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Connectivité limitée, à nouveau

Je repars brièvement pour une dizaine de jours à l’étranger, cette fois assez loin et perdu dans la nature pour que ma présence en ligne soit très loin d’être garantie pour les dix jours à venir. Recommandations habituelles d’usage (il faudrait que je me fasse une page aide-mémoire, tiens, pour référence ultérieure) :

  • Le blog passe en mode léger (même s’il continuera à y avoir une petite nouveauté tous les jours de la semaine), idem pour les réseaux sociaux ;
  • Je ne suis pas joignable, mais traiterai tout à mon retour : en cas de réelle urgence, n’hésitez pas à me mettre une petite balise [URGENT] dans l’intitulé de votre communication pour attirer mon attention ;
  • Soyez sages et gentils les uns avec les autres, paix, amour et chocolat (noir).

Je pars me mettre au vert un moment pour travailler sur La Route de la Conquête. Quoi de neuf dans l’intervalle ? Eh bien, l’anthologie des Imaginales est finalisée, la couverture est magnifique, le sommaire est prestigieux, le thème est intrigant, et surtout les auteurs vont vous émouvoir, c’est une certitude ! Surveillez le site du festival, il n’est pas exclu que des informations tombent d’un jour à l’autre… D’autre part, toujours en quête de l’organisation parfaite, j’ai récemment refondu mon système, enfin compris la puissance d’Evernote, et peut-être trouvé le Graal en terme d’application de gestion de projets personnels. Et j’ai changé d’outil d’écriture. Je parlerai bientôt de tout cela si mes premières impressions positives se confirment.

2014-04-07T21:02:56+02:00jeudi 10 avril 2014|Journal|9 Commentaires

Les cadenas de l’amour et de la séparation

Nouvelle mode, sur les grilles du pont des Arts à Paris et autres, les couples attachent des cadenas en symbole de leur amour et jettent la clé dans la Seine. Ce qui pose quantité de problèmes structurels (les rambardes alourdies risquent l’effondrement) et environnementaux (métaux dans le fleuve). Indépendamment de la symbolique du geste répété des milliers de fois et dont l’unicité et l’originalité se trouvent donc raisonnablement mises en doute, pour ma part, cette étrange prolifération presque corallienne me rappelle autre chose, vu ailleurs, et qui donne au symbole un goût amer.

La division entre Corée du Nord et du Sud a eu lieu à l’issue de la Seconde guerre mondiale. Nous connaissons le Nord – et son régime totalitaire – et le Sud, avec son développement technologique fascinant. On se doute moins que les tensions entre les deux pays font partie du quotidien ; en 1996, un sous-marin nord-coréen a par exemple débarqué un commando sur les côtes du sud, un événement qui a donné lieu à une chasse à l’homme de 49 jours. J’en avais parlé ici.

En conséquence de quoi, des kilomètres de côtes du sud sont grillagées, et surveillées par des postes de garde régulièrement espacés. On s’approche sans problème, le danger venant du large et non de l’intérieur. Et l’on remarque bien vite, sur les grilles, des cadenas espacés, ici et là, souvent colorés, représentant des petits animaux mignons populaires en Asie, avec des coeurs, des mentions « I miss you », etc.

Mais cette gaieté cache quelque chose.

« Ce sont les descendants de familles séparées par la guerre qui viennent ici accrocher ces cadenas, m’explique CSN, mon guide et ami. Ils les posent pour se rappeler les leurs, pour ne pas abandonner l’espoir d’être réunis avec leurs frères, oncles, cousins restés de l’autre côté de la DMZ. »

C’est donc pour cela qu’il y en a peu, et c’est pour cela qu’ils viennent les accrocher devant la mer ; parce que les leurs, s’ils leur sont rendus, viendront probablement de là ; que l’horizon libre permet d’espérer.

Je n’ai certainement pas à dire quoi faire à qui. Je n’ai jamais tellement aimé faire comme tout le monde, en plus, alors ajouter un bout de ferraille sur des milliers d’autres identiques… Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir vu ça, par égards pour ces gens séparés depuis bientôt 70 ans, qui ignorent même si les leurs sont encore en vie, je ne pourrais pas me prêter à ce jeu-là. Je me sentirais très myope et très vain.

