux.
De là à imaginer qu’à notre époque, un rêve se doit d’être faux, il n’y a qu’un pas. Et il est atrocement révélateur.
Sinon, bons préparatifs à tous, je retourne à la bourse d’échange de charbon, j’ai une livraison à prévoir pour la fin du mois.
Dessin © Black-Charizard (profil DeviantArt)
Vivent Internet et le village planétaire : l’union des bonnes volontés et l’intérêt pour ce qui se fait hors de son pré carré permet la naissance de belles initiatives jetant des ponts sur les fossés nationaux et linguistiques (dieu, quelle envolée, dans deux secondes je déchire mon T-shirt et j’incarne La Liberté guidant le peuple, Delacroix, accroche-toi à ton pinceau).
The Portal existe depuis un petit mois déjà mais je n’en ai vu quasiment aucun écho par ici et c’est bien dommage, car l’ambition est de proposer des critiques et chroniques de l’imaginaire du monde entier, ainsi que des articles de fond sur les genres. On trouve aux commandes Val Grimm, Elizabeth A. Allen et René Walling ; et la correspondante pour la France n’est autre que la fort dynamique Annaïg Houesnard, collaboratrice d’Elbakin.net, que les habitués du festival Imaginales ont déjà vu en traduction simultanée, et qui siège au jury de son prix. Son état des lieux sur l’imaginaire en France est lisible ici (en anglais).
The Portal propose déjà des chroniques de revues (FnSF, Solaris, Strange Horizons pour les plus connus, mais aussi des revues russes, sud-américaines) ainsi que des articles sur les romans les plus intrigants du genre au Danemark, à Sao Paulo, etc. ; et il vient d’inaugurer une série d’articles sur l’écriture dans les genres (« The Key »), ce qui promet d’être passionnant si le site parvient à nous faire partager d’autres visions du monde. Doté d’un impressionnant personnel, cette revue a tous les atouts pour devenir un Locus international si les motivations suivent sur la durée. Or, je pense que la culture et l’imaginaire ont fermement besoin de ce genre de point d’eau pour s’enrichir mutuellement et réussir à sortir de leurs frontières, ce qui devient une condition de plus en plus nécessaire à leur épanouissement. Un seul moyen, donc, pour les soutenir : les lire… et faire circuler l’info.
La lutte pour emporter les marchés du livre numérique ressemble bizarrement à un champ de bataille sans soldats : les enjeux sont énormes, mais, pour l’instant, les liseuses (et donc la pénétration du livre numérique) restent un produit marginal, quoi qu’en disent les enthousiastes. Bien sûr, c’est aujourd’hui que l’on façonne les marchés et les habitudes de demain, mais il y a un petit côté surréaliste à voir d’un côté le bouillonnement d’activité et d’innovation qui se joue entre les éditeurs, l’urgence qu’on lit dans les discours, les intitiatives des enthousiastes, et de l’autre l’air un peu abasourdi du grand public qui se dit, en substance et en majorité, WTF.
Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il ne faut rien faire.
Pour séduire le grand publicLa transition s’opérait doucement, avec des éditeurs purement numériques apparus sur le Net, des balbutiements un peu hésitants côté grande édition (avec des livres électroniques au prix du grand format et verrouillés de partout), des modèles de financement qui se cherchent encore (il paraîtrait raisonnable, quand on connaît l’économie de la chaîne du livre, que l’auteur touche en numérique davantage que les habituels 10 % du prix de vente papier). Prix et verrouillage vouent selon toute logique la publication électronique à l’échec (et la question de la rémunération suscite un mécontentement général).
Car le public :
Je n’invente vraiment rien, tout le monde l’a déjà dit. Tant que ces deux conditions ne seront pas réunies, il semble difficile de séduire le grand marché avec le livre électronique. Pire : mettre sur le marché des fichiers chers et verrouillés ne conduira qu’à leur déverrouillage et à leur circulation illégale. C’est se tirer dans le pied. Dans ces conditions, je pense qu’il vaut mieux ne pas être édité électroniquement du tout (c’est ma position – ou alors c’est en diffusion libre et gratuite).
Je n’ai pas répercuté deux initiatives qui me semblent aller dans le bon sens mais, avec l’offre de Bragelonne parue la semaine dernière, c’est le moment de rattraper l’oubli :
Et c’est donc maintenant Bragelonne (communiqué de presse) qui vient d’arriver sur le marché avec une offre incomparable avec ce qui se fait dans la grande édition classique : 100 ouvrages en lancement pour des prix allant de 2,99 € (imbattable) à 12,99 € (un peu cher) et surtout sans DRM non plus (quand la plate-forme le permet). L’éditeur prend une position forte par rapport à l’approche de ce marché face aux anciennes maisons, et il sera très intéressant de voir les réactions. Bragelonne ayant l’indiscutable poids commercial qu’on connaît, croisons les doigts pour que ce signal contribue, en conjonction avec les initiatives des indépendants de taille plus modeste, à la proposition d’offres qui élargiront le marché au lieu d’emprisonner le consommateur. Il est encore amplement temps d’y réfléchir et d’inverser la vapeur : tout la chaîne du livre peut y gagner.
Photo : téléphone Hello Kitty vu chez Shopgomi.