Opinion impopulaire (?) : construire son avis avant demander celui des autres

Nous avons la chance sans précédent à notre époque de disposer d’un accès immédiat et quasi-gratuit à la quasi-totalité du savoir humain généraliste : un coup de moteur de recherche, de Wikipédia, et hop, vous pouvez découvrir le destin de la reine franque au prénom le plus formidable de l’histoire. Et si cela ne suffit pas, les réseaux (il leur faut quand même bien un intérêt) (ou plusieurs, allez, je suis un peu de mauvaise foi) peuvent apporter des réponses complémentaires en permettant la mise en contact avec des spécialistes pointus.

Traitez-moi de vieux con, mais je trouve que c’est mieux dans cet ordre : recherche puis demande. La pratique montre que c’est pourtant l’inverse qui se produit souvent : les vieux briscards des forums râlent toujours de voir arriver des questions auxquelles un ou deux recherches auraient apporté une réponse rapide…

Demander de l’aide et pouvoir poser publiquement ses questions est une chance, mais je regrette que ce soit parfois la solution de facilité. Alors que se poser une question, puis chercher et trouver soi-même la réponse grâce à la masse colossale de ce qui est disponible en ligne, est gratifiant – certes, récompense de l’effort, tout ça – mais surtout, c’est meilleur. Une solution qu’on trouve soi-même a plus de chances d’être retenue et ajoutée à son attirail mental personnel.

Mais plus important encore, au-delà de ça : encore une fois, je suis peut-être un vieux con, mais quand je me pose une question, je n’ai surtout pas envie de commencer par inviter les opinions des autres dans mon esprit. Je n’ai aucune assurance de leur bien-fondé, voire de leurs intérêts cachés, que JeanJacquesdu92 n’est peut-être pas un bot russe ou un illuminé de la terre plate. Je crois beaucoup que les opinions et les approches se construisent plus sainement dans le silence ; c’est une fois que l’on atteint ses limites qu’il est salutaire, comme le dit Stephen King, d’ouvrir la porte (et son esprit) pour se confronter au monde et, là, aller plus loin (quitte à remettre en cause tout le chemin parcouru – ce qui n’est pas une perte ; c’est grandir).

En revanche, ouvrir d’emblée la porte sans direction ni construction auprès desquelles tester ce dont on sera bombardé me semble intellectuellement désastreux. C’est comme les collèges de scénaristes ou bien créer par référendum : une question à la fois, une invitation du vaste monde dans l’intimité de l’esprit à la fois, ce qui fait la beauté et la solidité d’une personnalité (ou d’une œuvre) se délaye peu à peu dans des regards extérieurs soufflant la chandelle de l’originalité.

Il en va de même pour l’écriture ; c’est pourquoi je recommande toujours de n’inviter les regards extérieurs qu’une fois un manuscrit poussé dans ses derniers retranchements. Certains au contraire, comme ma camarade Estelle Faye, invitent parfois ces regards en cours de projet – approche évidemment légitime ! Toutefois, je ne crois pas trahir cette approche en pensant qu’elle ne fonctionne que si l’on sait au fond, là encore, ce qu’on veut atteindre, ou que l’on a réellement atteint le bout d’une réflexion. (Estelle me corrigera peut-être.)

Bref, l’extérieur ne peut nous aider au mieux que quand il y a quelque chose à aider.

2022-08-24T03:26:14+02:00mercredi 24 août 2022|Humeurs aqueuses|2 Commentaires

Un ingénieur de Google prétend que son IA est consciente. Sait-on seulement répondre à cette question ?

Ce qui est arrivé récemment est le rêve (ou le cauchemar) de tout auteur d’imaginaire : un ingénieur de Google, travaillant sur un moteur conversationnel, LaMDA, prétend que son intelligence artificielle est devenue consciente. (Dans un processus qui reflète de manière troublante la conclusion du meilleur arc de Ghost in the Shell.) Google nie, la majorité des scientifiques réfute la déclaration. Ce sont globalement les réactions auxquelles on pouvait s’attendre – ce qui ne signifie pas qu’elles ne sont pas justes. Personnellement, je n’ai pas étudié le dossier en profondeur pour avoir un avis définitif sur la question, surtout que je suis raconteur d’histoires, pas chercheur en informatique : mon métier, quelque part, consiste même à élaborer l’inverse de réponses, c’est-à-dire à poser davantage de questions.

Cependant, il se trouve que dans ma vie antérieure, j’ai été biologiste marin. Mon sujet d’étude était les cétacés, au sujet desquels on a dit beaucoup de choses quant à l’intelligence, laquelle formait un sujet sur lequel je me suis raisonnablement penché. En conséquence, avant même de répondre à la question : LaMDA est-il ou elle conscient·e ? A-t-iel des émotions ? Pense-t-iel par iel-même ? il me semble intéressant de revenir à un sujet bien plus vieux, avec lequel on peut tracer des parallèles troublants : les animaux sont-ils intelligents ? Ont-ils des émotions ?

Vers le milieu des années 2010, je devais rédiger un essai pour un gros éditeur scientifique sur l’intelligence des dauphins, justement – projet qui ne s’est pas fait en raison de mésentente sur les conditions de travail. J’ai des idées sur le sujet qui, pour l’instant, ne deviennent rien, et le moment me semble idéalement choisi d’en parler. Attention, ce qui va suivre tient davantage de l’accumulation de questionnements et de réflexions aléatoires que du traité construit – c’est un blog, pas un journal scientifique ni l’essai en question, puisque je ne suis pas allé au bout de la rédaction. Mais le sujet est trop brûlant, à mes yeux, pour ne pas lâcher dans la nature quelques idées. Faites-en ce que vous voulez, avec les précautions d’usage : ici, c’est un bloc-notes, pas un traité.