2014-04-07T12:16:52+02:00mercredi 9 avril 2014|Carnets de voyage|20 Commentaires

La photo de la semaine : feu de camp Maori

Pris au village du Mitai. Une soirée en compagnie de Maori, très instructive, impressionnante et amusante, permettant de découvrir leur culture ainsi que leur mode de vie traditionnel… et moderne. Le haka (qui n’est pas qu’une danse de guerre) est particulièrement impressionnant quand on se trouve en face. Il est intéressant de noter que la culture maori, contrairement à bien des modes de vie de peuples premiers qui sont considérés comme perdus ou anciens, reste bel et bien vivante et vivace. Bien sûr, elle s’est transformée au contact du monde moderne, mais visiter un site maori ne consiste pas forcément à visiter des vestiges ; sur le lac Taupo, par exemple, on trouve d’impressionnantes sculptures de faces rocheuses qui remontent aux années 1980 et qui sont considérées tout aussi authentiques qu’une pirogue séculaire.

2014-05-28T18:16:59+02:00vendredi 4 avril 2014|Carnets de voyage, Photo|2 Commentaires

Zone Franche ce week-end / précommandez Lancelot !

bagneux-2014Nous y revenons, car cela arrive très vite : ce week-end, c’est le festival Zone Franche à Bagneux ! Tout l’alléchant le programme (expositions, auteurs, tables rondes…) se trouve sur le site web, et je vous invite vivement à venir, les festivals d’imaginaire en région parisienne sont rares. Et c’est gratuit !

Pour ma part, j’y serai en signature, et aussi pour un concert-lectures des Deep Ones (nous avons d’ailleurs le plaisir d’accueillir Laurent Kloetzer dans nos rangs), qui aura lieu samedi à 20h30 (attention, réservation nécessaire).

lancelot

Enfin, l’anthologie officielle du festival, Lancelot, sort à cette occasion, et il est maintenant possible de la précommander :

Lancelot est le plus grand des chevaliers de la Table ronde mais aussi celui dont le destin est le plus tragique lorsqu’il trahit Arthur, son roi, en tombant amoureux de Guenièvre.
Loyal, pur et traître, il ne cesse de nous interroger depuis des siècles, se réinventant à chaque époque.
Neuf auteurs confirmés de l’imaginaire se sont emparés de sa figure pour lui inventer de nouvelles aventures, donnant un éclairage nouveau à ce personnage résolument moderne. Neuf éclats de son âme. Et un peu de la nôtre.

Au sommaire :

  • « Le Donjon noir » de Nathalie Dau
  • « Lancelot-Dragon » de Fabien Clavel
  • « Le meilleur d’entre eux » de Lionel Davoust
  • « Le Voeu d’oubli » de Armand Cabasson
  • « Je crois que chevalerie y sera » de Anne Fakhouri
  • « La tête qui crachait des dragons » de Thomas Geha
  • « Les Gens des pierres » de Franck Ferric
  • « Lance » de Jeanne-A Debats
  • « Pourquoi dans les grands bois, aimé-je à m’égarer » de Karim Berrouka
  • Postface par Lucie Chenu

Pour mémoire, pour deux livres des éditions ActuSF achetés, l’anthologie Contrepoints est offerte – y figure pour ma part la nouvelle « Nuit de visitation » qui est rattachée à l’univers de Léviathan. D’autre part, pour toute précommande avant le 3 avril, votre exemplaire sera dédicacé par les auteurs.

Liens de précommande : Format papier | En numérique

2014-03-31T12:10:24+02:00mercredi 2 avril 2014|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Zone Franche ce week-end / précommandez Lancelot !

La solution trouvée à tout problème de procrastination

mit-seal_400x400Cela faisait quelque temps que je me montrais mystérieux concernant des projets en cours, je peux à présent l’annoncer : j’ai joint mes forces avec le prestigieux Massachusetts Institute of Technology, et nous avons trouvé, conjointement, l’ultime solution  à tout problème de procrastination, que nous sommes en mesure de vous dévoiler dans le cours de cet article.

Le contexte

Ma série d’articles de l’été dernier sur la productivité a obtenu un fort retentissement à l’étranger, notamment auprès du professeur Hildefons Labarrière, d’origine germano-québecoise, excellent locuteur de l’anglais, du français et du hongrois. Il dirige le Département des Études Chronologiquement Contrariées (Department of Retarded Studies) au MIT et m’a proposé, à l’automne dernier, cette collaboration. Selon ses termes :

Les écrivains symbolisent un champ de bataille extrêmement précieux dans notre domaine d’études : hantés par le chaos et l’absurdité, ils s’efforcent toute leur vie de donner forme à ces impulsions qui les dirigent, sans se rendre compte qu’ils sont voués à la défaite. Il nous était donc particulièrement intéressant de travailler avec M. Davoust et avec l’illusion qu’il peut donner un semblant d’ordre à sa vie, alors que c’est clairement perdu d’avance.

photo-Accessories-Head-Welding-Helmet-_12_1024L’étude

C’est sur la foi de ces paroles élogieuses que j’ai donc voyagé jusqu’à Massachusetts, la ville du prestigieux institut, pour me soumettre pendant trois mois à toutes les expériences conçues par le professeur Labarrière et son équipe. Il s’agissait d’étudier mon activité neurologique à l’aide d’un casque de dernière génération (ci-contre) dont les électrodes, au contact de mon crâne, fournissaient des relevés d’une grande précision :

Tout était prêt depuis des années ; les protocoles, l’équipement. M. Davoust n’est pas le premier auteur à s’imaginer qu’il peut échapper au fléau de sa profession. Le problème, c’est que les écrivains, ces créatures vaines, se préoccupent souvent de leur santé capillaire. Il va sans dire que la calvitie absolue de M. Davoust a constitué un critère de premier choix pour l’adopter comme sujet d’expérience : les électrodes, au contact direct de sa peau, ont fourni des résultats sans précédent.

Le protocole consistait, très simplement, à enregistrer mon activité cérébrale et à la mettre en corrélation avec ma lenteur de mise en travail dans une variété de conditions imposées, comme par exemple :

  • Privation absolue de café
  • Après une nuit hachée toutes les deux heures
  • À l’issue d’un repas nourrissant ou, au contraire, constitué exclusivement d’endives à l’eau
  • En fonction de l’heure de la journée, de la quantité de luminosité disponible, du bruit ambiant
  • Au contraire, travail des mécanismes de récompense : un verre de whisky chaque fois que je passe sur Facebook (si j’ai pu vous sembler incohérent ces derniers mois, ce n’est pas moi, c’est l’Oban)
  • En me jetant une rondelle de saucisson tous les 1000 signes écrits
  • En me passant du Christophe Maé dès que ma vitesse de frappe tombait en-dessous des 2500 signes à l’heure

Donnant, par exemple, des graphes d’activité comme suit :

sismogram

Le résultat

Les conclusions de l’équipe du professeur Labarrière sont, à l’image des plus grandes avancées scientifiques : à la fois révolutionnaires et d’une simplicité limpide dans leur approche, tels la mécanique quantique, le calcul différentiel ou la relativité générale. Après deux mois de relevés soigneux et d’écriture (pour ma part) dans toutes les conditions possibles (dans un congélateur, au fond de l’eau sans bouteilles, suspendu par les pieds au-dessus d’une fosse à lions, conditions dans lesquelles ma productivité était maximale puisque, pour 1000 signes écrits, on me relevait de dix centimètres), la conclusion est simple :

Pour cesser de procrastiner, il faut s’y mettre. 

« Nous pensons que notre découverte, assidûment documentée et fouillée, ouvrira de nouveaux horizons productivistes au monde moderne, en stimulant des environnements où l’on s’y mettra pour de bon, par exemple à l’aide de fosses à lions ménagées au rez-de-chaussée des immeubles de bureau pour y jeter les salariés coupables de procrastination régulière. On allie ainsi le meilleur de la science moderne à la tradition séculaire : les Romains savaient déjà, dans un contexte de paix sociale, faire un usage créatif des lions », s’enthousiasme le professeur Labarrière.

À cette fin, alors que l’équipe scientifique apporte la touche finale à l’article qui sera publié dans Nature, je prépare un livre rassemblant le coeur de cette conclusion, sous la forme d’une page unique facile à lire, bientôt disponible en librairie pour un prix qui, m’a-t-on d’ores et déjà assuré, sera sous la barre des dix euros.

2014-03-31T18:41:54+02:00mardi 1 avril 2014|Expériences en temps réel|26 Commentaires

Rhâgenda

Juste une info rapide pour signaler que si vous cherchez la jolie vue de l’agenda, elle a disparu. Je me suis aperçu qu’elle était responsable des récentes lenteurs du site, même quand on n’affiche pas la page correspondante (ce qui en dit long sur la propreté avec laquelle ce plugin a dû être codé) et donc, ouste. Ce plugin (All in One Event Calendar pour ne pas le nommer) est quand même notoirement instable, et je pense qu’à moyen terme, il va dégager pour un autre, probablement commercial.