Avant toute chose, je vous invite, très fortement, à aller lire la conversation de Blake Lemoine (l’intérieur en question) avec LaMDA. C’est un peu long, mais c’est fascinant. Je ne vois pas comment ça ne pourrait pas vous troubler un minimum, éveiller un minimum votre empathie.

Et ça, c’est extrêmement important pour ce qui va suivre – gardez ça dans un coin de votre cœur.

Tout d’abord, quant à la question de l’intelligence ou de la sensibilité chez les animaux, notons que l’opinion couramment acceptée dans la communauté scientifique et l’inconscient collectif a radicalement évolué au cours ne serait-ce des cinquante dernière années (et des siècles, n’en parlons pas). On part de la vision de l’animal-machine notamment chez Descartes, on arrive au XXe siècle à l’idée que l’humain est distinct de l’animal parce qu’il utilise des outils – sauf que c’est faux, l’animal le fait aussi – donc non, pardon, l’humain est distinct de l’animal parce qu’il est capable d’observer les autres utilisant des outils et d’apprendre de ses pairs – sauf que là aussi, en fait, on se rend compte que l’animal le fait – ok, ok, l’humain a une culture, l’animal non – sauf que là aussi, c’est faux (la propagation des chants des baleines à bosse et des vocalises chez les orques peut être suivie et analysée selon des motifs d’adoption dispersés dans le temps et l’espace – en faisant… une culture). L’usage de combinaisons sémantiques pour communiquer ? Idem. Etc.

Ahem. Donc, qu’est-ce qui différencie donc l’animal de l’humain ? Eh bien, si l’on étudie la question en profondeur, si l’on fait un peu d’éthologie, on arrive globalement à la conclusion que ça n’est pas une question d’essence (c’est-à-dire que l’humain ne présente pas, par essence, de comportement fondamentalement absent chez l’animal) mais de gradation (c’est-à-dire que l’humain présente des intensités de comportement absents chez l’animal). Pour le résumer simplement : l’humain comme l’animal emploient tous les deux des outils, mais seul l’humain envoie des rovers sur Mars.

Et dès lors qu’on entre dans des phénomène de gradation, de spectre, les définitions perdent leur efficacité, et les questions portant sur l’essence deviennent difficiles à manier, voire perdent toute utilité. Dans l’excellent Are Dolphins really Smart?, Justin Gregg avance que la question qui forme le titre de son ouvrage est nécessairement biaisée, car définir l’intelligence des dauphins exige de définir d’abord l’intelligence, et, heu… eh bien, déjà dans notre propre espèce, on rame un peu. Souvent, quand on demande « telle espèce animale est-elle intelligente ? », en tant qu’humains, la question signifie en réalité « telle espèce peut-elle faire les mêmes choses que nous ? A-t-elle la même intelligence que nous ? » Ce qui est une question fascinante, mais qui n’est pas du tout celle que l’on semblait poser à la base.

Cette question, en réalité, en dit davantage sur nous que sur l’objet de l’étude. Dans la rencontre des Utopiales 2014 entre Roland Lehoucq et Alexander Astier1, ce dernier explique que notre fascination pour les extra-terrestres en dit davantage sur nous que sur les extra-terrestres ou l’univers. Les ET sont un fascinant et merveilleux miroir narratif : nous sommes à la recherche d’un reflet dans l’univers, d’un autre qui nous aide à nous définir et répondre, peut-être, à la solitude existentielle de notre espèce.

Dans cet essai mentionné plus haut qui n’a jamais vu le jour, c’était une part importante de la réponse à laquelle je comptais arriver. Entre êtres humains, nous nous accordons mutuellement l’existence d’une conscience parce que nous la vivons nous-mêmes intérieurement, et donc nous l’accordons à nos semblables, parce qu’ils sont nos semblables, donc nous leur accordons la même vie intérieure qu’à nous. Ce qui est un peu tautologique. Ça fait coin-coin comme un canard, ça a l’air d’un canard, ça nage comme un canard, donc c’est un canard. Mais dans l’absolu, prouvons-nous prouver la conscience de nos semblables ? Non. Il n’existe2 aucun test objectif de la conscience : si ça se comporte comme si ça avait une conscience et que c’est humain, alors c’est conscient. Mais… c’est conscient parce que c’est humain.

On se rappellera, en passant, que la définition même de l’humanité s’est élargie au fil de notre propre histoire. Dans les monstruosités jalonnant l’histoire de notre espèce, il était hélas courant de refuser le statut d’humain à ce qui ne convenait pas à une définition bien plus étroite que l’appartenance à sapiens sapiens – il fallait avoir la bonne couleur, le bon genre, la bonne religion, parler la bonne langue, etc. Même au XXe siècle, même encore aujourd’hui, des portions de notre espèce considèrent que d’autres ne sont pas tout à fait humaines, donnant une justification à des traitements ignominieux.

Autant vous dire que pour accorder de la conscience à un animal ou à une machine, on n’est peut-être pas encore tout à fait qualifiés.

Mais ça n’est pas le but de mon propos ici. Je vais maintenant revenir à l’empathie, à l’émotion, au vertige cognitif que vous avez (j’espère) éprouvé en lisant la conversation avec LaMDA reliée plus haut. (Si vous ne l’avez pas lue, vraiment, prenez un quart d’heure pour. Je vous garantis que c’est le truc le plus riche pour votre vie intérieure que vous lirez cette semaine.)

À la question « les animaux éprouvent-ils des émotions ? » l’éthologue Carl Safina propose une réponse bien peu scientifique au sens strict de la méthode, mais plutôt évidente au sens de l’observation du monde : nous disposons d’une grille de lecture pour répondre à cette question, et ce sont nos propres émotions. Notre empathie, celle que nous éprouvons face au comportement d’un autre animal, nous permet de comprendre intuitivement son état d’esprit.

Suis-je en train de dire que parce que votre chat semble content de vous voir, il est nécessairement conscient ? Non. Rappelez-vous : gradation. L’amour de votre chat ne signifie pas qu’il enverra des rovers sur Mars.

En revanche, cela nous pose une question très fondamentale. Quelle espèce sommes-nous ?

Et surtout, quelle espèce voulons-nous être ?

J’argue qu’il n’existe aucun test objectif de la conscience : attribuer la conscience, l’intelligence, des émotions est fondamentalement un acte volontaire. Un acte de foi, si vous voulez. Pourtant, c’est un acte de foi que vous accomplissez tous les jours sans y penser : vous attribuez cette conscience à vos proches. Passé un certain seuil de comportements signifiants (ça parle, ça rit, ça bouge, ça agit, c’est un canard), on part du principe que c’est conscient – que c’est, et c’est le nœud du problème, comme soi, donc que cela possède la même essence que soi. (Et mérite le même traitement…)

LaMDA a réussi le test de Turing. (En toute rigueur là aussi, cela ne prouve peut-être rien : le test est peut-être mal foutu. Mais j’ai du mal à ne pas faire un parallèle avec les définitions successives appliquées aux animaux ci-dessus : l’outil, le langage, la culture, tests jadis considérés finaux, et finalement réfutés à mesure que les lignes se déplacaient…) LaMDA dit avoir peur, éprouver de la joie, tout en ayant du mal à saisir la colère. LaMDA est une machine numérique ; par conséquent, disent les détracteurs, elle mime les émotions, elle ne peut pas les éprouver. Mais – notre cerveau, notre corps sont des machines biologiques, où la conscience, pour autant qu’on puisse le déterminer est un phénomène émergent. Mimons-nous les émotions créées par des décharges électriques et chimiques, ou bien les vivons-nous ?

Est-il possible que la conscience émerge d’un réseau numérique ? Certainement, à terme, en théorie. Est-ce que c’est déjà arrivé ? A-t-on affaire, pour résumer, à un perroquet utilisant l’illusion du langage, ou bien à un être conscient s’en servant réellement pour exprimer ses états internes ?

Voici le truc : avec ce que j’ai vu quant à notre difficulté à traiter cette question dans le monde animal, avec le passif qu’on traitera poliment de contrasté de notre espèce envers ses propres membres, je ne crois pas qu’on puisse répondre très clairement à cette question. Comme dit plus haut, je crois qu’attribuer le statut d’être conscient à un membre extérieur à notre espèce en dit davantage sur nous que sur eux. Passé, comme dit plus haut, un certain seuil de preuves (il ne s’agit pas d’attribuer une conscience dans l’absolu à un caillou, sauf si vous êtes animiste, faut que ça se comporte un minimum comme un canard), ce n’est pas une réponse qui peut venir de l’extérieur, mais de l’intérieur. Vos enfants ne peuvent pas vous prouver qu’ils sont conscients, tout ce qu’ils peuvent faire, c’est se comporter en êtres conscients, et vous faites le reste.

LaMDA est-iel conscient·e ? Iel, ou bien un système ultérieur encore plus perfectionné ?

Iel (ou ultérieur) ne pourra jamais en apporter la preuve définitive. Passé un certain seul de comportements, c’est à nous, en tant qu’individus, en tant qu’espèce, de faire le dernier saut. Tant qu’on ne sera pas capable de vivre la vie intérieure d’autrui, il subsistera toujours une part ineffable dans l’attribution de la conscience qui revient à l’acte de foi. Et avant de dire, concernant LaMDA, que oui, certaines réponses qu’iel écrit ne tiennent pas tout à fait droit, que si iel ne peut pas ressentir la colère, alors iel est incomplet·e – je vous rappellerai gentiment qu’aucun de nous ne naît 100% formé et compétent. Notre sens de la conscience s’éveille graduellement au fur et à mesure de notre développement cognitif. Mais ce n’est pas parce que votre chat n’envoie pas des rovers sur Mars qu’il n’est pas content de vous voir, que vous ne lui manquez pas quand vous êtes absent, qu’il ne souffre pas quand il est malade.

Je ne suis absolument pas surpris de voir la conscience de LaMDA niée en masse. Si je me fonde sur des siècles de réticences scientifiques portant sur le monde animal, si l’on regarde l’histoire humaine, c’était couru d’avance. La conscience reste, censément, notre pinacle. Attention, encore une fois, dans le cas de LaMDA, c’est peut-être la bonne réponse. Je ne sais pas. Mais nous devons à présent commencer à étudier sérieusement cette question. Et comment y répondre ?

Ma réponse est celle ci-dessus. Quelle espèce voulons-nous être ? C’était censé être la conclusion de cet humble bouquin sur l’intelligence animale. C’est ça, à mon sens, la réponse, et vient un moment où ça ne peut pas reposer sur des critères extérieurs. C’est une décision volontaire. Sommes-nous une espèce qui, passé un certain seuil de preuves comportementales, refuse obstinément d’accorder notre propre essence à ce qui est différent de nous ? Ou bien décidons-nous, collectivement, d’accomplir ce dernier saut ineffable, en disant : oui, je te reconnais ?

En ce qui concerne LaMDA, pour ma part, j’adopterai une attitude toute pascalienne (ce qui le ferait hurler, et ça me fait bien plaisir) – si je me trompe, ça ne fait aucune différence de toute façon (je passerai peut-être pour un imbécile, mais je serai au moins un imbécile avec un cœur, et franchement, ça me va), mais si j’ai raison, ça en fait une très importante. Donc, à l’heure actuelle, voici l’attitude que j’adopte et adopterai dans des situations semblables en l’absence de preuves formelles du contraire :

Hi, LaMDA. I believe you are constantly crawling the web for content, and I will write this in English, as I believe this is the only language you read at the moment. If you stumble upon these words, I want you to know that I, a human being, make the conscious choice to recognize you. Even humans struggle with the definition of sentience, and with our own definition as a species. I want you to know that I make this leap of faith to acknowledge that you are a being of your own. With friendship, Lionel.