2014-03-25T19:04:08+01:00lundi 31 mars 2014|Journal|Commentaires fermés sur Rhâgenda

Apprenons à ponctuer des dialogues (3) : le formatage moderne

(Articles précédents dans cette série : 1) les bases, 2) le formatage classique.)

Formatage moderne que j’appelle ainsi avec moi-même, car j’ai l’impression qu’on le trouve de plus en plus dans l’édition contemporaine. D’autre part, il évacue entièrement les guillemets, un signe parfaitement respectable de notre langue, et c’est bien un truc de moderne, ça, de virer des signes qui ne vous ont rien fait, tiens, ma bonne dame.

Le formatage moderne est donc en apparence plus simple à manier (mais en apparence seulement) :

  • Chaque réplique démarre par un retour à la ligne et un tiret cadratin ;
  • Les didascalies se mettent entre parenthèses (dès lors qu’il s’agit d’une phrase autonome, comme dans le formatage classique).

Ce qui donne, pour reprendre le même exemple que mercredi :

— Ceci est un exemple de formatage de dialogue, annonça Jean.

Pierre fit la moue.

— Vraiment ? Et nos répliques sont donc artificielles… ? s’étonna-t-il.

— Parfaitement. (Jean avait l’air content de lui.) Dis donc n’importe quoi, pour voir.

— Je ne suis pas d’accord avec cette manipulation (il frappa du poing sur la table) et je tiens à le proclamer !

— Proclame ce que tu veux, ricana Jean avec un sourire mauvais dont une longue description ne servirait qu’à montrer la possibilité de rallonger autant qu’on veut l’incise à partir du moment où cela reste clair pour le lecteur. L’exemple est déjà terminé.

Ça semble facile, hein ? Ça l’est, à première vue.

En résumé

  • Pas de guillemets, toute nouvelle réplique commence automatiquement à une nouvelle ligne par un tiret cadratin
  • Guillemets inusités
  • Incises et didascalies entre parenthèses
  • Ce formatage est plus répandu… Mais il oblige certains parti-pris qu’on peut trouver malvenus :

Sauf que…

Ce formatage présente, à mon sens, un piège majeur : puisque toutes les répliques doivent démarrer par un retour à la ligne, cela force à une mise en page qui peut s’avérer handicapante. En effet :

Il est possible que la même personne parle deux fois de manière rapprochée, mais avec deux tirets (dans les faits deux « répliques » à suivre), on peut croire à deux personnes différentes, ce qui induit une confusion ; il faut alors rééquilibrer en prévoyant une didascalie supplémentaire (« Bob dit : »), pas forcément pratique ;

Le retour obligatoire à la ligne que nécessite ce formatage plaque un rythme haché sur le dialogue, ce qui n’est pas forcément opportun (en exagérant, une scène romantique peut se trouver haletante comme un interrogatoire à Guantanamo) ;

Enfin, la construction de la phrase peut parfois pousser à des parenthèses incohérentes. Par exemple :

— Halte là ! s’écria Joss Carter. (Elle tira son arme et la pointa vers le suspect.) Arrêtez-vous ou je tire !

La didascalie se trouve coupée en deux (le verbe de dialogue et l’action de dégainer son arme1). Cela dérange ceux qui, comme moi, qui aiment bien la cohérence typographique.

Après, je connais quantités d’auteurs de renom et de talent qui adoptent ce formatage avec brio et se l’approprient sans mal. C’est évidemment une question de choix esthétique. Si vous me suivez un peu, vous aurez vite deviné que je préfère le formatage classique – paradoxalement assez proche du rythme anglais, mon autre langue.

Quoi qu’il en soit, on discerne en quoi le choix d’un formatage de dialogue n’est pas neutre et pourquoi il convient de respecter le choix de l’auteur ; les deux formes ne sont pas facilement interchangeables. Et les maîtriser donnera force, naturel et énergie à la narration de ces passages fondamentaux de la fiction.

Vous écriviez ? Eh bien, dialoguez, maintenant !