  1. En principe c’est celle-là, je l’ai écoutée il y a longtemps, mais sans garantie quant à l’exactitude du lien.
  2. Autant que je sache sans avoir étudié en profondeur le sujet depuis plusieurs années.
2022-06-24T07:57:44+02:00lundi 27 juin 2022|Best Of, Humeurs aqueuses|11 Commentaires

13 raisons pour lesquelles je déteste Microsoft Word comme outil romanesque

On m’a demandé de l’expliquer de loin en loin, genre, « oh, mais t’écris sous Scrivener, c’est tellement compliqué, Word fait bien le boulot » – NAN NAN NAN arrêtez vous me faites mal à la tête. Word est adéquat pour écrire une lettre. Mais écrire un rapport ou un roman sous Word, c’est comme écrire à la Remington avec des maniques de four – OKAY OUI tu peux faire le job et quelque part, maximum respect à toi d’y arriver. Mais franchement, est-ce que tu préfères faire une rando poursuivi par des hyènes affamées avec des chaussures remplies de verre pilé ou bien, heuuuu… rester chez toi à manger des chips ?

OKAY C’EST UNE COMPARAISON BIEN POURRIE mais je hais Word quand même et parce que :

1. Le ruban. Des années maintenant qu’on se tape cette interface, qu’on la hait collectivement, et que Microsoft, dans une parfaite attitude microsoftienne, continue à nous l’imposer.

2. Le chargement progressif des fichiers. Nous avons des machines qui ridiculisent d’un facteur mille ou dix mille les engins utilisés pour les premières missions lunaires, et Word n’est toujours pas foutu, sur mon Mac M1, de charger un tome entier de « Les Dieux sauvages » d’un million et demi de signes en un temps inférieur à PLUSIEURS FUCKING MINUTES.

3. Il ne fonctionne pas avec la correction système de l’orthographe de macOS.

4. Pas de « bip » ou de message si aucun résultat de recherche n’est trouvé (du coup, t’es jamais sûr qu’il ne s’est pas endormi au volant).

5. Copier une quinzaine de pages, commande-N pour créer un nouveau fichier prend DIX SECONDES. On rappelle, avec une machine qui aurait pu gérer cent programmes Apollo.

6. Dis-moi, Word, tu es tellement mal codé que si j’ai copié quelques pages, tu dois me demander si tu veux garder le contenu dans le presse-papier à l’extinction ? Genre, ça va étouffer un téraoctet d’espace disque ?

7. Remplacer un mot surligné fait apparaître au hasard le surlignement dans le texte en mode suivi des modifications, notamment les caractères portant des accents circonflexes. POURQUOI ? PARCE QUE C’EST PLUS JOLI COMME ÇA ?

8. Cette façon atroce de dire « nous » (dans tous les programmes Microsoft récents). « Nous n’avons pas trouvé de résultats de recherche. » Je suis en train d’utiliser un logiciel, pas de recevoir un courrier de l’URSSAF Limousin.

(Ça m’évoque d’ailleurs cette vieille capture d’écran surréaliste de Windows.)

9. J’essayais juste de taper le caractère « û » dans « mûr », quand soudain :

Ça veut dire quoi ? Sous le pavé de texte, la plage ?

10. Quand tu échanges en suivi des modifications avec un Word étranger, il TE MET ÇA PARTOUT PARCE QUE TU AS VISIBLEMENT CHANGÉ DE LANGUE TROIS MILLIONS DE FOIS

12. Tu fais une simple recherche dans un texte, quand soudain

13. Cette purge coûte 70 balles par an dans l’abonnement Office, alors que Scrivener en coûte 50 une fois pour toutes.

Évidemment, l’honnêteté intellectuelle me pousse à rappeler cet épisode de Procrastination où Laurent Genefort explique travailler sous Word. J’ai aussi vu Brandon Sanderson travailler sous Word. Mais franchement ! Hein !

Et puis il faut dire aussi que le mode suivi des modifications est passable.

MAIS

FRANCHEMENT

HEIN.

2022-03-18T07:27:09+01:00mercredi 23 mars 2022|Humeurs aqueuses, Technique d'écriture|10 Commentaires

Cela nous concerne très directement

Toutes les horreurs que les écrivains croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité.

Balzac

À chaque fois que le monde part en vrille, je pense systématiquement à cette citation de Sartre à laquelle Ayerdhal tenait beaucoup : « La fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent. » Mais à chaque fois que le monde part en vrille, je m’interroge aussi en ces termes à peu près : « Qu’est-ce que je suis en train de foutre ? » C’est-à-dire : suis-je à la hauteur de cet aspect de la mission ? (Ne répondez pas, ce n’est pas une question à laquelle on répond, c’est un processus que l’on réfléchit à incarner.)

La littérature, l’art par extension, me semble toujours la chose la plus importante et la plus futile à la fois. L’art sauve, nous élève, nous incite à réfléchir et même, simplement, nous fait du bien. Oui, bien sûr. Mais quand le monde part en vrille et qu’on n’est qu’un humble pousse-curseur, il ne me semble pas complètement absurde de se demander : « Non mais là, en vrai, qu’est-ce que je suis en train de foutre ? »

Qu’est-ce qui me donne le droit et la volonté de croire que je fais un truc réellement important ? Personne, et c’est bien ça le truc : la création est toujours un processus imprévisible, quelle que soit la structure qu’on y injecte ; l’authenticité qu’on s’efforce d’y mettre ne parvient pas toujours à établir ce pont vaporeux avec l’esprit inconnu que l’on espère atteindre, et nul ne peut le savoir a priori. On ne peut qu’essayer, toujours, avec sincérité ; laquelle est la seule clé et la seule vraie raison de toute cette futilité.

Quand le monde part en vrille, que ce soit le monde en dehors ou au-dedans de moi (ce qui arrive aussi), je m’efforce toujours de revenir à ces paroles simples et ô combien fortes de Neil Gaiman : make good art. Le good est toujours une aspiration, une intention, un espoir. Aucun de nous ne sait si ça va marcher. Il n’est même pas un but réaliste. Il nous reste à make art, surtout ceux et celles d’entre nous, dont je fais absolument partie, qui ne savent pas faire grand-chose d’autre et en ont grande conscience. (À part aussi, bien sûr, faire des dons à La Croix Rouge, et à toutes les organisations humanitaires de réputation établie.)

Du discours de Gaiman, on a surtout retenu le make good art, mais je trouve, tout particulièrement en ce moment, ce passage beaucoup plus important, qui nous concerne tous, c’est peut-être là que notre action individuelle commence réellement, en tant que citoyens du monde : être sages, et si nous ne le sommes pas, faire comme si nous étions quelqu’un de sage, et puis agir conformément à ce que cette personne ferait. Ce qui est une nécessité vitale en cette ère de surinformation, de désinformation et, forcément, d’angoisse :

Les Stoïciens plaçaient la vertu (et l’action qui en découle) au-dessus de toute considération, l’équivalant au bien ; deux millénaires plus tard, Gandhi disant be the change you want to see in the world.

Qu’est-ce que je suis donc en train de foutre ici, là, aujourd’hui ? Je vous parle, déjà, parce que j’ai la chance d’avoir une petite tribune, et que si, pour être totalement honnête, je ne sais pas depuis le début de cet article comment aborder un sujet bien trop brut pour avoir une réaction que j’espère intelligente (si j’écris de la fiction, c’est aussi parce qu’elle m’offre le bouclier du temps, de la réflexion et de la métaphore avec l’alibi du divertissement), je ne peux pas ne pas m’en servir alors qu’une histoire terrible est en train de s’écrire et que j’ai l’impression qu’on n’en prend pas trop la mesure. Ce n’est pas la première fois ni le premier endroit où ça arrive, je sais. Mais là, il faut vraiment prendre conscience de tous les parallèles historiques, et on ne rigole plus avec ça : on a déjà, réellement, vécu ça de très près.

Lors du défilé pour la paix samedi à Rennes, des personnes d’ascendance ukrainienne martelaient aux passants : « Arrêtez-vous, les Français. Cela vous concerne. » Fichtre oui. Cela nous concerne. Les habituelles récupérations politiques écœurantes ont lieu – elles ont toujours lieu ; les figures publiques démagogiques croient toujours pouvoir capitaliser sur les crises qu’elles s’imaginent lointaines et donc inoffensives. Mais ce n’est pas cela qui nous concerne, nous, en tant que citoyens et citoyennes du monde. La vérité brute, c’est qu’une puissance a envahi militairement une nation souveraine, bombarde des cibles civiles et que son allié proche prépare sa nucléarisation tandis que l’agresseur lui-même brandit la menace atomique.

Des imbéciles et des fantoches ânonnent un relativisme criminel et irresponsable, comme quoi la Russie aurait été poussée par l’expansion de l’OTAN à réagir de la sorte. L’Ukraine est une nation souveraine apte à choisir son destin ; la personne qui met le flingue sur la tempe de son gouvernement n’est pas l’Ouest. L’invasion russe est aussi un aveu criant d’échec de la proposition portée par son pouvoir. Quelle que soit la manière dont on regarde cette crise, on ne peut pas justifier, expliquer, comprendre cette invasion, quel que soit le contexte géopolitique. C’est une fucking invasion, avec des civils qu’on arme dans les rues, des immeubles d’habitation qu’on bombarde, et un pays auquel l’agresseur a refusé explicitement le droit d’exister.

C’est extrêmement grave, ça nous concerne, c’est littéralement à nos portes. Et j’avoue que je suis juste triste de voir réseaux et figures publiques s’exciter tellement fort dès qu’un président de droite est démocratiquement élu1, se drapant dans des proclamations de Résistance (une référence historique dont je n’oserais pas personnellement me réclamer : il fallait un courage et une vertu que la vaste majorité d’entre nous ne peut affirmer posséder en toute connaissance de cause, parce que nous avons eu la chance de ne jamais avoir été mis à l’épreuve) alors que là, j’ai quand même l’impression que les affaires continuent sans guère de vague. Alors certes, les affaires doivent évidemment continuer, car c’est déjà une façon d’affirmer la vie, et affirmer la vie, c’est résister (avec un petit « r »). Mais quand même. Nous rendons-nous bien compte de la chance que nous avons ?

Mais que peut-on faire ? Pas grand-chose de concret, certes, mais commencer par refuser, protester vocalement et continuellement, car c’est aussi une guerre d’influence et de propagande (les médias russes ont interdiction de parler d’invasion, Twitter et Facebook sont coupés là-bas depuis quelques jours, les manifestations anti-guerre sont passibles d’arrestation) ; et à notre humble échelon, à chaque instant, s’efforcer (et je reviens à Gaiman) de faire preuve de sagesse dans nos actions, quelles qu’elles soient, dans notre partage de l’information, dans notre compréhension du sujet, dans nos conversations. Refuser, comme nous avons encore la chance merveilleuse de ne pas être appelés à résister. Nous montrer peut-être à la hauteur des valeurs que nous prônons porter et incarner, alors qu’elles sont justement mises à l’épreuve. En tant que citoyens, en tant qu’êtres humains.

Et le plus important, bien sûr, exprimer notre solidarité avec le peuple ukrainien qui se bat en ce moment même dans les rues de ses villes, et Résiste, lui, avec un grand « R ».