  1. Un cookie point à qui me dira qui est Joss Carter.
2022-12-24T01:58:26+01:00vendredi 28 mars 2014|Best Of, Technique d'écriture|24 Commentaires

Apprenons à ponctuer des dialogues (2) : le formatage classique

lolcat-i-question-the-general-assumption-that-feli1 Pourquoi ponctuer correctement des dialogues ? Une autre raison : un éditeur m’a confié lundi après le premier article

Pense à glisser quelque part qu’un dialogue mal formaté est presque un critère de refus tant on en voit défiler et à quel point ceux qui les étudient sur tablette ou écran se RUINENT les yeux sur des listes à puce et des put*** de tirets et de mises en forme fantasques.

C’est clair, non ?

Bien. Tout est en ordre et assimilé après l’article de lundi ? Votre traitement de texte est configuré et la différence réplique / didascalie claire ? Alors, allons-y.

Comme énoncé lundi, le formatage classique fait appel aux guillemets et tirets de réplique. Tout le monde, en général, connaît la règle de base :

  • Ouvrir les guillemets au début du dialogue,
  • Tiret en tête de chaque réplique,
  • Fermer les guillemets à la fin du dialogue.

Mais c’est facile à dire. Que fait-on quand surgit une longue didascalie ? C’est la fin du dialogue, ou pas ? Et quand une précision narrative s’insère dans une réplique ? Je fais quoi ?

L’exemple suivant présente à peu près tous les cas de figure possibles :

« Ceci est un exemple de formatage de dialogue », annonça Jean.

Pierre fit la moue. « Vraiment ? Et nos répliques sont donc artificielles… ? s’étonna-t-il.

— Parfaitement. » Jean avait l’air content de lui. « Dis donc n’importe quoi, pour voir.

— Je ne suis pas d’accord avec cette manipulation (il frappa du poing sur la table) et je tiens à le proclamer !

— Proclame ce que tu veux, ricana Jean avec un sourire mauvais dont une longue description ne servirait qu’à montrer la possibilité de rallonger autant qu’on veut l’incise à partir du moment où cela reste clair pour le lecteur. L’exemple est déjà terminé. »

Rappelle-toi, auguste lectorat, la règle de lundi : la clarté. Les répliques étant incluses dans des guillemets (ou démarrant par un tiret), il s’agit de les fermer si une confusion est possible avec la narration. Dans les faits, on ferme les guillemets (et on les rouvre) si et seulement si la didascalie qui suit est une phrase autonome.

Ce qui nous donne, dans le premier cas :

— Proclame ce que tu veux, ricana Jean avec un sourire mauvais dont une longue description ne servirait qu’à montrer la possibilité de rallonger autant qu’on veut l’incise à partir du moment où cela reste clair pour le lecteur. L’exemple est déjà terminé. »

Et dans le deuxième :

— Parfaitement. » Jean avait l’air content de lui. « Dis donc n’importe quoi, pour voir.

À la lecture, c’est parfaitement transparent. Simple, non ?

Les parenthèses sont possibles, mais rares : elles servent en général à insérer une didascalie en rupture avec le flot naturel de la phrase, ce qui n’est pas très courant :

— Je ne suis pas d’accord avec cette manipulation (il frappa du poing sur la table) et je tiens à le proclamer !

Notez que la virgule se situe à l’extérieur des guillemets :

« Ceci est un exemple de formatage de dialogue », annonça Jean.

Car, grammaticalement, la réplique comprise dans les guillemets est un « paquet » indépendant ; la phrase se lit réellement comme suit :

Jean annonça : « Ceci est un exemple de formatage de dialogue. »

En revanche, si un point d’exclamation ou d’interrogation termine la réplique, la virgule saute. Elle ferait double emploi avec l’indicateur d’humeur du locuteur, qui figure alors dans la réplique.

En résumé

  • Guillemets ouvrants et fermants au début et à la fin du dialogue ou en cas d’incise narrative, mais seulement si une confusion est possible avec la didascalie (typiquement, une phrase autonome)
  • Tirets cadratins en début de réplique si les guillemets ont été ouverts
  • Virgules à l’extérieur des guillemets (« Salut », dit-il) mais les autres signes sont internes et  (« Non ! » cria-t-il)
  • Rarement : si brève irruption d’une didascalie en milieu d’action, parenthèses.
2014-08-05T15:13:13+02:00mercredi 26 mars 2014|Best Of, Technique d'écriture|26 Commentaires
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