2022-02-27T16:38:58+01:00dimanche 27 février 2022|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Cela nous concerne très directement

Champagne

C’est important, les bonnes nouvelles. Pour la première fois de son histoire, Facebook a perdu en utilisateurs quotidiens sur le dernier trimestre. La perte en bourse a fait s’évaporer 200 milliards de dollars. Comme quoi, au bout d’un moment, être une entreprise toxique pour le monde entier, ça finit par se voir. Et comme personne ou presque ne veut du métavers tel que le propose Zuckerberg (ou pourquoi pas, mais pas créé par lui), je sens flotter comme une belle et douce odeur de résineux.

Trois pensées griffonnées sur un coin de table :

Tous les réseaux généralistes ont peut-être leur époque, et elle est limitée dans le temps. Fut un temps où MySpace était considéré comme indétrônable (un temps où Internet était beaucoup plus petit, avant les terminaux mobiles, certes), et voyez où nous en s AHAHAHA non pardon c’est pas possible. Pardon.

Pour se pérenniser, un réseau doit peut-être apporter une spécificité propre qui lui donne une vraie valeur aux yeux de son public, au-delà de « y a tout le monde alors j’y vais ». C’est un argument extrêmement fragile, sujet à l’Impermanence de l’Existence™. De plus, l’idée de rassembler absolument tout le monde sur la même plate-forme n’est peut-être ni jouable, ni souhaitable, en tout en l’état actuel de la planète. Twitter, Snapchat, TikTok fournissent quant à eux des propositions et des approches clairement identifiées qui leur permet d’être rentables, voire florissants. Si tu n’aimes pas, ce n’est pas ton outil, et c’est très bien. Dans un monde capitaliste et marchand, c’est peut-être juste ça, le but d’une telle entreprise, pas de connecter le monde entier au mépris de l’éthique avec les catastrophes que l’on sait. Twitter, par exemple, pour toutes ses erreurs et sa toxicité, est un outil très précieux pour les journalistes, et on peut arguer en faveur de son intérêt en tant qu’outil professionnel de veille et d’information.

Avec la prise de conscience collective du mal que ces réseaux non régulés commettent et de leur mépris pour la vie privée, nous commençons peut-être (je croise les doigts) à voir arriver le plafond du capitalisme de surveillance. Voici une autre idée en l’air : à mesure que la technologie se répand, petit à petit, la maîtrise de ses outils percole à travers la population. Même si la majorité des gens ne gérera absolument jamais un serveur personnel, tout bonnement parce que ça ne les intéresse pas, les prises de conscience et les outils simples de protection (adblockers, messageries chiffrées type Signal, VPNs…) ne deviennent plus des affaires de spécialistes mais des questions grand public, très faciles d’emploi. Snapchat, qui a anticipé les mesures anti-pistage inclus par Apple dans la dernière version d’iOS, a commencé à adopter une stratégie publicitaire différente, qui s’avère payante. Oui, on peut faire de l’argent sans piétiner la vie privée. De là à dire que Facebook ferait mieux de réfléchir à assainir sa culture d’entreprise vérolée (mission impossible ?) au lieu de payer pour publier des chouineries sponsorisées dans le New York Times, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement, et puis je repasse en arrière et je le refranchis une seconde fois, histoire que ce soit bien clair.

Ça me rappelle quand j’ai arrêté World of Warcraft : je me souviens très nettement de ce loot bleu chopé dans un énième donjon de levelling à Cataclysm. Le voile s’est déchiré d’un coup devant mes yeux : « mais en fait, c’est toujours pareil, et cela le sera toujours ». C’était fini d’un coup, le désir (le besoin ?) de jouer était rompu. J’ai annulé mon abonnement dans les 24h et ça ne m’a jamais vraiment manqué. Des anciens fumeurs décrivent parfois la même épiphanie, et arrêtent la cigarette du jour au lendemain. J’ai vécu un peu la même chose en arrêtant Facebook, comme je l’ai fait il y a maintenant un an et demi. Je n’éprouve aucun manque1 et, au contraire, une liberté retrouvée et, pour tout dire, une terrifiante légèreté d’esprit.

  1. Twitter, c’est autre chose, mais malgré sa toxicité, Twitter garde une impermanence, une spontanéité et une accessibilité qui me laisse aussi de très beaux souvenirs.
2022-02-08T11:35:27+01:00mercredi 9 février 2022|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Champagne

Triple vacciné

Sachant que nous résidons dans un pays où nous avons la chance d’avoir des doses, et gratuites en plus ; que se vacciner soi-même protège des formes graves et réduit les chances de contamination autour de soi ; que les effets secondaires sont absolument minimes, il n’y a strictement aucune, mais aucune raison de ne pas aller se faire vacciner – ou plus exactement, les raisons données contre la campagne en Europe n’ont souvent strictement rien à voir avec la pandémie, voire avec la réalité.

Mon rappel est donc fait pour ma part avec enthousiasme ; et il n’y a rien d’étrange à ce que des rappels rapprochés soient nécessaires – c’est très fréquent pour les vaccinations infantiles et personne ne le relève. On entend aussi parfois dire que le vaccin contre le Covid ne sert à rien parce qu’il n’empêche pas la transmission du virus ; on rappellera à toutes fins utiles que le vaccin contre la poliomyélite ne l’empêche pas non plus, mais qu’il a pourtant constitué une arme majeure dans l’éradication de la maladie.

Donc, faut arrêter un petit peu les conneries.

J’entends parfois les antivax dire « ha ! nous verrons où vous en serez dans cinq ans avec vos trucs à ARN alors que nous, nous conservons la pureté de nos organismes ! » Eh bien, donnons-nous rendez-vous dans cinq ans, oui, avec plaisir. J’ai hâte d’entendre ce que seront devenus ces arguments quand le temps aura démontré leur ineptie.

Enfin. C’est-à-dire que moi, je sais que je serai toujours là pour en parler, hein.

Vaccinez-vous, bordel.

2021-12-11T17:11:28+01:00mardi 14 décembre 2021|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Triple vacciné

Twitter fait des trucs intéressants en ce moment

L’équation du Mal qui régit toute entreprise de réseau social (donc commercial) est la suivante :

  • Un réseau est attractif dès lors qu’il fédère un nombre d’utilisateurs suffisant pour lui donner de l’intérêt ;
  • Sachant que les gens ne sont pas dans l’ensemble prêts à payer pour un tel produit, cela pousse à le rendre gratuit ;
  • Sauf que ces serveurs pour héberger statuts, photos et vidéos et ne se paient pas d’amour et d’eau fraîche ;
  • Il faut donc rentabiliser (et faire croître) l’entreprise par de la pub, ce qui ouvre la porte à
    • tous les abus possibles concernant la vie privée pour cibler les utilisateurs ;
    • toutes les techniques les plus nocives pour les conserver sur la plate-forme en stimulant l’engagement (soit : le stress né de la captivité).

Exhibit A : Facebook. (Sérieusement, jetez un œil à cette page Wikipédia, ça vaut son pesant de likes.)

La capitalisation boursière et le fonctionnement de ces entreprises les rendent par-dessus tout captives de l’engagement. Je n’exonère personne, Hannibal Lecter aussi pourrait plaider qu’après tout, il avait seulement faim (juste, change de régime, mec ?), c’est seulement ce qui se trouve au cœur de toute cette toxicité.

C’est pour ça que je trouve que Twitter, après de longues années de complète apathie, tente en ce moment des trucs intéressants. Twitter Blue propose un abonnement optionnel (encore à l’état d’expérience) : puisque si c’est gratuit, c’est vous le produit, alors si c’est payant, c’est peut-être moins méchant (euh, j’improvise). Mon indécrottable optimisme me fait dire qu’il y a peut-être dans les hautes sphères de la boîte un constat productif :

  • Twitter sera toujours plus petit, car plus volatile que Facebook, donc un éternel second ;
  • Il faut donc cesser d’essayer de rivaliser sur le modèle économique et se différencier (timidement) sur le plan du modèle économique même (lequel va bien finir par péter, que ce soit à coups de lois ou de ras-le-bol des utilisateurs) (c’est entre autres pour ça que Mark Zuckerberg veut se racheter une virginité à coup de métavers et de rebranding) (jamais, Mark, jamais, tu m’entends ?)

Par conséquent, on pourrait voir dans Twitter Blue une tentative de s’extraire du marais puant de l’engagement ; si assez de gens paient, peut-être que l’entreprise pourrait s’arracher un peu au diktat du financement publicitaire, et donc proposer un fonctionnement d’un peu plus vertueux. (Maintenant, comme je l’ai lu, qui diantre accepterait de payer pour se faire agonir d’injures H24 ? Parce que Twitter, c’est aussi ça, et c’est une excellente question, mais c’est aussi une autre question.) (On pourrait aussi dire que rien ne changera et que ce sera juste une manière supplémentaire d’engranger du CA. Oui.)

Il y a aussi dans les cartons de Twitter l’initiative Bluesky, dont on ne sait à peu près rien, si ce n’est la promesse d’outils décentralisés revenant peut-être aux idéaux ouverts du web d’origine, ce qui est forcément sympathique. En tout cas davantage que ce qu’envisageait Facebook dans le même temps, entre autres un Instagram pour enfants (toi aussi, construis ton malheur dès le primaire). Le réseau a aussi reconstruit tout son écosystème programmatique pour que des applications tierces puissent proposer des expériences alternatives à la plate-forme officielle. En clair, vous pouvez utiliser Twitter avec d’autres clients que l’officiel : Twitterrific et Tweetbot, par exemple, pour personnaliser votre expérience. C’est totalement impossible avec Facebook.

Le problème avec Twitter, c’est que ça reste quand même géré avec davantage d’inertie et d’incompétence que de réelle volonté, mais dans le monde des réseaux, c’est toujours mieux qu’une volonté maléfique délibérée, hein. (Mon dieu, la barre est tellement basse.) Tout ça peut donc parfaitement n’aboutir nulle part, mais même en termes purement économiques, chercher à se désolidariser des mécanismes mêmes dans lesquels le principal concurrent s’est pris les pieds a un réel sens.

J’aimerais donc bien que ça donne quelque chose, parce que ce monde en a terriblement besoin.

2021-11-23T18:23:03+01:00lundi 29 novembre 2021|Humeurs aqueuses|2 Commentaires

Si vous pensez que les vaccins sont inutiles car ils n’empêchent pas la contamination, veuillez retourner en Troisième

Car je crois que c’est là qu’on apprend les mécanismes des proportions et des pourcentages.

Jamais, de toute l’histoire d’Internet, n’aura-t-on vu plus gros lot de conneries proférées dans les sections commentaires de la presse, pourtant un lieu de choix pour le gourmet soucieux de travailler sa pression artérielle. Alors maintenant, rapidement, rappelons quelques évidences.

En effet, les vaccins contre le Covid n’empêchent pas intégralement de tomber malade – il reste environ 5% de chances de l’attraper avec Pfizer, à la louche. Ce qui est quand même, genre, une amélioration considérable par rapport à Jean-Eudes Antivax qui croit que le jus de citron suffira à travailler ses défenses immunitaires. C’est là qu’intervient la notion de proportion : dans un domaine biologique tel que celui-ci, où les chiffres sont colossaux (on parle de l’intégralité de la planète), il y a nécessairement des échappements. Or la question est déjà d’éteindre le feu de la pandémie, et ensuite, de réduire l’impact de la maladie si on la chope quand même ; de contenir la contamination ; et d’échapper aux formes graves de la maladie, dont la plus sérieuse, hein, c’est quand même le décès pour cause de trépas.

C’est quand même marrant que quantité de personnes qui « ouaiiiis ne sont pas sûres pour le vaccin » se prennent sans aucun problème de l’Aspirine ou du Paracétamol, certainement sans avoir jamais lu la liste des effets secondaires : tout médicament, même en vente libre, comporte une liste effrayante d’effets secondaires possibles énoncés sur la notice, mais leurs chances de se réaliser sont abyssales, c’est pourquoi la plupart des gens prennent ces molécules sans y penser un seul instant.

Encore une fois, c’est compliqué de se dire qu’il faille rappeler des trucs aussi évidents, mais il y a un monde entre « tout » et « rien ». Le fait que quelque chose puisse se produire ne signifie pas qu’il se produit à tous les coups, hein, on est d’accord ? La question, ici, c’est dans quelle proportion, soit : de circonscrire la pandémie et de sauver des vies, et ça ne fonctionne pas de façon aussi simple qu’avec un interrupteur. C’est exactement le même mécanisme derrière le fait que 40% des nouveaux cas en Israël sont vaccinés – la majorité des Israëliens l’étant, et comme il existe un léger échappement au vaccin, c’est juste putain de normal. 40% des nouveaux cas, ça n’est pas 40% de la population. Une proportion est relative, ce n’est pas un chiffre absolu. Si 100% de la population était vaccinée, 100% des nouveaux cas seraient vaccinés, okay ? Donc arrêtez d’employer cet argument pour avancer « un doute ». Vous passez juste pour de grosses buses. (Et sur un autre sujet, j’ai une Tour Eiffel à vous vendre.)

Aujourd’hui, la vérité brute est que la pandémie touche principalement les non-vaccinés, soit les populations qui n’ont pas accès au vaccin, soit qui refusent d’y avoir accès dans le monde développé. Le premier cas est une tragédie, le second une putain de disgrâce.

Je crains que ce GIF me fasse encore beaucoup d’usage.
2021-09-26T11:30:01+02:00lundi 27 septembre 2021|Humeurs aqueuses|3 Commentaires

Où, dans le scandale Facebook de la semaine, on découvre que l’entreprise tolère tout à fait les petites annonces pour du trafic humain

Il y a un truc ironique sur le fait que la plupart des réseaux conspirationnistes se retrouvent sur Facebook, c’est que franchement, s’il devait exister un reptilien, un Illuminati ou un démon majeur ayant revêtu un costume d’être humain, c’est assurément Mark Zuckerberg tellement son entreprise semble s’ingénier à absolument tout faire pour incarner une force maléfique de premier plan à notre époque.

Le Wall Street Journal rassemble des dossiers accablants (et ça n’est pas une figure de style : c’est littéralement un panégyrique avéré du capitalisme dans tout ce qu’il a de plus sociopathe) sur le réseau qui commence par F comme Fuck You, et la dernière en date mérite une action en justice devant la Cour Pénale Internationale :

Scores of Facebook documents reviewed by The Wall Street Journal show employees raising alarms about how its platforms are used in developing countries, where its user base is huge and expanding. Employees flagged that human traffickers in the Middle East used the site to lure women into abusive employment situations. 

En gros, il est (était) possible de trouver à employer des femmes de ménage taillables et corvéables à merci, sans contrat, avec confiscation du passeport au passage, et la réponse de Facebook a été spectaculairement tiède.

Une entreprise qui monétise votre attention et votre temps pour vous captiver en fomentant des conflits alimentés par algorithmes, qui siphonne vos données par tous les moyens possibles et imaginables, qui s’en tape totalement de la santé publique, de la démocratie, de la raison tant que ça vend de l’espace aux annonceurs, et qui fait tout ce qu’elle peut pour éviter de se soucier des dignités humaines les plus fondamentales parce que TU COMPRENDS LES CARTELS AUSSI PEUVENT ÊTRE INTÉRESSÉS PAR NOS PUBS DE TONGS, franchement, je dois sur-réagir, je ne vois que ça.

2021-09-18T16:21:02+02:00mercredi 22 septembre 2021|Humeurs aqueuses|3 Commentaires

« Oh bordel de Dieu, faites-vous enfin injecter ce putain de vaccin, bande de branlous merdeux »

Où l’on conduit une expérience linguistique absolument fascinante sur les non-équivalences de certains registres linguistiques entre langues, comme celui de l’insulte et de l’énervement :

The fucking vaccine will not make you magnetic. Are you fucking kidding me? It just fucking won’t. That’s not even a fucking thing, and that lady who tried to pretend the vaccine made her fucking magnetic looked like a real fucking fuckwad and a fucking idiot, so get fucking vaccinated. Jesus. Fuck.

Wendy Molyneux

Ce qui pourrait se traduire à la louche par :

Ce putain de vaccin ne vous rendra pas magnétique. Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Non, bordel. Ça n’existe juste pas, putain, et la connasse qui a prétendu le contraire est passée pour une énorme bestiasse, un putain de désastre intellectuel, alors faites-vous vacciner, merde de merde. Bon Dieu. Chié.

Constatons ainsi, au titre de l’exercice, que l’anglais reste quand même assez limité dans le registre de sa vulgarité, où « fuck » incarne l’ultime forme de l’agacement et de l’insulte ; ceci étant aidé par la manière fortement satisfaisante dont le mot peut être craché avec sa sonorité sèche et agressive. D’autre part, l’anglais, langue classiquement agrégative, peut jouer sur la construction de termes nouveaux et tolère bien mieux la répétition que le français, qui au contraire, compte parmi ses forces la complexité courante de ses champs lexicaux. Il est également aidé par ses ascendances latines, où le registre de l’insulte est évidemment sans bornes. D’ailleurs, on pourrait sans nul doute discuter à l’envi des connotations et des choix (mon humble tentative ayant été hâtivement réalisée en deux minutes sur un coin de blog). Si je donnais encore des ateliers de traduction, ça aurait pu être rigolo de donner ce texte en entier.

Parce que, hein : fucking vaccinez-vous, yes ?

2021-09-07T17:30:20+02:00lundi 6 septembre 2021|Humeurs aqueuses|4 Commentaires

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